‹ L'âme transmiseChapitre 5 sur 14 · SALVATOR ROSA · texte numérisé non relu

SALVATOR ROSA

Par une triste matinée d'automne, Léontio sortit de la rue Saiiit-Tliéodore et traversa le Tibre dans une de ces petites barques qui étaient amarrées aux colonnes du temple de Vesta. II gravit lentement le mont Janicule, et, parvenu au sommet, il entra dans l'église San-Pietro in ÎNlontorio pour entimdre la messe. Le pauvre jeune homme, exilé du monde, aimait à se réfugier en Dieu; il s'agenouilla devant le tableau de la Transfiguration, de Raphaël, et le radieux chef-d'œuvre lui donna un peu de ce calme, un peu de cette sérénité douce que les beaux-arts portent avec eux. Léontio se comparait au jeune possédé du tableau, à cet enfant livide et torturé par l'esprit malin, et il levait ses yeux au sommet de la montagne pour rafraîchir son visage à cette resplendissante atmosphère où flottent les élus du Seigneur, à ce nuage céleste et limpide, doux à l'œil comme le crépuscule du ciel. 11 sortit de l'église et s'assit sur une pierre de la plate-forme : il se sentait serein et léger, comme s'il était descendu du Thabor. La ville éternelle qui b'étendait sous lui avait emprunté au soleil levant une teinte jaune comme les feuilles tombées, teinte dharmonieuse mélancolie, qui n'avait rien de lugubre, la seule peut-être qui soit sni)portable aux yeux de l'homme tourmenté; cai elle n'a pas les rayons éblouissants et ironiques du bonheur, ni la sombre désolation qui conseille le désespoir.

Léontio était sur le point de renoncer à sa visite. Cette Uome, dont il avait tant médit la veille, lui ap-

paraissait aujourd'hui avec cette majesté tranquille dont le parfum est une consolation. Elle avait bien souffert;, cette reine des reines, cette Roineconsalair(;, cette Kome impériale, et pas une plainte ne s'élevait de son sein tout mutilé. Cité païenne ou sainte, ointe d'eau lustrale ou d'eau bénite, elle montrait la double paluie du stoïcisme et du martyre. Qu'elle était belle ainsi, vue du Janicule, cette consolatrice des affligés ! Toujours en deuil comme Rachel et Niobé, toujours inconsolable, parce qu'ils sont morts, ses glori(iux enfants, qui furent plus nombreux que les étoiles du ciel; et pourtant quelle maguifique tolérance au cœur de la cité meurtrie ! Des mains chrétiennes ont prêté secours aux murailles croulantes du Golysée; les fils des martyrs ont replacé pieusement au Gapitole la statue du dieu, rougie encore du sang de leurs pères. Une main pacifique protège la ])yramide de Gains Sextius et les catacombes voisines de Saint-Sébastien. Les ombres des consuls s'entretiennent avec les ombres des saints; les colonnes triomphales fraternisent avec les clochers, les obélisques avec les dômes, les louves nourricières avec la croix. Léontio, à la veille de quitter Rome, s'avoua qu'il aimait cette ville ; il reconnut que toute plainte, tout malheur, d'imagination surtout, devait se taire et se résigner devant la capitale des ruines, la souveraine des tombeaux. Il avait déjà fait quelques pas pour descendre du Janicule, lorsqu'il s'arrêta brusquement devant le regard d'un inconnu assis sous VAcqua Puola.

C'était un homme vêtu magnifiquement; ses doigts étincelaient de rubis et d'émeraudes; la soie, le velours, la dentelle, les pierreries, se combinaient sur sa personne avec un véritable goût d'artiste ; il portait une épée au fourreau de vermeil. Sa tète était plus remarquable encore que son costume de prince. Il y avait des muscles sur son visage pour tout ex-

primer ; ses yeux tlamboyaieut de génie; ses lèvres avaient la contraction dédaigneuse de l'ironie perpétuelle ; sa couronne de cheveux noirs donnait à sa physionomie un caractère sombre et menaçant.

— Vous paraissez bien triste, jeune homme, dit l'inconnu à Léontio ; avez-vous perdu votre maîtresse?

Cette demande fut faite d'un ton si vif, si leste et avec un organe si impératif, que Léontio se crut obligé de répondre.

— Seigneur, dit-il, je vous remercie de l'intérêt obligeant que vous me portez sans me connaître. INlalheureusement je n'ai rien à répondre à Votre Excellence.

— Mon ami, dit vivement l'inconnu, je ne suis pas noble et ne me soucie point de l'être; je suis ton égal ; parle-moi sans crainte ni réserve : as-tu besoin d'un service ? veux-tu de l'argent ? Ta figure me plaît ; tu as dans l'œil le feu de l'artiste; ta joue est pâle, non de souffrance, car tu es fort, mais de pensée, car tu es nerveux. Confie-toi à moi ; voyons, parle : je veux t'obliger.

— Mais à qui suis-je redevable de tant de bonté gracieuse?

— T'ai-je demandé ton nom pour te rendre un service? pourquoi me demandes-tu le mien? Mais je respecte ton scrupule; tu dois être candide et bon. Je suis Salvator Rosa. Maintenant acceptes-tu mes olfres?

A ce nom, Léontio s'inclina de respect.

— Maître, dit-il avec émotion, c'est Dieu sans doute qui m'a conduit par la main devant vous : Je vous cherchais. Je sais que vous êtes obligeant pour les artistes. Je suis peintre par goût et par métier ; ma sœur et moi nous vivons du pinceau; je travaille pour le seigneur Corsini, dont on voit d'ici le palais. Un besoin de voyage se fait sentir en moi. Kome est la seule ville que je connaisse; car je ne compte pas Ostie, où

je suis né, si je suis né quelque part. Je veux voir Naples et la mer ; c'est plus qu'un désir : c'est un besoin. Mon existence, qui appartient à ma sœur, est peut-être attachée à ce voyage. Vous, maître, qui êtes Napolitain, vous me donnerez des conseils et des instructions : c'est tout ce que je réclaiiie de votre bonté. J'ai de l'argent assez pour vivre, si c'est vivre, ce que je fais.

Salvator Rosa regardait fixement Léontio sans lui répondre, et Léontio, en attendant la réponse, écrivait le nom de Stellina, du bout du doigt, sur la nappe d'eau claire et unie de la fontaine de Paul. Salvator ne cessait de considérer le visage de Léontio que pour lever ses yeux au ciel, comme pour se rendre compte d'un souvenir confus.

— Quel est ton nom ? lui demanda-t-il d'un air soucieux,

— Léontio. {Et il sourit )

— Léontio! Oui, je crois que c'est bien cela. Mais il y a tant de Léontio ! Et ton nom de famille?

{Après un soupir.) — Toujours Léontio.

— Où demeures-tu à Rome?

— Rue Saint-Théodore, vis-à-vis l'église.

— Te souviens-tu de ni'avoir vu, Léontio, avant cette rencontre ?

— Jamais.

— Eh bien! moi, je t'ai vu, mais il y a bien longtemps. Où? je n'en sais rien; tous mes souvenirs se confondent. Quel âge as-tu?

— Dix-huit ans.

— Dix-huit ans! {Salcalor baissa la tête et ferma les yeux pour se recueillir.) Oh ! je t'ai vu, je t'ai vu ! Tu as une sœur, dis-tu? Comment se nomme-t-elle?

— Stellina.

{Salvator fit un mouvcnienl do surprise.)

— Est-ce bien ta sœur?

— Mais oui.

— Ta femme peut-être, ta maîtresse.

{Léoiitio lança un regard terrible à Sahator.)

— Oli ! ne t'oflense pas de ma demande, mon jeune anii : je ne l'ai pas faite par un caprice de curiosité. Le nom de ta sœur me frappe, je l'ai entondu dans ma vie, je crois même l'avoir écrit, mais il me semble qu'elle n'était pas la sœur de l'autre. Ma mémoire me trahit, je ne sais plus où j'en suis. Elle est brune, ta sœur, n'est-ce pas, avec des yeux?...

— Non, ma sœur est bîoude.

— Oui, oui, oui, blonde avec des yeux noirs, une figure d'ange.

{Léuniio se tut et pâlit).

— Ma foi! je suis complètement désorienté, mon cher Léontio ; je perds la piste de mes souvenirs. Il est vrai que j'ai une vie si pleine qu'il n'y a pas de place pour tout dans ma tète C'est une confusion d'objets... Tu es bien pfile, Léontio, soufires-tu?

— Non.

— Ta figure se décompose, ce n'est plus celle d'un être vivant. Oli! laisse-moi prendre au vol cette expression de terreur, ce vetlet de l'autre monde. (// déroula une feuille de papier cl saisit son crayon.) Je ne ledcmandequune miaule; jamaisje ne retrouverai ce bonheur de modèle. [Il dessina.) Il y a dans ce cœur une pensée d'enfer. Je ne me doutais pas de rencontrer mon fantôme à l'Acqua Paola. Tous ces Italiens ont un rire éternel sur les lèvres. Enfin j'en ai trouvé un, sérieux coumic Salaa. J'aurais donné trente écus d'or pour cette séance. Tiens, regarde mon croquis, Léontio. Je vais t'innuortaliser. Remercio le hasard. Voilà ta tète, je vais la prêter à mon spectre de Samuel évoqué par la pythonisse d'Endor. Mon tableau représente le moment où tu sors du tombeau.

l'ame transhise. i7

— Assassin ! s'écria Léontio d'une voix tonnante, tais-toi; ou je te tue d'un coup de poignard.

Salvator Rosa demeura interdit ; il se laissa arracliLT le croquis de la tête de Samuel, que Léontio déchira brutalement. Revenu de sa surprise, le peintre riait aux éclats et rappelait Léontio ; mais le malheureux jeime homme descendait la pente rapide du Janicule avec tant de précipitation, qu'on eût dit qu'une pensée de désespoir le poussait au Tibre.

Léontio reparut devant sa sœur tout haletant de sa course et de son émotion. — As-tu vu Salvator Rosa ? deraanda-t-elle. — Oui. — T'a-t-il bien reçu? — Oui. — Il t'a donné de bons conseils ? — Oai. — Partonsnou^i pour Naples? — Oui. — Et quand? — Demain.

Quatre jours après, Léontio entrait avec Stellina dans la modeste hôtellerie de la Lyre d'Apollon, sur la place des Pins, à Naples.

LA CnARTREDSE SATNT-MARTIN.

NapleB est une ville qui peut donner à l'étranger tout ce que l'étranger lui demande; cette Venise de la Méditerranée est folle ou sérieuse comme sa sœiu* de l'Adriatique; elle a du fracas et du silence, des Heurs et des laves, de l'ombre et du soleil, des rues de palais et des rues de tombeaux, des montagnes décharnées et des îles toutes rouges d'oranges, tontes dorées de cédrats, A Naples, le malheur ressi nilde au bonheiu" du reste de la terre; à Naples, le bonheur vaut mieux que son nom. A Naples, l'homme qui peut dire : Je suis heureux, fait envie à Dieu même. Un jour de caprice, la ua-

AH

ture voulut faire un paysage complet ; elle dessina mollement des collines; elle arrondit un golfe gracieux, elle le remplit des plus belles vagues que la mer ait azurées; elle fit flotter sur ces vagues des îles de fleurs et de palmiers; elle fit monter en amphithéâtre les bois de pins, les treilles aux larges pampres de vignes, les touffes de citronniers, les acacias aux diaphanes ombrages, les arbres de Grenade et de Judée qui mêlent leurs teintes rouges aux jasmins du Guadalquivir; la nature fit Naples, Misène, Sorrente, le Pausilippe^ Ischia. Un démon en fut jaloux; il jeta le Vésuve devant la cité voluptueuse ; et Naples accepta le volcan comme le complément philosophique du i)aysage. Le volcan résume en lui toute lasagesse des poètes latins; c'est lui qui crie par la voix de son cratère : — 0 vous qoi vivez, cueillez le jour comme une fleur ; la fleur dure peu; jouissez-en quand elle est fraîche : mortels, usez de la vie; la vie n'est faite que de peu de jours; aimez et riez aujourd'hui; demain il vous faudra passer le Styx,

Plus d'espoir de vie heureuse au monde, quand on ne l'a pas au moins entrevue à Naples. Léontio, qui s'était exilé de Rome, trouva quelque ombre de quiétude sous la treille du Pausilippe. Il s'occupait de son art avec délices; la peinture devint pour lui ])lus qu'une distraction, ce fut uue véritable volupté dartiste. Le soir, accompagné de la rêveuse Stellina, il allait étudier ces admirables teintes d'horizon, ces mobiles reflets de colonnes sur les vagues, ces fantastiques embrasements de forêts marines, ces sommets rayonnant au-dessus des vallons déjà sombres, tout cet ensemble de flottante et vajjoreuse lumière qui accompagne le soleil de la mer à son couchant. Il s"er. revenait ensuite à son humble hôtellerie avec des idées moins tristes et une provision de séréniti' poui le sommeil de sa nuit. Mais l'ardent jeune homme

rapportait aussi de sa promenade un mystérieux besoin d'amour^, dont il s'expliquait trop bien la cause secrète. Tous ses regards n'avaient pas été donnés aux paysages du golfe ; il s'était réservé des distractions pour des accessoires délicieux qui le poursuivaient encore à travers le faubourg de Chiaïa. tl avait vu passer sur les chaloupes de gracieuses et souples images, de fraîches figures aux cheveux flottants, de doux nuages de satin et de soie; apparitions enchanteresses qui se mêlaient avec tant de bonheur à l'éclat limpide du golfe, à la molle langueur des collines dorées, aux lits de gazon baignés par la vague, aux grottes secrètes du promontoire lointain. Rentré chez lui, il s'asseyait comme un homme brisé parla fatigue; il n'était qu'épuisé de désirs. Alors Stellina posait la lampe sur une table, et avec l'innocent abandon d'une sœur elle enlaçait la tête de Léontio dans ses bras nus et collait ses lèvres sur son front.

— Ma sœur, lui disait quelquefois Léontio, tes caresses me font mal, le soir, à la clarté de cette lampe. Je n'ose, moi, t'embrasser que le jour : laisse-moi seul, Stellina, j'ai trop besoin de me rappeler que tu es ma sœur. C'est une idée douce, n'est-ce pas? Eh bien ! elle me tue...

La jeune fille rougissait ; elle ne trouvait aucun mot pour répondre. Léontio la regardait sortir et n'avait pas la force de la rappeler; il écoutait avec une sorte de volupté criminelle le bruit des pas de sa sœur; une faible cloison la séparait de lui ; il prêtait l'oreille à la psalmodie touchante de sa prière du soir, au frôlement de sa robe tombée, au murmure du lit mollement pressé par la jeune tille, à son dernier baiser sur l'image de la madone. Léontio ouvrait la croisée pour rafraîchir ses lèvres à la brise nocturne de la mer; mais la brise, chargée d'amour et de parfums, ne lui apportait que tentation et délire. S'il s'endormait

SO l'ame transmise.

lui instant, c'était sa sœur qu'il voyait en rêve ; sa sœur, plus belle que la plus belle Napolitaine ; sasœur, assise au bord de la mer, comme une amante au rendez-vous, et l'appelant par son nom avec une voix languissante d'amour. Lécmtiose réveillait en sursaut et se jetait à genoux pour demander pardon à Dieu de l'inceste qu'il n'avait pas connnis.

Un matin, après avoir combattu les fantômes de la nuit, il dit à Stellina de le suivre. Il voulait se purifier à l'air béni de la montagne des Chartreux ; c'était le jour des Rogations, féte pleine de poésie et de grâce.

Ils arrivèrent avant le lever du soleil à cette magnifique Chartreuse que la piété de Charles d'Anjou a élevée à la gloire de saint Bruno. La cérémonie de la bénédiction allait commencer. Rien n'était consolant et beau comme ce chntre aux colonnes de marbre dans le doux éclat des rayons d'un matin printanirr. Les grandes et sublimes figures peintes par lEspagnolet semblaient vivre et jouir dans ce parvis du ciel. Léontio pleiu-ait de joie; la volupté de la religion lui donnait de pures extases. On ouvrit les portes de l'église à deux battants ; toutes les harmonies de la montagne, tous les parfums du golfe, tous les rayons du soleil levant entrèrent à flots sous les nefs de la Chartreuse. Le religieux célébrant s'avança sous le portique, et il bénit les fruils de la campagne, il bénit la ville et la mer,

Léoutio ravi de bonheur s'écria : — Quelle demeure délicieuse !

— Transeuntibus (4) ! dit une voix claire et lente derrière Léontio.

— C'est un mot bienproibnd,s'ilesivrai,dittoutbas le jeune homme, et il suivit dans une chapelle écartée

(1) Pour ceux qui pas<.cnt.

et déserte le chartrnux qui avait prononcé le mystérieux transeuntibux.

Le religieux se retournaau bruit des pas de Léontio ; en ce moment des gerbes dii rayons illuminaient les figures de Léontio et de sa sœur.

Léontio ne voulaitque satisfaire sa curiosité ; il avait vu le visage du chartreux, et il lui demandait sa bénédiction. Le religieux croisa vivement ses bras sur sa poitrine, puis les leva vers la voûte, en les secouant, comme avec des convulsions nerveuses ; sa figure devint pâle; Ressuscites! s'écria-t-il d'une voix si forte qu'elle eût fait scandale dans l'église, si elle n'eût été couverte par le chœur des Litanies des Saints.

— Itessuscilés ! dit Léontio en frissonnant, qui?

— Toi, elle, vous deux.

— Que dites-vous, mon père ?

— Doù sortez-vous, fantômes; c'est ici la maison de Dieu; les spectres doivent s'arrêter sur le seuil.

— Mon père, mou père, ayez pitié de moi, ayez pitié de ma sœur!

— Elle, ta sœur ! vous avez donc divorcé dans l'enfer?

— Oh ! mon ])ère, grâce pour nous ; bénissez-nous.

— Que je bénisse les fantômes de Léontio et de Stellina !..

— Il nous connaît ! Il nous connaît ! 0 mystère de mort !

— Oui, mystère ! ^îystère pour toi, mystère ])our moi; eh bien! nous i'édaircirons. Que vous soyez morts ou vivants, il faut que tout s'explique, coûtez: Voyez-vous cette crête qui s'abaisse devant le Vésuve! Voyez-vous cette touffe de grands plus qui sort d'une ruine, lâ-bas, de l'autre côté du golfe : c'est Ottayano. Ce soir vous vous y rendrez à six heures, et vous m'y attendrez. Si je vous y trouve, c'est une n'*cuve que vous êtes vivants et ressuscites ; alors... j'aurai des devoirs à remplir... Si vous manquez à ce rendez-vous,

je rentre à la Chartreuse, et je n'en sors plus. On a les yeux sur moi; partez.

Léontio et Stellina descendirent lentement de la Chartreuse, muets et abattus; on aurait dit que la foudre était tombée sur eux, en leur rendant une vie stupide. De temps en temps, Léontio laissait tomber nonchalamment de ses lèvres ces mots : Ce soir... à six heures; Oltayano.

Le fracas de Naples lui lit du bien cette fois ; en rentrant dans la ville il retrouva quelque énergie ; il releva fièrement sa tète, qui s'était courbée depuis le cri du chartreux. — Ma sœur, dit-il, il faut aller jusqu'au bout du mystère ; prenons quelque nourriture et un peu de repos; partons ensuite pour Ottayano le plus tôt possible. Je veux y arriver bien avant Phenre du rendez-vous.

Le printemps donnait une de ces délicieuses soirées aux fraîches collines qui couronnent la vallée dOttayano. La mer, obliquement éclairée par le soleil, avait un calme vif et doré ; la verdure des îles se balançait au souflQe du soir; le Pausilippe riait au golfe ; la ville jetait ses clameurs gaies et sonores; le ûot et la côte semblaient s'amollir de langueur amoureuse devant les orangers de Sorrente : Ischia rayonnait de vagues à paillettes d'or et d'arbres illuminés; Procita échangeait, avec elle des parfums et des chants. Naples, la sirène lascive, n'avait pas assez de son amphithéâtre pour s'étendre voluplueusemeut au soleil ; elle envoyait ses mille barques sur son goUe, sur ses plages, sur ses proniontoires. L'air était tout palpilaut de vie et parlait une langue d'amour, en agitant les voiles, les cordages, les banderoles, les pavillons ; le Vésuve paraissait attendri de cette joie de la nature ; une légère fumée aux teintes de l'iris et de la rose s'élauçait mollement du cratère. C'étaitcommel'emblemed'un remords presque éteint dans le cœur d'un homme heureux.

L'AME TRANSMISE. oà

— Parle-moi, mon frère, disait la jeune fille àLéontio; est-ce que cette belle soirée ne te réconcilie pas avec la vie ? sais-tu qu'il est doux de vivre ici ; que l'air y est bien léger, que tout ce qu'on y respire, tout ce qu'on y voit ressemble au bonheur; n'est-ce pas, Léontio?

— Oui, oui, ma sœur, tout cela ressemble au bonheur; mais tourne tes yeux ; le vois-tu là ce mont qui menace et qui brûle? Oui, oui, fie-toi au bonheur; ce n'est pas l'aage de Tobie qui veille sur nous, c'est un spectre ; quand il nous garde contre un mal, c'est pour nous réserver pis. Fille oublieuse ! enfant ! Mais ne sais- lu pas pourquoi nous venons ici; crois-tu que ce soit pour y jouir, contempler, vivre d'extase, boire les parfums de cet air, comme cet heureux oiseau qui chante sur nos tètes ? Ne sens-tu pas l'immensité de cette dérision que la fortune nous crie par toutes les voix du bonheur ? oublies-tu qu'il manque un acteur à cet éblouissant spectacle ; un acteur, noir comme le cratère de ce volcan, et qui tantôt, en arrivant ici, éclipsera notre soleil comme le crêpe d'un ouragan. Pauvre Stellina ! elle s'abandonnait à l'extase ! je sais me tenir en garde, moi, contre ce mensonge qui nous entoure. En m'asseyant ici, sous ce pin, je n'ai encore rien vu de ce qui t'a éblouie, toi; Naples, son golfe, ses îles, son port, ses collines, je les abandonne à d'autres yeux que les miens, à des yeux qui n'ont point de larmes ; ce que j'ai vu et bien vu, le voilà : c'est ce château en ruines ; il y a dans ces murailles détruites quelque mystère de mort qui empoisonne cet air, ces pins, cjis îles, ces vagues. Qu'est-il devenu le maître de ce domaine? A lui aussi cette mer était belle, ce ciel lumineux, cette atmosphère voluptueuse ; il n'y a pas toujours eu de l'herbe dans les fentos de cette terrasse; ce marbre a palpité sans doute sous l'ivresse d'un bal d'été; que de figui'es de femmes se sont épanouies à

S4 l'ame transmise.

ces balcons qui croulent 1 et tout cela, ma sœur, a passé comme cette ombre de fumée qui glisse sur la Somma. Les ruines restent; oh! les ruines restent toujours; la vie est dans elles; les ruines ne meurent pas.

(Après une pause : ) Il tarde bien, cet homme, de paraître ! est-ce que je me serais trompé ? ne serait-ce pas ici le lieu qu'il m'a désigné?

Pendant que Léontio faisait cette réflexion en jetant ses yeux autour de lui pour s'assurer de l'exacte désignation deslocahtés, un vieillard sortit d'une porte qui s'ouvrait au pied d'une tour. Son costume annon çait la plus grande misère, et pourtant à sa démarche, à sa coiffure, au genre même de ses haillons, il paraissait appartenir à une classe au-dessus des paysans de la Campagne de Naples. C'était conmie un fantôme de concierge, couvert des insignes en lambeaux d'une domesticité opulente. 11 ht quelques pas sur la terrasse, les bras en croix sur la poitrine, la tète tantôt basse, tantôt relevée en arrière, connne s'il eût regardé le zénith. Puis, s'arrêtant tout à coup sous un balcon lézardé, il tira des larges basques de son pourpoint une petite mandoline sans cordes et chanta d'une voix chevrotante ce couplet :

Laisse tes persiennes vertes

Eutr'ouvertes Au balcoa dos corridors; * Que tout« harmonie arrive

De la rive Jusqu'à l'alcùve oii tu dors.

Le vieillard essuya ses yeux pleins de larmes avec le bois de sa mandoline et continua sa promenade sur la terrasse, les bras croisés, tantôt regardant la terre, tantôt le ciel. Il n'apercevait pas les deux jeunes étrangers qui s'avançaient pour lui parler.

L'AME TRANSMISB. «>î>

— Excusez-moi, mon père, si je vous suis importun, (litLéontio en s'adressant au vieillard; est-ce bienOttayano qu'on nomme cette partie de la montagne?

Le vieillard s'arrêta tout frissonnant, comme si une voix l'eût réveillé en sursaut; il fixa sur Léontio et Stellina des regards égarés : ses bras retombèrent lourdement, sa poitrine se gonfla ; les veines de son cou se teignirent de noir ; un souffle bruyant murmura dans sa gorge et dans ses narines; puis sa figure s'épanouit dans un accès de gaieté délirante, et il s'écria d'une voix tonnante : ^— Stellina ! Léontio ! ah ! mon bon Dieu ! ah ! je le savais bien que vous n'étiez pas morts! non, les anges ne meurent pas; mes honnêtes enfants ! mes jeunes maîtres 1 et d'où venezvous? que vos habits sont laids ! Stellina, qu'avez-vous fait de la robe espagnole qui vous allait si bien ! On danse, on danse partout, c'est le jour de votre mariage ; vous êtes bien pâle à la noce, jeune épouse; prends garde au moine, beau mari ; le voilà ! le voilà ! on t'empoisonne, Léontio !

— Oh ! s'écria Léontio étoulTé par une émotion non ressentie encore; oh! suis-je éveillé, Stellina! Ma sœur, ma sœur, secoue-moi, secoue-moi, mords ma main, brise mon front avec un caillou, je veux me réveiller!

Stellina poussait des cris sourds et embrassait son frère.

C'était comme un horrible trio de fous : le vieillard riait des lèvres, les yeux fixes et vitrés; Léontio, la chevelure secouée par l'agitation continuelle dosa tête, et voilant à demi son pâle visage; Stellina se collant à la poitrine nue et brune de L.'ontio et l'inondant de pleurs.

— Impossible! impossible ! s'écria Léontio, la réalité a menti: c'est une iufàme trahison ! tu es un bandit de comédie, vieillard, on t'a aposté ici pour faire ton

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jeu ; laissb-moi, Stellina, laisse-moi le tuer d'un coup

de poignard.

Le poignard étincelait dans la main nerveuse de Léontio, et l'écume tombait de ses lèvres verdàtres. Le vieillard n'eut pas la moindre émotion ; il ne recula pas, il n'étendit point ses bras pour parer le coup ; un calme sourire de bonheur glissa sur sa figure ; ce fat Léontio qui recula.

— Mes bons enfants, dit le vieillard avec un accent mélancolique, oh ! combien je vous ai pleures ! les larm*s ont brûlé mes yeux. Vous revenez d'un long voyage, n'est-ce pas? Venez vite ; vos nobles parents vous attendent. Voyez comme le château s'est paré pour vous recevoir. C'est moi qui ai arboré sur cette tour le pavillon de Léon et de Castille : comme il fait bien au vent ce pavillon ! avez-vous vu la chambre nuptiale? Oh ! elle donne du plaisir !.. Il y a les deux plus beaux cadavres.. .

— Tais-toi, tais-toi, génie denfer ! s'écria Léontio. Mais que me veut ce spectre de vieillard ? Fantôme, rentre dans ta tour. Viens, Stellina ; descendons à la ville... J'ai peur.

— Je ne vous quitte plus, mes jeunes maîtres, je vous suis partout ; ne me refusez pas la grâce de mourir auprès de vous.

— Va-t'en, va-t'en! tu te feras tuer...

— Ah ! vous êtes bien ingrat, Léontio. C'est moi qui ai cousu de mes mains votre suaire...

Stellina n'eut que le temps de détourner le coup de poignard ; il glissa sur le bras du malheureux insensé, et le sang jaillit sur ses haillons.

— Mou frère ! mon frère ! tu te fais assassin ! 0 mon Dieu! veille sur sa raison !

Le vieillard ne remarqua ni le coup de poignard, ni le sang qui coulait de son bras. Léontio s'était un peu calmé à la vue du saug; il s'approcha du vieillard avec

intérêt, pour visiter sa blessure, etenliii parlant avec douceur.

Le vieillard repoussa de la main la main de Léontio; une rougeur écarlate resplendit sur ses joues ridées; des éclairs jaillirent del'azur orageuxde ses yeux. Non ! non! s'écria-t-il d'une voix retentissante, non ! vous n'êtes pas mes jeunes maîtres ! Us sont morts, et bien morts; j'ai senti, moi, l'odeur de leurs cadavres quand ils pourrissaient au soleil. Vous êtes deux spectres sortis de l'enfer avec les figures de Léontio et de Stellina. Oh ! qu'ils ressemblent bien à des spectres, surtout celui-ci! Oh! quelle odeur de soufre ils portent avec eux! Partez, Satan, démons! Frère Gandolfo, viens dire les prières de l'exorcisme ! Oh ! l'enfer ! Comme ils grincent des dents! Léontio crache des lézards! Fantômes ! fantômes ! hors d'ici ! Oh ! elle est belle celle-là; mais voyez ses cheveux : ce sont des couleuvres; sa langue est une flamme d'arsenic! Las Vegas ! Ottayano ! venez lapider ces fantômes qui ont volé la chair de vos enfants ! San Stefano vous fournira les pierres. On les a empoisonnés, vos enfants; c'est le bourgeois Marco Théona, en habit de moine, qui a versé le poison. Il a bien fait le moine Marco. N'est-ce pas Las Vegas qui, par jalousie, a mutilé Théona, le jourmême où Théona épousait sa belle Romaine? J'ai été témoin du crime, moi. Le moine s'est vengé. Théona s'est vengé : crime pour crime. Théona n'était pas de sang noble, lui ! on l'a traité comme un pourceau : Théonas'est vengé, il a bien fait. Bravo, Théona !

Et le vieillard marchait d'un pas précipité vers les ruines, les bras levés au ciel, eu criant: Bravo, Théona!

Un autre acteur arrivait.

C'était le chartreux en habit de paysan; il montait lentement U petit sentier et se dirigeait vers Léontio.

— Suivez-moi, dit-il d'un air mystérieux.

Le chiu'treux marcha vt-rs les ruines du pas résolu

d'un homme qui sait où il va. Il traversa une petite

cour toute jonchée de pierreset de broussailles; il entra dans un vestibule plein de décombres, où paraissait suspendu l'escalier qui conduisait aux appartements supérieurs. Les premières marches en avaient été détruites ; il suppléa aux marches écroulées en amassant des pierres sous les débris de l'escalier, avec l'aide de Léontio. Stellina eut de la peine à les suivre sur ces degrés mouvants et improvisés. Enfin elle atteignit la rampe qui tremblait sous les mains convulsives de Léontio. Les trois acteurs de cette scène, parvenus au premier étage, traversèrent une galerie dévastée, dont les fresques avaient presque entièrement disparu. On lisait sur les murs d'atroces injures contre les Espagnols; elles paraissaient écrites avec du sang. Au bout de la galerie était une porte murée; l'étranger s'arrêta devant et tira des plis de son manteau un énorme instrument de fer.

Une brèche assez large fut faite en un instant. L'obscurité régnait dans cette salle, dont la fenêtre avait été murée comme la porte. L'inconnu entra le premier et démolit le mur bâti contre les volets.

— Entrez, dit-il à Léontio ; il fait grand jour maintenant, et il laissa tomber son marteau de fer. Léontio, Stellina, reconnaissez-vous cette chambre?

Stellina était mourante ; elle s'assit sur un fauteuil et ne répondit pas. — Comment voulez-vous que je la reconnaisse? répondit vivement Léontio; je ne suis jamais venu cà Naples, et cette salle est fermée depuis bien longtemps.

— Eh bien ! dit froidement l'inconnu, c'est votre chambre nuptiale, c'est la chambre où vous êtes morts.

— Ah! quand ce rêve finira-t-il! murmura tout bas Stellina. Léontio était au désespoir et regardait autour de lui avec des yeux etfrayants.

— Il s'est commis un crime, dit-il, oui, un crime;

ce marbre l'atteste ; ce marbre abii du sang ou la sueur d'une double agonie! On reconnaît là les traces de deux cadavres.

— Oui, tu dis -vrai, Léontio; c'est ici où tu as été empoisonné, toi et ton épouse ; voilà la trace du cadavre de Stellina, voilà la trace du tien. Ces deux flambeaux ont éclairé ta dernière nuit; ces habits sont les tiens ; ces robes sont celles de ta femme; vous pouvez les revêtir : ils iront à votre taille ; voilà ton épée, dont la poignée d'argent ligure la lettre L. Reconnais ton cbiffre^ Léontio. Voilà le lit nuptial ! tu n'y as jamais dormi, jeune époux !

— Songe d'enfer ! s'écria Léontio au comble du délire; sainte Vierge, à mon secours! Est-ce qu'il ne me semble pas maintenant que je reconoais cette cbambre? Ce souvenir a été fugitif comme l'éclair, mais j'ai eu le temps de le saisir, Stellina !..

— Viens, viens, mon frère; sortons, sortons, ou je meurs ici, oui, j'y meurs!..

— Pour la seconde fois, dit l'inconnu avec un grand calme.

Jamais figure d'homme n'exprimera le mouvement intérieur de Léontio à cette réponse poignante de sang-froid.

L'inconnu continua :

— Jeunes gens, ce n'est rien encore ; vous êtes ici en mon pouvoir, vous n'en sortirez qu'après avoir tout vu. Je vous épouvante, n'est-ce pas? Il faut que tu sois bien lâche, non pas toi, faible femme, mais toi qui as déjà le regard de l'homme, et qui parais en avoir le cœur; regarde si j'ai l'air de trembler, moi. Léontio! regarde ma figure, elle est sereine, mes doigts n'ont pas de convuïsions, mon pouls est calme ! Je suis d ius un lieu où tout me rappelle une épouvantable nuit, une nuit comme les étoiles n'en éclai- IV i ont plus; eh bien ! je suis à mou aise. Et pourtant.

lorsque je vous vois tous deux là, devant moi, devant ces portraits, devant ces vêtements de noces, je suis moins sûr de mon existence que de votre mort. Pour moi, vous êtes deux horribles fantômes échappés du tombeau afin de troubler.ma vie. Tu dis que tu crois rêver, Léontio! et moi je ne puis pas même me rassurer avec cette idée du songe, car je n'ai pas ton imagination folle, moi. Je me rends fort bien compte de mon état; je sais que tout est réalité dans ce que je vois, et ce que je vois, je ne le comprends pas. Léontio, il y a dix-huit ans passés que je me snis enfermé dans la chartreuse Saint-Martin; là, je ne me suis occupé que de Dieu et de toi , Ce que le monde a fait dans ce temps, je l'ignore et m'en soucie fort peu; je n'ai pensé qu'à ce qne j'ai fait, et surtout à ce qui m'a été fait. J'ai cherché dans le calme d'une chartreuse une distraction à mes souvenirs, un remède à mes maux, un pardon âmes... fautes. Après dix-huit ans, je touchais à la guérison. Je t'ai vu hier, toi et ta femme !.. Que maudit soit le jour d'hier. C'est le démon du fort Saint-Elme qui vous a conduits par la main à la chartreuse ! Mes dix-huit ans de résignation sont perdus! Il faut que je me mette à la piste d'une énigme, et si j'en trouve le mot, il faut que ma main soit esclave d'un ancien serinent fait sur la tombe de ma femme! il faut que je ramasse cette aiguille d'or et qu'avec sa pointe j'écrive, pour la seconde fois, ud mot sur la poitrine d'un cadavre. Tout cela n'est pas bien clair pour toi, Léontio; mais ces murs me comprennent, ces marbres tremblent en m'écoutant, les rideaux de cette alcôve frissonnent. Oh ! Dieu m'en est témoin, si je forme un vœu à cette heure, c'est que ta chair ne soit point de la chair, c'est que la chair de ta femme ne soit pas une chair de femme ; soyez spectres tous deux pour me rendre innocent. Rassure-moi, Léontio; n'est-ce pas que tu viens de

sortir de la tombe? Te souviens-tu d'avoir vécu au soleil? Non, non, ton corps n'est que l'apparence d'un corps, n'est-ce pas? Laisse-moi toucher les cheveux de ta femme.

— Misérable! je t'étrangle, si ton regard seulement souille ma sœur!

— Oh! ne t'alarme pas, Léontio; ma main ne peut rien sur une femme : elle est froide comme celle d'une statue ! Si le cœur d'une femme pouvait palpiter sous ma main, nous ne serions pas ici occupés à nous servir d'épouvantail mutuel.

— Oh ! s'écria Léontio, voyons, qu'as-tu à me dire encore? Ma sœur a besoin de repos; délivre-nous de toi et de ton attirail de mort; je suis las de t'écouter, voici bientôt la nuit...

— Ah ! tu es las de m'écouter ! dit l'inconnu avec un aigre sourire; ce n'est pas du sang de fantôme qui coule dans tes veines! tu n'as pas la froideur du tombeau, bouillant jeune homme; tant pis! Eh bien ! si tu n'écoutes pas, regarde !

Et il arracha lestement les voiles noirs qui couvraient les deux portraits; on aurait dit qu'ils avaient été peints la veille : ils étaient frappants de ressemblance, de formes, de taille, avec Léontio et Stellina.

— Pour compléter laressemblance, ajouta l'inconnu, ramassez vos habits de noces et revêtez-les.

Stellina se leva, fît le signe de la croix et retomba sans connaissance sur le fauteuil; le cri de l'effroi s'arrêta entre les lèvres béantes de Léontio. Les doigts de sa main gauche se crispaient dans les larges touffes de st'S cheveux. Il s'évanouit.

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