L. Didier. — L'Amérique
la ligne chilienne partant de Antofogasta; elle dessert Hiianchaca, la plus importante mine d'argent de Bolivie, et aboutit à Oruro; elle date de 1888-90; la longueur est de 923 kilomètres.
En 1892 le Chili avait deux réseaux : celui des lignes de l'Etat, qui comptait 1,106 kilomètres, et le réseau des lignes particulières, qui atteignait un développement de 1,662 kilomètres.
Le Pérou avant la conquête espagnole, par Ern. Desjardins, Paris,
Relation du voyage de la mer du Sud aux côtes du Chili et du Pérou, par Frézier, Paris, 1716.
Recueil de voyages dans l'Amérique méridionale, par Fr. Coréal, Amsterdam, n38.
Histoire des tremblements de terre arrivés à Lima, par Haies, trad. de l'anglais, la Haye, 1752.
Voyage au Pérou en 1791-94, ^ovi. Skinner, Paris, 1809 (donne surtout des détails sur les missions des Andes).
Voyage en Araucanie, Chili, Pérou, Colombie, par W.-B. Stevenson, traduit par Setier, Paris, 1828.
Voyage au Chili, au Pérou et au Mexique en 18^0-^2, par Basil! Hall, trad. française, Paris, 182i.
Souvenirs de l'Amérique espagnole, par Max Radiguet, Paris, 1856.
De Québec à Lima, Journal d'un voyage en 1858-59, par le vicomte de Basterot, Paris, 1880.
Voyage dans l'Amérique du Sud, par E. Grandidier, Paris, 1861.
Promenade à travers l'Amérique du Sud, par le comte de Gabriac, Paris, 1868.
Voyage à travers l'Amérique du Sud, par P. Marcoy (de Saint-Cricq), Paris, 1869 (a paru aussi dans le Tour du monde, 1867;.
Pérou et Bolii'ie, par Ch. Wiener, Paris, 1880.
Chili et Chiliens, parle même, Paris, 1888.
Du Pacifique à l'Atlantique, par 0. Ordinaire, Paris, 1892.
Des Andes au Para, par Marcel Monnier, Paris, 1890.
Bolivia, par A. Bresson, Paris, 1886.
Histoire de la conquête du Pérou, par Prescott, trad. française, Paris, 1861-63.
Le Pérou, par Emile Carrey, Paris, 1875.
A History of Peru, by Clément Markham, Londres, 1892.
Lima, par Manuel A. Fueutes, Paris, 1866.
Histoire de la guerre du Pacifique (1879-81), par D. Barros Aranas, 2 vol. iu-8<», Paris, 1881.
La jeune Amérique, Chili et Bolivie, par A. Bellessort, Paris, 1897.
Diaz de Solis. — Jeau Diaz de Solis, qui avait découvert les embouchures du fleuve des Amazones, parcourut eu 1515 les côtes du Brésil et arriva dans le grand estuaire formé par les fleuves Parana et Uruguay; il lui donna le nom de mar dulce, qu'il conserva jusqu'à l'arrivée de Sébastien Cabot. Solis descendit à terre près des embouchures des deux fleuves ; il fut massacré et mangé par les terribles indiens Charmas, que les Espagnols ne purent jamais soumettre et durent exterminer vers 1800'.
Sébastien Cabot. — Sébastien Cabot, le second explorateur de cette région, partit d'Espagne en 1526 (3 avril); il fut surpris de trouver sur les indigènes des ornements d'or et d'argent, qu'ils échangeaient avec empressement contre des bagatelles d'Europe; voilà pourquoi, prenant une pièce de monnaie, il la jeta dans le golfe en disant qu'il s'appellerait désormais rio de la Plata, ou rivière de l'argent. Il remonta le Parana, pénétra dans le Paraguay jusqu'au confluent du Vermejo, cherchant partout le pays qui devait renfermer les mines. Il construisit des forts près du confluent de l'Uruguay et du Parana ; San-Salvador sur l'Uruguay, et celui de Sancli Spiritus sur le Parana; ce dernier fut détruit par les Indiens en 1532, deux ans après le départ de Cabot-.
Mendoza et Cabeza de Vaca. — Les découvertes de Cabot, ou plutôt les espérances qu'elles permettaient de former, décidèrent Charles -Quint à tenter la colonisation du pays; il en chargea Pedro de Mendoza, qui fut nommé adelantado et partit en 1534 avec 2,500 colons, parmi lesquels se trouvaient de nombreux Flamands. Il fonda Bueuos-Aires sous le nom de Nuestra-Senora de Buenos-Aires, parce que la région était très salubre. Il y laissa une
1. Les Charmas habitaient la côte nord de l'estuaire, et étaient surtout cantonnés sur les bords de l'Uruguay ; ils ont fait pprdre à l'Espagne plus de soldats que les conquêtes du Mexique et du Pérou. Ils ne disparurent pas complètement après le massacre de 1800 ; le général Ribeira dut encore diriger une expédition en 1831, d'où il ramena une centaine de prisonniers.
L'île Martin-Garcia, en face l'embouchure de l'Uruguay, a conservé le nom du pilote de Solis.
2. Un compagnon de Cabot, L. Ramirez, écrivit une relation de ce voyage, qui a été traduite en français et publiée dans les Nouvelles Annales des voyages, 4» série, tome XV, p. 3'.)-73.
colonie qui fut complètement détruite par les Indiens. 11 enroya dans l'intérieur don Juan de Ayolas, qui se tixa (15 août 1536) sur les bords du Paraguay, à un endroit appelé Lombaré (nom d'un cacique), auquel on donna plus tard le nom de Assomption; Assomption devint la capitale des établissements espagnols, et fut la résidence des gouverneurs jusqu'en 1620. Mendoza s'embarqua pour l'Espagne eu lu38 et mourut en mer. Son successeur fut Nunez Cabeza de Vaca, qui avait servi sous Mendoza; revenu d'Espagne en 1541, il débarqua sur la côte de Santa- Cathalina et gagna Assomption par terre (1541-42) ; il essaya de relever Buenos- Aires en 1542, mais la colonie fut encore détruite. Sous ces deux gouverneurs furent importés les premiers chevaux, des vaches, des taureaux qui devaient se multiplier si rapidement dans les pampas, et qui furent immédiatement appréciés des Indiens*.
Irala. — Le véritable conquérant de lu Plata fut D. Domingo Martinez de Irala (1542-1557), qui détruisit de nombreuses tribus indiennes et pénétra jusqu'à la Cordillère, où il donna la main aux Espagnols du Pérou.
Établissement définitif de Buenos- Aires. — Son troisième successeur fut Jean de Garay, qui releva pour la troisième fois Buenos- Aires. Il acheta le terrain pour un cheval aux Indiens Querandis. La maison qu'il se construisit existe encore. Elle devint capitale d'un second gouvernement en 1620, eut un évêché en 1622 et une audience royale en 1665». Son développement ne commença qu'au moment où elle devint le siège d'une vice-royauté, en 1779. Elle avait 90,000 habitants en 1700.
La colonie sous la domination espagnole. — La colonie ne renfermait pas de métaux; elle eut peu d'importance aux yeux
1. Mendoza avait débarqué avec IG vaches, 2 taureaux, 32 chevaux ou juments, 20 chèvres, 46 moutons, 18 chiens, qui furent emmenés dans l'intérieur par Ayolas et Irala ; la faim les força à les manger. Alors Cabeza de Vaca vint du Paraguay avec 10 vaches et un taureau, qui sont les ancêtres des immenses troupeaux de la pampa. Voir le 8i* volume de la Uakluyt Society, qui renferme deux mé< moires de Cabeza de Vaca et de l'Allemand Ulrich Schmiilt.
2. Jusqu'en 16f0 Buenos-Aires n'éprouva pas le besoin de posséder des magistrats réguliers ni des avocats. Le cabildo (conseil municipal) réglait les différends de la population fort peu nombreuse ; en 1613 il apprit le départ de Séville de trois avocats qui venaient se fixera Buenos-Aires ; il les empêcha de débarquer. En 1620 il fit venir des magistrats de Charcas (Haut- Pérou, Bolivie actuelle); ces magistrats furent si rapaces que l'on demanda dans la suite la création d'un tribunal permanent; on fonda l'audience royale, qui fut installée en 1661. Les magistrats formèrent une caste très orgueilleuse, très arrogante, très exigeante : on devait se découvrir sur leur passage; ils introduisirent l'usago de la perruque poudrée; on les appela pe/uca'ie<,- une ordonnance royale les obligea à adopter un genre particulier de coiffure formant un toupet {copete) sur le front; on les appela aussi yente de copete. Ils appliquèrent les fameuses lois des Indes, commencées sous Pliilippe II et promulguées le 18 mai 16S0 ; elles on tété conservées dans la République jusqu'en 1870; on les enseignait à Charcas, et, à partir de 1821, à l'université de Buenos-Aires.
des Espagnols, et son histoire présente peu de faits à retenir jusqu'au moment de l'indépendance. Les Espagnols y trouvèrent de nombreuses tribus indiennes appartenant aux trois grandes races quichua, guarani et araucane. Us cherchèrent à se les assimiler et contractèrent avec eux de nombreuses alliances, surtout avec les Guaranis, peuple d'agriculteurs paisibles qui s'appelait la Grande Nation et peuplait tout le centre du continent, de la Plata au Darien. La race conquérante fut absorbée par les indigènes. La guerre ne commença qu'au xviiio siècle; en 1726 les créoles de Buenos-Aires voulurent soumettre les Indiens de l'Uruguay et furent souvent battus, surtout vers 1739 et 1740. Elle a recommencé de nos jours; la République a soumis, ou plutôt anéanti les Indiens des pampas de 1877 à 1881. Il n'en reste que quelques milliers.
Établissements des jésuites. — Les jésuites avaient mieux réussi en employant les moyens pacifiques. Ils avaient débarqué en 1549 sur les côtes du Brésil, où ils rencontrèrent des tribus de Guaranis et les suivirent dans l'intérieur; d'autres jésuites vinrent du Pérou en 1567; ils arrivèrent au Paraguay en 1588. Leur centre d'opération fut d'abord Cordoba, où ils établirent une université en 1613 ; puis ils se transportèrent sur les bords du Parana et de l'Uruguay, où ils fondèrent leur première réduction, appelée Loreto (1609); en 1631 ils en avaient 20 peuplées de 70,000 Guaranis convertis ; en 1730 le nombre s'éleva à 30, comprenant une population de 133,700 âmes, et au moment de leur expulsion en 1767 ils dirigeaient 144,000 Indiens bien disciplinés qui s'occupaient de travaux agricoles. Indépendants des gouverneurs espagnols, les jésuites firent des règlements pour toutes les branches de l'administration, même pour l'organisation miUtaire, afin de pouvoir se défendre contre les Portugais. On ne peut nier qu'ils surent civiliser les tribus indiennes et leur assurer une existence heureuse, sans les astreindre à des travaux pénibles. Ils organisèrent un communisme chrétien qui leur permit d'accomplir des travaux, de construire des monuments aujourd'hui en ruines et perdus dans la forêt qui a recouvert les champs cultivés des Missions. Leur œuvre ne fut pas continuée, et les premières victimes du décret royal de 1767 furent les malheureux Indiens ; leurs communautés se dispersèrent; en 1801 ils n'étaient plus que 45,000'.
1. « Ils amusaient leurs néophytes par une grande quantité de bals, de fêtes et de tournois; et dans toutes ces cérémonies ils faisaient porter aux acteurs et au corps municipal les habits les plus précieux que l'on inventait en Europe. Ils donnaient chaque année à tous les Indiens l'habillement et leur fournissaient une nourriture suffisante et même abondante. Ils se contentaient de les faire travailler à peu près la moitié de la journée, et le travail même avait un air de fête, parce que quand les ouvriers partaient pour aller travailler aux champs, ils marchaient toujours en procession avec de la musique, et portant quelque petite statue sur un brancard. On commençait par dresser une feuillée pour la placer, et la musique ne discontinuait pas jusqu'au retour à la peuplade, qui s'exécutait comme le départ.
« ... Leurs églises, les plus grandes et les plus magnifiques de ces contrées, étaient
Lutte avec les Portugais. — Si les Espagnols ne purent pas tirer parti des richesses naturelles et du sol des pampas, ils eurent au moins l'honneur de défendre la colonie contre les Portugais. Ces derniers réclamèrent la côte nord du rio de la Plata et y fondèrent la colonia del Sacramento en face de Buenos-Aires, et Montevideo sur un promontoire avancé de l'estuaire (1773). Les Espagnols s'en emparèrent immédiatement, mais le différend concernant les frontières ne prit fin en 1777 qu'après une longue enquête, des explorations qui eurent au moins le mérite de procurer quelques renseignements sur les pays que les deux gouvernements se disputaient sans le connaître.
L'indépendance. — Aucune colonie n'était mieux préparée à l'indépendance; les événements vinrent la favoriser. L'Espagne avait dû déclarer la guerre à l'Angleterre en 1804; en 1806 une flotte débarqua un corps de troupe sur les côtes de la Plata, et Beresford occupa Buenos-Aires. Les autorités de la colonie ne purent rien faire pour la défense. Jacques de Liniers, ofûcier de marine au service de l'Espagne, commandait alors le port de Ensefiada; obligé de céder devant la flotte anglaise, il alla chercher des troupes à Montevideo et chassa les Anglais. Il fit échouer, l'année suivante, une nouvelle tentative d'occupation anglaise, et fut nommé vice-roi. Quand Napoléon plaça Joseph sur le trône d'Espagne, il envoya le comte de Sassenay, un ancien émigré, auprès de Liniers pour le décider à préparer l'annexion de la colonie à la France'. Les Argentins voulaient être indépendants; ils se soumirent à la junte de Séville et proclamèrent comme vice-roi B. Hidalgo de Cisneros y la Torre, un administrateur faible qui laissa préparer la révolte; elle se produisit en 1810, à la date devenue historique du 25 mai, parla formation d'une junte locale. Une des premières victimes delà révolte fut Liniers, que les créoles fusillèrent dans la pampa, près de Cordoba. Le principal fait de la guerre fut le siège de Montevideo; le 9 juillet 1816 le congrès de ïucuman proclama l'indépendance de la colonie, qui prit le nom de Provinces-Unies de r Amérique du Sud. La première constitution, promulguée en 1819, était copiée sur celle des États-Unis.
Les guerres civiles. — ■ La nouvelle république comprend deux sortes de population : celle des villes, qui a conservé ou adopté les usages de l'Europe; celle des pampas, les gauchos, ignorante, robuste, audacieuse, instrument de révolutions violentes. 11 se forma immédiatement deux grands partis, qui ont lutté jusqu'en 1860: le
pleines de très g^nds autels, de sculptures et de dorure.<(, et les ornements ne pouTaient pas être plus précieux, ce qui fait voir que les jésuites em[iloyaient à cesdépensesau moins une partie des biens des communautés. Leurs maisons étaient ordinaires, mais ils avaient de grands magasins. » (F. de Azara, Voyage dans l'Amérique ni'iridionale, Paris, Dentu, 1800, II, p. 2i9-25i.)
1. Napolt}on /•» et la Fondation de la lii'-publique Argentine, Jacques de Liniers et le marquis de Sassenaij, par le marquis de Sassenay, Paris, Ploii, ISOi, in-12. Jacques de Liniers (1753-1810) était né à Niort.
parti unitaire, composé de personnages relativement instruits, graves, doctrinaires comme nos libéraux de 1830; ils voulaient rétablir la centralisation et donner à la république une organisation monarchique; ce parti est surtout représenté par Rivadavia, qui eut le grand mérite de favoriser l'immigration par son décret du 22 septembre 1822. Ce parti fut vaincu par Rosas, un gaucho, chef du parti fédéraliste, qui se composait des chefs puissants des exploitations d'élevage, les caudillos. 11 fit une guerre féroce aux unitaires; sa devise était : Mueron los salvajes unitarios (mort aux sauvages unitaires). Il fut battu en 1852, et dut se réfugier en Angleterre, où il est mort en 1877. Malgré sa défaite, le régime fédéral a été consacré par la constitution de 1853 revisée en 1860. Le président est élu pour six ans et entre en fonctions le 12 octobre, jour anniversaire de la découverte de l'Amérique; il est responsable et gouverne avec cinq ministres irresponsables. Depuis cette époque la République Argentine s'est appliquée à favoriser le développement de ses richesses naturelles; sa population a doublé*; elle a construit de grandes lignes de chemins de fer ; celle de Mendoza, qui va être reliée à Santiago, fut inaugurée en 1884, Une crise financière a provoqué en juillet 1890 une révolution ; le président Juarez Celman a dû se retirer et a été remplacé par Pellegrini. La ville de Buenos-Aires est devenue capitale et propriété fédérale. La province de ce nom s'est donné une nouvelle capitale : c'est la Plata, fondée le 19 novembre 1882^.
Francia au Paraguay. — En 1810 le Paraguay était gouverné par un homme aimable, paternel, D. Bernardo Velasco; le Paraguay refusa de se joindre au mouvement commencé par Buenos- Aires, et repoussa Belgrano qui voulait l'aider à s'affranchir. Les idées d'indépendance étaient aussi très vives au Paraguay, mais on voulait agir en liberté et ne pas se lier en partageant les destinées de Buenos-Aires. La révolution se produisit en mai 1811; on nomma une junte qui fut dominée par D. José Gaspar Rodriguez de Francia, fils d'un administrateur des tabacs, Brésilien de naissance. Au congrès de 1813, Francia fît nommer deux consuls, et changea le nom de province du Paraguay en celui de République ; en 1814 Francia fut nommé dictateur et garda ce titre jusqu'à sa mort, le 20 septembre 1840. Francia fut un dictateur austère, désintéressé, sévère et cruel; il gouverna sans conseillers. Sa maxime était « que la liberté doit être proportionnée à la civili-
1. Si la République Argentine était peuplée comme le Brabant, elle aurait 930 millions d'habitants. Elle est seulement de 4,500,000. Elle a reçu, de 1857 à 1889, 1,374,797 immigrants, dont la majorité est formée d'Italiens (65 pour 100).
2. Les quatorze villes qui servent de capitales aux États et leur donnent leur nom furent fondées au xvi' siècle, excepté Parana, qui date de 1730. San-Louis del Ester© fut fondée en 1549; Mendoza, en 1561; San-Juan, en 1562; Tucuman, en 1505 ; Santa-Fé et Cordoba, en 1573 ; Catamarca, en 1570 ; Buenos-Aires, en 1580 ; Salta, en 1582; Corrientes, en 1588; Rioja, en 1501 ; Jujuy, en 1592; San-Louis, en 1597.
palion, et que là où le besoin ne s'en fait pas sentir, elle ne peut être que préjudiciable. »> Il abaissa le clergé et diminua sa richesse ; il interdit tout commerce avec l'étranger, défendit rentrée de sou État, et retint prisonnier le savant Bonpiand', qui était venu herboriser sur les terres de la République; il défendit à ses sujets de quitter le pays, ce qui les obligea à s'occuper d'agriculture : à ce dernier point de vue, sa tyrannie fut profitable au pays.
Les deux Lopez. — On rétablit le consulat en 1841, mais la dictature reparut bientôt; elle fut exercée avec une grande élévation de sentiments et une grande intelligence par don Carlos Antonio Lopez et son fils Solano Lopez. Antonio Lopez lutta avec Buenos- Aires pour obtenir la libre navigation du Parana, et son fils soutint contre le Brésil, l'Uruguay et la République Argentine cette guerre épique qui dura de 1866 à 1870 et se termina par la défaite du Paraguay au Cerro-Cora (1" mars 1870). Cette guerre avait fait périr un million d'hommes et dépeuplé le Paraguay, mais la nationalité fut sauvée; le Paraguay n'eut pas le sort de la Pologne, à laquelle on l'a comparé à cause de sa situation continentale. Le petit peuple se donna une nouvelle constitution, qui l'a fait sortir du régime de dictature; elle fut rédigée par un congrès en 1870; elle est très libérale et permet aux étrangers d'entrer et de sortir librement, La population a régulièrement augmenté ; elle était de 768,000 en 1866, avant la guerre, elle est actuellement d'environ 500,000; elle comprend 228 Français. Elle est une des plus intéressantes de l'Amérique espagnole; son patriotisme lui a valu l'estime générale ; elle a justifié les fières déclarations que A. Lopez adressait à Buenos-Aires en 1845 :
« Le peuple du Paraguay ne saurait être conquis {es inconquistable); il peut être écrasé par quelque grande puissance, mais il ne sera jamais l'esclave d'aucun pouvoir. Dans ces termes, toutes contestations ultérieures doivent cesser; il est en outre injurieux de proposera un peuple qu'il abdique sa nationalité et son existence politique. »
Uruguay. — La région qui forme aujourd'hui la République orientale de l'Uruguay fut enlevée aux Espagnols par le général Artigas soutenu par le général français Rondeau, à la suite d'une guerre qui se prolongea de 1811 à 1815; il se brouilla avec la junte de Buenos-Aires qui n'avait pas voulu recevoir ses députés. Le Portugal intervint pour essayer de nouveau d'occuper la rive gauche de la Plata. Le général Lecor partit de Lisbonne en 1816 et occupa toute la province, qui fut annexée à la colonie du Brésil sous le nom de province Cisplatine. Quand le Brésil devint
1. Aimé Bonpiand était né à la Rochelle en 1773 ; il fut intendant de la Malmaison et reçut le dernier soupir de l'impératrice Joséphine en 1814; il conseilla à Napoléon de se rendre au Mexique en 1815. Nous le trouvons professeur de sciences naturelles à Buenos-Aires en 1817; fut retenu au Paraguay de 1821 ù 1831, et se fixa ù San-Borja-sur-Urugiiay. Il est mort en 1858, après avoir légué •et collections à la France.
indépendant, en 1823, l'Uruguay réclama son autonomie et la fit accepter au Brésil en 1828; la constitution, votée par l'Assemblée constituante en 1829, fut promulguée en 1830. Son premier président fut le général Fructuoso Rivera, dont le nom a été donné à un département. La nouvelle République a eu une existence très agitée; elle dut se défendre contre Rosas de 1848 à 1851; l'insurrection contre le président Florès en 1864 fut une des causes de la guerre contre le Paraguay.
Explorations. — La région des pampas est aujourd'hui complètement connue ; elle a été traversée en tout sens par les explorateurs, des Anglais surtout, qui s'abattirent sur le pays après l'indépendance pour en exploiter les richesses : le plus intéressant récit de cette première époque est celui de Head, qui traversa plusieurs fois les pampas vers 1825; la première description générale et scientifique a été donnée en 1864 par le docteur français Victor-Martin de Moussy. Il alla à la Plata pour se rendre compte des difficultés d'acclimatement pour les Européens; il dut rester douze ans à Montevideo avant de pouvoir pénétrer dans la République Argentine, alors dominée par Rosas; après la chute de ce dernier, il fit un voyage de cinq ans à travers toutes les provinces, de 1855 à 1859^
Chaco-Grande. — Au nord de la République nous trouvons encore une région inconnue appelée le Chaco-Grande, habitée par des tribus indiennes chassées du Pérou à l'époque des Incas. Elle est partagée entre le Paraguay, la Bolivie et la République Argentine; deux grands fleuves la traversent : le Pilcomayo et le Vermejo ; le premier est navigable à la sortie des montagnes de la Bolivie et à son embouchure, et cependant aucun explorateur n'a pu le suivre sur tout son parcours. Ayolas, le fondateur de l'Assomption, voulut traverser le Chaco pour gagner le Pérou : il fut tué par les Indiens; Alvar Nunez et Irala, qui reprirent son projet, durent revenir en arrière. En 1721, le P. Patino voulut résoudre le problème : il remonta le fleuve pendant vingt-cinq jours, mais fut arrêté par une barrière de rochers et des rapides; il fut aussi attaqué par les Indiens et dut revenir à Assomption. Il avait remonté le fleuve à 364 lieues de son confluent. Van Nivel, officier bolivien, partit de Bolivie en 1844, trouva des lacs, des forêts, descendit sur un parcours de 300 lieues et dut revenir, en affirmant que la navigation du Pilcomayo est impraticable. Azara, en 1785, avait conclu de la même façon.
Crevaux. — En 1881, le' docteur Crevaux, jeune docteur français, connu par de nombreuses explorations de la Magdalena, de rOrénoque, du fleuve des Amazones, arriva à Buenos-Aires avec l'intention d'aller étudier les affluents de droite des Amazones; le ministre de Bolivie lui parla du Chaco. Crevaux se rendit en Boli-
1. Son ouvrage est intitulé Description géographique et statistique de la Confédération Argentine , 3 vol., Paris, 18G0-G4.
vie, descendit le Pilcomayo et fut massacré par les Indiens Tobas le 21 avril 1882. Buenos-Aires lui a élevé un monument. Ce crime provoqua de nombreux voyages; deux missions argentines dirigées parle lieutenant-colonel Fontana (assisté de l'ingénieur français RIarguin) et le colonel Sola, remontèrent le neuve jusqu'en Bolivie, au delà du point où fut massacré Crevaux. A. Tiiouar partit de Bolivie et arriva le 11 septembre 1883 à l'endroit exact où avait eu lieu le massacre. 11 retrouva des témoius du crime. Il trouva le tleuve bordé de sables ; et, après de nouvelles études faites à la demande du gouvernement argentin en 1885 et en 1886, il dut reconnaître Timpossibilité d'établir une route ou un chemin de fer. 11 serait préférable de canaliser le Pilcomayo en exploitant le sable aurifère et les riches alluvions de ses bords'. Comme l'a reconnu Feilberg*, qui a pénétré dans le fleuve avec deux vapeurs en 1885, il forme de nombreux coudes, s'étend dans la plaine et ne présente parfois que deux pieds de profondeur. Il n'est donc pas navigable dans son cours moyen. Le voyageur français vicomte Joseph de Brettes a voulu traverser le Chaco sans suivre les fleuves; en 1885 il partit de Corrientes et découvrit un grand lac salé, qu'il longea pendant neuf jours; il a proposé de l'appeler lac Crevaux; il voulut gagner la Bolivie en passant entre les deux fleuves Vermejo et Pilcomayo, mais échoua; eu 1887 il partit de Apa, suivit une senda (sentier) indienne à travers la foret, mais, ne put atteindre Tanga en Bolivie, but de sou voyage. Il avait rencontré « des forêts vierges inextricables, de vastes plaines sans eau, puis des marécages, d'immenses lacs, enfin de nombreuses tribus indiennes encore à l'état primitif et hostiles aux blancs; partout le camjjo est couvert d'herbes; c'est un merveilleux tet^ntoire de chasse et d'élevage, réservé aux colons de l'avenir'. » La République Argentine a déjà accordé, depuis 1883, surtout depuis- 1887, de nombreuses concessions de terre dans ses deux territoires de Chaco et de Formosa (ville fondée en 1878 sur le Paraguay*).
Patagonie. — Depuis le jour où Heruando Arias de Saavedra^ gouverneur du Paraguay, pénétra en Patagonie et en prit possession, les Espagnols, puis les Argentins, ont à peine reconnu l'immense territoire du sud. Cavendish remonta en 1591 la rivière
1. A. Thouar, Exploration dans l'Amérique du Sud, Paris, 1891. Le danger des inondations est un autre obstacle à l'établissement d'une route quelconque le long du fleuve. — En 1890 Thouar a étudié le rio Salado.
i. Feilberga dressé une carte du Chaco qui fut levée par l'ingénieur OlarStorn. Mentionnons aussi l'expédition du général argentin Victorica en 1884-86.
3. National du 29 janvier 1889. Lire le récit de ses aventures dans Amérique inconnue, par Mallat de Bassilan, l'aris, 1892, et la conférence du voyageur publiée par la lîevue de géographie, tomes XXIV et XXV.
4. Une colonie française s'y est installée pour exploiter les forêts immenses. de quebracho Colorado, arbre très élevé, de couleur rouge foncé, à libre très serrée, d'une grande dureté. On l'appelle aussi roble de hierro (chêne de fer); il est incorruptible et renferme beaucoup de tanin. {Bulletin de la Soc. de géographie de Hoche fort, I68î, p. 130.)
Désirée; au xviiie siècle, Falkner, un chirurgien irlandais affilié à l'ordre des jésuites, connut quelques tribus indiennes; Biedma et Villarino ne s'éloignèrent guère du littoral. En 1829 Alcide d'Orbigny passa huit mois dans la Patagonie, et donna une exacte description des tribus de Patagons, qui sont de très beaux hommes, vigoureusement constitués, et qu'on retrouve dans la Terre de Feu, où ils portent le nom de Onas. En 1869 et 1870, le capitaine Masters, parti de la colonie pénitentiaire du Chili, Punta-Arenas, revint par le rio Negro.
Francisco Moreno, en 1874, a suivi l'itinéraire opposé et a surtout exploré le Chubut et le Santa- Cruz. Dans la longue liste des voyages d'étude qui se continuent aujourd'hui, nous trouvons les noms de Ramon Lista (1877), de Fontana (1886-88), actuellement gouverneur du territoire de Chubut où il a fondé des colonies et découvert plusieurs passages à travers les Andes pour communiquer avec le Chili; du Roumain Julio Popper, plus connu par son exploration de la Terre de Feu, où il a découvert de l'or en 1886; du docteur Machon (1892), qui a étudié la région volcanique du Neuquen; d'un autre docteur, Joseph von Siemirodoki, de Michelsen, etc. La République a partagé la Patagonie en cinq territoires : le Neuquen, le Chubut, le Rio-Negro et le Santa-Cruz (qui en comprend deux); depuis le traité de partage signé avec le Chili le 23 juillet 1881, elle possède la partie orientale de l'archipel.
Malouines. — A l'est dans l'Atlantique se trouve un autre archipel sur lequel la République prétend avec raison avoir des droits ; ce sont les Malouines, qui étaient très fréquentées au xviii** siècle par les pêcheurs malouins et furent peuplées de familles acadiennes transportées là par Bougainville. La France les céda à l'Espagne, qui les accepta officiellement, et c'est le fait sur lequel la République Argentine justifie ses droits ; elle en prit possession eu 1820, mais les Anglais les occupèrent en 1831 à la suite de difficultés avec Buenos-Aires. Elles ont été érigées en colonie anglaise en 1892, sous le nom de colonie des îles Falkland. Elles comptent 1,900 habitants, qui s'occupent surtout de l'élevage du mouton.
Ressemblance avec les plaines d'Asie ; les caravanes. —
« Cette extension de la plaine imprime à la vie intérieure une certaine teinte asiatique qui ne laisse pas d'être très prononcée. Plusieurs fois, en voyant se lever la lune tranquille et resplendissante au milieu des herbes de la terre, je l'ai saluée machinalement avec ces paroles de Volney dans les Ruines : « La pleine lune de l'Orient s'élevait sur un
fond bleuâtre aux pleines rives de l'Euphrate. » Et, en effet, il y a dans les solitudes argentines quelque chose qui rappelle les solitudes asiatiques; l'esprit rencontre quelques analogies entre les pampas et les plaines qui s'étendent entre le Tigre et TEuplirate; il y a quelque lien de parenté entre la troupe isolée de charrettes qui croise nos solitudes pour aller à Buenos-Aires, et la caravane de chameaux qui se dirige vers Smyrne ou vers Bagdad. Nos charrettes voyageuses sont une espèce d'escadre de petits bâtiments dont la population a ses coutumes, son idiome, son habillement particulier, qui la distingue des autres habitants comme le marin se distingue des hommes de terre. Le capataz en est le chef, comme en Asie le conducteur de la caravane; il faut pour cet emploi une volonté de fer, un caractère déterminé jusqu'à la témérité, pour contenir l'audace et la turbulence des flibustiers de terre qu'il doit gouverner et dominer à lui seul dans la solitude du désert.
Au moindre signe d'insubordination, le capataz arbore son fouet {chicote) garni de fer et décharge sur l'insolent des coups qui blessent ou contusionnent; si la résistance se prolonge, avant d'en arriver au pistolet, dont il dédaigne généralement le secours, il descend de cheval, son formidable couteau à la main, et revendique bientôt son autorité par l'adresse supérieure avec laquelle il sait le manier. Celui qui meurt de la main du capataz ne laisse aucun droit de réclamation, car on considère comme légitime l'autorité qui l'a assassiné. C'est ainsi que dans la vie argentine commença à s'établir par ces particularités la prédominance de la force brutale, la prépondérance du plus fort, l'autorité sans limites et sans responsabilité de ceux qui commandent, et la justice administrative sans forme et sans débats. La troupe de charrettes porte, entre autres armements, un fusil ou deux par charrette, et quelquefois un petit canon à pivot qui se place sur celle qui marche en avant. Si les sauvages l'attaquent, on forme un cercle en attachant les charrettes les unes aux autres, et presque toujours elles résistent victorieusement à l'avidité des sauvages, qui ne désirent que sang et pillage. Le convoi de mules tombe fréquemment dans les mains de ces Bédouins américains, et rarement les piétons évitent d'être égorgés. Dans ces longs voyages, le prolétaire argentin acquiert l'habitude de vivre loin de la société et de lutter individuellement avec la nature; il s'endurcit dans les privations et ne peut compter comme ressources que sur ses talents
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et son adresse personnelle pour se préserver de tous les périls qui Tentourent continuellement. » (Sarmiento, Civilisation et Barbarie, trad. franc., par A. Girard, Paris, Arthur Bertrand, 1853, p. 9-11.)
Élevage des bœufs. — « Celui qui entreprend la mise en valeur d'une zone de terre vierge a pour premier soin d'y répandre des troupes de chevaux qui ont pour unique mission de fouler le sol, de faire, au gré de leur fantaisie, ou massés sous la conduite d'un homme, de grandes courses folles, où leurs quatre pieds résonnant donnent, pour ainsi dire, à la terre une première façon. Ils restent là deux ou trois ans, au nombre de trois ou quatre mille, pour un lot de terre de dix à vingt mille hectares, sous la surveillance d'un gaucho, qui assiste, sans l'aider beaucoup, à cette œuvre lente, si féconde en résultats.
Après cette première période et pendant que ce premier travail se continue encore, les troupeaux de bœufs apparaissent. C'est un bétail de plus de prix. Mille têtes de chevaux ne représentent guère plus de six à sept mille francs ; mille têtes de bétail bovin valent, au prix actuel, très diminué, vingt à vingt-cinq mille francs.
Alors commence, sous le pied patient de ce promeneur paisible, la seconde façon de foulement et de fumure, que la première a rendue déjà plus facile et quelque peu féconde: elle durera six à huit ans : le sol sera peu à peu assez fertilisé, par places chaque année plus étendues, pour que l'on puisse y répandre et acclimater déjà quelques troupeaux de moutons...
... Où le bœuf a passé, les graminées tendres, dont les semences sont venues on ne sait d'où, germent et se propagent; dans cethumus formé de la veille, leurs racines chevelues s'étendent et se fixent; plus chétives que celles qui occupent la plaine avant elles, à peine visibles, elles ne semblent étouffer sous l'abri des plantes sauvages que pour reparaître plus loin plus nombreuses...
Derrière le troupeau de bœufs que le bouvier, gaucho ou cow-boy, pousse toujours devant lui vers le désert, le mouton sédentaire trouve son couvert mis. Tant que l'espace à conquérir est libre, le bœuf a donc son utilité, et, pour son maître, une autre utilité que sa dépouille, valeur variable
suivant l'emploi qu'on en peut faire. Elle est grande aujourd'hui dans la pampa, qui olfre de grandes surfaces à conque. rir; mais à l'époque où l'Indien la fermait el la défendait (avant 1880), elle était fort réduite; aussi le bétail, trop abondant et inutile, était-il alors une sorte de gibier olFert au premier occupant. C'est ainsi qu'on le traitait à la fin du siècle dernier. Les moyens très primitifs de le chasser sont restés légendaires. Les gauchos à cheval, armés de demilunes en fer emmanchées d'un long bambou, cernaient le troupeau en liberté, dans la plaine, au galop de leur cheval, atteignaient l'une après l'autre toutes les bêtes qui le composaient; sans s'arrêter, ils les frappaient au jarret, et quand un nombre suffisant de victimes couvrait la plaine, où elles se débattaient dans leur impuissance, quelques hommes mettaient pied à terre, les frappaient mortellement à la nuque, les écorchaient, emportant la peau et laissant pourrir au soleil les chairs...
Une estancia. — ... Une grande estancia où l'élevage du gros bétail est encore le principal ne saurait avoir moins de huit à dix mille hectares : c'est la mesure ordinaire. Un seul majordome, assisté de deux adjudants nommés capataces, suffira à l'administrer. On peut adopter cette division rurale comme la meilleure...
Pénétrons avec le propriétaire dans un de ces domaines. U est situé aux confins de la province de Buenos- Aires : pour nous y rendre nous prenons une des lignes de chemins de fer qui parlent de la ville, traversent la plaine, rencontrent quelques villages, d'abord assez rapprochés, puis plus rien que les stations, qui marquent peut-être des villes futures, plantées au milieu de la plaine, où rien de particulier ne leur trace un avenir ni ne signale un passé. Elles prennent, pour se distinguer, un nom de saint dans le calendrier, ou celui d'une des bêtes de la création, ou celui, beaucoup moins intelligible, d'un propriétaire du lieu, qui, de Basque enrichi ou de commerçant ruiné, est tout à coup élevé au rang d'expression géographique.
Une distance de quatre à cinq lieues les sépare; c'est à peine si, dans ce long espace, on distingue de loin en loin quelque pauvre habitation de berger.
Après douze heures de route et cent lieues de plaine, nous arrivons chez notre éleveur.
C'est un domaine considérable, modèle dans son genre. On y a réuni en un seul bloc, sous une seule administration.
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trois lois de 10,000 hectares. Le propriétaire a fait, il y a dix ans (en 1878), l'acquisition de ce territoire de douze lieues carrées, alors que, la région où il est situé étant mal défendue contre l'Indien, l'État cherchait acheteur, sans en trouver, et vendait au prix de 10,000 francs la lieue. Aujourd'hui cette même lieue trouverait locataire au même prix, qui s'est donc élevé à environ 120,000 francs la lieue.
Le chemin de fer prend le domaine en écharpe ; une station y a été élevée.
Le terrain est fait; le stationnement déjà long des animaux lui a donné une réelle valeur, que l'arrivée de la voie ferrée n'a pas augmentée dans de bien grandes proportions. Les 30,000 hectares sont entourés d'une clôture à toute épreuve. Elle est faite de cinqfils d'acier supportés, de quinze en quinze mètres, par des pieux solides en bois dur, apportés là où aucun arbre ne se rencontre, des provinces du nord-est de la République, Entrerios et Corrientes...
Le coût de ces clôtures de pieux et de fils d'acier est environ de 0,000 francs par lieue courante, donc 100,000 francs pour douze lieues carrées. C'est une dépense productive. Là où la clôture n'existe pas, un escadron d'hommes à cheval doit, chaque jour, surveiller les limites delà propriété, ramener vers le centre le bétail qui tend à envahir les domaines voisins. Cette précaution nécessaire inutilise autour de la propriété une zone assez large, exige l'emploi d'un personnel et l'entretien d'une cavalerie nombreuse. Dans les propriétés closes, au contraire, toute la surface est utilisée, le bétail y paît en liberté, sans exiger aucun soin ni surveillance : un homme suffit à inspecter l'état des clôtures, les réparer, les tendre si elles ont fléchi, soin que l'on confie généralement aux bergers, cantonnés le long de la ligne, avec leurs troupeaux de moutons, et qui ont la charge de cette double surveillance...
... Dans le domaine que nous visitons on compte 22,000 têtes de gros bétail et 60,000 moutons. Les enceintes compren. nent indistinctement un certain nombre de chaque, suivant leur étendue et la nature du pâturage. Le gros bétail est groupé, comme dans les propriétés ouvertes, par rodéos*; le petit, par troupeaux sous la garde d'un berger. Les enceintes ont le double avantage de diminuer le nombre de gardiens et de
1. Le rodeo est l'endroit où se réunit le troupeau : sorte d'esplanade foulée par le troupeau, où on le réunit pour les différentes opérations de l'exploitation.
permettre au propriétaire d'élever, dans les unes des durliam, dans l'autre des hereford ; cet éclectisme est une solution à défaut d'autre, les éleveurs n'étant pas d'accord sur la supériorité de l'une sur l'autre.
La race durliam est celle qui a pénétré plus anciennement en Australie et à la Plata. Dans ce pays, qui cependant n'a pas été colonisé par les Anglais, elle a trouvé le terrain préparé par une circonstance curieuse et peu connue. La race d'où est sortie la race durham est la race hollandaise; par une coïncidence remarquable, les premières vaches qui aient été importés au xvi« siècle à la Plata par les frères Goes étaient hollandaises. Il y a donc similitude d'origine entre la noble race durham et la race créole abâtardie, propension naturelle chez celle-ci à s'approprier les qualités de la première.
Ce serait une raison d'exclusion; mais la race hereford a pour elle le poids de son cuir, reconnu plus lourd que celui du duriiam; ce n'est pas un élément négligeable pour l'éleveur exotique, qui, s'il veut un bétail gros au prix de 40 ou oO francs par tête, sait bien que c'est du prix du cuir que dépend le rapport du troupeau ^..
... Quant au lait que produit en si grande abondance cette race, il n'est encore utilisé que par exception. Dans l'établissement où nous sommes, une tentative est faite. Déjà 400 vaches durham sont groupées, et destinées à l'exploitation d'une fromagerie, installée et confiée à des métayers jurassiens, qui sont chargés de tout le travail et prélèvent la moitié des produits. Jusqu'ici la vente est facile, l'otfre beaucoup au-dessous de la demande des seuls districts voisins.
C'est un spectacle intéressant que celui de ces quatre cents vaches de race fine, de formes rappelant les plus beaux animaux des herbages normands, où chacun représenterait un prix de 400 à 500 francs. Ici l'exploitation fromagère et l'intelligence de quelques hommes pourra tirer de chaque bêle une somme annuelle supérieure h sa valeur vénale. » (E. Daireaux, la Vie et les Mœurs à la Plata, Paris, Hachette, 1889, II, 185 à 214, passim.)
1. « Depuis quelques années, un estanciero français, M. Vermer-Riverieux, a introduit dans la République Argentine une nouvelle race bovine, mieux adaptée à la nature du sol et aux besoins du pays que la race anglaise de Durham; — la race charolaisc-nivernaise, qu'on peut nommer le Durham français, non •eulement réunit les qualités qui faisaient la supériorité du Durham pur sang, mais elle a, en outre, l'avanlage de mieux s'accommoder à tous les climats; elle est d'une rusticité surprenante, et toutes les nourritures lui sont bonnes. » (Joh.x Le Lu.'ig, le* Progrès de ta Ji-';puOlique Argentine, Sceaux, 1888, p. 7.)
Saladeros. — « Le plus important de ces établissements est celui de Fray-Bentos, qui appartient à la Société de l'extrait de viande de Liebig.
Sur la rive élevée (de l'Uruguay) le grand établissement construit en 1864, depuis accru chaque année, domine la rivière, avec laquelle il communique par un môle terminant un petit cap naturel et laissant à droite et à gauche deux baies où les steamers et les voiliers d'outre-mer attendent leurs chargements. Car cène sont pas seulement les petits pots de pommade comestible que l'usine prépare pour le pot-au-feu des ménagères européennes; ce sont surtout les cuirs, la viande séchée et les graisses, fournis chaque année par quatre cent mille bœufs abattus, qui alimentent ce grand établissement, la navigation et le commerce dont il est le point d'attache...
... L'entrée de la fabrique semble être celle d'une citadelle; c'est, en tout cas, celle d'une grande ville. A droite, le bureau; le salon et la bibliothèque des employés, le laboratoire, où, entouré de ses cornues, le docteur analyse tous les bouillons qui sortent des immenses marmites que nous verrons plus loin. Un gazomètre en construction fournira le gaz à l'établissement : il nous paraît un anachronisme, l'électricité ayant déjà prouvé sa supériorité pour l'éclairage à peu de frais des grandes usines, dans ce pays même où elle est seule employée dans les fabriques de sucre de Tucuman.
Procédons par ordre ; entrons par les parcs, avec le bétail lui-même qui nous fournit la matière première de toutes les préparations.
Nous retrouvons ici l'aspect et les procédés employés dans tous les saladeros. Geb établissement ne se distingue de ses congénères que par ses produits spéciaux; il n'a pas modifié les vieux usages : pour cela il aurait fallu refaire les mœurs et les hommes.
Le bétail est amené dans des parcs successifs, s'amincissant en goulots de bouteille, et formés de pieux de bois dur, serrés les uns contre les autres, renforcés de barres de fer capables de résister aux poussées les plus vigoureuses.
Nous n'essayerons pas de décrire le mouvement, le beuglement des mille bœufs qui viennent d'entrer et s'agitent en tous sens sous la poussière qu'ils soulèvent et qui les enveloppe; aveuglés, souffrant de fatigue et de soif, ils se heurtent contre les parois, se bousculent, se précipitent furieux, reculent effrayés, cherchent une issue et ne se résignent pas au sort
qui les attend ; mais à mesure qu'ils avancent dans le long goulot, des poternes se ferment, et le gros du troupeau se trouve séparé de ceux qui vont les premiers passer sous le couteau du dcsnuqueador.
Sept à huit bœufs ont été amenés dans une enceinte fort petite, dont le sol a été rendu glissant ; ils s'y tiennent difficilement debout. D'une passerelle qui court autour un homme leur jette le lasso, leurs cornes sont prises ; le lasso autrefois était attaché de l'autre bout à la selle d'un homme à cheval, courait le long d'une poulie et amenait le bœuf, se débattant, mais traîné malgré lui, jusqu'à la plate-forme d'un petit wagon au niveau du sol. On a remplacé ici le cheval par un petit appareil giratoire où la corde du lasso s'enroule, se tend et se détend à volonté : les gauchos, un peu vexés, appellent cela « le cheval anglais ». Le desnuqueador se baisse, et d'un coup sûr de son long couteau frappe la bête à la nuque. La résistance a cessé, la bête s'amollit, ses membres s'allongent, le lasso est enlevé, le wagonnet roule; à un autre, et ainsi jusqu'à mille.
Le bœuf emmené sur son wagonnet est jeté sur la playa. C'est une longue esplanade où, sous un toit, le long d'un ruisseau où le sang coule à tlots, des hommes debout, le couteau à la main, dépouillent les bétes que l'on apporte : ce sont les dcsoUadores. Chacun la sienne : en cinq miimtes le cuir est étendu, détaché des chairs ; les têtes, les extrémités, les tripes, sont mises à part. Les cuirs sont emportés, rangés dans des fosses et couverts immédiatement de couches de sel; ils resteront là vingt jours avant d'être embarqués.
Chaque autre partie de l'animal passe aux mains d'un homme spécial; les cornes et les langues sont enlevées, les tripes destinées à devenir cordes à violon; l'un coupe la tête en deux, un autre emporte ces morceaux, pendant qu'un aide n'a pas d'autre occupation que de laver le sol et d'y faire courir de l'eau.
Tous les déchets sont jetés dans de grandes cuves, où la vapeur amenée enlève les graisses et les fond; ainsi liquides, elles seront portées par des canaux dans des réfrigérants et mises en caisses pour l'exportation.
La chair enlevée est mise à l'ombre pour se refroidir : une partie est salée à la mode ancienne, l'autre employée à faire l'extrait.
L'une et l'autre passent d'abord aux mains des découpeurs, charqiicadorcs. La première, séparée des os en grandes et
épaisses tranches, est composée indistinctement de toutes les catégories de viandes : elle est ainsi jetée immédiatement dans des fosses où elle baigne dans la saumure, agitée avec des galfes pour y dégorger ses impuretés : ce travail fait, on la laisse égoutter et on la porte au saloir.
Sur une épaisseur de gros sel on étale une couche de viande et l'on forme une pile de trois ou quatre mètres de côté. A chaque coin, des hommes, la pelle à la main, répandent avec dextérité sur chaque couche de viande une couche de sel ; cette pile s'élèvera à trois ou quatre mètres et contiendra deux mille quintaux de viande; vingt- quatre heures après elle sera retournée et reformée à côté, de façon que les couches du bas deviennent les couches du haut. Le lendemain, la viande est mise à l'air, la pile reformée ensuite sur une couche de cornes, où elle finira de s'égoutter; chaque semaine elle est remuée et mise au soleil; après quarante jours elle peut être livrée au commerce; elle est expédiée à la Havane et au Brésil.
Dans les saladeros c'est là tout le travail, mais l'établissement où nous sommes se distingue par d'autres élaborations : la mise en boîtes des langues et la fabrication de l'extrait Liebig.
Pour celui-ci la viande coupée par les charqiieadores est conduite par des wagons jusqu'à des hachoirs mécaniques, delà dans de grandes marmites où la vapeur en extrait tous les sucs. Ce liquide passe dans des vaporisateurs qui en retirent l'eau, ensuite dans des appareils de distillation qui séparent toutes les matières mal dissoutes; surchauffé, filtré, il tombe clarifié dans [une nouvelle marmite , se rend à un condensateur, où un appareil giratoire le refroidit en le conservant liquide, et dans un autre, où il se refroidit complètement et se réduit en pâte. Chaque bœuf ainsi traité a produit huit livres d'extrait.
L'usine Liebig exporte, par an, près de quinze millions de produits. » (Id., II, 246-249.)
Élevage des moutons. — <( L'élevage du mouton a acquis une grande importance dans les États argentins. On peut presque affirmer que cette branche d'industrie constitue actuellement la source la plus féconde de la richesse nationale.
Elle doit ses progrès au croisement de l'ancien type créole, qui n'avait guère de qualités, avec les races dérivées des mérinos d'Espagne.
Dans l'économie rurale le mouton a une double valeur : il
est à la fois producteur de viande et de laine. S'il était possible de former un type réunissant au plus haut degré les deux fonctions, ou atteindrait une perfection encore inconnue en ce moment. Le new-leicester, supérieur comme animal de boucherie, ne fournit tout au plus qu'une toison de deuxième classe ; le mérinos, dont la laine est très épaisse, a les os trop forts, la tête trop grosse et ne prend guère d'embonpoint, même en recevant des soins assidus. A défaut d'une amalgamation jusqu'ici irréalisable, les Argentins, appelés à se prononcer entre l'une et l'autre espèce, se décidèrent pour le producteur de laine.
La question cependant n'était qu'à demi résolue. On se trouvait en présence d'une nouvelle alternative, car il s'agissait de savoir si l'on adopterait les moutons à laine courte, dont la toison est destinée à la carde, ou les moulons à laine longue, dont la fibre est passée sous le peigne. Les mérinos avaient la prééminence dans le premier groupe, les lincoln dans le second.
A la fin du siècle passé, les moulons à laine longue étaient les plus répandus. Les différents pays d'Europe possédaient des brebis qui ne se ressemblaient ni par la taille ni par les formes, mais qui toutes avaient la laine longue de même que l'ancienne race créole argentine. L'Espagne seule disposait du mouton mérinos à laine courte et en prohibait l'exportation.
En 1765 et en 1796 le mouton mérinos passa la frontière et fut introduit en Allemagne et en France. A partir de cette époque on se préoccupa partout de l'amélioration des races indigènes par des croisements avec les mérinos.
Les éleveurs anglais, désirant avant tout obtenir des animaux de boucherie, ne s'associèrent pas à ce mouvement, et s'appliquèrent à perfectionner leurs types locaux. Le climat des Iles-Britanniques ne convient pas d'ailleurs aux moutons à laine courte.
La classification, au point de vue industriel, entre les toisons de diverses provenances était nettement tranchée; les unes passaient sous la carde, les autres sous le peigne.
Depuis quelques années cependant, l'amélioration des machines employées à ces travaux a donné une valeur nouvelle aux toisons à laine courte; on est parvenu à confeclionnerdes appareils permettant de peigner les laines mérinos ayant deux pouces et demi de longueur. Dans ces conditions elles répondent à plus d'exigences, et combinent les qualités qui se rattachaient autrefois exclusivement à l'autre groupe.
Résumons les observations qui précédent : le type du producteur de viande est donc le new-leicester; celui du producteur de laine à carder, le mérinos; celui du producteur de laine h peigner, le lincoln.
Le lincoln pur sang, mêlé aux brebis mérinos demi-sang, a été adopté dans les établissements argentins situés près des centres de population ou des stations de chemins de fer. On s'y applique à la production des agneaux destinés à la consommation. Beaucoup d'agneaux résultant de ce croisement pèsent de 11 à 12 livres à leur naissance, poids que n'atteint pas l'agneau mérinos, plus sensible aussi à la pluie et au froid.
La laine du lincoln est grossière, mais très longue. Par le mélange on obtient un produit mixte qui peut être utilisé concurremment par les fabricants de laine peignée et de laine cardée. Telle est au moins la théorie des éleveurs dont nous venons de faire mention.
Le métis lincoln produit environ 4 livres de bonne laine par tête.
La race mérinos, à l'origine, se composait de deux familles : l'une, celle del'Escurial, comprenait des animaux assez faibles, à laine courte et extrafme; l'autre, les negrctte, produisait des individus plus robustes, au cuir très ridé et à la laine moins fine, mais plus longue.
Le gouvernement français, après avoir reçu des brebis mérinos d'Espagne, en fit deux troupeaux, dont le premier, formé des brebis de l'Escurial, fut stationné à Noz, tandis que le second, réservé aux negrette, fut installé à Rambouillet.
La même séparation entre les genres s'opéra en Allemagne. On y créa le type dit électoral avec des brebis de l'Escurial, et, par les negrette espagnols, l'espèce allemande du même nom. Le rambouillet, qui est un negrette français, porte dans la République Argentine son appellation française. Quand on y parle de negrette, on entend mentionner le type allemand.
Les éleveurs qui avaient donné leurs soins, en France, en Allemagne, à la nouvelle race ovine, ne poursuivaient pas le même but. Le negrette allemand a été produit uniquement en vue de la beauté de la laine, et a donné à cet égard des résultats remarquables.
En formant le rambouillet on a eu pour objectif d'augmenter la taille du negrette espagnol et la longueur de sa laine, et on y a parfaitement réussi. Si la race française n'a pas la
toison aussi fine que celle du negrette, cette infériorité lend, d'année en année, à devenir moins sensible.
On en est donc arrivé, dans la Répulbique Argentine, après de longs débats, à accorder la préférence au rambouillet sur le negrette.
En général, les éleveurs qui se sont occupés de la race rambouillet ont obtenu de meilleurs résultats que ceux qui ont adopté la race negrette, ou même le croisement des deux espèces. Ils ont des animaux plus grands, qui donnent un produit net supérieur, plus de graisse, plus de viande et un excellent rendement en laine. Un bon mouton rambouillet de deux ans, pesant 125 livres, se vend 13 francs à rétablissement de viande congelée de Campana.
Malgré tout, il sera difficile, d'ici à longtemps, de produire dans le pays de la laine superfine, les animaux y vivant en plein air en toutes saisons. Une laine de bonne qualité, et suffisamment longue, présente à peu près la même valeur que l'article le plus fin, puisqu'elle rentre, si elle a deux pouces et demi de longueur, dans la catégorie des laines à peigner, et que de plus la différence de prix existant entre les deux produits est compensé en faveur du rambouillet par le poids plus grand delà toison. Si l'on tient compte du rendement de viande, le choix du dernier type par les Argentins est encore plus justifiable. » (E. van Bruyssel, la République Argentine, Bruxelles, Librairie européenne, Falk édit., 1888, in-8°, p. 172-176.)
Le nombre des moutons est actuellement d'environ cent millions, et l'Argentine est le premier pays du monde pour la production de la laine. L'exportation n'a commencé à devenir importante que vers 1840. Elle fut, cette année, de 1,609,000 kilogrammes; en 1850, elle monta à 7,681,000 kilogrammes; eu 1860, à 17,000,000; en 1870, à 65,000,000; en 1880, à 97,000,000 ; eu 1886, à 132,000,000.
Le poids d'une toison est en moyenne de deux kilogrammes ; à l'Exposition de Paris en 1889, on nous a montré de superbes toisons dont le poids dépassait 12 kilogrammes : de vraies toisons d'or.