‹ L'Ameérique; anthologie géographique;Chapitre 135 sur 142 · LES BRESILIENS 5S · texte numérisé non relu

LES BRESILIENS 5S

le Brésilien, c'est son caractère profondément démocratique. Il serre la main à tout le monde : que ce soit un blanc ou un noir, pour lui c'est tout comme.

Nous ne connaissons pas la séparation de castes, et, tandis que dans les provinces du nord des États-Unis l'homme de couleur est obligé de vivre dans certains hôtels et a sa place à part en chemin de fer et au théâtre, chez nous il est reçu partout et nous coudoie à chaque instant.

Étant démocrate, le Brésilien a la pose en horreur et n'aime pas l'étiquette. Si vous venez lui rendre visite au moment de son dîner, il vous fera entrer aussitôt et vous invitera sans façon à partager son repas. Tout cela de la manière la plus franche, la plus simple et la plus cordiale. Pour peu que vous soyez étranger et que vous ayez une lettre de recommandation pour lui, il se mettra en quatre pour vous être agréable et vous présentera à tout le monde. Pas une maison ne vous restera fermée, et vous serez fort embarrassé de vous rendre à toutes les invitations qu'on vous fera.

Leurs défauts. — Par contre, le Brésilien a un défaut : il est mauvaise langue. Pour lui, rien de plus agréable que de potiner sur le prochain. Aussi s'en donne-t-il à cœur joie et passe-t-il son temps à s'occuper de la vie du voisin. Grâce à ce défaut, on sait tout ce qu'on devrait ignorer, et même ce qui n'a jamais existé...

... N'allez pas en conclure que le Brésilien soit méchant. Loin de là! S'il dit du mal du prochain, c'est par une habitude dont il ne peut se défaire, car le fond de sa nature est excellent; et, loin de mériter l'épithète de méchant, il serait peut-être plus équitable et plus vrai de dire que sa mauvaise langue n'a d'égale que sa naïveté. Naïf et gobeur, voilà le Brésihen; voilà du reste tous les peuples méridionaux.

C'est aussi des peuples du Midi qu'il tient sa verbosité. Le Brésilien est passionné pour les discours. Il profite des moindres occasions pour prononcer une harangue, il adore parler, quitte à ne pas croire un mot de ce qu'il dit. Si nous avions un service de statistique, je crois qu'il serait difficile de relever le nombre de manifestations qu'on organise chez nous, avec le portrait à l'huile et le verre de Champagne obligatoires, rien que pour le plaisir d'avoir à prendre la parole pour ne la lâcher que le plus tard possible... On harangue le ministre, le sénateur, le député; on harangue le journaliste, le littérateur, le poète et l'acteui-; or. harangue le militaire ; on harangue l'étranger ; on harangue tout le monde ; et, comme

si ce n'était pas assez, on prend dans tous les coins de rue des individus ii qui l'on trouve un talent quelconque, rien que pour le plaisir de les haranguer. Aussi, si vous demandez à un Brésilien sincère ce qui abonde le plus au Brésil, il vous répondra aussitôt : « Les hommes de talent. » Banquets, manifestations privées et publiques, fêtes à tous propos et hors propos, meetings, matinées dans les théâtres, c'est une série ininterrompue, et les discours se suivent et se ressemblent tous. L'orateur est applaudi, choyé, porté en triomphe; on boit ses paroles, on est suspendu à ses lèvres. Le discours fini, la manifestation terminée, ce feu de paille s'éteint, cet enthousiasme disparait, et à la sortie tout le monde s'écrie : « Quel imbécile! »(Luiz de Castro, le Brésil vivant, Fischbacher éditeur, 1891, p. U-20.)

Le Brésilien n'apprécie pas la science. — « En général le Brésil n'a pas d'hommes de sciences : il ne connaît pas les grands penseurs. Le climat peut être considéré comme une des raisons de celte apathie, de cette indolence, qui frappe tout étranger venant étudier ces régions lointaines. Mais je crois que la cause de cette nonchalance a son principe dans l'esclavage, qui a rendu la race blanche, représentée surtout par les Portugais, extrêmement paresseuse. Et, quoique des progrès aient déjà été faits sous ce rapport, le travail, qui est toujours le partage des nègres, est regardé presque comme un déshonneur. Ces planteurs, appelés fazendaires, sont des parvenus enrichis aux dépens de leurs semblables; ils ont abusé des sueurs et des larmes de ces pauvres noirs réduits en servitude, et ils se croient des personnages de haute valeur parce que, à l'aide de leur fortune, ils ont pu acheter un titre de noblesse. Ils passent leur vie dans la fainéantise et l'ennui, et s'imaginent que la considération est due à la fortune. Ils n'ont souvent que du mépris pour ceux qui se soumettent à la loi du travail : ces derniers sont pour eux des êtres inférieurs, car ils ne sont pas assez instruits pour comprendre les égards dus au talent et à la science. » [Un Voyage au Brésil, par C. Demengeon, Paris, V. Palmé, 188i), p. 45.)

Leurs mœurs. — « Partout (à Rio), en même temps qu'on constate dans les rues le mouvement habituel, on voit du monde aux fenêtres et aux portes; à certaines heures ce sont des femmes, à d'autres ce sont les hommes qui passent là des

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