L. Didier. — L'Amérique
faire un livre des récits drolatiques et émouvants qui remplissaient ses visites. Il avait accompagné Richardson, Pullen et Hooper dans leurs expéditions à la mer Glaciale pour la recherche du fameux passage nord-ouest... 11 avait aussi compté au nombre de ces favorisés qui traversèrent les Montagnes Rocheuses en compagnie de Bell, de Murray et de Campbell pour aller établir des postes de commerce dans la vallée du haut Youkon. Enfin il avait suivi M. Mac-Farlane à la mer Glaciale chez les Esquimaux Tchiglit. Quoique Français d'origine, d'esprit, de langue et de religion, et citadin du Canada par la naissance, Laporte participait plus du Peau-Rouge que de l'Européen, à cause d'une certaine conformité d'humeur, par adoption et goût de la vie sauvage. Ses aspirations l'avaient poussé dans le désert à un âge où les jeunes gens recherchent les plaisirs et les amusements des grandes villes- Et comme il est bien plus facile de descendre l'échelle sociale que de la remonter, Jérôme était devenu un sauvage dans toute l'acception du mot.
Sa jeunesse. — Sa vie avait été un handicap étourdissant et irréfléchi. Entre le clocher pointu de Sainte-Thérèse où il avait vu le jour et cette lourde barque à poissons que je lui avais vu traîner au fort de Bonne-Espérance avec des essoufflements de cheval fourbu, Saint-Georges avait fait une foule d'étapes et de stages dans sa vie insigne de coureur des bois.
Il avait d'abord tiré le soufflet de la forge de son père, qui, quoique issu de sang noble, n'était plus qu'un humble Vulcain de village, cumulant honnêtement les fonctions de serrurier, d'armurier et de maréchal ferrant. 11 était même vitrier à l'occasion, et Jérôme m'assura qu'une fois il suppléa à l'absence d'un dentiste pour le soulagement d'une mâchoire cariée.
Jérôme ne manifesta aucune vocation pour le travail et le marteau. 11 ne fit jamais qu'un massacreur de serrures, un gaspilleur de fer, un estropieur de chevaux. Ce fut au point que, un beau jour, son vieux saint Éloi de père congédia cet Oculi en lui colloquant la pointe du pied quelque part, ce qu^ l'envoya rouler dans la rue.
Laporte cocher. — Laporte y prit le goût du pavé. Il s'en alla à Morale (Montréal), ce Paris des Canayens, s'y enrôla dans une compagnie de fiacres de louage, et devint un chartier, c'est-à-dire un conducteur d'un char quelconque, quelles que soient la forme, les dimensions ou la destination du véhicule. Tous chartiers, les cochers au Canada, et certes le mot,
pour être oiseux, ne me semble pas moins le mieux approprié, car, enfin, un liacre n'est pas un coche, tandis que l'un et l'autre sont des chars...
... Là, Saint-Georges se brouilla avec la police, puis chercha querelle à son patron, le battit et se fit éliminer de l'ordre respectable et élevé des automédons.
C'était ce qu'il voulait.
Laporte bûcheron. — A cheval sur ce prétexte, Jérôme prit le galop vers les déserts de la rivière Saguenay, émule du Saint-Laurent. Il vit le grand lac Saint-Jean, le haut Saint- Mauricej le grand lac Mistassini. Des forêts incommensurables, qui recèlent les plus belles essences d'érable, de sapin, de mélèze, frêne, chêne et pin-cyprès, y étaient encore en exploitation. On en tire annuellement et en moyenne sept cents millions de mètres cubes de bois de charpente et de construction, sans compter cent mille mâts de vaisseaux.
Jérôme s'y embaucha à raison de dix-huit souverains par mois, logement et nourriture non compris, et devint homme des chantiers.
, La maison de son père ne le revit jamais plus. Saint-Georges se ressentait encore de cette caresse de la semelle paternelle. Son bonhomme de père s'était évidemment trompé d'enclume, et il en gémissait. Mais les conséquences de telles erreurs sont souvent d'autant plus irrémédiables ou plus durables qu'elles sont fondamentales.
... Quand il fut las de couper les sapins par le pied pour les transformer en mâts de cocagne ou de frégate; quand il eut connu toutes les sinuosités de l'Ottawa, tous les rapides de la Saguenay, toutes les glissoires de la Gâtineau, tous les méandres du Saint-Maurice; quand il eut sauté une centaine de chutes, roulé tous les Paddys de son chantier, exorbité dextrement d'un coup de pouce deux ou trois douzaines d'yeux, et ramassé une centaine de louis qu'il envoya à sa vieille mère, Jérôme Saint-Georges se sentit capable de se faire craindre et respecter de n'importe qui et n'importe où.
Dès lors il réalisa l'objectif de ses rêves : voir, parcourir et habiter les pays d'en-haut, devenir un voyageur émérite, un canotier habile et un homme du Nord.
Laporte devient voyageur. — Un jour que Jérôme avait descendu l'Ottawa sur un train de bois jusqu'à la ville alors naissante de Bytown, il se décida à ne plus retourner dans les chantiers; ce demi-sauvage voulut goûter les charmes de
la pure nature, les douceurs de l'indépendance, l'effrénement de l'indiscipline complète.
Il partit pour la Chine, s'engagea pour le lac Supérieur, monta dans une pirogue en écorce de bouleau que conduisaient des Iroquois aux gages de la Compagnie de la baie d'Hudson, gagna les lacs Nipissing, Huron et Supérieur, et parvint au fort William, à l'embouchure de la rivière Creuse, dans la baie du Tonnerre.
Une fut tenté ni par les mines de cuivre ni par les mines d'argent que le jésuite Marquette avait découvertes sur les bords du lac Supérieur, et qui font actuellement la richesse de plusieurs compagnies. Mais il eut le malheur de trouver là, comme dans le chantier, comme à Montréal, un patron irlandais qui lui fit trouver la vie dure.
Les Irlandais semblent éclore sous les pas de Jérôme pour exercer continuellement ses poings, pour être sa tribulation constante... Le chief-factor du fort William était un Irlandais hargneux, bourru, avare et querelleur. Il ne parlait à ses serviteurs et aux Indiens qu'à poings fermés, et, de plus, il avait le défaut, en parlant, de cracher au visage de son interlocuteur. Ce n'était pas tolérable. Notre Canadien déserta le service.
Il avait fait la connaissance de plusieurs Tchippeways, dont un lui avait sauvé la vie par ses connaissances médicales. Jérôme les suivit dans leurs déserts. 11 gagna le lac la Pluie, celui du Bois, descendit la rivière Winnipeg et atteignit la rivière Rouge, ainsi qu'avaient fait des centaines de Canadiens avant lui.
Il se rendit de la sorte au fort Garry, où on le prit pour un transfuge échappé aux griffes des PUlageurs du lac Rouge ou des Sioux de Crow-Wing.
Laporte agent de la Compagnie d'Hndson. — Jérôme s'en alla trouver l'employé préposé aux engagements.
« Je s'is venu z'icit pour m'engager, dit-il au commis.
— Comment t'appelles-tu?
— Bonté, fil-il en crachant sa chique, mon père m'appelait Saint-Georges, et ma pauv'mère, bonté ! Jérôme. Mais les associés ne m'appellent que Laporte. Sauf vot'respàct, M'sieu, c'est une seigneurie. »
Le clerc se mit à rire :
u Tu veux dire un sobriquet, boy?
— Connais pas, M'sieu. Je sais que c'est une seigneurie, et pis c'est toute. Si ça ne vous plait pas, dame! appelez-moi Saint-Georges tout court. C'est mon nom itou.
BOlS-BRULÉS ^' '•' 101
— Eh bien, Jérôme SainX-fie-drges ;d«' î^ap^itië, /tooi^: ami, que sais-tu faire ?
— Oh, dame, j'abats, je pique, j'équarris, je monte en ca^e, je saute les rapides, je sais conduire un train dans les bouillons, et un canot à travârs les roches. Rèn que ça : je s'is pas brave sa les lacs, dans les grandes travàrses. Dame ! c'est l'accoutumance qui me manque. Et p'is, il faut dire que je ne sais pas plus nager qu'un petit chien en plomb.
— Es-tu bon marcheur?
— Comme un carcajou. Mais, par exemple, faut pas que je séye à jeun; rapport que j'ci t'un gros homme, sauf vot'e respâct, et j'ai l'estomac faib'e, bonté! faib'e, faib'e.
— Tu as donc bon appétit?
— Comme trente-six loups, M'sieu.
— B?/ iovel c'est sérieux, fît l'Anglais en riant. Et montestu à cheval?
— Och! non. Mais je sais conduire un cab, une sleigh, une malle ou une carriole. Je sais ferrer un cheval, raccommoder une charrette ou une serrure. Je sais faire la poutine (plum-pudding) et les crêpes, le rahahou (pémican émietté et bouilU dans un peu de farine), et la sagamité (farine de maïs bouillie dans du lait); je boulange, je...
— Mais tu es un homme universel... Sais-tu lire et écrire au moins? »
Ce fut au tour de Saint-Georges à rire de l'employé.
« Och! pas une lettre. A quoi voulez-vous que ça me sârve? Je s'is pas taillé pour faire un commis, moë. »
L'employé eut le bon sens de ne pas relever la pointe, proférée d'ailleurs sans aucun sarcasme.
« C'est dommage, dit-il, tu aurais bien vite fait un excellent interprète ou un bon factotum. Mais c'est égal, on t'occupera, car tu parais fort comme un taureau. »
Jérôme se mit alors en position de boxeur. Il retroussa ses manches et développa des muscles brachiaux et pectoraux qui firent l'admiration de l'Anglais, connaisseur en pugilat.
« Eh bien, Jérôme, proféra-t-il avec emphase, cathédrant à son bureau d'un air magistral, je t'engage, my friend, pour deux ans au service de l'honorable Compagnie de la baie d'Hudson. Tes gages seront de 24 livres sterling par an, logement, nourriture et chauffage non compris, et pour tout faire.
« Tu recevras chaque automne 7 livres de thé Kongou, 12 livres de sucre blanc, 10 de tabac en corde, 15 de farine,
i02 L'AMÉRIQUE
et le reste: en Tôîenjents confectionnés ou en pièces d'étoffe à Ion choix; à moins que tu ne préfères laisser ton argent dans le coiïre de la Compagnie, où il te sera remboursé quand tu le voudras au denier cinq.
« Cela te va-t-il?»
Saint-Georges chercha son chapeau pour le jeter en l'air en signe de joie. S'apercevant qu'il n'en avait point, il fit une pirouette.
« Comme un gant su' la main, M'sieu. »
L'employé dressa son acte d'engagement ; puis, lui tendant la plume:
<' Touche là, dit-il sérieusement au jeune Canadien.
— Que voulez-vous que je fasse de c'te pleume? A moins donc que ça séye pour la planter dans mon bonnet, dit Jérôme. Quanqueje vous dis que je ne sais pas écrire.
— Ça ne fait rien, mon vieux, touche toujours la plume en signe d'acquiescement; puis je signerai pour toi. C'est une formalité jugée indispensable par l'honorable Compagnie.
— Ça m'a l'air diab'ement bête, c'té... comment appelezvous ça? c't encaissement. Mais ça ne fait rien, c'est pas de valeur en toute. Je toucherai bèn la pelume. »
La formalité remplie, le commis signa pour Jérôme.
« Well! fit-il en relevant la tète. A cette heure tu es couché sur le grand registre de la Compagnie. Tu as touché la plume, tu as donné ton consentement. Tu vas recevoir par avance la moitié de tes gages d'un an, et ton prêt par-dessus le marché. Tu ne peux plus revenir sur ta parole d'ici deux ans.
« Demain tu partiras avec les barges pour le grand portage de la Loche, et si tu désertes, tu seras passible de la geôle au fort Garry, et de tout ce qui s'ensuit. Tu es averti.
« Maintenant voici douze souverains comptant. Passe au magasin et fais ton choix... »
Jérôme fut envoyé au fort Holkett pour y travailler à la reconstruction de ce poste, lequel est situé dans les Montagnes Rocheuses et sur les bords de la fougueuse rivière du Courant-Fort (affluent du Mackensie).
Une visite à Jérôme de Laporte. — « ... Après trois grandes heures de course sur la glace, nous arrivons à la pêcherie principale du fort Good-Hope. Les rochers remparts se terminent brusquement comme deux pans de murailles; le vaste hémicycle du rapide s'en va en s'arrondissant à droite et à gauche, tandis que le sommet de la terrasse naturelle s'a-
baisse graduellement jusqu'au niveau du fleuve. Une rampe un peu adoucie conduit sur le plateau boisé et moussu.
J'y vois un long "échafaudage couvert de poissons à la pente, c'est-à-dire suspendus par la queue dans des brochettes de bois; puis des canots d'écorce à demi enfouis sous la neige, et une petite barque échouée sur le sable d'une anse retirée. Puis enfin une misérable cabane en troncs d'arbres dont la porte est si basse que je suis obligé de m'incliner profondément pour pénétrer dans l'intérieur... Dans l'obscurité de cette tanière noire et chaude comme la watche de l'ours, je me cogne la tête contre les poutres. Au milieu est une informe et monstrueuse cheminée, dans l'âtre de laquelle flamboie un bûcher dont la clarté ne sert qu'à épaissir les ténèbres autour d'efle. De chaque côté, deux réduits profonds et noirs sont occupés par des tréteaux en rondin, décorés du nom de hts. Il me fut bien difficile d'y distinguer des formes humaines assises dans la pénombre du foyer.
Derrière la porte, un tréteau semblable, à deux étages, sert de double perchoir à d'autres habitants de l'antre.
Deux lucarnes d'un pied carré, couvertes d'un morceau de parchemin épais, à peine débarrassé de sa maque, prennent le nom de châssis, l'équivalent canadien du mot fenêtre. Le jour ne peut même y passer. Ils ne sont là que pour figure.
A terre, quelques madriers disjoints, enduits d'une crasse révoltante, s'appellent plancher. Pour plafond le toit du gourbi, dont les interstices des perches alignées laissent passer des bavures de torchis.
On aurait pu prendre ce taudis pour une porcherie... Eh bien, c'était l'hôtel du sieur Saint-Georges de Laporte, pécheur, trappeur et coureur de bois alternativement ou à la fois. Un Indien (le petit Rognon) lui servait d'aide. Leurs familles les entouraient.
« Cent trente-deux, mon Père ! s'écria le bonhomme en me serrant la main avec joie, si vous m'aviez avàrti que vous deviez venir, je vous aurais résârvé q'ques foies de loties, et perpâré un plat d'âfs. Y'en a bén de ce lemps-cite, des âfs; rapport que le poisson fraye que c'est tchirrible.
« AUons, toë, la yieille, vas-tu grouiller un petit brin? ajouta-t-il en se tournant vers sa moitié, Marie Tralawessini, une Peau-de-Lièvre. N'oës-tu pas le Père qui a faim, depuis ch' matin qu'il court sur la rivière, par le fret qu'il fait?
« Et toë, Saint-Georges, bon à rien, veux-tu bien donner ton siège au Père, malhonnête ? Allons, Père, assisez-vous, v'ià
t'une escabelle. Et pernez garde de timber à la renvârse, rapport que le banc n'a que trois pattes. Faut que je vous en fasse un nâf pour le jour que vous reviendrez. Vous m'excuserez, mais ces gens-cite sont aussi bibites que les chavages direcques. »
Après ce compliment décoché à l'adresse de sa femme et de son fils Jérôme, âgé alors de treize ans, le bonhomme me donna des nouvelles de sa pêche, tout en ayant l'œil ouvert au chaudron.
Quant à la yieille, interpellée aussi rudement qu'elle l'avait été par son yieux, elle lui lança du seul œil qui lui restât un regard courroucé, et avec un geignement douloureux elle suspendit par la queue devant l'àtre un énorme poisson blanc» dans sa peau et avec toutes ses écailles. Le poisson rôti de la sorte est dit en corbeau.
a Allons, la yieille, un coup de balai sur le plancher, rapport qu'on va bientôt mett'e la tab'. »
Dieu sait si ledit plancher en rondins en avait besoin, d'un coup de balai, pour devenir une table.
Le poisson cuit, la vieille étendit par terre un morceau de toile d'emballage qui avait servi à empaqueter des rets; elle y déposa des assiettes et des tasses en fer-blanc, ces dernières de la contenance d'une chopine, et plaça au milieu de cette table sans nom le poisson en corbeau, dans un plat également de fer-blanc.
Il fut dépecé séance tenante. La carapace écailleuse, aussi noire que le plumage du corbeau, fut enlevée tout d'une pièce, laissant la chair du corégane (nom du poisson) toute fumante et cuite dans son huile. Elle n'était ni rôtie ni bouillie, mais comme cuite à l'étuvée. Seulement ce poisson non vidé avait une odeur et un goût d'entrailles repoussant. Je ne lui fis pas honneur.
Deux foies de lotte, assaisonnés de morceaux de charbon, de cendres et autres ingrédients inconnus des gourmets, furent ensuite servis dans une poêle sans queue. Un petit chaudron de cuivre rouge détamé et plein de thé lui fit pendant. Et dans ce récipient chacun puisa à tour de rôle en plongeant son pot. » (E. Petitot, Quinze Ans sous le cercle polaire, Paris, Dentu, 1889, p. 58-69, 93-95.)
CHEMINS DE FER 105
CHEMINS DE FER
En d880 le Canada possédait 11,000 kilomètres de chemins de fer; en 1890 le progrès s'affirme par un chiffre plus que doublé : 21,300 kilomètres. La principale ligne est le Transcontinental ou chemin de fer du Pacifique (C. P. R.); il fut projeté en 1872, commencé en 1880 et terminé en 1886. La dépense fut d'environ 62o millions. La longueur de la ligne depuis Halifax est de 5,908 kilomètres, mais la véritable tête de ligne est Montréal; de ce dernier point la distance n'est que de 4,679 kilomètres. C'est la voie la plus directe conduisant au Pacifique, la plus pratique et la plus rapide pour se rendre d'Europe au Japon. Elle passe par Ottawa, qui est devenue la capitale du Dominion en 1867; Garleton, d'où part un embranchement sur Toronto ; North-Bay, près du lac Nipissing, Sudbury. Elle suit la rive septentrionale du lac Supérieur; ses principales stations sont ensuite Port- Arthur, « le futur Chicago du Canada », et Winnipeg, la capitale du Manitoba, qui est reUée aux lignes des États-Unis ^ Elle s'engage ensuite dans les prairies formées de riches terres noires, passe à Regina et franchit les Rocheuses pour redescendre, près du mont Cascade, sur l'autre versant par le Colombia-River et le Fraser. Au terminus on a fondé en 1885 la ville de Vancouver, qui a un excellent port et compte déjà plus de 20,000 habitants. « Les émigrants accoururent aussitôt en foule dès que la décision officielle de la création de la ville nouvelle fut connue. On se mit à Fœuvre. La forêt est reculée par enchantement par une véritable armée d'ouvriers venus de toutes parts. Les maisons s'élèvent, remplaçant des arbres de 3 et 4 mètres de diamètre; les lumières électriques brillent là où le
l. Le trajet de Port- Arthur à Winnipeg s'effectue actuellement en une vingtaine d'heures. Il y a quarante ans, lorsque Mgr Taché, alors simple missionnaire, se rendait sur les bords de la rivière Rouge, le voyage ne demandait pas moins de vingt-cinq jours, en canot d'écorce, avec un Indien pour seul guide. Lorsque les rapides étaient infranchissables, le voyageur portait sur ses épaules son léger esquif, et cheminait ainsi jusqu'à la rencontre d'un point navigable. En 1870, lors du premier soulèvement de Riel et des métis, il fallut onze semaines pour transporter les troupes de Québec à la rivière Rouge par la voie des grands lacs. Un semblable trajet ne demanderait actuellement que trois jours. » (G. Démanche, Au Canada et chez les Peaux-Bouges, Hachette, 1889, p. 101.)
soleil pouvait à peine pénétrer au travers des feuillages épais, et 15,000 colons de tous les pays sont installés aujourd'hui à Vancouver à la place des oiseaux et des bêtes sauvages qui y vivaient auparavant. » (A. Tissandier, dans la Nature, 1891, p. 390.)
On peut lire des descriptions intéressantes du voyage par ce Transcontinental dans le Tour du monde, 1891, II, 4-16, parCotteau, et dans le livre de M. le baron Hulot, De l'Atlantique au Pacifique, 1888, p. 174-183.
Le premier historien du Canada fut Lescarbot (Marc), avocat de
Vervins, qui partit avec Poutrincourt (1606); revenu en France, il
composa une Histoire de la Nouvelle-France (1608), dont il a paru
une nouvelle édition chez Tross en 1866, 3 vol. in-8o. L'Histoire de la Nouvelle-France, par le P. Charlevoix, s'arrête à
Histoire du Canada, par Brasseur de Bourbourg, 2 vol. in-8o, Paris, 1852.
Histoire du Canada, par Garneau, 3 vol. in-8'>.
Les Français au Canada et en Acadie, par Remy de Gourmont, Paris, 1888, histoire abrégée de vulgarisation.
Histoire de l' Acadie française, par Moreau, Paris, in-8«>, 1873.
Une colonie féodale en Amérique (Acadie), par Rameau de Saint- Père, Paris, 2 vol. in-8o, 1889.
Cinq Mois chez les Français d'Amérique; Voyage au Canada, par H. de Lamothe, Paris, 1879.
En Amérique et en Europe, par X. Marmier, Paris, 1860.
Le Canada, par Sylva Clapin, Paris, 1885.
La France et le Canada, par E. Agostini, Paris, 1886; donne surtout la statistique industrielle et commerciale.
Promenades en Amérique, par J.-J. Ampère, nouv. édit., 1874.
Au Canada et chez les Peaux-Rouges, par G. Démanche, Paris, 1889 (notes d'un voyage accompli en 1885 à propos d'une ligne nouvelle de navigation entre le Havre et Halifax, ligne qui n'a pas été maintenue).
Campagnes et Stations sur les côtes de l'Amérique du Nord, par Ed. du Hailly, Paris, 1864.
Le Transcanadien et l'Alaska, par E. Cotteau, dans le Tour du monde, 1891.
L'Amérique du Nord pittoresque, illustrée, Paris.
Terre-Neuve et les Terre-Neuviennes, par H. de La Chaume, Paris,
Un Voyage à Terre-Neuve, par J. Thoulet, dans Bulletin de la Société
de géographie de l'Est, Nancy, 1890.
Œuvres complètes de l'abbé Casgrain, 5 vol., Québec, 1884-1888. De l'Atlantique au Pacifique, par le iDaron Hulot, Paris, 1888. Les Grands Esquimaux, par E. Petitot, Paris, 1887. (Le P. Petitot
fut missionnaire dans le nord-ouest canadien de 1862 à 1882.) Quinze Ans sous le cercle polaire, par le même, Paris, 1889. En route pour la mer Glaciale, par le même, Paris, 1888. Autour du grand lac des Esclaves, par le même, 1891. Exploration de la région dugrand lac des Ours, par le même, Paris,
La Nation canadiemie, par Gailly de Taurines, Paris, 1894. De Montréal à Washington, par Luc. Vigneron, nouv. édit., Paris,
Yankees et Canadiens, par L. Lacroix, Paris, 1895. Le Canada, par P. Cronenbergks, Paris, 1892.