‹ L'Ameérique; anthologie géographique;Chapitre 34 sur 142 · MISSISSIPI · texte numérisé non relu

MISSISSIPI

Sa découverte par le P. Marquette (1673). — « Nous voilà donc sur celte rivière si renommée dont j'ai tâché de remarquer attentivement toutes les singularités. La rivière du Mississipi tire son origine de divers lacs qui sont dans les pays des peuples du Nord; elle est étroite à la décharge de Miskour (Wisconsin) ; son courant, qui porte du côté du sud, est lent et paisible; à la droite on voit une grande chaîne de montagnes, et à gauche de belles terres. Elle est coupée d'îles en divers endroits; en sondant nous avons trouvé dix brasses d'eau; sa largeur est fort inégale :elle a quelquefois trois quarts de lieue, et quelquefois elle se rétrécit jusqu'à trois arpents. Nous suivons doucement son cours jusqu'au 42°. C'est ici que nous nous apercevons bien qu'elle a tout changé de face; il n'y a presque plus de bois ni de montagnes; les îles

sont plus belles et couvertes de plus beaux arbres; nous ne voyons que des chevreuils et des vaches, des outardes et des cygnes sans ailes, parce qu'ils quittent leurs plumes en ce pays. Nous rencontrons de temps en temps des poissons monstrueux, un desquels donna si rudement contre notre canot que je crus que c'était un gros arbre qui l'allait mettre en pièces.

Une autre fois, nous aperçûmes sur l'eau un monstre qui avait une tête de tigre, le nez pointu comme celui d'un chat sauvage, avec la barbe et les oreilles élevées en haut; la tête était grise, et le col tout noir : nous n'en vîmes pas davantage. Quand nous avons jeté nos rets à l'eau, nous avons pris des esturgeons et une espèce de poisson fort extraordinaire : il ressemble à la truite, avec cette différence qu'il a la gueule plus grande ; il a, proche du nez, qui est plus petit, aussi bien que les yeux, une grande arête faite comme un buse de femme, large de trois doigts, long d'une coudée; au bout de la queue est un rond large comme la main. Cela l'oblige souvent, en sautant hors de l'eau, de tomber en arrière. Étant descendus jusqu'à 41° 28', suivant le même rumb, nous trouvons que les coqs d'Inde ont pris la place du gibier, et les pisikious ou bœufs sauvages, celle des autres bêtes.

Nous les appelons bœufs sauvages, parce qu'ils sont bien semblables à nos bœufs domestiques; ils ne sont pas plus longs, mais ils sont près d'une fois plus gros et plus corpulents ; nos gens en ayant tué un, trois personnes avaient bien de la peine à le remuer. Il sont épars dans les prairies, comme des troupeaux; j'en ai vu une bande de quatre cents.

Nous avançons toujours; mais comme nous ne savions pas où nous allions, ayant fait déjà plus de cent lieues sans avoir rien découvert que des bêtes et des oiseaux, nous nous tenons bien sur nos gardes ; c'est pourquoi nous ne faisons qu'un petit feu à terre sur le soir, pour préparer nos repas, et après souper nous nous en éloignons le plus que nous pouvons, et nous allons passer la nuit dans nos canots, que nous tenons à l'ancre sur la rivière, assez loin des bords; ce qui n'empêche pas que quelqu'un de nous ne soit toujours en sentinelle, de peur de surprise. Allant par le sud et le sud-ouest, nous nous trouvons à la hauteur de 41°...

... Enfin le 25 juin nous aperçûmes sur le bord de l'eau des pistes d'homme et un petit sentier assez battu, qui entrait dans une belle prairie. Nous nous arrêtâmes pour l'examiner, et, jugeant que c'était un chemin qui conduisait à quelque

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