‹ L'Ameérique; anthologie géographique;Chapitre 35 sur 142 · TEXAS · texte numérisé non relu

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village de sauvages, nous prîmes résolution de l'aller reconnaître. Nous laissons donc nos deux canots sous la garde de nos gens,... après quoi M. Jolliet et moi entreprîmes cette découverte assez hasardeuse pour deux hommes seuls qui s'exposent à la discrétion d'un peuple barbare et inconnu. Nous suivons en silence ce petit sentier, et, après avoir fait environ deux lieues, nous découvrîmes un village sur le bord d'une rivière, et deux autres sur un coteau écarté du premier d'une demi-lieue. Ce fut pour lors que nous nous recommandâmes à Dieu de bon cœur ; nous entendîmes les sauvages ; nous crûmes qu'il était temps de nous découvrir, ce que nous fîmes par un cri que nous poussâmes de toutes nos forces, en nous arrêtant sans plus avancer. A ce cri, les sauvages sortent promptement de leurs cabanes, et, nous ayant probablement reconnus pour Français, surtout voyant une robe noire,... ils députèrent quatre vieillards pour nous venir parler, dont deux portaient des pipes à prendre du tabac, bien ornées et empanachées de divers plumages. Ils marchaient à petits pas, et, élevant leurs pipes vers le soleil, ils semblaient lui présenter à fumer, sans néanmoins dire aucun mot. Ils furent assez longtemps à faire le peu de chemin depuis leur village jusqu'à nous. Enfin, nous ayant abordés, ils s'arrêtèrent pour nous considérer avec attention. Je me rassurai, voyant ces cérémonies qui ne se font parmi eux qu'entre amis, et bien plus quand je les vis couverts d'étoffes, jugeant par là qu'ils étaient de nos alliés. Je leur parlai donc le premier, et je leur demandai qui ils étaient; ils me répondirent qu'ils étaient Illinois, et pour marque de paix ils nous présentèrent leurs pipes pour pétuner. Ensuite ils nous invitèrent d'entrer dans leur village, où tout le peuple nous attendait avec impatience. Ces pipes à prendre du tabac s'appellent en ce pays des calumets... » {Mission du Canada : Relation inédite de la Nouvelle- France, Ch. Douniol, 1861, 2 vol. in-12, II, 255-260.)

La prairie. — « Il faut renoncer à décrire complètement les prairies et les forêts vierges avec leurs aspects variés, leurs accidents pittoresques ou leur uniformité pleine de grandeur... Un même trait général caractérise ces paysages de l'Amérique. La terre est comme tachée de trois couleurs. Ce sont des

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teintes qui se partagent le sol tout -entier, par plaques plus ou moins étendues : le vert glauque de l'herbe tendre, le jaune doré de l'herbe séchée et le vert foncé des amas de buissons.

Dans d'autres parties la prairie est relevée de nombreux bouquets de chênes, d'hickorys, de micocouliers disposés soit en groupes, soit en bandes, soit même en files plus ou moins régulières ou sinueuses. Les arbres sont assez écartés pour permettre le passage du cheval. Mais si le terrain se môle d'un peu de calcaire, il s'élève entre ces arbres des broussailles serrées, dans lesquelles l'épine rouge, le faux marronnier et le cornouiller de la Floride jouent souvent le rôle principal. Ce sont les fourrés que les Américains nomment brakes, et les Mexicains chaparrals.

Ces aspects, tout dépendants qu'ils soient de la nature du sol, ne sont pas sans subir des variations avec les années. Nous voulons parler des variations non périodiques, indépendantes des cours des saisons, et que l'on pourrait nommer soit progressives,soit intermittentes. C'est ainsi que les années pluvieuses développent au Texas les tournesols, qui ne paraissent point dans la prairie durant les années sèches. Mais quand le limon diluvial est pénétré d'une humidité suffisante, cette belle plante, longtemps parée de ses grandes fleurs jaunes, couvre en peu de semaines la prairie et la transforme en un champ sans limites de sunflowers gigantesques et serrés. Le voyageur, en tournant le dos au soleil, jouit du spectacle de ces innombrables couronnes d'or, toutes dirigées vers lui, aussi rapprochées que des épis dans un champ de blé et dont les légions n'ont d'autre terme que les bornes de l'horizon.

L'aspect de la prairie vierge varie suivant les instants du jour. Le matin à l'aube, lorsque le soleil commence à poindre à l'horizon, il s'en dégage une fraîcheur délicieuse; des gouttes de rosée scintillent au bout de chaque brin d'herbe, les fleurs relèvent leur corolle sous la douce caresse des premiers feux de l'astre du jour, les oiseaux jettent au ciel leurs notes joyeuses en voletant de branche en branche; les cris de myriades d'insectes se perdent dans un bourdonnement continu et strident, les bœufs et les chevaux secouent les torpeurs de la nuit et se mettent en quête de nourriture pour la journée; la température est douce, l'air sent la verdure; une brume imperceptible estompe l'horizon. Vers dix heures, le soleil darde une chaleur ardente ; l'atmosphère devient d'une transparence étonnante, la nature s'assoupit. Bêtes et plantes semblent

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