TEXAS
privées de mouvement. A la faible brise du matin succède un calme absolu de l'air. La température n'est cependant pas accablante, car l'évaporation du corps est active; mais elle commande le repos. C'est à ce moment que la prairie, sous l'effet de la profusion de lumière qui l'inonde, présente de magiques contrastes de couleur. On remarque aussi comme une sorte de miroitement, qui court vivement sur les feuilles les plus claires et les plus lisses.
A partir de quatre ou cinq heures la prairie renaît à la vie. L'ardeur du soleil diminue d'une manière sensible. Les troupeaux de vaches et de bœufs se préparent à faire à la rivière leur visite quotidienne. On entend les beuglements lointains des chefs de tribus appelant autour d'eux les membres des communautés qu'ils commandent. Lorsque toutes les bêtes faisant partie d'une même troupe ont répondu à l'appel, elles s'en vont à la queue leu leu, le chef en tête, vers le cours d'eau ou la mare où elles ont coutume de s'abreuver. Cette promenade de chaque jour à la rivière se fait avec une ponctualité remarquable. Elle a lieu à une heure bien déterminée, qui, d'une après-dîner à l'autre, varie à peine de quelques minutes.
C'est au moment du coucher du soleil que la prairie apparaît dans toute sa splendeur; c'est alors qu'on éprouve le plus de charme à s'y enfoncer. L'astre du jour disparaît dans une véritable pluie d'or, qui semble jaillir du ciel à l'horizon. Un peu après, les nuages prennent les teintes les plus variées, les plus harmonieuses ; ou, si la voûte céleste est absolument pure, d'immenses rayons d'un rose tendre partent de l'occident et vont s'affaiblissant jusqu'au levant. C'est, pendant dix ou quinze minutes, un spectacle magique. En même temps s'élève un vent léger et continu qui vient caresser le visage et qui apporte les senteurs embaumées recueillies tout le long de son parcours.
Mais tout à coup de nombreuses détonations de rifles partent de divers côtés. C'est, pour les lapins sauvages et les lièvres, un moment critique; chacun a décroché sa carabine et s'est dirigé vers la prairie pour y faire le coup de feu contre le pauvre Jeannot. Il semble qu'une promenade au milieu d'une telle fusillade puisse offrir quelque danger; il n'en est rien cependant. Le chasseur texas est d'une adresse telle qu'il n'est pas à craindre que le plomb destiné au gibier vienne frapper un promeneur inoffensif. D'ailleurs cette chasse à la tombée de la nuit ne dure guère; une demi-heure à peine, le temps d'abattre deux ou trois pièces.