L. Didier. — L'Amérique
La brise du soir dont nous parlions h l'instant cesse généralement vers sept heures. Puis, s'il y a clair de lune, la prairie se montre sous un dernier aspect, tout différent de celui du jour. Le paysage s'éclaire d'une lumière tranquille, bien que relativement intense; les ombres sont fortement accusées. Par les tièdes nuits d'été, et lorsque la lune se trouvait pleine et voisine du zénith, le séjour de la prairie avait un attrait inexprimable. La clarté était assez vive pour permettre de tout distinguer autour de soi avec la plus grande netteté, presque comme en plein jour; mais on aurait pu se croire au milieu d'une nature morte, tellement le calme qui y régnait était absolu et plein de majesté. Nul bruit ne révélait la présence d'êtres vivants. En prêtantl'oreille avec une attention soutenue, on finissait par distinguer mille murmures imperceptibles, confus, inexplicables. Tantôt c'élait un bruissement furtif, tantôt un frôlement mystérieux. 11 eût été difficile d'attribuer une cause à ces bruits singuliers.
On ne peut se figurer de quel éclat brille Diane dans ces contrées où le ciel est toujours d'une pureté surprenante. En passant au travers du feuillage des arbres, la lumière forme sur le sol de petites plaques d'un blanc éblouissant. Chaque construction, chaque paysage revêt un caractère étrange, bien différent de son aspect dans le jour. En un mot, la nature entière se transforme; elle apparaît sous un voile qui lui prête un charme indéfinissable.
Les nuits sans lune, éclairées seulement par les myriades d'étoiles qui scintillent, offrent un non moins grand attrait. Je me souviendrai toujours d'une veillée faite dans la prairie vierge par un de ces beaux ciels étoiles. J'étais à 1,500 mètres de notre station, en compagnie d'un jeune homme qui nous aidait dans nos travaux. Nous étions alors en décembre, et, vers le soir, on éprouvait quelque fraîcheur. Nous nous couchâmes sur l'herbe auprès d'un feu de broussailles qui pétillait joyeusement. On éprouvait une douce sensation de bien-être. Les regards tournés vers le ciel, nous admirions les milliers d'étoiles qui le parsemaient; toutes paraissaient grossir; les plus belles prenaient des proportions inaccoutumées, et l'on en distinguait un nombre incalculable de petites semblables à des grains d'or, que pour ma part je n'avais jamais vues jusque-là...
Celui qui a séjourné dans la prairie vierge, qui l'a parcourue la nuit comme le jour, s'explique l'existence du trappeur passée tout entière dans les solitudes. Si, au point de vue matériel, la vie au milieu de cette nature primitive laisse
quelque peu à désirer, combien, d'autre part, ne réserve-t-elle pas de jouissances à l'homme qui la préfère à l'existence monotone et routinière de la ville? La première n'est qu'un long poème, d'une poésie empreinte de grandeur et de philosophie ; la seconde n'est que prose, souvent étroite et terre à terre. » (A. Lancaster, Société royale belge de géographie; Bulletin, 1885, p. 328-333.)
La population. — « Le Texas se peuple rapidement grâce aux chemins de fer; mais quelle rude population! L'Européen se trouve assez dépaysé au milieu de ce roiigh people, de ces hommes à barbe inculte chaussés de grosses bottes, de ces femmes qui ont adopté l'usage masculin de mâcher du tabac, de fumer la pipe, cracher dans les jambes du voisin. On traverse fréquemment des agglomérations naissantes qui sortent de terre comme les champignons et qui, dans quelques années, seront des cités importantes. D'un bout à l'autre de l'Union, ces embryons de villes présentent éternellement le même aspect: ici comme dans le Far-West et dans le Nord, on retrouve les mêmes façades en planches, où s'étalent en grosses lettres les mots saloon ou dnig-shore. D'innombrables faucons planent au-dessus de ces ruches humaines. » (J. Leclercq, Voyageait Mexique, 1885, Hachette, p. 5.)
LOUEST AMÉRICAIN
Les rives de l'Arkansas. — « A la distance d'un mille ou deux de l'Arkansas on trouve d'abord des masses de roseaux, puis une suite de lacs qui se prolongent parallèlement aux sinuosités de la rivière, et dont les eaux sont aussi de la même couleur. Quand elle est haute, elle répand son superflu dans les lacs et bayous, et l'eau est en mouvement sur une largeur de vingt milles; ces lacs sont couverts par les larges feuilles et, dans la saison, par les fleurs du nymphéa nelumbo, la plus grande et la plus magnifique que j'aie jamais vue. J'en ai observé de la dimension d'un ^chapeau; les pétales extérieurs sont d'un blanc éclatant, et ceux de l'intérieur d'un beau jaune. C'est en grand la copie du lis des étangs de la Nouvelle-Angleterre, qui m'a toujours frappé comme la fleur la plus belle et la plus odorante de ce pays. Ces lacs sont telle-
ment couverts de ces Heurs et d'une autre plante aquatique dont les feuilles ont la même forme, mais avec une fleur jaune, qu'un oiseau peut marcher d'un bord à l'autre sans que ses pattes touchent l'eau; et les plantes s'élèvent de toutes les profondeurs du fond jusqu'à deux pieds au-dessus de la surface de l'onde.
Au delà de ce lac on voit d'immenses marais pleins do cyprès chauves. Les marais constituent une grande portion du terrain inondé du Mississipi et de ses affluents. Aucun aspect sur la terre ne peut être plus triste. L'Achéron et le Styx des poètes ne présentaient pas une aussi grande réunion de circonstances engendrant la mélancolie. C'est avec raison que le cyprès est considéré comme un arbre funèbre et lugubre. Quand celui-ci a perdu ses feuilles, un marais où il s'élève en quantité innombrable n'offre plus qu'une immense forêt de branches d'un gris blanc, entrelacées ; rien ne représente mieux l'image de la désolation et de la mort. J'en ai été souvent frappé, je n'ai pas la force de décrire ce tableau. Pendant Tété, les jolies feuilles de ces cyprès, courtes et d'un vert agréable, enveloppent ces branchages blanchâtres d'une draperie de crêpe. L'eau dans laquelle ces arbres croissent a une surface uniforme, est morte et a une profondeur de deux à trois pieds... L'eau est couverte d'une couche épaisse de matière verte qui ressemble à du velours. Les moustiques vivent par milliers dans ces endroits-là. A cette scène horrible il faut encore ajouter fréquemment le serpent mocason, dont l'énorme corps, revêtu d'écaillés, est roulé sur lui-même contre un tronc de cyprès, et si on approche trop près de lui, malgré sa paresse et son apathie il renverse en arrière, presque sur son cou, la mâchoire supérieure de son immense gueule, et donne ainsi un vigoureux avertissement de ses moyens et de sa volonté de se défendre. J'ai parcouru quarante milles le long de ces marécages, et pendant un espace considérable de ma route sur le bord de la rivière, mon cheval s'enfonçait à chaque pas jusqu'à moitié de la jambe; j'étais constamment enveloppé d'un nuage de moustiques. » (H. Flint, missionnaire, 1831, dans Nouvelles Annales des voyages, 3« série, IV, 348-3o0.)
Aspect général du pays et des villes : les prétentions des habitants. — u Nous ne connaissons pas de pays dont un
Européen se fatigue plus tôt, où la nouveauté et le changement s'épuisent plus vite que les territoires situés à l'extrême limite des États-Unis. Toutes les villes américaines du Far- West se ressemblent; ce sont les mêmes rues mal tenues, encombrées d'énormes piles de briques et de mortier, les mêmes hôtels monstres avec l'inévitable buffet pour liquoring up, selon l'expression locale, et leurs dîners assourdissants et leurs massifs déjeuners^. On n'éprouve aucun plaisir à arriver en un tel lieu, aucune peine à en partir. Nul intérêt historique, ni tradition ni légende, rien qui parle à l'àme et éveille la sympathie. Le pays, dans son long parcours, produit partout la même impression, une impression de pesante uniformité. On traverse pendant des centaines de milles des territoires bien boisés ou des prairies aux horizons infinis ; on admire la grandeur des lignes et le lointain des paysages, en calculant combien d'êtres humains pourraient y trouver le confort et le bonheur matériel; mais on ne peut toujours admirer des forêts, si grandes qu'elles soient, ni des prairies et des horizons. Bientôt la monotonie vous envahit et vous domine. « Vous n'avez plus que cinq cents milles pour arriver, » vous dit l'homme du chemin de fer. Vous engagez la conversation avec vos compagnons de route, à côté desquels vous êtes depuis assez longtemps pour que l'on puisse prendre cette liberté. Mais ce n'est pas chose facile. M. A. Trollope a dit avec vérité qu'un Américain sortant des États de l'Ouest est taciturne autant qu'un Indien. Il restera assis pendant des heures sans prononcer un mot; il ne semble nullement éprouver le besoin d'échanger des idées. Mais qu'il s'y mette une fois, il parlera avec énergie, sinon avec violence. Si vous l'amenez à tenir une conversation, n'importe sur quel sujet, il ne se passera pas bien du temps avant qu'à son tour il ne mette sur le tapis les sujets auxquels un Américain en revient invariablement vis-à-vis des étrangers. Le fait que les Britishers ont rossé tous les peuples du monde, et que les Américains ont rossé les Britishers, établit naturellement que les Américains sont la plus grande nation du monde, et la plus puissante, la plus intelligente : voilà ce qu'on vous dit, ce
1. « Dans un buffet de l'Ouest, de Mandat-Grancey a en face de lui un vieui monsieur à l'air respectable qui commence par prendre une tranche de lard, qu'il coupe en petits morceaux; il y ajoute un peu de crème, quelques pointes d'asperges, un œuf poché, des tomates crues, le jus d'une pêche confite, du sel et du poivre en abondance, puis il arrose de mélasse noire et avale le tout avec un air de vive satisfaction... » {Dans les montagnes Rocheuses, Pion, p. 9.)
qu'on vous répèle à tous propos. Vous n'avez qu'un moyen de couper court, c'est de vous tenir pour convaincu. C'était une règle de convenance avant la guerre civile, c'est maintenant une règle de prudence. Mettre le moins du monde en doute, je ne dis pas le droit du Nord, mais sa supériorité constante en toute rencontre, ce serait s'exposer à un fort mauvais parti. » (Cité par Année géographique. Hachette édit., 1865, p. 288-289.)
La colonisation. — «Traversons tout de suite le Mississipi : c'est à l'Ouest qu'il faut aller pour rencontrer les éléments primitifs de la société américaine, la population hétérogène d'émigrants européens, réfugiés politiques, mécontents et misérables, cadets de famille en quête de fortune, les déchets, les hors-cadre de notre Europe, les aventuriers qui s'attaquent au pays vierge, en défrichant la forêt, en brûlant la prairie, en creusant les premiers sillons dans cette glèbe toute neuve. C'est à l'Ouest aussi qu'est la matière première qui, travaillée, fait la richesse américaine. Dans la grande usine nationale, c'est là qu'arrivent directement tous les produits du sol, que l'on voit élaborer et transformer par des engrenages à mesure qu'ils avancent vers l'Atlantique. Au commencement c'est un carré de prairie grand comme dix départements français, et que le président, après négociation avec les Indiens, déclare ouvert à la colonisation. Au mois de septembre dernier, dans le Montana, tombèrent ainsi les barrières qui entouraient un vaste espace vide. Depuis plusieurs jours, une multitude campait autour de la frontière comme la foule qui, aux jours de représentation gratuite, va s'installer le matin aux portes de l'Opéra. Voilà où il faut aller pour voir la matière informe et grossière qui, façonnée par le milieu, en une génération devient américaine, s'assemble avec une rapidité étrange en société organisée. Un jour, à midi, un coup de canon tonne. C'est le signal : le territoire est ouvert, et, comme une onde accumulée, le flot humain fait irruption de toutes parts. A cheval, en voiture, à pied, on s'élance, on bouscule son concurrent, on le gagne de vitesse pour mettre le pied sur un bon lot. Le soir on s'installe sous la tente; le lendemain les cabanes de bois apparaissent, puis des boutiques en planche, quelquesunes de ces épiceries américaines où l'on vend du tabac, des selles de cheval, des haches et du sucre. Au bout de six semaines, les premiers rails coupent la prairie de leurs lignes rigides; les gares surgissent; à côté des gares, les elevalors
où le blé, à portée du chemin de fer, attend les commandes que le télégraphe envoie de l'Est; autour des elevators, une banque, une église, et tout de suite on allume les hauts réverbères électriques dont la clarté violente, projetée sur vingt baraques en planches et sur les' fleurs de la prairie, proclame au loin l'orgueil et l'espoir de la cité naissante. Ainsi commence un coin d'Amérique; à présent, que les chemins de fer le favorisent, que plusieurs lignes s'y croisent, que ses maisons soient riches, dans six mois, à la place de ces vingt maisons de bois s'étendra peut-être une petite ville où les fermiers viendront acheter leurs machines agricoles; dans trente ans, une grande cité, un vaste marché de farines comme Saint-Paul et Minneapolis, une puissante ville de viande comme Chicago... » (A. Ghevrillon, Revue des Deux Mondes, 1" avril 1892, 557-558.)
Le peuplement de l'Ouest a fait disparaître les buffles, qui furent si utiles aux Indiens et dont nous parlent à chaque instant les premiers explorateurs.
Les buffles. — « De grand matin je quittai le camp pour les voir plus à mon aise. J'en approchai par des ravins, sans me montrer et sans leur donner le vent qui m'était favorable : c'est l'animal qui a l'odorat le plus subtil; il lui fait connaître la présence de l'homme à la distance de quatre milles, et aussitôt il s'enfuit, cette odeur lui étant insupportable. Je gagnai inaperçu une haute colline; de là je jouissais d'une vue d'environ douze milles d'étendue. Cette vaste plaine était tellement couverte d'animaux, que les marchés ou les foires d'Europe ne vous en donneraient qu'une faible idée. C'était vraiment comme la foire du monde entier, rassemblée dans une de ses plus belles plaines. J'admirais les pas lents et majestueux de ces lourds bœufs sauvages, marchant en file et en silence, tandis que d'autres broutaient avec avidité le riche pâturage qu'on appelle l'herbe courte des buftles. Des bandes entières étaient couchées sur l'herbe au milieu des fleurs... Je ne pouvais me lasser de contempler cette scène ravissante, et pendant deux heures je regardai ces masses mouvantes dans le même étonnement. Tout à coup, l'immense armée parut éveillée; un bataillon donnait l'épouvante à l'autre, toute la troupe était en déroute, fuyant de tous côtés. Les buffles avaient eu le vent de leur ennemi commun : les chasseurs
s'étaient élancés au milieu d'eux. La terre semblait trembler sous leurs pas, et les bruits sourds que l'on entendait étaient semblables aux mugissements du tonnerre éloigné. Les chasseurs tiraient à droite et à gauche ; ils firent un grand carnage parmi les plus gros de ces animaux. Je retournai avec eux au camp. Ils avaient chargé plusieurs chevaux de langues, de bosses, de côtes,... abandonnant le reste aux loups et aux vautours...
J'ajouterai, pour vous donner une idée du grand nombre de ces animaux sur le Missouri, que cette année 1840 la Compagnie des pelleteries a descendu 67,000 robes de buffles à Saint- Louis. On évalue en outre à 200,000 Je nombre de buffles que les sauvages du Missouri tuent tous les ans pour leurs propres besoins, pour leurs tentes, leurs vêtements et leurs couvertures de selle.
Nous tuions sans peine six buffles par jour pour les quarante personnes que contenait notre camp. Dans tout mon voyage je n'ai pu me lasser de contempler avec admiration ces animaux vraiment majestueux, avec leurs épaules, leurs cous et leurs têtes raboteuses. Si leur nature pacifique n'était connue, leur seul aspect ferait trembler. Ils sont timides et sans méchanceté, et ne montrent aucune mauvaise disposition, excepté dans leur propre défense, lorsqu'ils sont blessés et serrés de près. » (P. de Smet, Voyages aux montagnes Rocheuses, Lille, Lefort, 1845, p. 18-23.)
CniCAGO
Les origines. — « La fondation de Chicago remonte au commencement de ce siècle, mais il aurait fallu beaucoup de complaisance pour appeler déjà ville cette station perdue au fond du désert*. Rien n'égale sous ce rapport la confiance
1. On a donné diverses interprétations du nom de Chicago ; d'après les uns, les mots C/etca/iTOrtA: signifient un trou fie putois; pour d'autres ils signifient oignon sauvage; c'était une bourgade des Miarais qui est mentionnée par le voyageur Nicolas Perrot en 1671 ; il y eut là un fort français, le fort Chingatouk, qui est signalé sur une carte de 1083. Les Américains y élevèrent en 1804 lefort Dearborn, qui fut abandonné en 1812, rebâti en 1816 et démoli en 1856. Long le visita en 18ii3. Voici le tableau qu'il en donne :« L'aspect de Chicago et de ses en vironsne répondit nullement à l'idée que nous nous en étions formée d'après la relation d'un voyageur qui dit que c'est le pays le plus fertile et le plus beau que l'on puisse imaginer. Cependant, malgré l'activité et la vigilance des officiers, il fut
intrépide d'un Américain. Vous entendez parler d'une cité nouvelle, on vous vante avec enthousiasme sa grandeur future : vous demandez à la voir, et vous apercevez... une maison de planches au milieu d'un champ à peine défriché. Laissez faire le settler, ce qui n'est encore qu'un rêve de son imagination ne tardera pas à prendre corps. Toutefois, il y a cinquante ans, l'esprit d'entreprise dans l'Ouest n'était pas, à beaucoup près, aussi actif qu'aujourd'hui...
En 1830 Chicago continuait à n'être rien de plus qu'un poste militaire et une station pour le commerce des fourrures; on y comptait douze habitations; une forteresse faite de quelques troncs d'arbres abritait une poignée de soldats ; à côté, deux ou trois ignobles tavernes vendaient Veau de feu aux Peaux-Rouges. Des armes et de l'alcool, voilà sous quelle forme la civilisation se présente presque partout au sauvage; puis, quand il est abruti, on s'étonne de sa dégradation. La race saxonne en général, la race américaine en particulier, n'est pas réputée pour sa douceur envers les peuples indigènes qu'elle dépossède.
Vers 1833, les colons commencèrent à se diriger vers la ville naissante; avant la fm de Tannée, cinquante familles s'évertuaient à transformer en rues, en jardins, en champs de 7Tiaïs, la prairie inculte. Cinquante familles au milieu de l'immense solitude ! Il semblerait qu'il y avait assez de place pour elles et pour les Indiens ; les prévoyants pionniers n'en jugèrent pas ainsi. Au mois de septembre 1834, sept mille Peaux-Rouges assemblés dans Chicago échangeaient, contre
impossible à la garnison, composée à peu près de quatre-vingt-dir hommes, de vivre avec le grain 7'écoltédans le pays, quoiqu'une grande partie du temps des soldats eût été consacrée à la culture de la terre. Le terrain est trop bas, trop humide et trop exposé au froid et aux vents pluvieux qui soufflent du lac pendant la plus grande partie de l'année; le grain est fréquemment détruit par des myriades d'insectes et de nombreuses volées d'oiseaux rapaces...
«Le village, malgré son ancienneté, ne consiste qu'en un petit nombre de cabanes basses, sales, chétives, habitées par des hommes misérables qui valent à peine les Indiens dont ils descendent. Le commerce ne peut y attirer des habitants. » {Nouvelles Annales des voyageSyWiWl, 348-350.)
La ville actuelle a 27 kilomètres de longueur, 8 de largeur; une de ses rues a 27 kilomètres; Chicago possède cinquante et une lignes de chemin de fer; la population augmente de cent mille habitants par année; elle est en grande partie allemande : « J'ai rarement rencontré, dit de Mandat-Grancey, une hostilité pour la France aussi caractérisée que celle qui ressort du ton général de la presse de Chicago. » (En visite chez l'oncle Sam, Pion, p. 335.) Au recensement de 1890, Chicago comptait quatre cent mille Allemands sur une population de seize cent mille habitants. Elle s'est appelée la reinedes prairies, la reine des lacs (le surnom le plus evact), la merveille de l'Ouest, la perle de l'Union.
des marchandises sans valeur, un territoire de 4,000 à 5,000 lieues carrées. L'acte de vente stipulait que les sauvages se retireraient vers l'ouest au delà du Mississipi. Une semaine plus tard, quarante chariots attelés chacun de quatre bœufs transportaient à travers la plaine les enfants des Potlawalomies et leur misérable bagage; les hommes et les femmes suivaient à pied. Au bout de vingt jours la tribu arriva sur les bords du grand fleuve; elle le franchit et poursuivit pendant vingt autres jours la marche qui l'éloignait à jamais du pays de ses ancêtres. Quand on se promène aujourd'hui dans les rues de Chicago, on a peine à se flgurer que trente-quatre ans auparavant les Peaux-Rouges étaient maîtres du sol.
Les Indiens partis, les colons avaient à exécuter une rude lâche pour rendre à peu près habitables les districts qu'ils venaient d'acquérir. La prairie, sur cette rive du Michigan, n'est guère plus élevée que le lac lui-même ; les premiers défrichements avaient misa découvert une vase que la moindre averse convertissait en une mer de boue, le moindre rayon de soleil en un océan de poussière. Pendant la saison des pluies, la ville était noyée dans une immense flaque d'eau, et pour y arriver il fallait traverser une sorte d'étang où les chevaux entraient jusqu'au poitrail. « Je ne donnerais pas de ces terres-là dix cents l'acre, » disait un négociant de New- York. Aujourd'hui le mètre carré se vend 1,000 dollars. L'agriculture ne semblait pas avoir meilleure chance de succès; Chicago tirait une grande partie de ses approvisionnements de la rive orientale du lac.
Avantages de sa position. — Pourquoi donc les colons avaient-ils choisi cet emplacement incommode? Pourquoi, malgré tous les obstacles, étaient-ils pleins d'espoir? C'est que, sur le point où ils bâtissaient Chicago, le Michigan ofl're un excellent port. Ses eaux ont creusé un fossé large de 200 mètres, long de 1,200, qui s'avance dans la plaine, puis se partage en deux bras se dirigeant l'un au nord, l'autre au sud, parallèlement au bord du lac. Cette espèce de rivière, cette crique étant dépourvue de courant, a l'avantage d'offrir un abri sûr aux bateaux que les fréquentes tempêtes du Michigan mettaient en danger. Elle est accessible aux plus gros navires de la navigation intérieure et met Chicago en possession d'une ligne de chantiers et de magasins longue de 10 lieues. Grâce à cette situation, la ville devait concentrer en partie le commerce des lacs américains : toutefois ce n'était encore qu'une active petite place de quatrième ou cinquième
ordre. On avait commencé à saler un peu de viande de bœuf et à l'expédier au dehors; en 1839 cette industrie avait pris un certain développement; un négociant hardi avait eu aussi l'idée de créer à Chicago un entrepôt pour les céréales, et des quantités considérables de grains étaient chaque année apportées du fond de la plaine jusqu'aux rives du Michigan. Par malheur, la saison du transport était aussi la saison des pluies ; les chariots attelés de bœufs avaient grand'peine à faire une longue route sur le sol détrempé; c'était pis encore quand ils arrivaient à la ville : ils s'embourbaient dans la vase profonde, défonçaient les rues, les changeaient en fondrières; les lourds véhicules s'accrochaient, s'enchevêtraient les uns dans les autres et formaient une confusion impossible à décrire. Tout Chicago était mis en émoi; les passants, arrêtés dans leur course, se voyaient bientôt couverts des pieds à la tête d'une boue épaisse et noire, terne livrée de la cité entière ; quand on était parvenu à dégager le passage, il fallait jeter des planches en travers des ornières pour rétablir la circulation ; enfin, la future reine des lacs était, de toutes les villes des prairies, la plus désagréable. L'étranger que le hasard y avait amené s'enfuyait au plus vite sans soupçonner le moins du monde que ce maussade marécage dût devenir un jour l'orgueil du nouveau monde, le grand entrepôt, le comptoir et la capitale de l'Ouest.
Chicago en 1867. — Mais rien n'effraye ni ne décourage le colon yankee; volontiers il dirait, en s'appropriant une parole bien connue : « Impossible ! ce mot-là n'est pas américain ! » Deux choses manquaient à Chicago pour développer les germes de prospérité qu'elle avait en elle; il lui fallait des voies de communication par terre et par eau. Le canal qui unit la ville à la rivière de l'illinois, et par suite au Mississipi, fut commencé en 1836 et terminé en 1848; dès lors une ère nouvelle s'ouvrait pour les settlers et les fermiers qui s'occupaient à défricher les fertiles prairies de l'Ouest ;leurs grains, leurs bestiaux, leurs fourrages, amenés facilement à Chicago, étaient expédiés par les lacs vers le littoral de l'Atlantique et jusqu'en Europe... Un an après l'achèvement du canal, le sifflet de lalocomotive retentissait pour la première fois dans les plaines du Michigan.
... Depuis quelques années Chicago fait une quantité d'affaires si prodigieuse qu'elle en serait elle-même étonnée si elle avait le temps de s'arrêter et d'aligner des chiffres. L'exportation des grains, quif avait commencé en d838 sur une
échellebien humble, 78 bushels (le busliel=:36litres), en comptait IG millions en 1855, 60 en 1867. Les eaux du Michigan. naguère silencieuses ou troublées seulement par les pagaies des Indiens, devinrent le point de ralliement d'une flotte nombreuse. Bricks, steamers, goélettes, bâtiments de toutes sortes, distribuèrent sur la rive du grand lac une partie considérable des céréales amenées à Chicago par les canaux et les chemins de fer*. » (Em. Jonveaux, l'Amérique actuellef Charpentier, 1870, p. 4-9.)
Union Stock Yards, Armour et 0°. — « Êtes-vous allé chez Armour ? me demandait-on sans cesse dans la métropole de riUinois.
— Non, cela ne m'excite que médiocrement.
— Allez-y, je vous assure ; venir à Chicago et ne pas visiter Armour, c'est, comme disent les Anglais, voir la pièce sans Jlamlet. »
Las de m'entendra répéter cette invitation à la boucherie, je me décidai à filer vers les yards.
Je me rendis donc par le railroad du Lakeshore tout là-bas, vers l'ouest, à ces Union Stock Yards où se découvre la plus grande industrie de Chicago, celle des bestiaux, qui, dans un vaste enclos ayant quatre fois plus d'étendue que notre Champ de Mars, sont parqués au nombre de vingt-cinq à trente mille environ.
A l'arrivée au milieu de cette plaine immense, parmi une armée de cavaliers, fermiers et cow-boys montés sur des chevaux superbes, d'une fringance égale à celle des coursiers de BufTalo-BilI, je me sentis comme naviguant sur un océan de bétail. A l'infmi, tout à l'entour, sous le soleil du matin, des dos de moutons ou de porcs ondulaient, à peine endigués par de légères balustrades; par places, le fauve pelage des bœufs émergeants apparaissait comme de longs rochers vivants, et de cette marée animale, embrumée de poussière,
1. « Pour le commerce des grains, il y a sur les bords de la rivière de Chicago vingt-sept élévateurs-entrepôts qui sont reliés aux diverses lignes de chemin de fer par une voie ferrée; l'ensemble de ces magasins peut contenir 10,103,070 hectolitres de grains; ils emmagasinent et distribuent ce bléavec une vitesse étonnante. Le blé est enlevé par de grandes chaînes à godets qui puisent dans les trains ou dans les bateaux adducteurs... » (P. Dkouet, Examen sommaire de l'agriciitture..., C&en, T^. 140.)
sortaient des rauquements, des bêlements, des mugissements de détresse, ainsi que d'une foire colossale et apocalyptique.
Avec l'esprit statistique cher aux Américains, on me montra la longueur kilométrique des rues pavées en bois ; on me parla de 20,000 auges à boire, de 50,000 auges à nourrir, de six puits artésiens fournissant l'eau, et de 24,000 employés pour toute la surface de ces yards.
Puis, dans une poussière noire, au travers de rails encombrés de locomotives, de voitures d'approvisionnement,, de carrioles de visiteurs, de courses de chevaux lancés au galop, par groupes de six à huit, avec un seul cavalier aucentre, je fus conduit devant d'immenses et vilaines bâtisses grises et rouges, d'aspect sinistre, où l'on me confia à un boy pour la visite de ces fameuses entreprises qui font d'unbœuf ou d'un cochon vivant une certaine quantité de viande aussitôt salée et empaquetée pour la consommation quotidienne de l'univers.
Je me trouvais chez Armour et C°.
Déjà, l'estomac comme dans un étau et le cœur en détresse, je revoyais au-dessus des bâtiments, en travers des rues et ruelles de cette ville lugubre, de larges ponts de bois sur lesquels bœufs ou moutons étaient poussés par bandes, et l'horizon était de tous côtés comme barricadé par ces viaducs vers la mort.
Dans l'atmosphère, une lourde odeur de viscères ouverts,, mêlée à la tiède et fade vapeur du sang.
Aucun bruit d'usine; un elevated spécial circulant là-haut chargé de matières animales, quelques mugissements sourds et le martèlement des sabots sur ces ponts élevés, canalisant les bœufs du Far-West vers les boîtes à conserves de la maison Armour.
Le boy me tira par la manche et me fit signe de le suivre au bout d'un escalier rouge, comme naguère celui de la Veuve h la Roquette. Il m'expliqua que c'était ce matin-là une tournée des bœufs ; les cochons, plus gais dans la mort, plus folâtres comme marque d'agonie, étant réservés pour le lendemain.
Le petit escalier gravi, une porte s'ouvrit, et aussitôt l'affreux spectacle se dessina, dont je ne compris le truquage et la mise en scène que peu après.
Au milieu d'une salle longue de mille pieds, trois ou quatre cents bœufs, déjà décapités, étaient pendus par un jarret d'arrière que les hommes demi-nus, sanglants, sciaient en deux, tailladaient à coups de hache, dépiautaient à l'aide de
cisailles ingénieuses. Sur le côté, des spécialistes rivalisaient de zèle et d'activité pour laver, sur des éviers inondés d'eau tiède, les tripes, les matières grises du cerveau, les rognons, les ris et les fraises, tandis que d'autres, perdus dans les montagnes de têtes, d'un rouge intense que Delacroix même n'atteignit jamais, luttaient, la hache, la scie ou le couperet à la main, pour faire jaillir des boîtes osseuses les exquises cervelles et les yeux, régals des délicats.
Une puanteur intolérable, faite de boyauderies excrémentielles, de sang chaud et caillé, de graisses évaporées, de peaux retournées, montait en buée de cet abattoir, dont je ne voyais encore que l'effroyable ensemble.
Le boy, très attentif, me fit remarquer le mécanisme initial ; — là-bas, à gauche, se lisait la préface : j'approchai.
Des wagons privés de toit circulaient sans relâche, chargés chacun de deux bœufs et, au passage, des contrôleurs à massue leur octroyaient, avec une vitesse prodigieuse, la contremarque pour le paradis de la salaison.
A peine le coup de massue assené, le wagon basculait, une des parois s'ouvrait, et les deux bœufs, encore animés de spasmes musculaires, roulaient sur le sol, aussitôt harponnés par le jarret d'arrière, hissés sur une tringle, la tête en bas, et, en une demi-seconde, largement égorgés.
Oh ! ce sang tombant en large cascade et qui, éclairé par le soleil feneslral, apparaissait en transparence vineux et violacé ! Combien de tlots, en six secondes, n'en vis-je point couler! Combien de têtes hardiment coupées d'un habile coup de scie ne vis-je point tomber, immobile, écœuré, les semelles de mes chaussures comme collées aux dalles gluantes et visqueuses de cette ignoble fabrique !
Des boueurs, munis de leurs repoussoirs de cuir, chassaient devant eux cette épaisse masse liquide au vermillon intense ; les bœufs en leur dernier convoi arrivaient toujours, aussitôt tués, et l'odeur devenait plus lourde, plus chaude, plus viscérale... Je m'enfuis, le visage verdissant, secoué par des nausées, et je visitai encore des pièces diverses, dévidages de boyaux, salles de salaison, glacières, mises en boîtes, sans reconquérir mon aplomb. Ahuri de mon peu d'estomac, le boy me (it visiter la fabrique de beurre Armour et C°.
Je croyais à l'idylle après le carnage, aux laiteries souriantes, aux senteurs réconfortantes et fraîches des caillés, à la blancheur des laits tamisant le beurre nouvellement sorti des batteuses. Hélas ! ce n'était point cela.
Le manager de la beurrerie me montra avec orgueil et complaisance des chambres de graisses porcines et bovines aux tons jaunes et blancs, réunies en d'énormes séchoirs ; il m'expliqua et me fît comprendre la mixture de ces suifs étranges avec des huiles aux provenances douteuses, et je dus passer successivement par tous les degrés de la fabrication de ce beurre innomable ; je le vis accumulé dans des cuves, plus jaune que nature, remué à la pelle par des terrassiers enfouis à mi-corps dans ces terrains graisseux ; puis, remontant vers d'autres étages, je pus en étudier la salaison mécanique et observer le maquillage de cette horrible mixture, la mise en boîtes, en petits pâtés fleuris de vignettes, encollerettésde papiers...
0 Virgile! ô Delille ! ô Florian! poètes des exquisités rustiques et des douceurs bocagères, qu'eussiez-vous pensé d'un tel démarquage de la nature !
Au sortir de cette beurrerie infâme S je n'avais plus qu'à regagner les bords du Michigan ; je repassai au travers de V Union Stock Yards, parmi les cow-boys et leurs véhémentes montures, et devant cette mer de bétail prête à s'écouler vers les archipels d'abattoirs voisins; je ne fus pas insensible aux cris stridents des cochons, à ces coinements déchirants et térébrants comme le bruit des scieries mécaniques, et dont la plainte me suivra toujours lorsque je reverrai notre antique foire aux jambons. » (Ogt. Uzanne, Vingt Jours dans le nouveau monde, May et Motteroz, 1893, p. 152-159.)
Les porcs. — « C'est un samedi après-midi, et les tueurs de bœufs chôment ; des cris perçants nous apprennent que le répit ne s'étend pas aux compagnons de saint Antoine. En suivant
1. Les Américains aiment à persuader qu'elle donne des produits excellents ; leur butterine onoléo-margarine est un composé de beurre, d'huile à beurre, de gras de lard neutre et d'une huile connue sous le nom d'oZJo.
Le beurre est choisi parmi les meilleurs.
L'huile à beurre vient des graines du cotonnier; c'est une huile végétale pure et nutritive.
Le gras de lard neutre est de la panne de lard contractée par le froid. On la fait cuire à petit feu, puis on l'immerge dans un bain d'eau froide pendant quarante-huit heures environ, ce qui en fait une substance parfaitement neutre,
Voléo est extrait du gras de bœuf le plus fin, refroidi dans de l'eau glacée et ensuite fondu à la température de 140° Fahrenheit. De ce gras fondu on retire, à 1 aide d'une forte pression, une huile parfaitement soluble, connue sous le nom d'o^e'o, la seule partie du bœuf qui sert pour fabriquer la butterine.
Les ingrédients qui viennent d'être (Résignés, convenablement combinés, salés et manipulés comme le beurre, donnent le produit connu sous le nom de butterine, qui est une des substances les plus pures, les plus saines et les plus nutritives.
une rampe en planche, nous arrivons h. l'étape supérieur, où grouillent une quantité de sangliers domestiques, au pelage noir, aux formes rebondies. Campé au milieu d'eux, un solide ^'aillard, chaussé de grandes bottes, saisit une victime par une patte de derrière, y enroule prestement un bout de chaîne, et l'accroche à l'extrémité d'une corde passant par une poulie; en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, l'animal hurlant est enlevé de terre, saisi par un second opérateur qui le décroche de la corde pour le suspendre à une poulie roulant sur un rail aérien. Pendant que l'hameçon de cette ligne d'un nouveau genre redescend en quête d'une nouvelle proie, le premier condamné, entraîné tête basse par la poulie qui roule sur le rail en pente, passe devant l'exécuteur des hautes œuvres, qui lui plonge un couteau dans la gorge; un quatrième ouvrier détache le cadavre pantelant, qui pique une tête dans un réservoir plein d'eau chaude. De là il est attiré sur une table où on le vide et le décapite, puis il passe successivement dans trois laminoirs dont les cylindres se composent de James de cuir raides et rugueuses qui arrachent les soies, reçoit un coup de rasoir d'un artiste capillaire qui parachève sa toilette, et recommence un nouveau voyage par chemin de fer, qui se termine dans de vastes chambres maintenues à 0° par de la glace ou des mélanges réfrigérants circulant dans des serpentins. Là les carcasses séjournent trente heures avant d'être dépecées, salées et emballées ! Tout ce voyage, si plein d'incidents, ne dure pas plus de dix à quinze minutes, et il y a plusieurs départs par minute. Les résidus subissent un traitement approprié et sont transformés en lards, saucisses, ou graisse et autres produits^ » (P. Trasenster , Ai^a? États- Unis, Ghio,p. 161-162.)
1. Les parcs à bestiaux ont une superficie de ICI hectares, dont t02 sont couverts par les abattoirs et ateliers. Les deux maisons principales sont Armour et C", Swift et C». La première a une succursale presque aussi importante à Kansas- City. En 1892 elle a tué et préparé :