OIL-CIT Y
« Les sources de pétrole ont été découvertes vers l'année 1860 par le colonel Drake, qui les mit aussitôt en exploitation. Gomme la plupart des innovateurs, il a payé de sa propre ruine son acte d'initiative. Depuis lors, nombre d'autres sources ont été captées. Aujourd'hui les puits fourmillent. Il en existe dans toutes les directions et sur tous les points, accusés par de hautes charpentes en forme de pyramides tronquées, appelées derrick, auxquelles sont fixés les engins de forage. C'est comme une forêt de bois sec qui bornerait l'horizon transversalement; on dirait des apprêts d'illumination de quelque fête diabolique. Et, par le fait, il existe environ quinze mille puits dans cette seule région. Oil-City, la ville de Fhuile, n'a pas volé son nom. La terre y suinte le pétrole, leshabits des ouvriers en sont imprégnés, l'air qu'on y respire est chargé d'effluves acres et pénétrants.
Mais qu'importe aux habitants de ce lieu de délices! Oa s'empresse d'y faire fortune et d'en déguerpir au plus vile au profit d'un nouvel arrivant. D'ailleurs, — comme on se plaît à l'insinuer, — le pétrole est excellent pour le rhumatisme. Il était le grand remède des Indiens avant qu'il fût expédié, pour son pouvoir éclairant, dans toutes les parties du monde civilisé.
Voici comment on procède pour extraire l'huile dos poches caverneuses où elle existe à l'état brut. Une série de tuyaux est enfoncée dans la terre jusqu'à la profondeur voulue, c'està-dire de deux cent cinquante à six cents mètres en contrebas du sol. On pompe alors à l'aide d'une machine à vapeur, et bientôt le liquide arrive en coulant avec abondance. En certains endroits même, pas à Oil-City cependant, point n'est besoin de se donner tant de peine. Ainsi, lorsque, par le forage, on a atteint la couche pétrolifère, l'huile en jaillit quelquefois d'elle-même comme l'eau d'un puits artésien.
Aussitôt extrait, le pétrole recueilli est conduit, soit par chemin de fer soit par des conduits en fonte, jusqu'aux raffineries. Ces sortes d'usines sont très nombreuses à Oil-City. Nous nous bornons à visiter celle qui se trouve dans le prolongement de la rue où est situé notre hôtel.
Là le pétrole brut est emmagasiné dans de vastes réservoirs de fer appelés stills. Il y est chauffé à une haute température, au moyen du charbon ou du naphte. Les vapeurs dégagées par le liquide, après avoir traversé une couche d'eau, vont se condenser dans d'autres réservoirs.
Ensuite le pétrole, distillé, est amené dans ce qu'on nomme les agitateurs, c'est-à-dire de très grandes cuves où des colonnes d'air, constamment renouvelées, viennent soulever le produit et le refroidir. L'acide sulfurique qu'on y jette par douches a pour effet de ramener plus promptement le pétrole à une température modérée, ainsi que de le rendre transparent. Quant au précipité qui en résulte, il est aussitôt entraîné au dehors.
Dès que l'huile a été suffisamment remuée, elle est déversée dans d'immenses récipients par un tube disposé au milieu de la cuve, puis lavée à grande eau et enfm projetée par une infinité de trous dans d'autres bassins, comme par le crible d'un arrosoir. Un peu de soude caustique facilite cette opération, rendue nécessaire par la présence des acides et des matières goudronneuses.
C'est alors seulement que le produit est bon à être utilisé,
résultat que l'on consacre soit en renfermant Fhuile dans de grands foudres de tôle à forme cylindrique, lesquels sont fixés sur des wagons de chemin de fer appelés oil-tank-cars, soit en la mettant directement dans les barils peints en bleu où nous la recevons en Europe.
Ce transvasement dans les barils n'est pas une des choses les moins curieuses. Il s'opère avec une rapidité extraordinaire au moyen d'une dizaine de tuyaux adaptés séparément à dix fûts. Un mécanisme ingénieux ferme automatiquement les conduits dès que le cube est atteint.
La fabrication des barils s'effectue avec une non moins étonnante promptitude. Grâce à un outillage perfectionné, on peut en livrer un en quelques minutes. Et encore ne parvienton pas à suffire aux besoins de la consommation, puisqu'on en est réduit à faire revenir d'Europe les tonneaux ayant déjà servi, bien que le rachat et le transport de ceux-ci coûtent plus cher qu'une nouvelle fabrication...
Pour donner une idée de l'importance toujours croissante de l'extraction du pétrole, il nous suffira de dire qu'une seule usine n'expédie pas moins de douze cents barils de pétrole chaque jour.
Bois compris, un fût de pétrole revient à huit dollars et demi. C'est, comme on sait, Anvers qui absorbe la plus grande partie du transit vers l'Europe septentrionale.
Oil-City, qui date de l'époque où Drake (1859) signalait la présence des immenses gisements de pétrole jusqu'alors inconnus, est peuplée actuellement d'une quinzaine de mille habitants, tous extracteurs, rafQneurs, fabricants de barils, ouvriers, industriels et détaillants, vivant de la seule et grande ressource offerte par la contrée. » (L Eggermont, Voyage autour du globe, Paris, Ch. Delagraveédit., 1892, p. 183-186.)
Sa situation. — « Le parc national* éveille par son nom l'idée d'un jardin de plaisance, et à ce compte il est fort mal
i. Les premières allusions aux fontaines d'eau bouillante sont dans les récits du trappeur John Colter, qui avait accompagné Lewis et Clarke en 1806; il se sépara de la mission au milieu du désert pour trapper le castor sur le haut Missouri; fait prisonnier par les Indiens, il fut amené par eux dans la région du Parc, et, quand il vint à Saint-Louis en 1810, raconta ce qu'il avait vu; personne
nommé. C'est une région de 10,000 kilomètres carrés, grande comme un tiers de la Belgique, située au cœur des montagnes Rocheuses, à l'angle des États de Wyoming, de Montana et de ridaho, enfermée de tous côtés par un rempart de pics et de glaciers. Elle est un théâtre de prodiges; sa découverte toute récente a ému le nouveau monde, sans être encore fort populaire sur l'ancien continent. M. Jules Leclercq, dans une intéressante relation d'un voyage fait en 1883, a établi un essai de bibliographie spéciale à ce sujet. Il ne compte pas moins de cent dix-huit travaux de toutes natures et de toutes étendues, parmi lesquels la France n'est pas représentée...
Dès les premiers rapports des explorateurs, MM. Doane, Langford, Hayden, l'État s'est aussitôt saisi de ce pays qu'il ne se connaissait pas. Depuis le l®"^ mars 1872, un vote du congrès des États-Unis a réservé et déclaré propriété nationale toute la province qui entoure le lac de la Yellow-Stone, les bassins des geysers, les sources chaudes, les rivières Yellow-Stone, Gardner, Firehole, Missouri. Il est défendu de s'y fixer, d'y acheter des terrains, d'y chasser, d'y bâtir, d'emporter des souvenirs, de déranger la disposition naturelle des lieux ; c'est la sauvagerie garantie, patentée par le parlement ; c'est la barbarie officiellement protégée, c'est l'entretien de l'inculte et la religion de la nature. Quand un arbre tombe, on abat la portion qui obstrue la route, et on laisse les tronçons pourrir à leur place. Car une route facilite l'accès de ce maquis, où les elques et les castors dorment en liberté.
Malgré la distance qui épouvante nos habitudes européennes, vous n'hésiterez pas à monter dans le « Nord Pacifique »; Yellow-Stone est sur le trajet de l'un à l'autre Océan.
Itinéraire à suivre. — De Chicago la durée du voyage est de quarante-huit heures, qui passent fort agréablement, et parce que les trains sont confortables et pittoresques, et parce qu'il n'y a aucune ville importante sur le parcours sauf Saint-
ne voulut le croire. Ces régions, désignées longtemps sous le nom de Colter's Hell, furent encore visitées par Bonneville en 1832, par le trappeur Jim Bridger en 1844, W. de Lacey en 1863; Washburn commanda une exploration officielle en 1870, et le géologue Hayden, qui en fit une étude scientifique, fut le véritable révélateur des merveilles. Ce fut lui qui proposa d'en faire un parc national.
On peut consulter sur l'aspect primitif de ces régions et les mœurs des trappeurs qui les ont les premiers parcourues Astoria de Washington Irving, traduit l»ar P.-N. Grolier, Paris, 1843, 2 vol. in-8». Lire surtout les aventures de John Coller, I, 20G et suiv.
L'altitude de la région n'est nulle part inférieure à 1.800 mètres ; plusieurs vallées atteignent 2,000 à 2,500 ; les massifs ont 3,000 et 3,700 mètres.
Paul, Minnéapolis. Ce sont les grandes capitales qui allongent les voyages. Ici les bourgades comptent chacune quelques cabanes en planches, et n'ont de séduisant que leurs noms : Sycomore, Byron, Saint-Gloud, Bismarck, un pauvre village; New-Salem, Glendive. Le touriste traverse h toute vapeur, assis sur la plate-forme découverte à l'arrière du train, tantôt des gorges rocailleuses aux tons d'or et de vermillon, tantôt des sables ondulés, tantôt des landes arides, où les étincelles de la locomotive mettent le feu aux herbes desséchées et aux arbres.
Enfin un matin la machine stoppe à un point de jonction qu'on appelle Livingstone, une bourgade toute jeune et déjà, prospère. Le convoi qui vient de l'Atlantique y croise celui qui vient du Pacifique. Une cheville d'or est scellée dans le rail, au point où les ouvriers soudèrent les deux tronçons de la voie en construction... Les voyageurs à destination du Parc descendent là et prennent un petit train local qui relie Livingstone à Cinnabar : c'est le point terminus de la voie ferrée. Trois grands mail-coach à huit chevaux attendent les touristes; on part aussitôt... et l'on entre au pays merveilleux, Wonderland, devant les sources du Mammouth, par la vallée imposante de la rivière Gardner, au galop de vingt-quatre bêtes qu'excitent les cow-boys en culottes de cuir...
Mammouth. — Les sources chaudes du Mammouth présentent le plus étonnant ouvrage d'architecture naturelle. On n'y a découvert aucun animal fossile, comme leur nom porterait à le croire; il désigne seulement la dimension peu commune de ce bassin thermal. Au sommet d'une montagne de deux mille mètres, qui domine la vallée de la rivière Gardner, s'échappent de nombreuses sources bouillantes, dont le débordement inonde depuis des siècles le versant. Ces eaux ont la propriété de déposer sur leur cours des matières diverses, carbonates et silicates, dont l'accumulation plusieurs fois séculaire a fait à la montagne une cuirasse de marbre et d'albâtre ; les terrasses et les vasques en étages se superposent ainsi de la base au sommet, continuellement lubrifiées par la mince couche d'eau et offrant le plus imposant ensemble.
A première vue, on ne distingue qu'un immense revêtement blanc, qui semble collé au flanc de la montagne sur toute sa largeur et sur toute sa hauteur. C'est comme un glacier qui aurait saisi tout un versant, et qui irait mourir jusqu'aux bords de la rivière par une couche de plus en plus mince. L'effet est éblouissant quand le soleil luit, et ne saurait être
supporté à l'œil nu; mais par les temps sombres ou pluvieux, le prestige disparaît; l'éclatante blancheur fait place à une teinte sale de glace à demi fondue. Les couleurs ont besoin de soleil.
En approchant on découvre que ce revêtement n'est pas uniforme; c'est une immense rampe qui descend du sommet par des étages de vasques capricieusement creusées...
L'esprit demeure déconcerté devant les multiples combinaisons de ces terrasses féeriques, de ces bassins peu profonds, de toutes dimensions, à toutes températures. On marche sur un sol artificiel. Celle splendide série de cuvettes superposées semble un gigantesque escalier de Versailles. Chaque humide palais a été baptisé d'un nom pittoresque ou poétique : Terrasse-de-Minerve, Terrasse-de-Jupiter, Terrasse-Miniature, Source-Orange, Cuisine-du-Diable, Source-de-Cléopàtre. Un sentier couvert de planches longe de côté ces gradins fumants. Chaque cuvette, pleine jusqu'au bord, est entourée d'une margelle en dépôts calcaires, dont les dentelures, les festons, les teintes, défient l'imagination. Ici une mince nappe d'eau bleue dort dans une coupelle blanche ; là les rebords ont la fine transparence de l'albâtre avec des veines roses. On a sous les yeux toutes les merveilles delà plus délicate orfèvrerie polychrome, des patènes ciselées, émaillées de tons crème et saumon, où repose une eau si pure que les moindres détails du fond sonl visibles ; ce sont de larges coupes autour desquelles les formations font des colliers de perles diaphanes; ce sont des piscines peu profondes et plates, où les parois présentent toutes les richesses et toutes les extravagances d'une ornementation prodigue. L'escalier géant se rétrécit à mesure qu'on marche; les vasques sont moins larges, plus profondes; les margelles sont plus hautes; l'eau, plus près de son origine, est plus chaude. Le sol devient mou, inconsistant, souple sous les pas. Nous voici aux dernières cuvettes du sommet; elles ont une forme ronde parfaite; des nuages de buée voltigent à leur surface. La pierre prend une apparence tluide, comme si elle coulait en cascade avec la mince couche d'eau. Au delà le liane de la montagne s'aplalit en un vaste palier, puis remonte par une pente boisée jusqu'aux derniers sommets de la chaîne. Ici le revêtement n'a plus la même continuité ni la môme persistance; il alterne avec des oasis de terre végétale où des pins plongent leurs courtes racines, et jouissent de leur reste en attendant leur funeste sort. Des jets, des rigoles, sourdentde touslescôtés et continuentsans trêve l'œuvre d'envahissement;.
les plaques calcaires se forment, s'amorcent partout, s'étendent, se rejoignent, étreignent la terre et les arbres, s'épaississent par un progrès lent et inéluctable. Des sources ont ellesmêmes boucbé leur orifice par leurs dépôts qui s'élèvent en cônes; on peut compter les siècles d'existence par les stratifications circulaires. De grandes taches, pareilles à d'énormes pustules lépreuses, ont gagné et cerné des massifs de pins, dont les troncs noirs, desséchés, morts, semblent appeler du secours de leurs longs bras décharnés.
On chemine à travers ces précipitations de silicate blanc et rose qui font au sol une housse rigide. Des torrents d'eau chaude roulent et gloussent au-dessous, lâchant des fusées de vapeur par tous les interstices delà croûte, qui les couvre comme une écume durcie. Dans les vasques plongent des objets divers, vieux souliers, paniers, fers à cheval, que les touristes pourront emporter dès le lendemain comme spécimens de pétrifications, tant le dépôt est rapide. Le soufre et le fer varient de tons rouges et jaunes les rebords des bassins, les bourrelets à demi crevés du sol. Les formations les plus jeunes présentent, avant de se durcir et de se conglutiner, l'aspect de filaments fromageux et d'écaillés minces. L'air est chargé d'émanations sulfureuses; on respire un atmosphère de thermes. Tout le haut du versant, au-dessus des grandes terrasses, est ravagé, miné, travaillé par les sources chaudes qu'on entend gronder sous le sol. Çà et là dans les clairières elles s'échappent au centre des lacs isolés qui débordent ; elles s'étalent plus bas sur les taches verdâtres qu'elles laissent, et qu'elles enrichissent peu à peu de feuillures minces comme des éclats de mica. Parfois la montagne s'échancre en forme d'une haute brèche, dont la muraille est un large jet de lave solidifiée. En montant toujours on traverse de nouveaux plateaux blancs où des boursouflures se soulèvent, crevées par des filets d'eau qui suintent. Les traînées de dépôt prennent toutes les teintes, du rose au bleu, du vert à l'or. Ici l'on dirait des ruisseaux de lait coulant sur un lit de neige; on gravit des mamelons dont la pointe suppure comme un gros abcès. Sur le trajet des courants souterrains, des bubons humides semblent rejeter un pus clair; toute la région présente les horreurs et les teintes riches d'une plaie putréfiée. On descend par une échelle dans des crevasses profondes, qui sont des étuves où perle le soufre; dans la mare voisine il suffît de laisser quelques minutes des dollars d'argent pour qu'ils se couvrent d'un enduit très fin et deviennent des pièces d'or. Plus loin l'eau a
■coulé jadis : les énormes dépôts constatent son passaj:,'e; mais ils ont fmi par boucher tous les trous dans leur propre épaisseur; l'eau a cherché une autre issue, et toute la ré^rion est sèche, étalant au soleil ses glacis blancs et roses, qui lui donnent l'aspect d'une gigantesque pièce de confiserie.
On erre ainsi durant des heures au milieu de ces riches colorations, sur ce sol étrangement orné, que les trappeurs avaient à peine embelli dans leurs récils, quand ils disaient avec terreur qu'il leur était apparu, à travers les arbres, des temples de fées, des palais d'agate et d'albâtre. Devant ces phénomènes stupéfiants qui sont l'œuvre patiente et délicate de la nature durant des milliers d'années, la peur a dû précéder l'admiration.
Les geysers ^ — « Des flocons de fumée, des nuages de vapeur s'élèvent et se traînent au-dessus des forêts prochaines, €omme si des quantités de locomotives traversaient ces bois, ou comme si l'on approchait d'une région industrielle remplie d'usines. On songe aux collines de la Sambre, où les fu-
1. « Ces sources intermittentes, qui se rattachent intimement aux solfatares, doivent compter comme les phénomènes les plus importants parmi ceux qui sont le signal d'une activité volcanique à son déclin. On peut les considérer comme des volcans d'eau. Ce sont en effet des gerbes d'eau bouillante qui s'élancent par jets intermittents au-dessus de véritables oriûces cratériformes, comparables aux bouches des volcans et construits de même par leurs produits. Tous les geysers présentent un cône aplati, supportant un large bassin circulaire où vient déboucher un canal tubulaire qui sert à l'arrivée de l'eau. » (Vei.xin, les Volcans, Gauthier-Villars, 1884, p. 55.)
« On en trouve en Islande, en Nouvelle-Zélande, et surtout dans le parc de Yellow-Stone, ou l'on ne compte pas moins de 10,000 bouches en activité continue, parmi lesquelles il en est dont les gerbes s'élèvent toutes des dix minutes, à plus de 100 mètres. » (Id., ibid. p. 58.)
« On a longtemps cherché une théorie satisraisante des geysers. Grâce aux observations de Bunsen et d'un savant français, M. des Cloizeaux, on sait aujourd'hui que la température de l'eau d'un geyser dans le canal d'ascension varie suivant la profondeur et qu'elle est d'autant plus élevée que le point considéré ■est plus bas. L'eau située à la surface, étant refroidie par l'air environnant, se tient au-dessous du point d'ébullition, tandis que les couches plus profondes sont à une température supérieure, la pression qu'elles supportent les forçant d'ailleurs ù rester à l'état liquide. Mais si sur certains points de la colonne une augmentation de chaleur, duc par exemple à l'afflux de gaz ou de vapeurs souterraines, vient à se produire, l'équilibre pourra être rompu ; une certaine quantité d'eau vaporisée subitement projettera dans les airs un nuage de vapeur avec la masse liquide située au-dessus. Les parties profondes, débarrassées de la pression qu'elles supportaient, feront elles-mêmes éruption jusqu'à ce que l'équilibre soit rétabli. On a construit sur ce principe des appareils de physique qui sont de véritables geysers artiûciels. » (M. Roui.e, Une Excursion (ji'ologique aux montagnes Jtocheuses, conférence faite à l'Association pou?- l'avancement des sciences, Paris, 1893, p. 47.)
mées des fonderies et des hauts fourneaux voltigent au-dessus des bois de Hourpes et de Landelies.
Le Parc renferme cinq ou six grands plateaux volcaniques que creusent une quantité considérable de geysers. On a compté jusqu'à dix mille cratères d'eau chaude jaillissante, sourdissante ou stagnante, sur les bords des rivières Gibbon, Madison, Firehole, Lewis. Il y a de grands geysers au bassin Norris, près le parc des Elques, aux bassins Supérieur et Inférieur, aux bassins du lac Shoshone, du lac Heart, sans compter les hotsprings, les paint-pots disséminés un peu partout. Mais deux bassins sont particuhèrement importants et intéressants : ce sont le Supérieur et l'Inférieur. Ils sont l'un et l'autre fort étendus, et résument assez bien les différents aspects que peut présenter ce curieux phénomène naturel...
Le bassin Inférieur se trouve à deux étapes à cheval du Mammouth et est peu éloigné du bassin Norris, avec lequel il offre certains points de ressemblance. Il présente l'aspect d'une plaine unie, largement ondulée, sans bosses ni dépressions. Le Norris alterne les flaques d'eau bouillante avec les flots de verdure où chantent de petits oiseaux bleus, habitants des forêts prochaines qui viennent le jour, comme en villégiature, faire leur saison d'eaux thermales au milieu des sources. L'Inférieur a depuis longtemps accompli son œuvre de dévastation; les dépôts polychromes ont submergé le plateau entier, où plus rien ne pousse, rien ne vit. Les petits monticules blancs que forment les margelles des orifices soulèvent à peine la surface plate de ce champ nivelé. Les geysers sont des bassins à fleur du sol, que signale de loin un faible pli du terrain.
Il en est tout autrement sur le bassin Supérieur; il est très accidenté lui-même, et les cratères de geysers émergent du sol en blocs rocheux aux formes les plus capricieuses. Ici la couche des dépôts calcaires s'étend uniformément sur les pentes de plusieurs collines; elle les moule sous leur manteau blanc et résistant jusqu'au bord des versants que baigne la rivière bien nommée, la Rivière aux trous à feu. Pire hole river. On dirait une chaîne neigeuse, un glacier accidenté, un océan de lait qui se serait congelé en pleine tempête. De toutes parts, la croûte blanche est trouée par des flèches, des rocs, des aiguilles, des bosses qui sont les cols exhaussés des geysers. Leurs dépôts leur font ainsi, à leur ouverture, des entrées monumentales d'une architecture sévère et pittoresque qui explique et justifie leurs noms : la Grotte, le Château-Fort ou les Ruines.