‹ L'Ameérique; anthologie géographique;Chapitre 40 sur 142 · L. Didier. — L'Amérique · texte numérisé non relu

L. Didier. — L'Amérique

no L'AMÉRIQUE

C'est à Norris* qu'on fait connaissance avec les premiers geysers... Ils sont disséminés dans la forêt, par places et par liaques. Le groupe le plus important a rongé toute la verdure sur un assez grand espace. 11 y en a de toutes sortes : des bassins qui forment de gros bouillons au centre, des jets en artichaut, des bouches étroites qui percenl un amas de rochers dont les arcades, les déchirures, laissent échapper une odeur de soufre avec des bruits lointains et étranges dans des bouffées de vapeur. Il y en a de grands, de minuscules, de droits, d'inclinés. En voici un qui jaillit horizontalement comme une gueule de bronze crache dans un bassin. On en découvre partout. On tourne un bosquet, on tombe sur une vasque fumante- Tout ce pays repose sur des nappes d'eau chaude, et la croûte est mince. On fait des trous avec une canne, et il en sort un jet de vapeur. On marche dans une buée. On dirait un champ de bataille abandonné après un incendie qui aurait dévoré plusieurs hectares, et qui fumerait encore. Ce sont partout des bassins chauds et clairs, des jets bruissants, des gerbes évasées, des colonnes de fumée droites ou rasantes. Quelques herbes jaunes essayent encore de pousser dans les restes de terre végétale ; des nuées de grosses sauterelles s'y délectent.

Sous le sol on entend des bruits sourds, un vacarme d'eaux secouées, de bouillons, de trépidations, de soupapes humides. De temps en temps une fusée éclate : c'est un geyser qui part à son heure. Chacun a en main l'horaire des éruptions; elles sont d'une exactitude qui est presque une politesse. Au moment voulu, tous les touristes s'approchent, font le cercle, guettent les premiers jets, arment leurs kodaks et photographient la gerbe d'eau dès qu'elle fait son apparition.

Ici c'est un bassin clair et profond, là un cratère en geysérite blanche, ou en lave noire et friable, ou en roches jaunes et rouges. U Encrier du Diable soulève lourdement de la boue noire, comme si, au fond de cette mare fangeuse, quelque monstre invisible, en se tordant et en se retournant, produisait les boursouflures et les dépressions de la surface. A côté, le bassin É/werawrfe est d'une limpidité sans égale. L'œil plonge sans obstacle jusqu'à des profondeurs insondables, comme si cette eau était de l'air pur; il distingue jusqu'au fond les festons délicats des formations, les végétations dentelées, l'entrée noire de la caverne qui s'ouvre sous l'entonnoir, et l'eau colore toute cette vision d'une teinte verte de béryl, la plus

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