‹ L'Ameérique; anthologie géographique;Chapitre 86 sur 142 · COMBATS DE COQS · texte numérisé non relu

COMBATS DE COQS

ment sans rival au Darien. Son poulailler esl tenu en estime, et l'on aventure de fortes sommes sur ses champions. Les bookmakers n'étant pas encore connus là-bas, on ne parie pas à la cote, mais au pair, moyen plus simple et presque aussi sûr de perdre son argent.

Je ne crois pas qu'on sache ici entraîner réellement les coqs ; on se contente de les soumettre à un régime particulier. Ces victimes infortunées sont toujours à l'attache; on leur plume la tête, le bas du cou, le dos et presque tout le ventre, pour ne laisser que les grandes pennes. Les parties mises à nu sont frottées alternativement d'huile et d'alcool, puis on expose les coqs au soleil depuis le matin jusqu'à midi; d'abord rouge et très douloureuse, la peau durcit peu à peu et devient insensible. Pour faire aux combattants un caractère hargneux, on laisse à la corde qui fixe chacun d'eux à son piquet juste assez de longueur pour que les becs se touchent, et les malheureux volatiles restent tout le jour en arrêt l'un contre l'autre, le bec en avant, les plumes du cou hérissées, les ailes à moitié ouvertes, à la fois pour se protéger les flancs et pour porter des coups vigoureux à l'adversaire. Ils se défient sans cesse par de belliqueux cocoricos. Fredericio en possède une quarantaine, toutes bêtes de race, dont plusieurs se vendraient cinq cents et mille francs. Il les envoie combattre à Panama, où il a souvent le dessous; mais dans tous les villages du Darien il rafie immanquablement les paris : par malheur, le total de ses gains est loin de compenser l'importance de ses pertes. » (Armand Reclus, Panama et Darien, Hachette, 1881, p. 189-190.)

V. Villamus cite un curieux exemple de la passion qu'inspirent les combats de coqs :

« Parmi les visites que j'avais à rendre à Quito, dit-il, il y en avait une à un vieux docteur en droit de la plus belle eau, un vrai docteur espagnol du moyen âge, ignorant, entêté, et même orgueilleux de son titre de docteur. Mon vieux Bartholo et sa dévote compagne habitaient une maison fort sale, rendue plus sale encore par la présence de leurs coqs de combat; sur les rampes d'escaliers, sur tous les balustres, perchaient les héros du logis. Ces coqs guerriers sont affreux à voir : mutilés des combats de toute leur vie, saignants de leurs derniers exploits, rouges, l'œil ivre de colère stupide, ils semblent les génies de la brutalité plutôt que ceux de la

vaillance. Le docteur, comme beaucoup de ses compatriotes, nourrissait la passion des combats de coqs, et s'y livrait dans le secret de sa maison. Il faut aimer le sang pour le sang, et trouver dans la vue de la douleur une honteuse volupté, pour goûter ce plaisir barbare. » [Correspondant du 25 juillet 1874, p. 422.)

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