‹ L'Ameérique; anthologie géographique;Chapitre 92 sur 142 · UNE RÉVOLUTION MILITAIRE · texte numérisé non relu

UNE RÉVOLUTION MILITAIRE

« Je me trouvais à Guyaquil au mois de juillet 1851. On s'y occupait de la prochaine arrivée du président de la république Diego de Noboa, attendu sans impatience, mais non sans de brillants préparatifs. A défaut de palais spécial, on décorait la plus belle maison de la ville. Des arcs de triomphe en bois peint se dressaient sur le Molecon (place du marché), le long de la route que devait suivre le magistrat suprême...

Pourquoi Diego de Noboa quittait-il son doux fauteuil de Quito? A cette demande les uns répondaient qu'il allait à Guyaquil chercher ses enfants pour les ramener lui-même dans la capitale. D'autres, mieux renseignés, m'apprenaient qu'il se rendait aux instances réitérées du général Urbina, commandant militaire du port et de la province maritime. Ce chef avait engagé le président à venir, par sa présence, calmer les esprits mécontents des symptômes de guerre qui s'élevaient contre la Nouvelle-Grenade. La première version indiquait le prétexte, la seconde la cause véritable du voyage. Mais aucune d'elles ne laissait pressentir le résultat prémédité. D'une part il y avait ignorance absolue, de l'autre admirable discrétion. Aussi jamais, sur aucun théâtre, ne vit-on s'opérer plus promptement un changement à vue que celui dont je fus témoin le 17 juillet.

J'appris dés le matin que le président avait laissé à Bodegas ses mules et ses chevaux, qu'il descendait la rivière de Guyaquil en chaloupe et qu'il arriverait au coucher du soleil. Je me promis d'aller le voir passer sous les arcs de triomphe. En attendant ce spectacle, je laissai écouler les heures chaudes de la journée, respirant sur le balcon les brises rafraîchissantes. Ni l'aspect des rues ni celui des passants n'auraient pu me faire soupçonner qu'une révolution venait d'éclater. Mon aimable hôte, M. Elvers, me l'annonça au retour de son comptoir.

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