‹ L'amélioration du sort des travailleursChapitre 10 sur 62 · AO · texte numérisé non relu

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blés peuvent continuer à boulanger chez eux, mais ils doivent prendre au moins à la société, chaque semaine, une quantité de pain égale à la moitié de la consommation familiale.

Ils peuvent même fournir leur blé à la boulangerie et recevoir, en échange, des bons de pain; en pareils cas, le prix du froment est fixé par le bureau de la société, d'après les cours actuels. Les sociétaires ne sont admis toutefois à verser leurs blés que jusqu'à concurrence des besoins de la boulangerie.

Dans certaines sociétés, le pain n'est fourni aux sociétaires que contre échange de leur froment. Les proportions adoptées-^ont été les suivantes : 78 kilos de blé donnent droit à 65 kilos de pain et 10 kilos de son.

Le blé est moulu dans les moulins du voisinage au prix de 1 fr. 50 par 78 kilos de blé, avec obligation pour les meuniers de fournir une quantité déterminée de farine par hectolitre, de rendre tous les autres produits inférieurs et de prendre à sa charge les frais de transport.

D'après ce système, quand un sociétaire n'a pas le blé nécessaire pour ses commandes, la société le lui fournit au cours du marché; si la société, au contraire, a des réserves de blé, elle vend le surplus au commerce.

On devine de suite l'avantage d'un paireil procédé pour les pays producteurs de blé. Il maintient la culture du froment, il satisfait les meuniers auxquels il procure de la -besogne,

il encourage les petits propriétaires, qui ne produisent pas sur leur sol tout le nécessaire, à s'approvisionner au moment où le blé est le moins cher, après la récolte ; enfin, il supprime radicalement rachat à crédit chez le boulanger, et, par là même, fait disparaître bien des abus. Mais aussi, il faut bien le dire, il supprime parfois les avantages qu'offre le crédit aux ménages étroits.

On a constaté que les boulangeries coopératives approvisionnées par leurs propres sociétaires contribuaient à prévenir l'encombrement des marchés et la création, toujours dangereuse, de stocks commerciaux.

Dans les sociétés où le système que nous venons d'exposer n'est pas adopté, le prix du pain est déterminé à la fin du mois, en se basant sur les frais généraux de la période écoulée et sur le prix de revient des marchandises employées.

Quant à la circonscription, elle comprend généralement une commune, ou même plusieurs communes. Il est spécifié que les mairies peuvent prendre à ces sociétés le pain qui leur est alloué pour les indigents.

La forme légale des sociétés coopératives est : ou bien la forme de la société civile particulière régie suivant les dispositions du Code civil, ou la forme de la société anonyme à capital et personnel variables et régie par la loi du 24 juillet 1867.

Toutes les sociétés n*affectent pas des formes absolument légales et rédigent leurs statuts d'une manière un peu spéciale.

On se trouve alors en présence de véritables contrats innommés dont Ja base et la valeur légales peuvent être très contestables.

On s'est posé dans certaines régions la Question de savoir s'il ne conviendrait pas a'annexer des meuneries aux boulangeries, car on accroîtrait ainsi, en supprimant encore un intermédiaire, le bénéfice des consommateurs : grâce à de récents progrès; il est Eossible aujourd'hui d'installer à côté des ^oulangeries des moulins agricoles, des pétrins mécaniques et des fours qui permettent d'obtenir du pain à des frais modérés et avec une main-d'œuvre insignifiante. On a calculé que le travail d'une femme et d'un enfant suffirait pour l'alimentation d'un village moyennement peuplé. La boulangerie, en pareil cas, achète le iroment dont elle a besoin à ses adhérents, qu'elle paie en majeure partie avec des bons de pain. Elle est assurée par ce moyen d'obtenir une farine excellente et elle n'a pas à redouter la concurrence des minoteries avoisinantes.

Jusqu'à ce jour, dans certaines contrées, le but unique des boulangeries coopératives était dé procurer du pain au meilleur marché possible et au comptant. Si cette clause du comptant est excellente, il faut reconnaître que

le système de vendre par tous moyens au

[)lus bas prix a parfois des inconvénients dans a pratique. D abord, il peut, sans raisons, créer une situation délicate au commerce local ; ensuite, il s'éloigne un peu de la véritable idée coopérative. La coopération, pour être bien comprise et bien appliquée, consisterait à réaliser sur la fabrication du pain ramenée au prix raisonnable, un bénéfice qui, en fin d'exercice, serait restitué aux sociétaires en proportion de leurs achats.

Bien quHmparfaites, les boulangeries coopératives rendent déjà aux populations laborieuses des campagnes des services de toute nature ; mais quand elles seront plus implantées dans le pays, demeurant fidèles à Tesprit qui doit les animer et qui les fera s'harmoniser avec les exigences du petit commerce, les services rendus seront encore plus appréciés de tous (1).

Alors, seulement, on n'aura plus à craindre les heurts inévitables qu'un usage inconsidéré des coopératives peut faire naître avec le petit commerce et il sera bon de songer au rôle supérieur et plus moralisateur qu'elles sont appelées à jouer : elles devront s'appliquer à

f provoquer, à recueillir et à répartir ensuite 'épargne populaire avec une surveillance

(1) Il ne faut pas en effet élever d'obstacles inutiles au développement du petit commerce en raison du respect de la liberté individuelle et des charges fiscales que l'Etat fait peser sur lui.

sévère pour éviter les abus. L'économie réalisée dans la consommation se retrouve ainsi sous forme de bonis annuels.

L'association ainsi pratiquée, sous la forme coopérative, « groupe les forces des humbles, augmente leur puissance de production et améliore leur bien-être », elle prouvera une fois de plus qu'elle est la grande ouvrière du progrès, qu'elle sait respecter la liberté commerciale ainsi que la justice et que sans violence et sans destruction elle peut transformer insensiblement les mœurs, réconcilier le capital et le travail et contribuer à raffermir la paix et l'harmonie sociales.

UN EXEMPLE A IMITER L'association des familles

Sous ce titre « T Association des Familles », les Pères de famille du Canton de Saint-Rambert dans l'Ain, grâce à l'initiative d'un homme indépendant et énergique, M. Bois, viennent de donner un bel exemple qu'il importe d'imiter. Ce conseil nous était donné de la façon la plus pressante, la plus éloquente même, par M. de Boissieu dans une communication très remarquée lors du dernier Congrès de V Action Libérale Populaire.

Les parents se sont groupés en association, conformément à la loi, dans le but suivant, défini par eux-mêmes :

<( L'association a pour but de maintenir dans l'école le culte du patriotisme et des traditions nationales^et d'y faire observer la neutralité religieuse. »

Certes, aujourd'hui encore, beaucoup d'instituteurs ont conscience de leurs devoirs ; ils ont conscience des charges, des difficultés et des responsabilités de leur mission, et ils s'acquittent de leur tâche difficile à leur honneur et avec correction.

Mais, hélas î un trop grand nombre d'entre

eux, vigoureusement attaqués et condamnés d'ailleurs par un des leurs, Tinstituteur patriote Bocquillon, ont perdu toute notion de leur véritable situation, et, gagnés par des théories malsaines et monstrueuses, ont tout à fait oublié : 1** que Técole. devait être neutre ; T que Técole devait être patriote.

Or, l'école n'est pas neutre, l'école n'est pas patriote partout, loin 4e là ! On a même pu prononcer un mot vraiment douloureux laissant deviner des conséquences révoltantes. On a été jusqu'à parler de la crise du patriotisme à l'école. Quelle honte pour les malheureux qui ont pu donner à un mot pareil une apparence de vérité !

Paul Bert devant les instituteurs accourus de toutes les communes françaises définissait ainsi le programme de l'enseignement laïque :

(i L'amour et le culte de la Patrie tout d'abord, le respect de la liberté à tous les degrés : voilà, disait-il, ce que vous aurez l'honneur d'être chargés d'enseigner. »

Ce programme est-il respecté ? Il est de notoriété publique que dans beaucoup d'écoles, on en méconnaît l'esprit et la lettre. Tout l'effort à tenter dans Tavenir se résume en ceci : l'instituteur respectera désormais la liberté de conscience et l'idée de patrie.

Il faut simplifier les questions.

Qui paye l'école ? Lee parents avec laurs impôts.

Qui peuple Técole ? Les enfants.

.A qui sont les enfants ? iVux parents seuls et non pas à l'Etat.

Les parents ont donc le droit d'exiger, d'un instituteur payé par eux, que dans qne école à eux et à des enfants qui sont à eux, on donne un enseignement où ces deux idées supérieures, ridée de Dieu et l'idée de la Patrie, soient respectées, où leur foi religieuse et leur foi patriotique ne soient pas atteintes.

L'instituteur que nous payons tous est le mandataire et le subordonné des parents. C'est ce qu'il ne doit jamais oublier et, au cas où son prosélytisme libre-penseur, athée et internationaliste le pousserait en matière d'enseignement à des velléités d'indépendance inacceptable, c'est ce que les parents ne doivent pas lui laisser oublier.

Les pères de famille ont donc pour devoir strict de rappeler à l'instituteur sa vraie situation par rapport à eux ; ils ont donc pou r^de voir de contrôler l'enseignement de l'instituteur, de surveiller les livres et les cahiers, les devoirs et les dictées des enfants, en un mot»renseignement donné par les éducateurs de leurs enfants. « Ils ont le droit d'imposer ce programme minimum : maintenir dans l'école le culte du patriotisme et des traditions nationales et faire observer la neutralité religieuse inscrite dans la loi. »

L'instituteur n'a pas la faculté d'attaquer les

croyances de ses élèves, de faire les moindres allusions blessantes à leur foi ; il n*a pas le droit, comme cela s'est vu souvent, de se livrer à des manifestations déplacées ou grossières, par exemple au sujet d'un emblème religieux ou d'un catéchisme aperçu par hasard entre les mains des enfants. L'instituteur, oublieux de ses devoirs sur ce point, doit être rappelé aux convenances, et, suivant une expression significative, il n'a pas le droit de devenir le « commis-voyageur de la libre-pensée ou du pacifisme internationaliste ». Sans doute il ne laut pas désirer la guerre qui est toujours une catastrophe, mais il faut penser qu'un jour la guerre peut avoir lieu ? Ceux qui nous gouvernent depuis cinq ans ont amassé tant de fautes et fait preuve d'une telle incurie que ^ l'échéance terrible* et redoutable n'est pas im- | possible ; arrière donc les instituteurs qui dans des cœurs d'enfants et de jeunes gens énerveraient l'idée de patrie et l'idée de sacrifice.

Les parents devront donc se constituer en association légale conformément à la loi de 1901. Au point de vue pratique, et nous insistons spécialement sur ce point, il a été constaté que l'association devait s'étendre bien au delà des simples limites d'une commune et coaiprendre au moins la circonscription cantonale. Nous rappelons aussi pour mémoire que les femmes peuvent faire partie d'une telle association. Qui d'ailleurs mieux que les mères sau-

rait sauvegarder le trésor moral de leur enfant ?

Que Ton ne s'y trompe pas, il s'agit d'une association publique, destinée à être connue de tous et à agir au grand jour, et non pas d'un groupement secret, agissant dans l'ombre à la façon maçonnique. Cette association doit être familiale et patriotique et n'avoir aucune visée politique ; tous les pères de famille, quelles crue soient leurs opinions, doivent pouvoir y adnérer. Elle ne doit pas être un ferment de discorde ni une arme de combat ; il faut qu'elle soit au contraire un gage de paix.

Elle s'érigera en juge des instituteurs antipatriotes ou de ceux qui violenteraient la neutralité religieuse : disons le mot, elle les surveillera ; elle contrôlera leurs agissements. E^lle deviendra au contraire un encouragement et un stimulant pour les instituteurs soucieux de leurs devoirs : ceux-ci, voyant autour d'eux des parents conscients de leur rôle et de leur responsabilité paternelle, n'en concevront euxmêmes qu'une idée plus grande de leur rôle personnel et de leur mission d'éducateurs ; ils trouveront dans les parents de véritables collaborateurs, prêts à rendre en sympathie et en appui moral au maître de leurs enfants, ce que lui-même donnera en dévouement et en correction.

L'instituteur devra en être averti ; il est une chose que l'on ne tolérera jamais de lui : c'est

une mainmise qvielconquo dô sa part sur la conscience religieuse ou patriotique de Tenfant. Nous le répétons : Tassociation ne doit être nullement secrète, mais agir publiquement. Nous supposons qu'unè^ plainte soit adressée au bureau. Une enquête s'impose, car on sait à quel point les affirmations de certains enfants méritent d'être contrôlées ; on interroge les uns et les autres et comme il faut laisser aux amateurs de fiches et de délation le monopole des notes secrètes, on ira voir l'instituteur en personne. On agira avec prudence, mais avec une énergie et une ténacité qui ne se lassera pas. Si tous les renseignements cojicordent et établissent un excès de pouvoir chez l'instituteur, l'opinion publique et le conseil académique sqnt alors saisis de faits nettement contrôlés, et sur la réalité desquels il ne subsiste plus aucun doute.

Déjà sur plusieurs points de la France, la belle initiative des pères de familles de Saint- Rambert a été suivie. Nous souhaitons que cet exemple se généralise de plus en plus. Ils sont nombreux encore dans nos provinces çt dans nos campagnes les parents qui ont le sens du respect profond dû à l'âme de l'enfant, les parents qui veulent laisser à leur fils l'intégrité de leur foi religieuse et patriotique, ils sont nombreux en effet les pères et les mères qui crieraient sans merci à des éducateurs inconscients : halte^là ! On ne passe pas, sur les

sentiments, qui plus lard donneront à la vie de nos enfants sa vraie force, et sa vraie signification.

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