CONFERENCES ET PROJECTIONS
Il ne faut négliger aucun moyen de propagande pour le bien et la vérité.
Certes, la presse, sous la forme du livre et du journal, a une importance indéniable. Mais la parole, et à côté de la parole, pour Téclairer, pour rillustrer pour ainsi dire, l'image, ont une puissance de conviction très grande. Au fond de chacun de nous, ignorant ou savant, demeure, plus ou moins lointainement, un enfant que la curiosité et la satisfaction des yeux charmeront toujours.
Auprès des ignorants en particulier, auprès de tous ceux que les fatigues et la tâche quotidienne éloignent forcément de tout travail intellectuel personnel, la projection apparaît comme un moyen de propagande exceptionnel.
En effet, quelle occasion facile de donner un corps et un mouvement et, ce qui résume tout, une vie à son enseignement. La projection seule, livrée à elle-même, pourrait avoir déjà son influence récréative et moralisatrice, mais il n'est pas qu'à cette occasion, un conférencier, si modeste soit-il, ne puisse intervenir pour expliquer et développer l'image. La projection a de très grands avantages. Par la forme tangible qu'elle revêt, elle rend l'atten-
ttion plus soutenue et plus durable: elle cons-
.'titue une excellente leçon de choses, elle im*
Ipressionne, elle amuse, elle instruit à la fois.
fEIIe constitue un moyen parfait d'atteindre les
[foules et d'y faire pénétrer certaines connais-
)fsances. Elle est spécialement utile dans les
campagnes, dans les centres de jeunesse, et
d'une manière générale partout où il s'agit de
gagner et d'impressionner l'âme anonyme des
masses ignorantes et naïves.
t\ Il faudrait dans chaque arrondissement un
l'appareil à projections ; le dépôt pourrait en
,être fait au chef-lieu de l'arrondissement, par
(exemple, et l'appareil circulerait dans toutes les communes où une conférence serait donnée. .Par un système de prêt de vues, on arriverait Jiainsi à diminuer sensiblement les frais, et, à l^sommes égales, à recruter peu à peu un nombre beaucoup plus considérable de sujets de liconférences!
j On ferait ainsi de la bonne propagande et de lia bonne besogne. Si la somme nécessaire pour l'achat d'un instrument dans une région ; circonscrite et groupée par un cercle d'affinités \ou d'intérêts communs n'a pu être recueillie, on recourrait au système de location. Les prix en pareil cas sont restreints ; on louera également les vues. Les facilités de location et de renouvellement sont très grandes. Quant à la question du local, elle est facile à résoudre : une grange, ou un hangar fermé, suffisent.
La suite normale, raccompagnement naturel de la projection sont les conférences. A la campagne, les jours succèdent aux jours dans une monotonie constante : une conférence avec projection est parfois un événement, souvent une réjouissance, et toujours une distraction. Il faut de cette parole et de cette image, unies dans un but commun, faire un instrument de vulgarisation, et surtout un instrument de lumière et de vérité.
Il existe aujourd'hui plusieurs sociétés d'instruction populaire qui ont pris à tâche de vulgariser les conférences populaires. Tout en proclamant bien haut qu'elles se cantonneront aux sujets historiques, géographiques, et aux questions de vulgarisation pratique, Tesprit même dans lequel certains sujets, en apparence généraux, sont traités, atteste l'arrière-pensée des organisateurs. Après une période préliminaire de tâtonnements, après avoir eu l'assurance que leur procédé réussirait matériellement à attirer les auditeurs, ils ont agi d'après un plan méthodique et général. Tout en obéissant encore et plus que jamais à un mot d'ordre parti de haut, ils ont décidé avec logique, d'ailleurs, qu'il faudrait adapter le plan de campagne aux besoins spéciaux de chaque région. La Ligue des Droits de V homme ^ par exemple, spécifie très nettement que, dans son but de propagande laïque et anticléricale, elle organise des conférences publiques et
donne des soirées, mais elle établit que les conférenciers, les sujets traités et le programme des soirées devront être choisis par les sections régionales. La Ligue de V Enseignement^ reflet de la Maçonnerie, a procédé de la même façon.
Là, encore, nous répéterons que nos adversaires nous ont donné des exemples précieux à suivre.
Ce plan méthodique, il importe de Tadopter également.
Suivant les localilés et les régions, tout un
Froupe d'hommes, tous ceux ayant au cœur amour de la liberté et les sentiments précis des devoirs présents devraient s'entendre. Il existe aujourd'hui, dans certains arrondissements, des sociétés de conférences populaires dont les tendances libre-penseuses et socialistes se manifestent à la fois dans le choix des livres, des conférences et des associés. Il importe que des sociétés similaires se constituent; les membres de l'enseignement libre, les hommes qui occupent en province certaines professions libérales et qui croient à la nécessité de la lutte (avocats, notaires, médecins, etc.), les agriculteurs, les propriétaires, les oisifs enfin qui cherchent un emploi à leur activité, les femmes elles-mêmes, travailleraient utilement à fonder des sociétés de ce genre.
On leur donnerait un but très large : tout en se réservant le droit de rectifier les erreurs
dont on fausse Tesprit public, tout en luttant à l'occasion contre les déformations jacobines de l'histoire, on éviterait, de propos délibéré, ce qui donnerait un tour confessionnel ou politique à ces réunions destinées à être des réunions d'études ou de récréation intelligentes. Travailler à compléter et à améliorer l'instruction des masses, répandre la vérité par l'instruction, avec l'arrière-pensée supérieure et constante d'unir, d'apaiser et de concilier, tel devrait être le but à poursuivre.
Un accord interviendrait entre les conférenciers d'une même religion sur les sujets plus susceptibles que d'autres de plaire à l'opinion publique, tout en étant profitables à la masse. Les personnes éclairées d'un même pays pourraient elles-mêmes rédiger les conférences afin de les approprier en certains cas aux nécessités locales. S'agit-il de conférences agricoles ou viticoles, s'agit-il même d'histoire régionale, il est évident que certaines notices intéresseront davantage si elles sont écrites et conçues dans un sens pour ainsi dire provincial avec un goût de terroir. Autant que possible, pour que les conférences deviennent un enseignement, il ne faut pas trop disperser l'opinion sur des sujets trop variés et trop différents. Une idée générale doit présider, pour ainsi dire, à cet enseignement, et cette idée doit être suivie avec persévérance.
Nous le répétons, la puissance de la parole
et de Timage peut être très grande. Une attraction puissante émane d'elles. Pensons au besoin, à la soif de vérité dont les masses sont altérées, elles sont trompées, et inconsciemment jusque dans leurs fautes, jusque dans leurs excès, on devine une protestation innée contre l'erreur ; on obscurcit le large horizon de liberté dont elles prétendent jouir et elles aspirent à la lumière. La nécessité d'aller uu peuple et de l'instruire est donc grandissante ; il faut atteindre ceux qui ne viendraient pas à nous si quelque curiosté ne les attirait.
Donnons donc une satisfaction à cette curiosité et transformons peu à peu l'indifférence ou l'antipathie des débuts en affection autant que possiole et surtout en estime. Si l'affection ne se communique pas toujours, l'estime s'impose :
par la dignité de l'attitude et la loyauté des sentiments, on est sûr de la conquérir. C'est un but qu'il faut viser et que l'on peut atteindre par cet apostolat social de la conférence et de la projection.
GROUPES D'ÉTIJDES ET COURS DU SOIR I. — Moyen de propagande et de formation
Les groupes d'Etudes se multiplient aujourd'hui surtout, ils s'intitulent de noms différents, obéissent à diverses impulsions, mais au fond poursuivent un même but supérieur : l'éducation sociale et morale ; ils constituent Fun des organes importants dans cet outillage d'action et de combat que doivent manier tous ceux qui ont entrepris la lutte contre le mal. L'A. L. P., le Sillon, l'Association de la jeunesse catholique, certains grands centres de travaux comme la Chronique du Sud-Est^ ont déjà constitué des centres d'études : ils doivent continuer. Les particuliers eux-mêmes doivent suivre et favoriser ce mouvement si important, car l'ignorance est l'un des grands maux qui affligent l'humanité.
Les groupes d'études ont pour but d'instruire et de former, non seulement les jeunes gens, mais tous les hommes décidés à s'unir pour la réalisation du grand programme de pacification sociale, si désirable maintenant.
Il faut en effet, dans la mesure du possible, former intellectuellement et moralement des
homi^es, il faut les rendre capables d^exprîmer leurs idées, de les soutenir, de les répandre ensuite, et pour cela, de les.concevoir nettement. Les groupes d'études deviendront ainsi des instruments de formation et des moyens de propagande. Le groupe d'études, quand il fonctionne bien, a pour objectif de provoquer chez tous les membres qui le composent un travail personnel : l'adhérent n'est plus seulement l'auditeur passif qui, au hasard de sa bonne volonté, profite ou non du travail fait devant lui : il est lui-même membre actif et participant d'une sorte de société d'études dans laquelle chacun, sous une forme quelconque, doit jouer un rôle.
En habituant les hommes, et en particulier les jeunes gens, à discuter, à formuler euxmêmes leur pensée et à la préciser, on leur donne ainsi le sens de la responsabilité, on leur apprend mieux le prix et le poids qu'il faut donner à sa parole.
Quand un groupe d'études est formé, il faut songer à se procurer un local où se tiendront des réunions périodiques à jours fixes. On décide que tel jour et à telle heure un sujet déterminé sera traité, et l'on demande à tous les adhérents de préparer eux-mêmes, par une étude préalable, le sujet dont il sera parlé. Les adhérents apporteront ainsi une véritable collaboration à cette sorte d'enseignement mutuel, soit sous forme de question posée.
soit sous forme de discussion : peu à peu, quand ils seront plus instruits, ils feront des conférences sur des sujets qu'ils connaissent par expérience ou par profession.
Au fur et à mesure des circonstances, on cherchera, pour faciliter ces travaux, à constituer une bibliothèque appropriée.
On agira prudemment, en dressant un programme d'études que Ton s'appliquera à suivre avec méthode, et dans lequel une part importante devra toujours être faite aux questions professionnelles. Dans chaque réunion on réservera pour la fin une petite récréation sous forme de lecture amusante, ou de musique.
La base de renseignement à donner est le respect des lois morales et physiques. Les premières sont contenues dans le décalogue et TEvançile, les secondes dans les livres de science élémentaire.
Il importe de défendre les idées primordiales qui sont le fondement de toute société solidement établie, par exemple la famille, le travail, la propriété individuelle, la liberté, la religion et rhygiène.
Autour de ces idées fondamentales tout un groupe d'idées intéressantes vient se ranger ; on les exposera et on les étudiera tour à tour : les questions ouvrières et de main-d'œuvre entraînent nécessairement et, comme un corollaire naturel, l'étude des questions du repos du
dimanche, de protection du travail, de prévoyance et d'épargne.
Tout ce groupe de (questions concernent Vindividu ; à côté de la vie individuelle est la vie sociale^ aui règle les rapports de Tindividu vis-à-vis ae ses semblables. On étudiera donc le vaste sujet de l'association sous ses formes si variées, mutualité, assistance, etc.
L'individu a enfin un rôle personnel à jouer comme citoyen, c'est-à-dire comme membre de ce grand corps qui constitue une nation. 11 est donc de toute importance d'éclairer l'individu sur ses devoirs civiques : dans les réunions d'études, il sera utile d'expliquer le rouage constitutionnel, électoral, administratif du pays, les questions de droit usuel, de droit commercial, les sujets militaires ; en présence de certaines prédications scandaleuses, on insistera avec une prédilection marquée sur la noble et féconde idée de patrie, sur son caractère rationnel, source des héroïsmes et des sacrifices nécessaires, sur la véritable grandeur des obligations militaires, sur la nécessité et la véritable beauté de la discipline. On s'appliquera à faire- comprendre en particulier que raccom-
{ dissent du devoir civique et militaire se conbnd souvent avec l'accomplissement du devoir moral et social.
Le cercle des sujets à étudier peut être subdivisé de la façon suivante : devoir de l'individu vis-à-vis de Dieu, de lui-même et de la
famille, devoirs de Tindividu vis-à-vis de la société et du prochain, devoir de l'individu vis-à-vis de TEtat ou plutôt vis-à-vis de son pays, de sa patrie. L'étude de ces devoirs fera connaître en même temps les droits qui en découlent; il sera d'abord bon d'insister sur certains droits dont l'affirmation et la défense constituent parfois un véritable devoir. Ne pense-t-on pas qu'aujourd'hui, par exemple, le droit de vote n'apparaisse sous certains côtés comme un devoir essentiel, comme une obligation étroite pour tout bon citoyen?
On peut dans un programme aussi largement compris faire rentrer l'étude de beaucoup de questions générales, religieuses, historiques, géographiques, militaires, politiques, au, grand sens du mot, qui passionnent aujourd'hui les esprits et les intelligences.
Mode d'enseignement et programmes
A titre d'indication nous pouvons signaler ici quelques-uns des différents ordres d'idées auxquels on se rattachera avec efficacité. En étudiant la famille, il importera de rappeler les devoirs et les droits de chacun de ses membres. La stabilité du mariage, son indis-
solubilité, les effets néfastes du divorce, la pratique des vertus domestiques^, la vie de famille, les grands avantages nationaux qui découlent d'une population croissante, Talcoolisme, la désertion des campagnes, le travail à la campagne et à la ville, les industries rurales, les ateliers de famille, le repos du dimanche, sont autant de points qui permettront d'envisager en détail ce problème général de la prospérité de la famille.
, Parle-t-on de propriété, on insiste sur sa légitimité : on décrit les moyens d'accès à la
{propriété, et, entre tous, on retrace les bienàits de répargne. La théorie de la propriété individuelle apparaît ainsi comme une réfutation des doctrines socialistes et collectivistes, si décevantes dans leurs effets. Avec le Travail on abordera tout ce qui a trait au travail manuel, à Tapprentissagé, à la protection du travail (lois sur les accidents) et aux conflits du travail. L'assistance par le travail, le salaire, le contrat de travail, les retraites ouvrières donneront lieu à des conférences et à des études au cours desquelles bien des erreurs pourront être rectifiées.
L'association sous toutes ses formes, son histoire, sa nécessité impérieuse, Torganisation syndicale de la loi de 1884, les services que peut rendre l'association et sa puissance, les syndicats agricoles et les syndicats ouvriers, les formalités et le fonctionnement de ces
groupes, les institutions multiples qui peuvent se grouper autour dès syndicats, la mutualité sous toutes ses formes, les coopératives, le sujet si vaste, si moderne des sociétés d'assurances sont des sujets d'entretien nécessaires aujourd'hui et des points toujours débattus sur lesquels il est urgent d'éclairer les masses populaires.
Au point de vue civique, il sera opportun d'expliquer le mécanisme constitutionnel de la France ; les circonstances de fait qui peuvent se produire amèneront parfois tout naturellement à de semblables développements. Ainsi en 1906, l'élection présidentielle, les élections sénatoriales, législatives, et çà et là, cantonales ou municipales, ont lieu ; l'explication du mécanisme de toutes ces élections sera faite avec fruit afin d'en assurer partout la parfaite correction. Quel est le rôle et quels sont les pouvoirs des sénateurs, députés, conseillers généraux etmunicipaux, quels sont les grands corps de l'Etat, quelle est la hiérarchie administrative ? Autant d'interrogations auxquelles il est important de répondre. Si dans les campagnes les paysans connaissaient seulement 1 essentiel de l'administration française, ils ne croiraient pas tous aux récits mensongers dont on les trompe sans cesse; ils repousseraient avec dédain les erreurs grossières dont on les abuse.
Enfin les graves débats auxquels nous avons
assisté rendent nécessaire un historique exact des rapports de l'Eglise et de TEtat.
Voilà très sommairement esquissées les idées fondamentales dont on s'inspirera dans cet enseignement. Nous y insistons encore, le groupe (Tétude apparaît comme Tinstrument préférable de formation, comme le moyen par excellence de propagande intellectuelle, puisque son mécanisme même exige, chez celui qui en fait partie, un effort personnel et persévérant. Et nous croyons à Pinfluence essentielle de l'effort. Mais dans les cas où le groupe d'études ne pourrait être créé sous la forme pour ainsi dire de coopérative intellectuelle, nous croyons que les cours du soir seront una excellente institution : ils ne sont guère alors qu'une extension donnée aux cours d adultes, mais tels quels, ils ont une utilité et une efficacité indéniables. Dans les communes où les municipalités n'y feraient pas opposition, la mairie ou l'école seront les locaux préférables : dans celles où la municipalité est hostile, on choisira un local indépencfant.
Dans une commune du Sud-Ouest, très voisine du centre, nous savons que pendant plusieurs hivers, de novembre à mars, tous les samedis à 7 h. 1/2 du soir, des cours, faits à tour de rôle par les personnes compétentes de la comofiune, ont été écoutés avec grand succès. Les ludîteurs n'ont pas manqué et dans cette comnune de moyenne population, on a compté
quelquefois jusqu'à 100 personnes autour du professeur improvisé.
Toutes les notabilités de la commune, toutes les personnes ayant eu par leur existence personnelle une compétence particulière, sont venues tour à tour donner leur enseignement.
Un économiste de la plus haute valeur avait entrepris d'expliquer ce que M. d'Avenel nomme le mécanisme de la vie moderne.
Des officiers retraités ont raconté la guerre et ont abordé des questions militaires. Un cours d'instruction civique supérieure, où les rouages des grandes organisations de TEtat étaient sommairement expliquées, a plu tout particulièrement. On a remarqué, en général, que l'intérêt était certain, soutenu, persévérant, toutes les fois que des questions politiques contemporaines ont été abordées. On a remarqué que l'histoire générale par elle-même intéressait peu, trop peu, et cela s'explique en songeant au défaut préalable de formation intellectuelle : rhistoire locale, au contraire, la géographie, les voyages, en un mot, toutes les choses vues et vécu.es,la leçon de choses développée est retenue et force l'attention. Quelques-uns des sujets traités ont été les suivants :
L'exposition, les transformations de la marine, le recrutement de l'armée, le mécanisme des Ministères (et autour de ce point spécial tout un programme d'instruction civique fut
développétouràtour), les colonies françaises, les abattoirs de Chicago, Télevage du bétail dans le Far West, l'exploitation minière, la culture betteravière en Allemagne, le pétrole, comment on fait une route, des monographies de communes. L'œuvre à faire est immense, car les ignorances à combattre sont insoupçonnées et profondes : l'ignorance souvent respectable et digne d'excuse doit être combattue aujourd'hui, car elle devient trop souvent un danger ; elle est indignement exploitée par tout le groupe des politiciens qui déforment l'histoire, travestissent le passé et jettent dans les pauvres cerveaux naïfs les semences les plus dangereuses de la haine et de l'erreur, lîn grand travail s'impose, et sur toutes choses la croisade de la vérité doit être entreprise.
De grandes méfiance/shabilementprovoquées rendent cet apostolat nouveau, difficile à tous les hommes politiques. On ne croit pas à l'abnégation politique, et ceux qui amnitionnent une situation électorale sont trop souvent frappés de stérilité dans leurs eff'orts les plus désintéressés et les plus généreux. Ces groupes d'études et ces cours du soir ne doivent pas dégénérer en comités électoraux, ni devenir des œuvres de caste ou de parti : il faut élargir son cadre et son programme, et tendre seulement, dans un culte ardent de la vérité et dans un désir sincère de justice, à devenir un centre d'action sociale et morale.
Beaucoup de dévouements sont encore en friche sur ce grand sol de France, si riche et si fécond ; en étant utilisés dans le sens que nous indiquons, ils peuvent s'épanouir en une moisson merveilleuse.
Dombray-Schimitt, dans un des numéros de la feuille périodique (1) où sont développées avec tant de suite et de persévérance dans TefTort, beaucoup de questions sociales intéressantes et pratiques, définissait à merveille le but de ces groupes d'études qu'il appelait : « Nos cercles syndicaux d'études locales ». Nous ne saurions mieux faire que de citer ces lignes.
On y trouvera^ un programme digne a être Suivi et proposé en exemple.
« Nos cercles, dit-il, ont pour but d'élever le peuple au lieu de l'asservir comme font les politiciens qui le grisent de mensonges et lui promettent une chimérique souveraineté, tout en le dépouillant de ses droits les plus naturels, les plus justes et les plus respectables; de lui apprendre à se diriger par lui-même dans ses intérêts professionnels et familiaux ; de lui faire connaître la société où il vit.
« De transformer la force aveugle qui fait les révolutions en une pensée réfléchie qui organisera les hiérarchies normales et nécessaires de l'époque nouvelle.
(1) Le Travailleur Lière^ organe professionnel et mutualiste de la région du Nord, paraissant le dimanche, à Douai, 8, rue Delcambre .
« De donner enfln à la classe qui produit Tacces des joies de Tintelligence et de mettre à son service un peu des loisirs que le monde des penseurs lui doit. ^
« C'est là un travail plus utile que de déclamer contre le capital, le patronat et la propriété, et pour lequel il faut beaucoup de dévouement, de patience et de droiture.
« C'est une œuvre d'enseignement qu'il faut propager et développer, nos cercles communaux d'études sociales constituent, en effet, un de nos principaux moyens d'action syndicale ».