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SOCIETES SPORTIVES ET MUSICALES

Leur utilité générale

« Si j'apprenais cfu'il y eût dans ma circonscription une société de plongeurs à cheval, disait un jour avec humour un député libéral, j'irais de suite me faire inscrire comme membre adhérent. » Et sous une forme plaisante, ce député exprimait une pensée très juste. Toutes les occasions qui permettent de se mêler à des

froupements existants, de trouver un terrain 'entente ou un point commun avec d'autres individualités, fût-ce sur des questions secondaires, doivent être saisies avec empressement. Or, depuis quelques années, sous la poussée ^'habitudes nouvelles, ou de principes nouveaux adoptés en matière d'éducation ou dans la direction de la vie individuelle quotidienne, un mouvement considérable a surgi, ayant pour objet, sous des formes multiples, la création de sociétés sportives. Si l'on parcourt les colonnes de l'Officiel depuis la loi de 1901, c'està-dire depuis l'époque où la déclaration des sociétés créées et à créer est indispensable pour l'obtention des avantages que procure la loi des associations, on pourra se convaincre que la

variété des sociétés sportives est extrême. Sociétés d'archers et d arbalètes dans le Nord ; joueurs de boule dans le Midi ; sociétés de tir, de gymnastique, de football, de vélocipédie, d'escrime, de marche, de tourisme et de sport un peu partout, le dénombrement de tous ces groupes est considérable et s'accroît chaque "our. Les sociétés de gymnastique et de tir sont es plus répandues et les plus utiles. On ne peut nier que beaucoup de ces sociétés où naturellement la jeunesse est en grande majorité n'aient été considérées par leurs fondateurs conîme des pépinières certaines pour les associations politiques de demain.

Et, dans l'intention de beaucoup de promoteurs, plus d'un gymnaste de la veille devait devenir adhèrent certain des groupes radicaux, maçonniques, de libre-pensée, anticléricaux ou socialistes du lendemain. Et si, dans plusieurs de ces sociétés, l'influence inquiétante et sectaire a été prépondérante, c'est que cette influence était unique et n'était contre-balancée par personne. Il y aurait lieu, puisque la plupart de ces sociétés, ainsi que nous le verrons, sont bonnes par elles-mêmes, tout au moins peuvent être bonnes dans leur but intrinsèque et dans leurs conséquences, de se mêler à elles le plus possible. Lors du premier congrès de VAction Libérale Populaire^ ce conseil plein de sagesse était donné à ceux qui s'inquiétaient de la conduite à tenir en présence des sociétés

déjà existantes. « Quand une œuvre utile est en voie de prospérité, on doit avant tout ne pas lui nuire ; si elle végète, il faudra la conquérir en la fortifiant ; si elle est hostile, il faut la gagner peu à peu en Taméliorant et en la pénétrant. » Avant tout, ne pas faire tort, mais agir Ear la pénétration, se rendre peu à peu agréale, utile, indispensable par les services rendus. Il faut donc aider à la bonne marche des sociétés existantes ; mais si, pour une cause ou pour une autre, cette pénétration qui demeure désirable, avant tout, parce qu'elle est une grande école de conciliation et de tolérance et un grand moyen d'union, n'a pas été réalisée, on procédera soi-même à la création de sociétés nouvelles, que l'on aidera de toutes façons, de ses conseils et de son influence, de son appui moral et financier, fût-ce au prix de peines et d'ennuis.

Ces sociétés renferment avec elles des avantages multiples : au point de vue général, elles développent l'esprit de camaraderie qui après tout n'est qu'une des formes de la fraternité : on y apprend le prix et l'utilité de l'association, c'est-à-aire de la collaboration acceptée dans un but commun, de la coopération des efforts : on se côtoie, et des individualités qui ne se fussent jamais rencontrées arrivent à se parler, à échanger ensemble des vues sur des sujets divers, à se rendre service peul-être ; fatalement, de ces rapports, même ébauchés, naît

insensiblement une sorte de fusion, d'imperméabilité ; on est plus disposé à la conciliation : ces sociétés développent, en un mot, dans le sens utile cette solidarité dont il est tant fait état aujourd'hui, et qui sert d'enseigne facile à tant d'hommes plus préoccupés de leurs avantages personnels que du bien d'autrui.

Leur utilité spéciale

Ces sociétés sportives sont utiles et bienfaisantes à un point de vue spécial ; d'abord elles sont presque toujours des œuvres de jeunesse, et sans parler de ce charme puissant et contagieux qui émane toujours des choses touchant à la jeunesse, elles sont doublement utiles puisqu'elles deviennent ainsi des modes de formation et d'éducation sociale et morale. La jeunesse constitue l'avenir avec toutes ses promesses, et c'est toujours une joie et un devoir de travailler à l'avenir meilleur.

Le but même de la plupart de ces sociétés sportives est significatif. Elles ont pour but presque toujours « par l'emploi rationnel de la gymnastique et des sports de développer les forces physiques et morales des jeunes gens, de préparer au pays des bonnes volontés et de vaillants soldats, et de créer ainsi entre tous ses membres des liens d'amitié et de solidarité»*

Ceux qui les ont créées et en ont été les initiateurs ont compris l'influence que pouvaient avoir sur la santé physique et morale de la jeunesse, etspécialementdelajeunesseouvrière, certains plaisirs de plein air, tels que les jeux où la gymnastique pratiqués avec suite et régularité : il n'est pas discutable qu'une bonne éducation physique assure et complète une éducation morale bien équilibrée : il y a, en effet, une hygiène physique et morale, et la bonne santé du corps est souvent une garantie de la bonne santé de l'âme.

Les sports pratiqués avec méthode ont des résultats excellents ; ils constituent une éducation de la volonté ; ils donnent l'habitude de la persévérance, car pour se plaire à ces exercices parfois violents et les pratiquer avec I)laisir, il faut un entraînement gradué et proongé : peu à peu à côté de l'endurance et de l'énergie toujours utiles, ils font acquérir des qualités de discipline, d'obéissance, de courage et de sang-froid que l'on ne saurait trop développer ; ils donnent le goût de l'effort; ils prédisposent à tout ce qui est sain, robuste, viril, et orientent ainsi leurs adhérents vers une qualité précieuse entre toutes et que l'on reproche tant à notre race de ne pas connaître : l'initiative.

On apprend insensiblement dans ces sociétés tout ce que peuvent valoir, tour à tour, dans la conduite de soi-même ou des autres, l'esprit de prudence, de prévoyance, de précautions,

d'organisation, comme aussi Tesprit de décision, et en certain cas Taudace et presque la témérité. En apprenant, même dans un but d'apparence secondaire, à payer de sa personne, on est initié peu à peu à la pratique de certaines qualités plus hautes, et d'une utilité générale dans la vie. Le sentiment de l'exactitude et de la resposabilité personnelle, l'esprit de corps dans ce qu'il a d'utile et de réconfortant, la notion du point d'honneur et de la délicatesse, bien voisins de l'honneur tout court, le respect de l'uniforme (car presque toutes ces associations ont soit un costume, une tunique ou une banière), se développent à l'école de beaucoup de ces sociétés. On y apprend en outre à respecter et à faire respecter des règlements librement acceptés, et la sévérité qui est de mise pour toutes les infractions un peu graves, si elles portent atteinte surtout à Tesprit de loyauté et de droiture qu'il faut s'efforcer surtout partons les moyens et dans toutes les circonstances d'inculquer à la jeunesse, entretient les adhérents dans une atmosphère excellente de discipline et de correction.

Il y a plutôt lieu de modérer les sévérités instinctives et simplistes des jeunes, peu enclins d'habitude à l'indulgence; aussi dans les règlements adoptés faut-il distinguer entre les fautes intentionnelles et les autres, et stipuler que si pour une cause sérieuse un membre de la société a été exclu, il lui sera possible sous

certaines condition^ d'être « requalifié » et réintégré dans ses droitsr. Une sévérité particulière doit être apportée ai^x infractions contre cette règle stricte qui interdit rigoureusement tous les paris : ces sociétés ont pour objectif d'entretenir des liens de camaraderie et de développer l'organisme, mais aussi de prohiber le jeu proprement dit. Dans ces conditions, on pourra toujours préférer les sports au café, à l'absinthe, même au piquet et à la manille.

Quelques-unes de ces associations, les sociétés de tir, par exemple, sont une préparation directe et immédiate au service militaire. Elles ont donc une importance réelle au point de Vue patriotique; avant le séjour à la caserne, elles initient, elles préparent; après le régiment, elles entretiennent; toutes les notions acquises de calme, d'adresse et de sang-froid sont ainsi conservées. En développant l'instruction théorique et pratique du tir, en gardant l'habitude de manier le fusil, on prépare et l'on garde pour le pays de braves et de bons soldats.

A côté des réunions pratiques, il ne faut pas craindre de provoquer certaines réunions théoriques oii Ton multipliera les conseils, les ren- , seignements de toutes natures : s'agit-il de tir, certaines conférences sur le maniement du fusil, sur l'historique de l'arme ; s'agit-il de sports, quelques indications médicales sur les

précautions d'hygiène, le vêtement, la nourriture ; s'agit-il de musique, quelques causeries sur Tart seront toujours bien accueillies et auront les plus heureux effets. Car une partie des observations générales que nous avons faites au point de vue des sociétés, toutes celles qui ne se rapportent pas au côté spécial et au caractère particulier des sports, peuvent s'appliquer aux sociétés musicales. Elles aussi sont des moyens d'union et des instruments d*éducation sociale. En encourageant l'étude de la musique, en donnant des fêtes et des. concerts, en prêtant leur concours à des œuvres de bienfaisance, en réunissant les jeunes gens et les hommes, en leur procurant par l'étude des arts d'agrément le moyen de se grouper, d'occu-

[)er leurs loisirs par des distractions honnêtes, es sociétés musicales créent des liens et participent à l'ensemble d'avantages qui découlent de toute association ayant un but utile et honnête.

Par elles un grand bien sera réalisé pour les jeunes gens et pour leurs familles.

Nous rappelons à tous ceux qui seraient tentés de fonder des groupements sportifs la floraison de sociétés qui se sont réunies autour de cette magnifique fédération gymnastique et sportive des patronages de France. Leur adhésion à cette fédération déjà très puissante ne peut présenter que des avantages ; les promoteurs trouveront au siège même de l'institution

(7, rue Coëtlogon) les renseignements de toutes natures théoriques et pratiques, statuts, règlements, règles officielles des jeux, qui leur permettront de procéder en toute sûreté à des organisations viables et rationnelles, ils y trouveront aussi des directions précieuses, empreintes de TespHt le plus généreux, et le plus désintéressé, et le plus élevé; ils y puiseront des leçons utiles, leçons de sacrinces et d'abnégation, toujours indispensables à ceux qui veulent créer des œuvres viables et fécondes.

Sur tous les points du pays on travaillera avantageusement à la création, au maintien ou à la prospérité des sociétés sportives et musicales, puisqu'on travaillera par là même à façonner de bons soldats et de bons citoyens. A ceux qui pourraient sourire, à ceux qui se demandent si vraiment le sport et la musique valent que Ton se donne tant de peine ou de soucis, nous répondrons que dans une telle besogne le patriotisme le plus éclairé a sa part, sa très large part. Nous répondrons que c'est penser à l'intérêt supérieur de son pays; que c'est prendre un souci exact de sa grandeur vraie et de sa prospérité la plus solide que de travailler à l'union de ses enfants, et de chercher par tous les moyens l'accord fructueux, l'accord durable de tous les fils du pays de France.

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