AMUSÉES LOCAUX
Il existe aujourd'hui dans les plus petits centres provinciaux d'Allemagne, de Suisse et de Belgique, dans les centres équivalents à nos chefs-lieux d'arrondissement ou de canton, des musées où Ton a groupé au point de vue spécialement local ce qui a trait aux questions d histoire naturelle, de botanique et d'affriculture. On y a généralement adjoint une bibliothèque dans laquelle on s'est appliqué à recueillir les ouvrages de toute sorte concernant la région. Enfin une place d'honneur a été réservée pour les beaux-arts. Les dimanches ou jours de- fête, les enfants des écoles sont conduits dans ces musées, où, de vive voix, dans un but pratique, on leur explique ce qu'ils sont à même de voir ; un enseignement approprié au milieu dans lequel ils évoluent leur est ainsi donné de la façon la plus fructueuse.
Cette idée n'a pas encore triomphé d'une manière générale en France grâce à d'invincibles inerties ; mais elle a été comprise ; en certains endroits elle a même déjà reçu pleine exécution par suite du dévouement de quelques hommes éclairés. Il faut citer en particulier M. Guillon à Vézelay, M. E. Groult à Lisieux qui, par une propagande constante, se sont
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promis de donner droit de cité en France à cette forme intéressante de l'enseignement populaire.
M. Groult, un des grands promoteurs des musées cantonaux, les définissait ainsi :
(( Les musées cantonaux ont pour but de vulgariser le goût des arts et de répandre les notions acquises des sciences particulièrement utiles à connaître dans la région déterminée où ils sont établis. Ils intéressent tous les habitants du canton et tous les voyageurs qui le traversent. Ils sont un but d'excursion naturellement offert à tous les élèves des écoles du canton et à tous ceux qui y sont conduits en promenades scolaires, scientifiques, agricoles, industrielles ou artistiques. »
Rassembler au canton et si la circonscription du canton qui, aujourd'hui surtout, à tant de points de vue, prend une importance de plus en plus grande, paraît trop restreinte, rassembler à l'arrondissement tout ce qui a trait au passé et à l'histoire de la région, réunir les documents de toutes sortes qui se rattachent lau pays, réveiller de manière tangible le passé, éclairer et expliquer le présent et quelquefois de la sorte susciter l'avenir, évoquer la vie ancienne du pays, mettre en présence autrefois et aujourd'hui et suivre ainsi la marche du progrès, voilà quelle sera la tâche des fonda-r teurs de musées locaux.
Naturellement une grande diversité régnera dans ces installations différentes, disséminées
sur tant de points opposés du pays. Chaque canton, chaque arrondissement ont leur physionomie très particulière qui devra se refléter encore dans le musée créé ; on recommande de n'utiliser surtout pour cet historique de la région que des collections essentiellement locales, car ces collections se réuniront la plupart du temps gratuitement, et il faut tout savoir utiliser ; il ne faut rien négliger.
On comprend toute l'utilité de Tordre et de la classification en pareille matière ; aussi faudrat-il adopter une subdivision par section : voilà les subdivisions à prévoir : section d'hygiène,
grouper ce qui a trait au vêtement, à l'ameulement, à rhabitation ; section agricole, y joindre des échantillons sur les couches de terrain, donner quelques détails sur le sol, ses propriétés et ses ressources, sur la nature des engrais à employer, si la chose est possible, certains tableaux ou certains graphiques pourront être dressés sur ce point.
Sections industrielles ou commerciales : si le
f>ays renferme quelque industrie on exposera es objets manufacturés ; section maritime et fluviale, section scientifique, section pédagogique, section artistique enfin, et un soin particulier pourra être apporté au groupement de cette dernière section ; il sera facile de réunir ne fût-ce qu'en photographie les reproductions des monuments, églises, châteaux, travaux d'art, curiosités naturelles, paysages de la région. Ceux
qui ont pris à tâche Téducation du peuple savent à quel point la moralisation par Tart est chose désirable et possible même. Le peuple va d'instinct aux choses artistiques et belles : les natures simples sont conquises par la beauté et ne lui marchandent pas une admiration reconnaissante : à défaut d'œuvres originales, on fera volontiers choix de quelques reproductions de chefs-d'œuvre ; en pareille matière le cadre uniquement local sera volontiers élargi. La fondation des musées locaux est facile : la question préalable à résoudre est celle du local, mais il faut, autant que possible, intéresser la municipalité aux créations de ce genre et lui demander un local, soit dans la mairie, greniers de halles, foyers de théâtres, etc. On créera volontiers, à côté de ces musées provinciaux pour les diriger, les entretenir, certaines sociétés d'histoire ou d'archéologie régionales, qui permettront aux hommes instruits du pays d'étudier Tensemble des archives régionales et dans un but scientifique et désintéressé, de connaître et de faire connaître l'ensemble des croyances, contes, récits, légendes, doctrines coutumes et pratiques aujourd'hui transformés' disparus ou persistants. Des études ou des enquêtes sur les patois seront intéressantes : il ne faut pas désapprendre les patois^ il faut s'en servir pour mieux connaître le Français.
Ces musées locaux ou sociétés locales pourront et devront devenir la base d'une action
post-scolaire rurale plus intense. On utilisera en ce but toutes les compétences sans exception, et toutes les bonnes volontés. Savants, grands propriétafres, prêtres, médecins, instituteurs, tous ceux qui à des degrés divers sont susceptibles d'éveiller ou de grouper des ini* tiatives, s'uniront dans un but commun : intéresser le peuple des campagnes à sa petite fratrie, la lui faire connaître, lui en raconter et ui en montrer l'histoire ; la grande patrie n'en sera d'ailleurs que plus et mieux aimée.
Certes les leçons du passé sont toujours utiles : on y puise le secret de l'expérience nécessaire; et à ce titre, ces initiatives spéciales méritent d'être encouragées; elles constituent aussi une part de ce devoir social dont Taccomplissement revêt toutes les formes. On y trouvera enfin, et voilà peut-être pourquoi des créatures de ce genre sont si désirables, un moyen unique d'unir et de rapprocher des bonnes volontés éparses venues d iiorizons très divers, on rapprochera ainsi des hommes qui peut-être n'auraient jamais su, jamais pu ou voulu se rencontrer, mais qui sur ce terrain commun,
f>oussés par un même amour du pays natal, à 'ombre des mêmes clochers familiers, ont abdiqué leurs rancunes, leurs divergences d'opinion ou leur indifférence, et comprenant les liens puissants qui naissent de la communauté d'origine se sont loyalement et amicalement tendu la main.