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LES ŒUVRES PROVINCIALES A PARIS

Nous n'avons pas à redire longuement ce que senties œuvres provinciales à Paris, créées afin de soutenir moralement et matériellement tant de provinciaux, tant d'émigrants ayant quitté le pays natal pour aller chercher fortune ou travail dans la grand' ville. Toutes ces sociétés ont au fond le mémq but : Utiliser des relations amicales entre compatriotes pour le bien-être et l'amélioration du sort des compatriotes moins heureux, offrir un centre de renseignements et d'appui, faciliter le placement dans la plus large mesure, enfin venir en aide à ceux qui sont momentanément dans la gêne, et que le chômage ou la maladie aurait abattus. On procure du travail, on donne des secours en argent ou en nature, on s'applique le plus souvent possible à faire des rapatriements, ou, quand il le faut, on facilite Pentrée dans les établissements hospitaliers ; on cherche enfin à provoquer et à conserver des rapports avec tous les originaires d'un même département ou d'une même province.

L'œuvre-type, celle qui compte le plus d'adhérents, qui a le plus de [vie et d'extension est l'œuvre.des Aveyronnais. L'idée était née dans

le cœur de M. Mayran, sénateur de TAveyron ; peu de temps avant sa mort, il avait confié sa pensée à son entourage, et un commencement d'exécution avait eu lieu. Mais cette idée généreuse pieusement recueillie par les enfants de M. Mayran, germa magnifiquement et aujourd'hui l'œuvre aveyronnaise a servi pour ainsi dire de type et de modèle à toutes les autres. Nous ne les citerons pas toutes : parmi les principales, nous mentionnerons, l'œuvre Lozérienne, l'œuvre des Alsaciens-Lorrains, l'œuvre Comtoise, le Maine, la Société Savoisienne, l'Œuvre d'Auvergne, la Paroisse Bretonne, l'Union Ornaise, 1 Union Pyrénéenne.

La France presque tout entière se trouve aujourd'hui représentée par ces groupements qui ont pris à tâche, tout en soutenant les originaires clés différentes provinces, d'entretenir fidèlement dans leur souvenir, l'amour toujours vivant du pays natal, et de leur donner un grand esprit de retour.

Les Comités de l'A. L. P. auraient, croyonsnous, un intérêt de premier ordre à bien connaître ces différentes sociétés, suivant la région qu'ils représentent et à entrer en rapport immédiat avec elles. Ils adresseraient à ces organisations tous les émigrants de leur région auxquels ils rendraient ainsi un service signalé. Ainsi entourés dans leur atmosphère pour ainsi dire coutumière, ces nouveaux venus à la vie dévorante de Paris pourraient échapper à beau-

coup des dangers qui les menacent et fuir la contagion de tous ces clubs politiques ouvriers, où vont se perdre parfois Tendurance, Tardeur au travail et le courage de tant de travailleurs.

Nous croyons, en un mot, qu41 y aurait lieu d'utiliser l'influence des sociétés provinciales de Paris, non seulement pour la moralisation des provinciaux à Paris, mais pour la moralisation des provinciaux chez eux. Ainsi dans cette question si actuelle de la diftusion de la presse, quel appui ne trouverait-on pas dans de tels milieux?

On a constaté par exemple que certains départements où la presse socialiste n'existe pas, sont cependant inondés et envahis par les journaux socialistes qu'envoient les parents résidant dans les grands centres. L'émigration n'est donc pas sans influence sur la diffusion de la presse ministérielle et souvent l'émigrant dirige la politique du pays qu'il a quitté, mais où son action demeure. Cette indication nous était fournie d'une manièi'e très précise par un Limousin originaire de la Creuse.

« L'émigrant jpart pauvre, il va travailler dans les grands chantiers lyonnais ou parisiens et rapporte de ces grands centres les théories qu'on y professe. Il est très écouté dans le pays, et cela s'explique. L'émigrant a voyagé : c'est une auréole aux yeux de ses concitoyens. En outre, dans certains pays, dans le Limousin et spécialement dans la Creuse, les maçons

émigrants intelligents et laborieux ont fourni

quelques exemples de réussite merveilleuse.

Tels ou tels, partis de très bas, sont arrivés

à des fortunes de millionnaires et vivent en

f grands seigneurs. Ce sont ces hommes-là ou es fils de ces hommes que Ton choisit volontiers comme représentants.

Si donc Fémigrant dirige la politique de son pays jusqu'à un certain point, il est aisé de penser que lorsqu'il s'agit d'une question aussi sérieuse que celle de l'abonnement à un journal, il ne conseille pas à son vieux père, à ses frères et à son arrière-petit-cousin restés au pays, la lecture de « La Croix » ou de « VEcho de Paris », il fera acheter le journal socialiste et le journal ministériel où l'on prône les pires doctrines. »

Il ne faut pas perdre de vue ce côté spécial de la lutte contre les idées acclimatées par les émigrants. La lutte est nécessaire, car ceux-ci ont une grande influence et ils la font sentir au moment des élections, soit par eux-mêmes personnellement, soit par l'influence de leurs Comités établis à Paris. Il est évident qu'il , serait utile d'agir sur ces Comités provinciaux établis à Paris, et il nous paraît que sur ce point, les Comités de l'A. L. P. peuvent avoir une très heureuse influence.

Il suffit d'habiter la campagne pour avoir vu se renouveler constamment la petite scène suivante : un groupe se formant autour de

quelque beau parleur occupé à lire à haute voix le texte du mauvais journal radical ou socialiste expédié la veille de Paris ou d'une grande ville, par quelque compatriote ayant émigré, soit pour travailler, soit parce que la faveur politique a fait de lui un de nos nombreux budgétivores.

Le journal de Paris envoyé directement d'une Agence agirait beaucoup moins que ce journal venant « a un pays » et auqueFon ajoutera foi de suite pour une foule de raisons minuscules où la politique n'entre souvent pour rien, mais le mal produit, le mal social et le mal politique n'en subsistent pas moins. Nous le répétons, il y a là une source d'influence qu'il importe de ne pas laisser perdre ou capter.

Quelques sociétés provinciales sont particulièrement florissantes et ont une organisation telle qu'une œuvre de diffusion de la presse lancée et patronnée par elles aurait une répercussion immédiate^et sérieuse.

Un Congrès tenu au Sillon, le 17 février 1900, nous a renseignés sur les principales colonies

Erovinciales installées à Paris. Une carte étalissanl le nombre des originaires de chacun des 86 départements, habitant la Seine, a été dressée; et les chiff'res qu'elle donne sont éloquents et doivent être médités. Ceux qui savent l'utilité de la -presse honnête et vraie comprendront quels merveilleux agents de diff*usion i\s peuvent avoir dans tous ces provinciaux,

égarés à Paris, mais qui, pour la. plupart, ont conservé Tesprit de retour, ou gardé des rap-

Eorts avec le village originaire et jouissent làas du petit crédit que Ton accorde toujours dans les campagnes à ceux qui ont voyagé et vu beaucoup de choses.

A côté dje ces sociétés provinciales organisées, on peut citer une foule de sociétés purement philanthropiques ou littéraires (il en est une à peu près par chaque département) dont l'œuvre n'est pas vaine, sociétés peu organisées ui réunissent le plus souvent la clientèle riche es provinciaux résidant à Paris et qui se font pardonner leurs excellents banquets par quelques services de placement ou de rapatriement rendus aux indigents. Parfois la politique y joue un grand rôle, mais il y a cependant, par le concours de ces sociétés, du bien à faire au point de vue de la presse. Quelle œuvre utile, en effet, si Ton peut arriver peu à peu à transformer en apôtres de la presse honnête, tant de provinciaux déracinés.

Cet apostolat pourrait s'exercer sous une double forme ; envoyer en province le journal déjà lu de Paris; envoyer au pays le journal de TAssociation quand il en existe un, quand il vaut d'être envoyé.

Nous avons 1 impression qu'il y a dans tous ces groupements provinciaux à Paris, une réserve de force singulière, qu'il faut utiliser non seulement en vue de Paris, mais en vue de

ces régions multiples et lointaines qui au fond occupent et remplissent toujours le cœur de ces déracinés.

Nos adversaires ont organisé des Comités politiques provinciaux d'où partent des mots d'ordre strictement suivis; il y aurait lieu de créer des organisations similaires, non pas hâtivement, dans Taffolement souvent inutile des périodes, électorales, mais d'une manière réfléchie et définitive.

C'est à ce titre que nous avons attiré l'attention des Comités de TA. L. P. sur toutes les œuvres provinciales installées à Paris.

SECRETARIATS DU PEUPLE

Rendre service, être utile, tout est là. La raison d'être et le secret du succès ne sont pas ailleurs : les libéraux ont aujourd'hui à lutter contre toutes les méfiances et toutes les hostilités, d'autant plus injustes qu'elles sont irraisonnées. Mais toutes ces suspicions liguées contre eux, ils arrivent à lés vaincre car ils ont trouvé le remède auquel rien ne résiste:

le désintéressement obstiné.

Parmi toutes ces institutions destinées à seconder la classe ouvrière, il n'en est guère de plus pratique que le Secrétariat du Peuple. M. Doal, dans une substantielle brochure, qui pourrait en pareille matière servir utilement de guide pratique, le définissait : « une organisation populaire d'aide mutuelle » (1).

Leur but

Le but des secrétariats du peuple est de rendre service à la classe ouvrière, non pas au moyen de subventions pécuniaires, grâce à des aumônes sagement distribuées, mais en lui fournissant tous les renseignements de nature à la seconder et à la tirer d'embarras, dans les difficultés

(1) Le Secrétariat du Peuple, par A. Doal.

journalières dont sont encombrées toutes les existences de ceux qui travaillent.

Sans ressources, sans appui, sans défense contre les mille complications ou contre les exigences de la vie civique, sociale ou administrative quotidienne, ignorant des formalités si multiples qui se dressent devant nous, comme autant d'obstacles dans toutes les circonstances

f possibles, l'ouvrier ne connaît pas beaucoup es organisations ou institutions, qui, suivant les cas, peuvent lui venir en aide, il ne connaît pas les démarches à tenter et qui seraient de nature à lui donner satisfaction. Souvent, pris d'un vague effroi devant la complexité des actes à accomplir, il s'en exagère encore la difficulté, et fidèle au fatalisme inconscient de ceux qui ont pris avec la souffrance une sorte d'accoutumance et établi avec elle une sorte de compromis, il s'abstient, quand, au contraire, il aurait toutes les raisons et tous les droits d'agir.

Services rendus

Quelle forme peuvent donc revêtir ces services utiles que peut rendre un Secrétariat du peuple ?

On s'accorde généralement à les classer sous quatre formes différentes: 1** Service de renseignements; 2** Service de consultations juridiques, et, quand la chose est possible, médi-

cales ; 3** Service de correspondances ; 4** Service de placement.

1** Le service de renseignements. — Livré à lui-même, nous Tavons vu, l'homme du peuple, l'artisan, le travailleur est lésé dans ses intérêts, car il ne ^a^V pas: le secrétariat du peuple devra savoir pour lui, éclairer et diriger son ignorance.

Il y a tout avantage pour lui, ainsi que pour le petit commerçant, l'employé, d'avoir un centre où certains renseignements d'utilité pratique pourront être demandés, obtenus ou procurés.

Par exemple, quelles sont les conditions à remplir pour faire entrer à l'hôpital soit un parent âgé et malade, soit un enfant infirme ? Où s'adresser utilement pour mettre un enfant en apprentissage? Quelles sont les formalités pour régulariser les papiers nécessaires au moment du mariage, comment se procurer un casier judiciaire ou un certificat d'indigence, quand a-t-on droit aux secours du Bureau de bienfaisance ? Comment et dans quels cas peut-on s'engager au régiment, comment obtenir un sursis, une indemnité pour subvenir aux besoins de la famille, pendant les périodes militaires, à qui demander un congé de moisson ou de vendange et quelles conditions faut-il pour y prétendre ? Où déposer ses fonds pour la caisse d'épargne ? Quand peut-on obtenir l'assistance judiciaire ? Et la liste de ces cas pratiques pourrait être indéfiniment allongée.

2® Service de consultations, — A côté de ces renseignements qui visent en particulier la vie journalière et qui doivent avoir une portée essentiellement pratique, il y a lieu df^nstituer, 3uand la chose est possible, un service spécial e consultationsjuridiques et gratuites. Ce service qui peut être assuré soit par des anciens avocats, notaires, magistrats, hommes de loi ou hommes d'affaires quelconques habitant la région, comprend la plupart des questions d'ordre juridique, susceptibles d'intéresser les milieux ouvriers ; il est évident que les questions relatives à l'apprentissage, aux saisies-arrêts, que certaines questions de tutelle, de mariage ou de légitimation,, que certains points litigieux, concernant les ventes d'immeubles, les successions, les tecations, les baux, les réparations locatives seront plus souvent discutés que d'autres. Il y aura lieu de se tenir au courant des textes législatifs et de leurs changements. Par exemple, il faudra connaître la loi sur les accidents du travail, et sur un tel sujet on rendra un réel service aux ouvriers ignorants, si, en les renseignant avec précision, on leur évite d'être trompés par tous les conseils véreux qui spéculent sur eux et ne cherchent qu'à embrouiller toutes les choses et à tout compliquer dans un but d'intérêt personnel. On supprimerait avec avantage en pareille matière certains abus scandaleux. Suivant les régimes il sera opportun d'étudier telle ou telle partie

delà législation : dans les pays de vignes, il faut connaître la loi relative aux bouilleurs de cru ; dans les centres agricoles, la législation relative aux foires et marchés, aux ventes d'animaux, aux indemnités à accorder suivant les cas; dans les régions industrielles ou minières, ce qui a trait à l'organisation et à la protection du travail.

On rendra des services signalés aux petits commerçants et aux contribuables en général en les renseignant sur la loi des patentes, en organisant un service de revision ou de réclamation d'impôts.

A côté de ces consultations juridiques, d'une efficacité si grande, les mêmes hommes chargés d'y pourvoir, et que leur compétence désigne à cet effet, grouperont avec fruits les renseignements qui pourraient permettre aux institutions sociales essentielles de naître et de se développer. Comment promouvoir par exemple des syndicats agricoles, des caisses rurales, des sociétés de secours mutuels, boulangeries coopératives, etc. ? Si l'on ne sait quelle forme adopter et quelle marche à suivre, la collection de quelques statuts-type, des modèles de règlement, quelques manuels spéciaux pourront être d'une grande efficacité pratique.

Quelques secrétariats du peuple ont adjoint à leur service de consultations juridiques, un service de consultations médicales. Il est évident, lorsque la chose est possible, que Tinter-

vention d'un médecin consultant serait d'un effet souverain. Rien ne peut donner une idée de tous les résultats que pourraient obtenir ensemble dans un pays un médecin et un avocat, associant leurs efforts désintéressés. Mais pour des raisons multiples et délicates, un médecin, si dévoué soit-il, ne peut toujours se dépenser ainsi sans rétribution, au service gratuit de tous, ou se contenter de la rétribution très modeste que pourrait lui assurer le secrétariat du peuple.

3** Service de correspondance, — 11 faut avoir reçu une de ces lettres, une de ces pauvres lettres si respectables tant elles représentent d'efforts et de difficultés écrites par un homme de la campagne, pour comprendre le service, le véritable service libérateur que Ton rendrait à des ruraux, si de temps à autre on pouvait écrire une lettre pour eux. On est sans nouvelles du fils qui est au régiment, de la fille établie en ville, on a une lettre d'affaire à la-

3uelle on ne comprend le moindre mot et qui amande une réponse. Ecrire est si compliqué, et si laborieux. On hésite, on remet à un lendemain qui se chiffre par des semaines. Quel soulagement de penser qu'au siège du secrétariat, une main plus expérimentée écrira la lettre nécessaire !

4<> Service de placement, — Un secrétariat lu peuple doit avoir un bureau de placement, ^ar le placement en est la conséquence néces-

saire : de tous les services que l'on puisse rendre aux travailleurs, il n'en est pas de plus immédiat et de plus efficace que celui-là : procurer du travail, procurer une rémunération à celui qui cherche du pain pour lui ou pour les siens. On secondera effectivement un secrétariat du peuple en s'adressant à lui pour les emplois et pour les situations dont on dispose personnellement, ou en signalant toutes les places inoccupées dont on peut avoir connaissance. Les journaux locaux doivent prendre à honneur de seconder ces institutions si utiles en publiant gratuitement sous cette rubrique par exemple : Tribune ouvrière : offres et demandes d'emplois, toutes les demandes qui leur sont adressées par des personnes à la recherche d'un petit emploi quelconque, sous la garantie toute naturelle de certaines références (1).

Comment constituer un secrétariat du peuple

Dans les grandes villes ou dans certains centres importants, pour établir les secrétariats du peuple, certains rouages peuvent être néees-

(1) Au sujet du placement, nous rappelons que les bureaux de placement réservés aux seuls membres jde l'A. L. P, ne nécessitent pour leur ouverture aucune déclaration légale. Le bureau de placement est alors considéré comme un développement nouveau et normal de l'Association elle-même ; ainsi le bureau de la rue Molière, à Paris, n'a donné lieu à aucune déclaration, La déclaration légale serait, au contraire, nécessaire si les services u bureau de placement étaient communs k tous, c'est-à-dire dussi bien aux membres de l'A. L. P. qu'aux autres.

saires, et serviront d'intermédiaires entre le bureau du secrétariat et sa clientèle proprement dite. Un Comité, des secrétaires ou des délégués de quartier constitueront souvent les divers échelons utiles. Dans les petits centres et à la campagne où chacun se connaît, il n'est nul besoin de se fonder sous des apparences si administratives. Quelques personnes dévouées et à compétence distincte apporteront leur dévouement et leur compétence, et voilà le secrétariat en fonction.

On choisira un local, une simple chambre suffît, et Ton fera savoir qu'à certains jours et à certaines heures déterminés, tous ceux qui auront un renseignement à demander trouveront quelqu'un, soit pour répondre de suite à leur demande, soit pour leur procurer une réponse le plus promptement possible. On choisira de préférence, suivant les localités et les usages, les heures de permanence qui conviennent le mieux à la clientèle laborieuse que l'on veut conquérir.

Les dépenses sont peu importantes : elles comprennent le local, quand il n'est pas procuré par un des fondateurs, les frais d'éclairage et de chaufra2;e, quelques frais d'impression et de correspondance.

On peut rattacher un secrétariat du peuple à beaucoup d'institutions déjà existantes, syndicats, coopératives, sociétés de secours mutuels, bibliothèques, etc.

Les Secrétariats du peuple dans les Comités del'A. L. P.

Les Comités de VActlon Libérale Populaire si actifs, si portés aux élans de dévouement et de désintéressement, ont compris quel bel instrument de concorde et de pacification on pouvait trouver dans les secrétariats du peuple. Et nous savons que, sur tous les points de la France, ils^se sont appliqués, avec le plus grand succès et avec un sens très précis des nécessités actuelles, à créer ces rouages utiles. Ils ont compris en particulier qu'il fallait intéresser rhomme du peuple à ces créatians non seulement pour lui-même mais pour les autres, et ils ont pu voir avec quelle bonté native les travailleurs se rendaient service entre eux.

Faut-il rappeler ces secrétariats de Paray-le- Monial et de Nevers, dont certains travaux du premier Congrès de l'Action Libérale Populaire permirent d'admirer le fonctionnement.

Il faut que le but de ces institutions soit avant tout désintéressé, il faut inspirer confiance, et peu à peu l'estime réciproque, Taffection peut-être naîtront entre des hommes que tant de politiciens veulent diviser et séparer pour régner plus sûrement.

Il faut avoir un grand respect du droit des travailleurs pour consacrer utilement son activité à leur défense ; il faut demander à chacun, dans la mesure possible et de la manière possi-

ble, appui et soutien, car la coopération de tous ceux qui ont les mêmes aspirations est nécessaire. Il faut agir surtout : montrer à tout propos beaucoup de patience, beaucoup de bonne humeur et beaucoup de bonhomie. 11 faut enfin se dévouer par plaisir, pour ainsi dire, et ne compter sur la reconnaissance de personne. On est ainsi toujours sûr de réussir. La reconnaissance est une petite plante exquise qui ne s'épanouit que dans les cœurs très hauts ; quelquefois elle est si discrète qu'elle se montre à peine, étouffée sous les feuilles et les verdures fraîches ; mais elle existe pourtant ; elle se reconnaît à son parfum pénétrant et, bien souvent, même si elle ne s'est pas montrée, même si elle n'a pas été cueillie, on,la devine : une fraîcheur et une joie se sont répandues dans l'atmosphère que l'on respire.

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