‹ L'Amélioration légale de la Condition des Travailleurs agricolesChapitre 26 sur 91 · HOUSE · texte numérisé non relu

HOUSE

1” Le travail agreste, nous l’avons dit, présente cette particularité d’être sous la dépendance toujours despotique du temps et des saisons. Il ne ressemble pas en cela au labeur industriel,qu’on peut le plus souvent quitter au pre-

mier appel de la sirène ou de la cloche.

La cause de cette différence? elle réside en ce que l’homme commande aux machines, tandis qu'il est totalement désarmé devant le jeu secret des lois naturelles. Il a le pouvoir de mettre en mouvement ou d'arrêter des centaines de métiers, de scies mécaniques ou de laminoirs dociles. Mais comment assouplir les forces mystérieuses et insaisissables de la nature ? Comment s'opposer à leur action ? Comment, pour les besoins de la culture, différer un orage à la manière dont on empêche, avec l’aide du commutateur, le passage d'un courant électrique, ou ordonner à la pluie de tomber comme on ordonne à ce

même courant de passer ?

Folie que de rêver cette mainmise de l’homme sur les divers éléments de notre système cosmique ! Aussi, dans ces conditions, peut- on concevoir qu'on doive exécuter les travaux agricoles sans aucune considération du quantième. Bien souvent on sera forcé de faucher le dimanche, de faner le dimanche, de vendanger le dimanche,de labourer le dimanche ; et nul ne le saurait trouver mauvais quand c'est d’une indiscutable nécessité.

Au résumé, on voit combien solide parait être la pre-

mière raison pour laquelle il est impossible d'admettre le

repos hebdomadaire aux champs. Nous nous réservons néanmoins d'examiner si elle défie loute réplique.

2) Le second obstacle à l’établissement de ce même repos vient, avons-nous dit, des ouvriers. Il a été indiqué d’une façon à la fois sobre et frappante par un régisseur de Seine-et-Marne, dans une lettre qu'il adressait à M. Daniel Zolla et que celui-ci a bien voulu nous communiquer : «Le lundi, constate-t-il simplement, nous avons toujours des absents ».

Cette boutade en dit long, car la perspective d’avoir toujours des absents le lundi est évidemment de nature

à faire réfléchir les uns et à décourager les autres.

$ 3. — Conclusion critique.

Mais devons-nous penser qu’il y ait là de quoi faire écarter le principe du repos hebdomadaire en faveur des ouvriers agricoles ? Sùrement non. Le fait signalé manifeste seulement un vice social, à la correction duquel il serait bon de s’employer.

Il n’est pas douteux en effet que, s’il est regrettable pour ceux à qui il est une occasion de débauche, le repos hebdomadaire est en général un véritable bienfait social. Il est nécessaire aux personnes qui ont travaillé toute une semaine soit aux champs, soil à l'atelier. Il est une diversion, non moins par ce qu'il procure de liberté que par ce qu'il donne de répit au travailleur. Le point de vue fami-

M. Authier 5

rm

lial ne saurait être non plus négligé (1). quoiqu il ait à la campagne une moindre importance qu'à la ville, enfants el jeunes hommes se trouvant la plupart du temps trop loin de leurs parents pour avoir la possibilité de les aller rejoindrele dimanche. Que s'il s’agit d'une famille d'ouvriers ou de domestiques employés dans la même exploilation, leur travail de chaque jour ne les sépare pas comme il arrive à l'usine, et par suite le repos hebdomadaire ne leur est pas au même degré indispensable. D'autre part. il est hors de doute que dans certaines conditions bien délterminées, les jours de mauvais temps, où le repos est de rigueur, pourraient suppléer le repos hebdomadaire. Cependant la cessation périodique du travail nous parait à ce point ulile, que nous n'hésiterons pas à en souhaiter l’extension légale à l'agriculture toutesles fois que l'urgence des travaux ne s’y montrera pas formellement opposée. Or nous croyons qu'il en va fréquemment ainsi. Nous le croyons même d'autant plus volontiers que le repos dominical est en fait respecté à peu près partout dans la France agricole. En la majorité des régions il est dès maintenant une réalité. Sans doute, ne résultant pas d’une disposition législative, il peut être supprimé à la volonté de l'employeur, et celui-ci, avec raison, n’hésitera pas à le faire si des

circonstances impérieuses l'y contraignent. Mais cette

1. Quant au point de vue intellectuel, dans l’état présent de la mentalité paysanne, c’est surtout pour être complet que nous le signalons: bien peu de salariés agricoles profitent de leur liberté du dimanche, là où elle leur est accordée, pour travailler et s’instruire.

— mn ES,

réserve n entame en rien la règle, car il est évident que si la loï devait intervenir à ce sujet dans le domaine rural, elle n’édicterait aucune mesure rigide et invariable. Elle tiendrait le plus grand compte des nécessités de la culture, et ne refuserait pas aux employeurs de la campagne les exceptions qu’elle admet en faveur des industriels : exceptions qui viseraient d'abord les personnes employées à certains travaux de la ferme (soins du bétail et de la volaille, ménage, etc...) et en second lieu exceptions qui viseraient les travaux des champs eux-mêmes (1), ces dernières emportant un droit absolu à un repos compensateur.

Sans édicter cette dernière prescription, dont la nouveauté serait grande à la campagne, c'est à cette solution que se réfèrent les contrats des ouvriers polonais travaillant en France ; à ceux-ci l'employeur doit le repos hebdomadaire, mais le bétail n’en reçoit pas moins les soins habituels. .

Vraiment, aux conditions, que nous avons dites, nous n’apercevons plus la portée des arguments dont se servent les adversaires du repos hebdomadaire. Du moment que la prescription de cette trève périodique du travail ne

doit porter aucune atteinte appréciable aux intérêts de

1. Telle est la conclusion du rapport présenté par le comte Joseph Maïlath au Congrès international d’agriculture de Vienne (1907). En Italie, le repos hebdomadaire ne s'applique pas pendant les

grands travaux.

Au Danemark, ce même repos s'applique en vertu des contrats.

l'agriculture ; du moment qu’elle se traduit par un mieuxêtre pour les travailleurs, nous croyons que le moment serait venu de l'appliquer aux ouvriers ruraux avec toute

la circonspection désirable.

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