La France économique, 1890, p
prix moyen, qui était de 4 fr. 30 en 1840, passa tour à tour à 1 fr. 42 en 1852, 1 fr. 85 en 1862, 2 francs en 1872 et 2fr. 32 en 1882. Nous verrons tout à l'heure que la hausse ne s’est pas arrêtée depuis cette dernière date. Elle n'est, disons-le vite, nullement spéciale à la France. Une statistique du Board of trade (1910) nous montre que le Salaire réel s'est élevé de 81 0/0 en Angleterre depuis 1850. Au Japon, les salaires ont augmenté dans des proportions inouïes de 1892 à 1907 : ils ont passé de O fr. 39 à 0 fr. 93 pour les journaliers, de 0 fr. 24 à O fr. 57 pour les journalières, de 49 à 104 francs pour les garçons de ferme, de 25 à 53 francs pour les servantes. Mais malgré le mouvement de hausse, il est des pays où les salaires sont encore bien bas. En Italie, les adultes reçoivent en général 300 ou 400 francs par an, et par jour 1 fr. 50 à 2 fr. 50. En Hongrie, selon la saison, les hommes touchent de 1 couronne à 1 c. 47, nourris ; les femmes 0 c. 66 à 1 couronne: les enfants 0 e. 39 à 0 c. 62. En Russie, 0 fr. 54 à 1 fr. 35 pour les ouvriers à la journée; 0 fr. 40 à 0 fr. 95 pour les ouvrières. En Saxe, d'après M. Georges Blondel, 4 m. 25 à 1 m. 70 pour les hommes, 1 mark pour les femmes. Dans le Mecklembourg, 1 m. 50 à 1 m. 70. En France même, il est certaines régions où les salaires sont navrants, et dans la plupart, ils ne sont pas très élevés (1). Aussi, traduisant encore à merveille la pensée de ses camarades, M. Antoine Dumont certifie que le salaire agricole
1. Ch. Gide. Principes d'Economie politique, p. 566. « Pour les ouvriers agricoles, la moyenne du salaire ne dépasse pas
3 francs par jour. » Voir infra.
or
« n’est que la juste et bien trop faible rémunération du travail ».
Si la vérité de cette assertion éclate, ce sera bien le cas de dire avec M. Gide que l'ascension rapide des salaires fut motivée surtout par ce qu'ils partirent de bien bas. C'est ce que nous verrons dans la suite, Mais dès à présent il importe de constater cet accroissement et de constater aussi qu’au dire des personnes les moins suspectes de parlialité, les socialistes eux-mêmes, le salaire agricole a augmenté de 40 à 50 0/0 tandis que le coût de la vie haussait seulement de 30 0/0. Ce qui revient à établir une élévation de 10 à 20 0/0 du salaire réel.
Encore ce pourcentage parait-il rester en deçà de la vérité. Dans la presqu'île bretonne,suivant M. Choleau (1), la rémunération du travail a vu son taux augmenter dans une plus large proportion. Selon M. Terrel, on paie aujourd’hui 5, 6 et 7 francs, dans le Beaujolais, les vendangeurs qu'on payait jadis 4 fr. 50 ei 2 francs. La région méridionale a vu de même lessalaires annuels moyens passer en quelques années de 400 à 600 et 700 francs. Dans les départements situés au centre-ouest de la France, notamment dans la Bresse et la Dombes, les petits bergers payés 15 à 20 francs vers 1860 reçoivent aujourd'hui 80 à 180 frs. ; les grands domestiques payés 200 à 250 francs, touchent de nos jours 450 à 550 francs ; les grands servantes,payées 100 à 180 francs, obtiennent maintenant 300 à 459 francs.