Jean Choleau, op. cit
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En Seine-et-Marne, les bouviers gagnent de 1.200 à 1.400 francs ; les charretiers 1.500. En Picardie (1), les journaliers reçoivent 900 à 950 francs pour 300 à 320 journées de travail,soit 3 francs à 3 fr 25 par jour en moyenne, alors qu’en 1866 ils n’eussent gagné que 450 ou 480 francs. Dans l'Oise, le salaire des charretiers oscille entre 1.040 et 1.235 francs ; celui des bouviers entre 1.040 et 1.160 ; celui des bergers entre 1.250 et 1.500 ; celui des journaliers entre 2 fr. 50 et 5 francs en été ; autrefois ces mêmes salaires étaient respectivement de 610, 625 et 950 francs pour les charretiers, bouviers et bergers, et de: 4 fr. 90 à 2 fr. 30 environ pour les journaliers. Dans l'Isère, les domestiques qui gagnaient 288 francsil y a vingt ans eñ gagnent aujourdhui 427; les ouvriers qui recevaient 2 fr. 27 reçoivent fr. 38. Dans les Ardennes, un ouvrier qui acceplait 1 fr. 35 par jour en 1830 réclame actuellement 3 fr. 60.
Au cours de la discussion générale du budget de l’Agriculture. en 1910, un député socialiste du Gard, M. Compère-Morel, souligna cet accroissement général en rendant compte à la Chambre de l'enquête par lui ouverte en France sur la situation matérielle des salariés agricoles. D’après les renseignements recueilllis, la moyenne générale du salaire en France est actuellement de 3 francs par jour
pour l’ouvrier non nourri ni logé, et de 2 francs pour
1. Nous devons ces chiffres à l’obligeance de M. Daniel Zolla, qui le a lui-même relevés sur des livres de paie d’ouvriers picards,
l'ouvrier nourri et logé, soit une augmentation de O fr. 10 sur les chiffres correspondants de 1907. Mais quels misérables salaires cache cette moyenne d'honnête apparence ! A côté de départements, tels que l’Ain, l'Oise, la Seineet-Marne, etc...où la rémunération des ouvriers de la terre atteint 4, 5, 6 et 7 francs, n'est-il pas fâcheux de la voir dans d'autres, Cantal, Basses-Alpes, Côtes-du-Nord, etc..., varier entre © fr. 85 et 1fr. 15 en moyenne ? Pareil salaire n'est-il point aussi lamentable que tels gains industriels dont on s’indigne? Même à la campagne où les subsistances sont moins chères qu’à la ville,et même en réduisant ses dépenses au plus strict minimum, comment,avec chômages et maladies, une famille peut-elle mener une existence humaine avec un aussi maigre revenu ?
Et quelle épithète appliquer aux sommes que, sur bien des points,de la France gagnent les femmes et les enfants ? Les femmes qui, dans le Morbihan, reçoivent Ofr. 40 à 0 fr. 50 par jour ; dans la Haute. Vienne 0 fr. 50 à 1 fr.50: 0 fr. 75 dans les Landes; 0 fr. 75 à 1 fr. 50 dans les Deux- Sèvres ; 1 franc dans l’Aveyron; 1 fr. à 1 fr.25 à ! fr.50 dans l'Allier; 1 fr. 50 à 2 fr. 50 dans l'Aude: 1 franc à 1 fr. 23 dans la Marne; 1 à 3 francs en Eure-et-Loire ; 1 fr. 25 à 1 fr. 50 dans le Doubs, etc... Les enfants, dont le gage annuel varie tantôt de 20 à 120 francs (Morbihan), tantôt de 100 à 250 francs (Isère), mais se trouve le plus souvent très inférieur à ce dernier chiffre?
Si forte donc qu'ai été l'élévation du salaire agricole en
ces dernières années, il apparaît ainsi qu'il y a place encore
pour des améliorations. Mieux, dans plus d’une région il y a beaucoup à faire pour le rendre convenable et, du même coup, ralentir l'exode vers les villes, augmenter la natalité, diminuer la misère.
Nous n’en sommes plus,c'est fortexact, au temps où Paul- Louis Courier, dans sa Gazette du village (1823). trouvait « qu’à l'assemblée de Véretz les filles étaient chères et les . garçons hors de prix », parce qu'on payait les uns 200 fr. et les autres vingt-cinq écus. Il est aussi certain que les travailleurs de la campagne n'ont pas.un budget aussi lourd que les travailleurs de la ville qui, d’après M. Levasseur (1), consacrent 60 à 66 0/0 de leur gain à leur nourriture, 10 à 13 0/0 à leur logement, 5 à 6 0/0 à leur éclairage et à leur chauffage : toutes charges qu'on peut esquiver en partie à la campagne. Cependant, de toute nécessité, il faut trouver le moyen d'améliorer l'état actuel des choses ; car ainsi que le disait Adam Smith, « il est équitable que ceux qui nourrissent. habillent et logent les autres aient euxmêmes une part du produit de leur travail suffisante pour se nourrir, s'habiller et se loger tolérablement (2). »
Idéal de justice vers lequel on s'oriente, mais avec quelle lenteur ! Le patron en effet, si riche soit-il. montretoujours quelque propension à payer la main-d'œuvre le moins cher possible. Il a à ce faire une tendance aussi naturelle
que le salarié à solliciter de lui le maximun de paie. C'est