‹ L'Amélioration légale de la Condition des Travailleurs agricolesChapitre 34 sur 91 · LES RÉFORMES POSSIBLES · texte numérisé non relu

LES RÉFORMES POSSIBLES

$ 1. — Le salaire uniforme.

$ 2. - Le salaire minimum.

$ 1. — Le salaire uniforme

Véritablement étrange semble au premier abord l’idée d'uniformiser le salaire agricole. La besogne à la campagne se présente sous des aspects si variés ! Labours, semailles, moissons, battages, fenaisons, coupes de bois, récolte du maïs, des betteraves, des pommes de terre, etc... peut-on justement rémunérer d’égale manière ces travaux si complètement différents ? On a vu cependant plusieurs syndicats ouvriers, entre autres un syndicat de l'Oise (1), demander que tous les travailleurs reçoivent pour une année entière des salaires égaux ; et M. de Rocquigny,

dans son ouvrage si attachant sur les Ligues et grèves de

1. Nous devons ce renseignement à M. Léon Martin, d'Ermenonville (Oise).

paysans, nous apprend que ce même désir s’est fait jour en Italie dans les associations qu’y ont formé les salariés de l’agriculture.

Serions-nous donc par hasard revenus au temps des spéculations chères à Louis Blanc et à quelques réformateurs utopistes? Non pas ; le mouvement d’unification est à peine dessiné, les partisans d’un pareil système étant rares pour les raisons que nous venons de dire, et pour beaucoup d’autres encore. Il ne suffit pas en effet de constater in genere la variété des travaux rustiques; il faut discerner ce qu'ils ont in specie de très dissemblable. Voilà par exemple un champ de blé qu'il s’agit de moissonner ; les ouvriers ne seront-ils pas les premiers à demander une rémunération variable avec le plus ou moins d’abondance des épis, avec la plus ou moins grande facilité du fauchage, avec le besoin qu'on a de leurs services, etc... ? En dehors de ces considérations, si on admet sans peine que le mauvais ouvrier soit ravi de recevoir la même paye que le bon, peut-on supposer que la réciproque soit.exacte ? Serait-il logique qu’un homme se fatiguât à déployer toute son habileté et tout son zèle quand il sait par avance ne pas devoir être payé plus qu’un autre moins empressé ?

Cet argument est irréfutable du moment qu'il ne saurait être ici, par hypothèse pourrait-on dire, question de salaire à la tâche, celui-ci emportant des inégalités suivant la capacité et l’activité des travailleurs ; il en implique d'autres aussi, provenant de causes indépendantes de la

volonté des ouvriers, verse des épis pour la moisson,

‘excès d'humidité du sol pour les labourages, plusieurs encore.

En définitive, l'uniformité du salaire est impraticable, et d’ailleurs elle serait pure injustice. Cette conclusion est -celle à quoi s’arrête aussi M. de Rocquigny dans l'étude précitée, et, sincèrement, nous n'apercevons pas qu’on puisse émettre une opinion différente quand on a bien aperçu les bizarreries auxquelles conduirait l’égalisation souhaitée par quelques-uns.

Si donc le législateur prend fantaisie de s'immiscer dans la réglementation des rémunérations ouvrières, qu'il ne le fasse pas pour nous gratifier de cette déplorable réforme !

Serait-il mieux inspiré en fixant au salaire un juste

minimum ? C’est ce que nous allons à présent rechercher.

$ 2. — Le salaire minimum

… Rien de plus divers que les opinions sur ce point. Tandis que M. Chausse et M. de Philippovitch (1) se declarent les adversaires d’une immixtion législative, d’autres auteurs $ y montrent favorables (2), et nous prendrions volontiers le parti de ces derniers s’il était bien établi que la loi ne pût avoir qu'un effet salutaire.

Malheureusement, rien n’est moins démontré. Pour

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