‹ L'Amélioration légale de la Condition des Travailleurs agricolesChapitre 35 sur 91 · Von Philippovitch, la Politique agraire, p · texte numérisé non relu

Von Philippovitch, la Politique agraire, p

2. Jay, la Protection légale des travailleurs, 2° éd., p. 308. — Pas- - sama, loc. cit.

nous, la fixation de salaires minima serait une source de discussions véhémentes, de haines implacables, de rébellions cerlaines. Jamais on ne saurait convaincre nos employeurs français qu'une loi peut justement les forcer à constituer, de concert avec leurs employés, des commissions au sein desquelles se fixeront des salaires obligatoires. Jamais, tant que subsistera l'état d'esprit qu'on leur connait, jamais tant que vivra en eux le sentiment jaloux de leur liberté, flamme que rien ne saurait éteindre, jamais on ne pliera leurs volontés sous un joug dont la tyrannie ne ferait que les exaspérer. L'âme française est pétrie d'indépendance. Cela est tellement vrai, qu’alors que de tous les employeurs par nous consultés, pas un ne s’est montré favorable au salaire obligatoire, d’autres se le sont à eux-mêmes et délibérément imposé.

Dans une communication qu'il faisait le 24 novembre 1910 à la section agricole du Musée social, M. Duvergier de Hauranne signalait l’initialive intéressante qu'ont prise à ce sujet les membres du Syndicat forestier des propriétaires nivernais et ceux du Syndicat forestier du centre. D'un commun accord, tous deux ont fixé le prix d'exploitation des coupes à un taux assez élevé pour pouvoir, avec leurs bénéfices, gratifier les ouvriers d’un salaire minimum de 3 fr. 50 ou 4 francs par jour. Procédé ingénieux qui, s'il était généralisé, bannirait la misère des foyers laborieux. Mais voilà : ce qui est possible à un syndicat ne l'est pas à des cultivateurs isolés. Or, en dépit des progrès

accomplis dans ces dernières années, on ne peut guère

prévoir le temps où le syndicalisme sera suffisamment puissant pour permettre à tous les patrons paysans de suivre cet exemple.

C'est la raison pour laquelle, après un large tribut d’éloges à nos deux syndicats, nous proclamons que leur élégant système ne saurait actuellement solutionner le problème ardu des salaires agricoles. Tout ce qu'il peut faire, c’est rendre pécuniairement meilleur le sort d'un certain nombre de travailleurs. Et cela est déjà très beau, car, malgré le mot d’Anatole France «Il ne faut pas améliorer la situation des pauvres, il faut la supprimer (1) », nous sommes d'avis qu’il est éminemment utile de procéder à cette amélioration à défaut de cette suppression. Mais notre croyance est qu’une amélioration ne doit être recherchée ni dans la fixation directe d'un minimum de salaire par l'État, ni — si séduisantes qu’elles puissent ètre — dans la création obligatoire de commissions patronales et ouvrières chargées d’instituer un certai: salaire (2).

10 La fixation directe du salaire par l'État serait difficile

en France à cause de l'extrême variabilité, selon les régions, des besoins et des facultés de chacun. De plus elle saurait malaisément ne pas être arbitraire, et répondre avec exactitude aux nécessités d’une justice considérée au point de vue du patron aussi bien qu’au point de vue de l'ouvrier.

1. M. France met cette parole dans la bouche d’un certain Marteau qui, dans Edmée ou la charité bien placée, profère plusieurs autres propositions égalemeut subversives.

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