Gonnard, la Hongrie au xx’ siècle
.2. Kantsky, loc. cit., p. 57.
.3. Darwotte, Questions pratiques, 1908, p. 298. 4. Georgesco Severin, Thèse, 1908.
dans les Landes, dans le Midi, récemment à Castelnau-de- Guers plusieurs ont éclaté déjà. Mais s’il faut en croire les grands chefs du mouvement révolutionnaire et leurs lieutenants, ce ne sont qu’autant d’escarmouches précédant la guerre de demain. Car dans les milieux syndicalistes, la grève est tenue pour l’instrument le plus propre au triomphe des volontés ouvrières. Quoiqu'il feigne de dire le contraire, c’est en elle que Dumont place toute sa confiance, pour elle qu’il entend lutter, par elle qu'il veut faire abouür les revendications parfois légitimes dont ilestle fervent apôtre. « Préparons-nous dès maintenant à faire grève, camarades, dit-il. Les cultivateurs auront peur que nous sabotions leur outillage, leurs récoltes ou leurs cheptels, et celte crainte leur fera accepter nos conditions nouvelles. » De telles paroles ne sont point d’un adversaire des grèves, et l'exposé qui les suit des victoires acquises au prolétariat rural par le moyen de sabotages experts n’est en lui même qu’une excitation mal déguisée.
Eh bien! sans aucun doute, et dans l'intérêt même des travailleurs de la terre, il faut courir sus aux tendances de cette nature. Il faut instaurer dans les mœurs comme dans les faits l'entière liberté du travail corrélative à l'entière liberté de la grève. Mieux : il faut prévenir les éventualités de grève en concédant aux ouvriers agricoles celles des réformes légitimes auxquelles ils aspirent et conjurer leurs effets pernicieux en créant des comités d’arbitrage obligatoire, comme M. Alessio propose d'en créer en
Italie (1). Ge faisant, la loi consentira une protection véritablement utile à tous ceux qui se mettent en grève de propos délibéré, et aussi, disons-le, à ceux qui se croient ou
sont obligés de suivre les grévistes.
8 2. — Faut-il, grâce à elles, améliorer nos contrats ?
Ceci posé, il importe que nous recherchions si vraiment le législateur agirait avec sagesse en imitant les pays que nous avons cités dans la réglementation détaillée des conventions agricoles ? Conviendrait-il, pour le plus grand bien des salariants et des salariés, que la loi se mêlât d'’amender les contrats habituellement acceptés par les travailleurs de la terre ?
a) Conviendrait-il qu'à l’image de la loi roumaine, elle fixât les salaires minima à inscrire obligatoirement dans les contrats ? Nous ne le croyons pas (infra, chap. V). Ce serait une tâche qu'elle n'assumerait pas sans danger, étant donnés lesmécontentements qu'à coup sûr elle déchainerait. D’ailleurs, dans un grand pays comme la France dont les régions, les cultures et les coutumes sont très diverses, quelle complication si la loi venait s'immiscer dans les contrats pour régler le salaire en vertu de barèmes qu’on ne manquerait pas de taxer d’arbitraires !
0) Quant à la nourriture, malgré cette affirmation de
1. Dans ce même pays, on proposait au Congrès des propriétaires ruraux de Modane l'institution d'assurances mutuellescontre la grève Ce procédé ne serait pas accepté en France, vu le petit nombre des grèves agricoles:
l'enquête officielle de 1892 quelle s’est partout améliorée depuis 1882, serait-il désirable de forcer les employeurs à la bonifier encore ? Car il s’en faut qu’elle soit partout suffisante. A côté de pays tels que la Normandie où l’alimentation est non seulement abondante, mais excessive (1), il en est où la soupe aux choux, le lard rance et le fromage composent presque invariablement le menu de chaque jour (2). Et cependant tous les ouvriers agricoles ne sont pas comme les membres de cette famille bre-
tonne dont parlait Baudrillart, qui n’aimaient que la soupe
et les tartines de beurre salé. Beaucoup d’entre eux, at rebours, se plaignent de n'être pas bien nourris ; et c’est à ceux-là que les Vouvelles du 16 mai 1910 donnaient le salutaire conseil de ne pas émigrer au Chili. Dans ce pays, le salarié reçoit le matin un pain compact fait de farine et de graisse ; à midi, deux poignées de haricots, une cuillerée de graisse et de piment : à 4 heures enlin une deuxième ration de pain à la graisse. C’est tout. Comme on voit, ce n'est pas au Chili qu’on prête grande attention aux sages conseils que M. le Dr Schoofs donnait au Congrès de l'Alimentation tenu à Gand dans le courant du mois de novembre 1908 (3). « La ration alimentaire du cultivateur, disait ce docteur, doit être calculée de façon qu'elle comporte une quantité de principes nutritifs proportionnelle
au travail fourni. » Il n’en va pourtant pas souvent aïnsi.
1. Proust, Traité d'Hygiène.— Dans le même sens, Baudrillart, loc. cil., P, 1019.