Flour de Saint-Genis, le Crédit territorial, 5° édition
que, même à celte époque, les bourgeois connussent le charme d'un logis sans air parlagé avec les animaux, ou la douceur d'une soupe aux choux servie deux fois par | jour presque tout le long de l’année (1) ».
Mais nous nous en voudrions de répondre par une géné: ralisalion hâtive à la généralisation satisfaite de M. Saint- Genis. L'occasion nous sera donnée en effet de voir par la suite, dans chacun des chapitres de cet ouvrage, que les condilions de la vie matérielle sont infiniment variables de région à région, de village à village, de ferme à ferme.
Dès lors, comment se permettre de tirer des faits une autre conclusion que celle d’une certaine amélioration dans un certain nombre de régions ou mème de foyers ?
Conséquence nécessaire : l’amélioration n'étant pas générale, il y a peut-être quelque chose à faire pour la rendre telle ? C’est exactement ce que nous croyons. Mais quant aux moyens à employer, plusieurs solutions se trouvent en présence. On peut attendre l'amélioration soit des patrons ruraux, soit des travailleurs eux-mêmes, soit enfin de la loi, l’action des consommateurs (2) ayant encore moins de chances de se manifester en matière agricole
qu'en matière industrielle ou commerciale.
1. Cf. Compère-Morel. Discours à la Chambre des députés, 9 décembre 1910. |
2. Il est fait allusion aux ligues d'acheteurs qui se proposent de ne . donner leur clientèle qu'à des patrons garantissant à leurs ouvriers de bonnes conditions de travail et de salaires. — Dans le même but il faut signaler l'institution du label ou marque syndicale apposée sur les produits des maisons qui se sont soumises aux exigences des syndicats ouvriers.
$ 3. — L’initialive patronale.
En ce qui concerne l'initiative des patrons agricoles son premier partisan semble avoir été Sismondi. Vers le milieu du siècle passé ce célèbre économiste prônait le garantisrne patronul, c'est-à-dire l'obligation pour l'employeur d’assurer toujours un minimum d'existence à ses employés : idée que Sismondi avait empruntée à Fourier, mais qu'il eut la bonne fortune de mettre particulièrement en lumière touchant les cultivateurs.
Depuis Sismondi, le point de vue théorique de l'initiative patronale a élé lort négligé. Il ne s'est plus trouvé d’esprits assez hardis pour prétendre imposer aux salariants une charge de cette nature. Aussi bien est-il généralement reconnu que, sans contrainte, Je patron rural témoigne à ses employés plus de sollicitude qu'aucun autre. Un rapporteur au VI, Congrès agricole d'Angers avait la satisfaction de signaler ce fait à propos des victimes d'accidents du travail (1): « Dans l'industrie, remarquait-il, l’ouvrier blessé quitte l'usine et se fait soigner où et comme il l'entend. Dans l'agriculture, la plupart des ouvriers blessés, si la blessure n’est pas très grave, restent à la ferme où ils sont soignés et nourris jusqu'à la reprise
du travail. » C’est cet intérêt, quelquefois mué en un véri-