‹ L'Amélioration légale de la Condition des Travailleurs agricolesChapitre 7 sur 91 · Compte-Rendu du Congrès, p · texte numérisé non relu

Compte-Rendu du Congrès, p

table attachement, qui est, pour le dire en passant, la raison principale pour laquelle l’agricuiture ne connait presque nulle part encore les sentiments si pénibles de haine et de défiance qui séparent dans l’industrie le clan des ouvriers de celui des patrons. À la campagne, les uns et les autres ne se sentent pas aussi distants qu'à la ville : souvent ils mènent une commune existence de {ravail, et, dans tous les cas ils se voient avec fréquence, raison majeure pour que leurs rapports soient plus familiers et moins lendus. Mais il n’est cependant nullement prouvé que la sollici tude de l'employeur à l’égard de son employé ne cède parfois brusquement lorsque se pose la question pécuniaire. Et voilà pourquoi on a dù rechercher d'autres moyens d'assurer l'amélioration désirable : le procédé patronal n’eùt jamais offert celte généralité qu'exige une saine jus-

tice.

$ 4 — L'initiative des intéressés

En face de cette certitude, on est tout de suite arrivé à compter sur les intéressés eux-mêmes pour l'amélioration de leur propre sort. Ils sont environ 1.600.000 domestiques et 1 million de journaliers. Tantde volontés réunies ne pourraient passer pour négligeables ? Non assurément, si elles étaient effectivement groupées en un bloc compact ; mais ce n’est un mystère pour personne que le « prolétariat » agri-

cole constitue la masse la plus inorganisée, la plus amorphe

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qui soit. Aucune cohésion entre ses différentes unités. Les syndicats professionnels, si puissants et si nombreux dans l'industrie, n’ont encore pénétré que rarement dans nos campagnes. Le paysan n’a fait un accueil sympathique qu'à certaines formes de l'association, aux sociétés mutuelles et aux coopératives. Des autres, il n’a pas vu tout le parti qu’il pourrait tirer sans être pour cela contraint d'épouser les idées révolutionnaires d’aucuns groupements industriels.

Dignes d'être érigés en exemple, il est pourtant des associations d'ouvriers agricoles dont l’action s’est déjà fait sentir de manière bienfaisante. C’est ainsi, que grâce aux syndicats du Cher, on a vu disparaitre, à peu près complètement dans le Centre. la coutume des lits de domestiques suspendus au plafond de l'écurie. Ailleurs, d'autres syndicats ont amené une hausse des salaires, et c'est avec enthousiasme qu'on les encouragerait s'ils ne prenaient trop souvent, une fois constitués, de regrettables allures révolutionnaires. Pour les prévenir contre ce penchant, il faudrait pouvoir faire leur éducation sociale, leur montrer qu’il est possible de revendiquer ses droits sans aigreur comme sans violence — et surtout les adjurer de ne pas, en considérant de parti pris le patron comme un ennemi, transplanter de la ville aux champs l'affreuse lutte des classes. À ces conditions, les syndicats s'atlireront une sympathie unanime dont ils seront les premiers à tirer bénéfice. Soulenus par l'opinion publique, ils puiseront

dans l'estime générale une force et une autorité qui ne

seront pas le moindre de leurs appoints. Mais saura-t-on partout leur faire entendre raison ?.

Voilà par exemple, en Italie, ces ligues de paysans dont M. de Rocquigny a fourni en 1904 une étude si parfaite (1). Ce sont des associations dont le but est l'amélioration des salaires, et, plus généralement, de la condition des tra vailleurs agricoles. Elles seraient appréciées de tous si elles ne profitaient abusivement de leur puissance pour vexer l’employeur de mille manières et pour se poser en véritables machines de guerre contre le patronat (2). Semblable attitude est foncièrement contraire à l'intérêt des ouvriers. Faire du syndicat professionnel un centre de politique sociale, c’est exposer sa puissance à un émiettement funeste. On le voit bien au-delà des Alpes, où,désormais fractionnées, une concurrence de surenchère décevante s’est établie entre les ligues socialistes, les ligues catholiques et les ligues républicaines.

Cependant, malgré les inconvénients qu'il est susceptible de présenter, le procédé de l'amélioration par les intéressés compte, surtout parmi ceux-ci, des partisans convaincus. Un ouvrier agricole du Cher, M. Antoine Dumont, de qui nous possédons une brochure de propagande des plus suggestives (3), refuse catégoriquement de

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