Augé-Laribé, loc. cit., p
= 149 == réglementer le couchage des ouvriers agricoles comme il en est intervenu pour réglementer celui des ouvriers des villes. Qu'elle prescrive, et ce ne sera pas un bien lourd sacrifice pour les employeurs, qu'elle prescrive l'usage de lits individuels et proscrive, en mème temps que la promiscuité des sexes, le couchage près des animaux (1).
Nous n'irons certes pas jusqu'à demander avec Antoine Dumont que chaque employé ait « une chambre à lui, où il pourra jouir en toute liberté de ses heures de loisir,sans êire dérangé constamment par les multiples bruits de la ferme ». Mais nous serions soucieux de ne plus voir se produire tous les faits déplorables que nous avons tenu à signaler sur la foi de nombreux auteurs.
Quant aux moyens par lesquels il serait possible de remédier au mauvais état général des habitations, nous croyons avec M. Rostand, que l'initiative privée ne suffirait ni à les découvrir ni à les mettre en pratique. Il est pourtant des exceptions. La Société nationale d'agriculture a décerné une médaille d’or à M. de Mony-Colchen pour les améliorations qu’il a apportées au logement de ses ouvriers dans son domaine de Lisy-sur-Ourcq (Seine-et-Marne) mais
bien naïf qui voudrait compter sur le bon vouloir de tous
1. C’est ce que fait la loi danoise du 21 août 1908. Elle ordonne que chaque ménage d'ouvriers étrangers soit couché dans une chambre isolée; les hommes non mariés ne dormiront pas dans la même pièce que les femmes non mariées. Les lits doivent être séparés et les chambres parquetées.Amende de 5 à 100 couronnes contre l'employeur qui contreviendrait à ces dispositions.
M. Authier 10
les employeurs pour en faire autant ! Aussi le mieux est-il de recourir à la puissance publique.
Déjà le Service des améliorations agricoles au ministère de l'Agriculture s’est préoccupé de résoudre la question des logements ruraux. En 1907, il a conçu l’heureux projet de mettre à la disposition des comices, associations agricoles et simples particuliers toute une série de plans et devis dont les intéressés peuvent tirer le plus grand avantage, quand ils veulent faire bâtir. Louable décision, mais qui ne suffit pas. Ce qu’il faudrait, c’est interdire pou” l'avenir la construction d'habitations rurales dont les plans n'auraient pas été approuvés par l'autorité administrative. On éviterait de la sorte que les maisons neuves ne présentassent au point de vue de l’hygiène les mêmes inconvénients que celles des temps anciens. ,
Mais l'érection de demeures nouvelles n'est pas assez fréquente à la campagne pour qu’on puisse ne songer qu'au procédé de la réglementation future. Dès aujourd'hui il conviendrait de modifier, de réparer, d’amender et d’assaiuir les logements de la famille rurale et de ses employés (1). Malheureusement, là comme ailleurs, la grosse pierre d’achoppement est la question financière. Comment là résoudre ? Comment contraindre à certaines dépenses,même en invoquant l'intérêt général, des personnes qui souvent gagnent juste la subsistance de leur famille ? Il n'y a pas
pour ce faire, selon nous, de moyens légitimes.