‹ L'aménagement des forètsChapitre 14 sur 74 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

RRNSEIGNBMENTS SPECIAUX

ARTICLE PREMIER

POINTS A RXAMINRK

Après avoir étudié une forêt dans son ensemble, eu égard seulement aux grandes divisions ou cantons dont elle se compose, il est nécessaire de l'étudier dans ses détails et de décrire, pour chaque division ou canton, toutes les parties caractérisées par Tune des particularités qui sont de nature à influer sur le traitement applicable à un massif.

Ces particularités sont :

V Lâge des bois. — Il est évident que cesl presque toujours la circonstance déterminante dans la fixation de Tépoque à laquelle un massif doit êlre régénéré.

2** La nature des essences. — Des bouleaux ne sauraient ôtre exploités au même âge que des chênes ou des hêtres. Des résineux ne peuvent pas être soumis aux mêmes traitements que des bois feuillu?.

y Uétat de la végétation. — Cet état permet de reculer plus ou moins le moment de la régénération.

4 La qualité du sol. — Selon que le sol sera substantiel ou maigre, profond ou sans profondeur, perméable ou imperméable, un massif pourra être conduit jusqu'à un âge plus ou moins avancé, et sera plus ou moins susceptible de se régénérer et de se perpétuer par les souches.

5* L'exposition et la situation. — A Texposilion du nord, la végétation et les dangers qui la menacent sont tout autres qu'à celle du midi. L'exposition doit donc être prise en considération dans le choix du traitement; la situation et surtout l'altitude doivent l'être également, car elles n'exercent pas moins d'influence sur la croissance des bois.

Chacune des circonstances que je viens d'énumérer doit être soigneusement examinée, lorsqu'on veut régler d'une manière rationnelle le traitement d'une forêt.

Pour assurer cet examen, voici comme on procède.

ARTICLE II

ou PARCBLLAIRE

On commence par diviser chaque canton en autant de parties qu'il y existe de peuplements différents par l'âge ; cela fait, si ces parties en renferment ellesmêmes de dissemblables sous le rapport des essences, de l'état de la végétation, de la nature du sol, de l'exposition ou de la situation, on les subdivise en autant de parcelles qu'il y a d'essences,

d'états de végétation, de qualités de sol, d'expositions et de situations particulières.

Telle est l'opération connue sous le nom de parcellaire. C'est une des plus importantes de l'amenagement, comme nous le verrons plus tard, et comme il est facile d'ailleurs de le comprendre dès à présent.

Le parcellaire est, en effet, indispensable pour qu'on puisse circonscrire les coupes, dresser le plan d'exploitation, parce que seul il permet de rapprocher, de grouper les peuplements qu'il convient de régénérer à la même époque et par le même mode.

La parcellaire ne saurait donc être fait avec trop d'attention, et son élément, la parcelle ^ peut se définir, d'après les explications que je viens de donner : une portion de forêt homogène, quant à l'âge^ à l'essence et aux conditions de végétation, et, par conséquent, dont toutes les parties constituantes sont susceptibles d'être soumises au même traitement.

Cette définition, que je n'invente pas, que j'emprunte à la tradition, est fort claire et me dispenserail d'entrer dans de nouvelles explications, si les diversités d'état que présente une forêt étaient jamais bien tranchées, bien évidentes; si l'homogénéité parfaite, quant au peuplement, ne se renfermait pas presque toujours, dans des limites extrêmement étroites. Malheureusement nos forêts sont, en général, fort irrégulières ; et si on voulait y séparer les unes des autres, en prenant et en appliquant à la lettre la définition de la parcelle, toutes les parties dissemblables par un des caractères que j'ai signalés, on

arriverait à y former presque autant de parcelles qu'il y aurait d'arbres, ce qui enlèverait évidemment au parcellaire toute utilité.

11 faut ici chercher une règle qui empêche que le parcellaire ne dégénère en une opération trop minutieuse ; or, cette règle est indiquée par le but que Ton veut atteindre : Quel est ce but? — Nous le savons déjà : c'est la connaissance et la réunion de tous les peuplements susceptibles d'être régénérés à la même époque et par le même mode. Mais la culture nous enseigne qu'il y a, pour l'exploitation des bois, deux méthodes principales : la méthode du jardinage, qui consiste à prendre chaque année ça et là, sans s'astreindre à aucune limite de contenance, les arbres les plus âgés ; la méthode des coupes régulières el de proche en proche, dont une des exigences est, au contraire, la concentration de la coupe annuelle dans une circonscription aussi étroite que possible. Nous n'avons pas à nous occuper de la première de ces méthodes, car elle est inconciliable avec l'aménagement pris dans son acception scientifique ; et si nous interrogeons la portée de la seconde, nous reconnaîtrons que, puisqu'elle exige que chaque année l'exploitation soit concentrée dans une certaine circonscription, la contenance la plus petite que Ton puisse donner à une parcelle est la contenance au-dessous de laquelle l'étendue d'une coupe ne saurait descendre sans inconvénients palpables; étendue variable, du reste, suivant les loca-: lités, selon^le propriétaire.

Quelle que soit, par conséquent, l'irrégularité

AttÉNAGElliCNT DES FORÊTS. 4

d'un peuplement, on doit considérer comme l'élément irréductible du parcellaire, une portion de ce peuplement égale au moins en étendue à la plus petite coupe annuelle possible ; y ajouter le peuplement environnant, pour le confondre dans la même parcelle, s'il participe de la même irrégularité; le séparer dans le cas contraire, pour en faire une parcelle distincte, si son étendue est d'ailleurs assez grande *.

Nous tirerons une autre conséquence du même principe : c'est que, dans le tracé des lignes séparalives de parcelles, il n'est pas nécessaire de s'astreindre à suivre tous les contours, toutes les sinuosités indiquées par les changements d'état du peuplement, et qu'il est même convenable de redresser ces lignes toutes les fois qu'il s'agit de ne transporter, d'une parcelle dans la parcelle voisine, que des portions peu étendues.

Quant à la limite supérieure pour la contenance des parcelles, il n'y en a rigoureusement pas ; en sorte que, si une forêt était, par exemple, située en plaine, composée de bois de même âge ou régulièrement entremêlés, tout à fait homogène, enfin, quant aux conditions de peuplement, de sol, de climat, de

1. Od m'a fait remarquer qu'au moment où on procède au parcellaire, on ne connaît pas encore retendue de la coupe aunuelle. Cela est vrai puisqu'on ne connaît pas la possibilité, mais on sait déjà quelle est l'importance qu'il convient de donner & une coupe, pour qu'elle puisse se vendre avantageusement et dans des conditions qui en favorisent la régénération. Au reste, je conviens que, dans les futaies surtout, il est impossible de prévoir exactement quelle sera rétendue de la coupe annuelle, mais il s'agit ici d'une approximation. (Note de la 2» édition.)

DE LA. STATISTIQUE. 5i

situation, son parcellaire deviendrait inutile, la marche des coupes pouvant inditTéremment avoir lieu dans un sens ou dans un autre.

Ainsi, voilà qui est bien convenu : Quelles que soient les diversités d'état qui existent dans une forêt, il n'y a pas à en tenir compte lorsque leur expression superficielle, s'il est permis d'employer ces termes, descend au-dessous d'une certaine limite. Voyons maintenant s'il ne convient pas de laisser, en outre, quelque latitude aux aménagistes, en ce qui concerne l'appréciation des dissemblances ellesmêmes, suivant qu'elles sont relatives à l'âge ou aux essences, à la végétation ou au sol, à la situation ou à l'exposition.

Dissemblances relatives à Vâge. — Puisque l'âge est la circonstance qui sert de base, dans la plupart des cas, pour fixer l'époque de la régénération d'un massif, la différence d'âge doit être prise, avant tout, en considération, dans la formation des parcelles. C'est d'ailleurs celle qui attire la première les regards et qui est la plus évidente ; mais s'arrêtera-ton devant une différence d'un an? — Le simple bon sens répond que non : d'abord, parce que cette différence serait fort difficile à reconnaître; ensuite, parce que ce n'est point un aussi petit écart entre les âges, qui pourrait en motiver un entre les époques d'exploitation; enfin, parce que dans les futaies, la régénération ne pouvant, en général, avoir lieu sur une place donnée qu'en plusieurs fois, il en résulte nécessairement que, sur cette même place, il y aura entremêlés des bois qui ne sauraient être aussi exacte*

ment âgés les uns que les autres. Il faut s'arrêter, dans le parcellaire, aux différences qui frappent Toeil, et non à celles qui ne pourraient être constatées que parle comptage des couches concentriques. Voilà la règle, et par conséquent, dans les futaies, on considère comme étant de même âge des bois entre lesquels il n'y a pas un écart de plus de 12 à 15 ans. On adopte, dans les taillis, des limites moins larges. En effet, les différences d'âge y sont ordinairement bien plus apparentes; non seulement parce que la croissance des rejets de souches est, quand ils sont jeunes, plus rapide que celle des brins de semis, mais parce qu'il y a nécessairement plus d'homogénéité dans les peuplements dont la régénération remonte à la même époque, leur exploitation ayant lieu, comme on sait, à blanc étoc.

Dissemblances relatives aux essences. — Après l'âge vient l'essence, dans l'examen des particularités qui peuvent motiver la formation d'une parcelle. Ici, il ne saurait s'élever des doutes, et toutes le)s fois qu'un massif renfermera, sur une étendue plus grande que celle qu'il conviendrait de donner à une coupe annuelle, un peuplement dont l'essence dominante différera, au point de vue de la longévité surtout, de celle des bois environnants, on fera de ce peuplement une parcelle distincte.

Dissemblances relatives à tétat de la végétation. — On agira de même qu'il est dit ci-dessus, pour l'état de la végétation, toutes les fois qu'à âge égal, les essences étant les mêmes, cet état sera manifestement assez mauvais, sur une étendue au moins

égale à celle d'une coupe, pour que Ton soit obligé d'avancer l'époque de l^, régénération, d'un nombre d'années plus grand, que l'écart reconnu admissible entre les âges des sujets appartenant à la même parcelle.

Dissemblances relatives à la situation et à P exposition. — Si le partage de la forêt en cantons a été fait conformément aux principes que j'ai émis, le climat, dans son acception générale, n'exercera aucune influence sur la formation des parcelles. L'exposition ne saurait en avoir beaucoup — quoiqu'elle soit au nombre des principales causes des accidents météoriques qui affectent une contrée — attendu qu'il en aura été tenu compte indirectement dans la subdivision des parcelles, eu égard aux différences de la végétation. Mais la situation peut rendre plus ou moins facile l'exploitation et la vidange. Elle motiverait par conséquent la subdivision d'une parcelle, dont les parties seraient placées dans des conditions sensiblement dilîérentes, sous ce double rapport.

Dissemblances relatives au sol. — Le sol ne vient qu'en dernier lieu, dans la série des circonstances que l'on doit apprécier, quand on effectue le parcellaire d'une forêt. Cela s'explique par la difficulté d'en constater la qualité absolue et par le signe d'après lequel on juge le plus communément de sa qualité relative : ce signe est l'état de la végétation. Presque toujours, le parcellaire, modifié d'abord d'après les essences dominantes, puis d'après l'état de la végétation, n'aura pas besoin de l'être par

suite des différences de qualité que pourrait présenter le terrain. Toutefois, puisque la mauvaise qualité du sol n'est pas la seule circonstance, qui soit de nature à entraver la croissance des végétaux', il pourrait arriver que des parties de terrain, profondes et substantielles, eussent été comprises dans une même parcelle, avec des parties maigres et sans profondeur,parce que les premières seraient couvertes d'un peuplement mal venant. Dans ces cas, certainement très rares, et dont on constaterait l'existence au moyen de quelques sondages, il faudrait évidemment faire des parcelles distinctes avec les bons et les mauvais terrains.

Le parcellaire est en définitive, comme on peut en juger par ce qui précède, une opération moins compliquée qu'elle ne parait l'être au premierabord. Lorsqu'il est terminé, on exécute le levé des parcelles qu'on rapporte ensuite sur le plan de la forêt, et on procède, à l'aide de ce plan, à l'examen ainsi qu'à la description détaillés du peuplement et des conditions dans lesquelles il se trouve.

ARTICLE III

DESCRIPTION 8PÊCIALB

Tout n'est pas fini lorsque les parcelles ont été délimitées, levées et rapportées; il reste à les décrire, à en donner une idée aussi complète que possible; car c'est cette description qui décidera de la place qu'elles occuperont dans le plan d'exploita-

lion, de l'époque à laquelle elles devront être régénérées, et, en un mot, de la destination qu'on leur donnera.

Après avoir indiqué la contenance d'une parcelle, on fera donc connaître les essences qu'elle renferme, leur âge, leur état de végétation et de consistance, la durée probable du temps pendant lequel elles pourraient rester sur pied sans dépérir. On dira quelle est la nature de la base minéralogique, quelle est la composition de la terre végétale, son élément dominant, sa profondeur, l'état de sa superficie. On dira aussi à quelle altitude approximative la parcelle est située, quelle est son exposition, quels sont les accidents météoriques qu'elle pourrait avoir à redouter, quelle est la voie de vidange par laquelle s'exportent ses produits. Un examen attentif, prolongé, réfléchi, est nécessaire pour que la description d'une parcelle en montre nettement les traits saillants, essentiels. J'essaierais vainement de poser des règles afin que cette description atteigne son but. La manière dont il faut s'y prendre pour apprécier un peuplement, l'aptitude à dégager l'état moyen de ce peuplement, de l'espèce de confusion que produisent au premier aspect les variétés d'âge, d'essence, de forme et de consistance qui frappent les les regards; cela ne s'enseigne guère; cela est presque un don naturel. Il y a des gens qui ne savent pas voir un peuplement ; qui sont par conséquent incapables de le décrire; soit que la dernière impression efface chez eux toutes les autres, en sorte que, s'ils aperçoivent, en achevant la reconnais-

sànce, un bouquet de chênes ou de bouleaux, par exemple, ils croient n'avoir vu que des chênes ou des bouleaux ; soit que les nuances qui passent sous leurs yeux s'entremêlant dans leur esprit, ils fassent de vains efforls pour les retenir; soit qu'ils ne puissent dès lors résumer leurs diverses observations. Ces gens-là ne seront jamais de bons aménagistes. Il y a entre le coup d'œil du forestier et celui du paysagiste une analogie frappante, qui me permellra de compléter ma pensée : Tous ceux qui se sont occupés de dessiner d'après nature ont dû, à leur début, éprouver quelque embarras à grouper tous les détails qui s'offraient à leur vue; à distinguer ce qui était du premier, du deuxième ou du troisième plan; à masser, pour nous servir de l'expression technique, le feuillage d'un arbre : Au bout de quelque temps, les uns y sont parvenus; les autres, au contraire, n'ont jamais pu saisir les rapports existants entre les parties d'un groupe, et en représenter la physionomie générale. Il en est de même des forestiers. Il y en a parfois qui ne savent pas lier leurs impressions et leurs idées, les classer, voir les choses dans leur ensemble, dans leurs caractères principaux. Ceux-là sont inhabiles à faire une bonne description ; ils se donneront beaucoup de peine pour fixer dans leur mémoire chaque particularité, au fur et à mesure qu'elle se présentera devant eux, et on ne pourra tirer aucun profit de leur examen, quand il s'agira de dresser le plan d'exploitation.

ARTICLE IV

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