CHOIX DE LA MÉTHODE D*EXPL01TATI0N
Ce choix ne saurait être douteux pour les essences qui sont privées de la propriété de repousser par la souche. Il est évident que la méthode de la futaie est la seule qui leur soit applicable ; mais les bois feuillus jouissent tous, à un degré plus ou moins grand, de la faculté de produire des rejets quand on les a coupés au pied; ils peuvent par conséquent être exploités, soit en taillis, soit en futaie ; et suivant qu'ils seront exploités d'après l'une ou l'autre méthode, leur exploitabilité pourra être ou très avancée ou très reculée.
1 . Je ne tiendrai pas compte des drageons et des marcottes qui ne sont que des exceptions.
IHtMACSMIRT PIB POKÉTS. 9
130 AMÉNAGEMENT DES FORftTS.
Les considérations d'après lesqnellcs on se guide, dans le choix de la méthode d'exploitation, sont comme toujours, en économie forestière, de deux sortes : culturales et économiques.
Je vais comparer, à ces deux points de vue, le taillis simple à la futaie, et je m'occuperai ensuite du taillis composé. •
Du taiUis simple et de la futaie an point de vue cuUural.
M. Parade a parfaitement démontré, dans son examen comparé des trois principales méthodes d'exploitation, les inconvénients du taillis et les avantages de la futaie. Je ne veux pas refaire cet examen. Je me bornerai à mettre en relief les principales conséquences qui en découlent, et à les accompagner de quelques réflexions.
Ces conséquences se résument dans les trois propositions suivantes :
V La méthode de la futaie a pour résultat d'améliorer le sol;. celle du taillis tend à le détériorer.
T La méthode de la futaie protège la végétation contre les intempéries du climat, et permet de la favoriser; celle du taillis la livre sans défense à ces intempéries ^ et ne peut que t entraver.
3" La méthode de la futaie est beaucoup plus favorable à la régénération que celle du taillis.
\ • Influence de la méthode d'exploitation sur le soi Le sol, pour la culture des bois, emprunte surtout
DE L'EXPLOITA BILÏTK. I.H
ses éléments de fertilité à rhumus. Il peut à la rigueur se passer d'humus, quand il est constitué physiquement et chimiquement d'une façon particulièrement avantageuse. Il n'en a jamais trop et il devient stérile quand, à la pauvreté de ses composants minéralogiques, il joint l'absence complète de substances organiques.
Mais l'humus ne se forme, on le sait, que sous rinfluence de l'humidité, de la chaleur, de l'ombre et d'un air calme. Cette influence est grande et prolongée dans les futaies; elle est faible et courte, au contraire, dans les taillis dont le sol est, à des époques rapprochées, exposé à l'action desséchante du soleil et des vents.
D'un autre côté, il résulte des belles expériences de M. le D" Ebermayer, professeur à l'Université de Munich, que les forêts dans lesquelles l'accroissement porte surtout sur le tronc, enlèvent à la terre moins de principes minéraux, que celles où la production des branches et du menu bois est plus forte, et que, par conséquent, le sol reste plus fertile sous les futaies que sous les taillis.
Avec le temps, le sol s'enrichit donc de plus en plus dans les futaies ; avec le temps, il s'appauvrit donc de plus en plus dans les taillis.
Cet appauvrissement, qui devient plus ou moins grave suivant le climat, la situation, la nature de la base miner alogique, n'est plus contesté aujourd'hui par personne; et on a le droit de s'étonner qu'en présence d'un tel fait, il y ait encore, au point de vue cultural, des partisans de la méthode du taillis
Si le climat est humide Jes inconvénients du taillis seront moindres, quant à la fertilité du sol, que s'il est sec; si le terrain est en plaine, moindres que s'il est en pente ; s'il est en pente septentrionale, moindres que s'il est en pente méridionale ; s'il est imperméable, moindres que s'il ne l'est pas \
2" Influence de la méthode d'exploitation $ur l'action des intempéries et sur la croissance.
La possibilité de défendre les . bois contre les
1. On pourrait fourDÏr de nombreuses preuves à l'appui de ces propositioiiSf si cela était nécessaire. C'est le mode d'exploitation en taillis qui a amené en France la dt^gradation d'une grande partie du soi forestier, dégradation à laquelle on ne peut obvier aujourd'hui, qu'en cultivant des pins sylvestres dans des terrains où le chêne prospérait autrefois. C'est ce mode qui a abimé la forêt d'Orléans, celle de Fontainebleau, celle de Saint-Germain, celle de Complëgne; forêts dont le sol sablonneux aurait eu besoin d'un couvert épais et constant. Je cite ces forêts parce que tout le monde les connaît au moins de nom, qu elles sont à la porte de la capitale, et qu'il est facile d*aUer y vérifier l'exactitude de mes assertions. J'i:i d'ailleurs mes cartons remplis de notes qui ont été recueillies dans d'autres forêts, et qui constatent les mêmes faits : C'est rcxploitation en taillis qui a ruiné les forêts qui couvrent cette grande zone de terrains jurassiques en côte:iux qui, partant des Ardennes, traverse les départements de la Meuse de la Meurthc, de la Côte-d'Or, contourne le plateau central, puis, se divise en deux branches dont l'une va se perdre dans la presqu'île armoricaine et l'autre dans le département de la Charente. Mais je ne crois pas que la désastreuse influence du taillis sur le sol soit nulle part aussi évidente, aussi palpable, que dans une forêt des environs de Clermont (Oise), la forêt de Hez. Cette forêt appartient, par portions à peu prés égales, à l'État et à la famille d'Orléans. La portion de l'État se compose d'une très belle futaie de hêtres et de chênes; la portion de la famille d'Orléans se compose, au contraire, d'un taillis dont la consistance et la végétation sont souvent des plus médiocres. Les deux portions sont pourtant enchevêtrées l'une dans l'autre, et leur sol, identique quant aux éléments minéralogiques, est formé d'une mince couche de sable reposant sur un banc impénétrable aux racines. Partout, à côté de la croissance rapide de la futaie qui annonce un sol fertile, on est frappé de la croissance languissante du taillis qui occnsc un sol appauvri; et, tandis que la futaie ne renferme que des bois durs, le taillis est déjÀ rempli de bois blancs et de mortsbois.
DE L'EXPLOITABILïTÉ. I j:)
intempéries dépend y jusqu'à un certain point, de la durée de la révolution, en ce sens que plus cette dernière est longue, plus puissante est la barrière opposée par l'application des règles d'assietle, soit aux vents, soit aux autres météores. Les futaies, par la hauteur et la consistance des massifs qu'elles renferment, offrent, pour les parties d'une forêt qui ont besoin d'être abritées, une protection bien autrement efficace que les taillis.
Les procédés d'exploitation que comportent les futaies permettent, d'ailleurs, de ne livrer le jeune repeuplement aux influences de l'atmosphère, que lorsqu'il est assez robuste pour les supporter ; tandis que, dans les taillis, rien ne garantit le recru contre les effets de la sécheresse ou de la gelée.
Depuis leur naissance jusqu'au terme fixé pour leur abatage, les massifs traités en futaie sont maintenus dans un état serré et peuvent, par l'appui mutuel que se prêtent les brins dont ils se composent, supporter le poids du verglas et des neiges. Il n'en est pas de même pour les taillis qui sont formés de cépées irrégulièrement espacées. Aussi, le verglas et les neiges y causent-ils de grands et fréquents dommages.
Remarquons encore que pour qu'un massif végète dans les conditions les meilleures, il faut que les sujets dont il se compose soient espacés régulièrement, de manière à participer également aux influences de l'atmosphère. Or, il est impossible de réaliser ces conditions dans un taillis où, comme je viens de le dire, les rejets sont disposés par groupes. Ces grou-
\M AMliNAGEMENÏ DES FOR TS.
pes, plus ou moins distants les uns des autres, suivant que la révolution est plus ou moins longue, s'étalent au début de leur croissance, pour remplir les vides qui les séparent : trop serrés sur certains points, trop espacés sur d'autres, tels sont, sous le rapport de la consistance, les massifs crus sur souches. — Leur croissance en souffre et la qualité de? bois s'en ressent.
3° Influence de la méthode d'exploitation sur lu réffénératioH,
Il n'y a de régénération complète et véritable que celle qui s'opère par les semences *.
Dans ce cas, le plant nouveau, qui estle produildela régénération, réunit toutes les qualités nécessaires à un développement normal ; il est doué d'une puissance, d'une force vitale qui lui est propre et qui n'est plus liée à celle qui Ta engendrée. L'arbre qu'on coupe au pied, et qui repousse, ne produit pas des êtres nouveaux, complets, doués d'une force évolutive indépendante de la sienne; il continue de vivre. Après un certain nombre d'exploitations, sa vie s'éteignant, il ne donnera plus de rejets. Celui qui se régénère par la semence peut, au contraire, se régénérer ainsi éternellement. La futaie a donc sur le taillis un avantage capital au point de vue de ia perpétuation de l'espèce.
En outre, quelque favorables que soient les circonstances, à la régénération d'un massif, cette régénération, môme quand elle se fait par les souches,