‹ L'Aménagement du RhôneChapitre 100 sur 148 · Bpaisse sur la carte française d'Etat-Major · texte numérisé non relu

Bpaisse sur la carte française d'Etat-Major

armé qui aiderait, en outre, à supporter la cloison horizontale. La double conduite de mise en charge serait, du reste, entiérement entourée de béton armé, car la moitié inférieure du tunnel cylindrique en serait elle-même entièrement revêtue, de sorte qu'il y aurait, en réalité, deux conduites de mise en charge dont la coupe formerait un secteur circulaire entierement construit en béton armé. Chacune de ces conduites a une section de 65 mq, permettant de débiter 130 à 140 m. c., débit supérieur au débit semi-permanent disponible à la prise d’eau d’Épeisses. Le débit maximum utile pourrait, ajoute l’auteur, être porté, pendant 150 jours par an, de 300 à 320 m. c.

M. Maillet a étudié deux tracés, et c’est là que se voient les objections, sinon techniques, du moins financières, qui existent aussi du reste pour les autres projets. Ces deux tracés nécessitent de longs tunnels, d’une section circulaire de près de 20 mètres de diamètre. Le tracé direct, rive gauche, presque rectiligne, d’une longueur de 24 kil. 600, traverserait le mont Vuache par un souterrain de 17 kil. 650 de longueur aboutissant à la frontière rive gauche. Le tracé semi-direct, rive gauche également, comporterait 15.450 mètres en ouvrages à ciel ouvert, et 11.650 mètres en plusieurs souterrains, dont le plus long aurait 8.350 mètres; la longueur totale serait donc de 27 kil. 100; partant de Bassy, le canal irait en ligne droite, par un premier tunnel, jusqu’un peu en amont du pont de Gresin, longerait le Rhône, rive gauche, sur 4 kilomètres, franchirait un tunnel de 2.600 mètres environ, longeraitensuite de nouveau le Rhône pour arriver à Epeisses, après avoir traversé, près d’Epeisses, un souterrain de 700 mètres environ; ce dernier souterrain serait, du reste, commun aux deux tracés. M. Maillet présentele tracésemi-direct, bien qu’un peupluslong, comme plus avantageux, étant moins coûteux, d'exécution plus facile, et plus en rapport avec les besoins de la navigation. Les deux projets tiennent Bellegarde à l'écart.

Le canal de navigation serait relié au Rhône, à Bassy, par deux élévateurs à bateaux, à commande électrique, d’un type analogue à ceux prévus pour les projets de Génissiat et de Malpertuis. Il est prévu à voie unique, plusieurs gares permettant le croisement des trains de bateaux, par pilotage. Les dimensions prévues permettent le passage de chalands de 800 tonnes. La traction serait assurée par toueurs ou tracteurs électriques capables de remorquer des convois de 3 à 4 chalands du type maximum.

Le projet assurerait l’utilisation d'une puissance électrique constante, ou tout au moins à faible variation quotidienne. Selon l'auteur, le régime annuel d'exploitation de son usine de Bassy pourrait être ainsi prévu :

1° Aux basses eaux d'hiver, pendant 123 à 130 jours, avec un débit régularisé utile de 170 mètres cubes, la puissance élec- . trique disponible atteindra 115.000 kilowatts, ou 155.000 H. P. = 2 Aux eaux moyennes, le débit disponible croîtrait de 190 à 250-260 mètres cubes, débit caractéristique moyen ; la puissance de l’usine croîtrait progressivement de 115.000 à 152.000 Kilowatts (de 155.000 à 205.000 H. P.).

3° Pendant les hautes et moyennes eaux, qui durent 180 jours, avec un débit utile de 260 à 280 mètres cubes, la puissance élecirique croîtra de 452.000 à 161.000 kilowatts (205.000 à 217.000 Dans l’année, la puissance électrique totale ainsi créée atteindrait un milliard 200 millions de kilowatts-heures. Ce chiffre, remarque M. Maillet, est sensiblement égal aux prévisions correspondantes de Génissiat ou de Bellegarde et Malpertuis. L'auteur fait observer que, durant toute la période annuelle où la prise d’eau d’Epeisses captera la presque totalité du débit disponible sur le Haut Rhône, la réserve constituée dans toute la longueur des conduites de mise en charge (57 kil. 100) permettra de faire varier, entre certaines limites, la puissance instantanée de l’usine de Bassy. Ce serait le cas, par exemple, à la pointe d'éclairage d'hiver, où un emprunt de 13 à 14/, sur cette réserve fournirait un appoint de 20.000 à 25.000 kilowatts. Les conduites se rempliraient de nouveau pendant les heures de faible charge.

La tension du courant serait de 120.000 à 150.000 volts, Signalons, sans y insister, car nous ne possédons aucune étude technique complète à ce sujet, un projet de canal qui s’écarte plus encore du Rhône que celui de M. Maillet. M. le capitaine Cudet propose un canal partant de Seyssel, suivant le cours des Usses par Frangy, passant par Archamps, Etrembières et aboutissant au lac Léman en territoire français; le canal aurait, à Sallenoves, vers Frangy. un embranchement aboutissant au lac d'Annecy, d’où il continuerait sur Ugine, Albertville, Montmélian, le lac du Bourget.

143. Variante du projet Maillet. — M. Maillet a présenté son projet, le 17 janvier 1918, au Comité supérieur des travaux publics qui l’a pris en considération ; mais, sans doute pour des motifs internationaux et militaires, le Comité supérieur l’a invité à faire aboutir les travaux en territoire français, en aval de la frontière Pougny-Chancy, rive gauche. En effet, le premier projet avait l'inconvénient d'aboutir en territoire suisse. Avec la modification demandée, explique l’auteur, la chute statique serait ramenée à 78 mètres environ, et la puissance électrique instantanée varierait, suivant les saisons, entre

100.000 et 140, 000 kilowatis, disponibles pendant la journée entière.

M. Maillet présente, ici, Ia solution mixte que voici : M. Tissot, au nom d'un groupe franco-suisse, ayant déposé une demande de concession internationale, en vue d’' aménager par un barrage la chute comprise entre les points où la frontière atteint successivement la rive droite et la rive gauche, cette concession a été délivrée par la Suisse, et est en instance auprès du gouvernement français. Alors M. Maillet propose de placer Je barrage de M. Tissot un peu en àval de la frontière française | rive gauche, et de l'utiliser comme prise d’eau de la grande chute de Bassy, qui reprendrait ses 90 mètres. C’est fort bien au point de vue technique, mais la prise d’eau du groupe francosuisse serait en territoire français, ce qui vient peut-être à l'encontre des désirs des membres suisses du groupe.

144. Projet de 1910 pour le captage de l'énergie hydraulique. Remarques de M. CGrolard. —- M. A. Crolard, ingénieur des Arts et Manufactures, député de la Haute- Savoie, estime qu'avec l'importance nationale que lui donne la crise du charbon, la question de l’utilisation totale d’une puissance telle que celle du Haut-Rhône (200.000 chevaux moyens, ce qui équivaut à une production de houille de 1.800.000 tonnes) : s'impose dans toute son ampleur. Il estime que l'installation d'une usine d'Etat, même si les frais doivent être beaucoup plus élevés, est le seul procédé propre à donner à la réalisation du projet l'ampleur et la sécurité désirables.

Il préconise tout projet ayant pour but l’utilisation intégrale de la chute, et, comme moyen de réalisation, la dérivation (canal, chambre de mise en charge, conduites forcées), de manière à éviter les barrages avec leurs inconvénients.

M. Crolard rappelle que, le 26 mai 1910, un projet de captage par dérivation avait été déposé. D’après ce projet, les eaux du Rhône seraient dérivées au village de Collogny, à 5 kilomètres environ de la frontière suisse rive gauche. La dérivation suivrait la rive gauche par un canal à ciel ouvert laissant déposer les sables et ne se dirigerait vers le moulin d’Arcine, ou, un peu plus bas, jusqu'au village de Bange. Là, une prise d’eau fournirait les eaux à un tunnel d’une section de 60 m. q. etlong de 8 kilomètres, qui les conduirait à une chambre d’eau située au village de Challonges: de là partent les conduites forcées alimentant les turbines de l'usine génératrice située sur le bord du fleuve, en face du château de Pyrimont. La chute, de 70 mètres environ, donnerait 200.000 chevaux.

Le 5 avril 1911, la Chambre de commerce d'Annecy a demandé que ce projet et tous les autres fussent soumis à une

Le afin que ] les à Pouvoirs. iblics Duiéont statuer sans retard.

Le projet en iesion ne concerne que l'utilisation de l’énergie hydraulique, et non la pavigation. Son tracé ressemble,

avec cependant de fortes divergences, à celui des tunnels et du canal de M. Maillet.

Pour la navigation, M. Crolard se borne à donner des opi-

- nions générales. Il expose!, qu’en utilisant le lit même du fleuve,

la navigation sera toujours onéreuse, à cause des courants et des crues, de sorte que la voie ferrée, améliorée par la traction électrique et la spécialisation d'une ligne, sera souvent plus avantageuse. La navigation serait dangereuse à cause de la

forme du cañon du Rhône; elle devrait avoir un matériel spé-

cial, ce qui amène à aller vers l'inconnu. Même en aval, certains ponts et la passe de Pierre-Châtel offrent des difficultés.

$ 2. — Comparaison des projets.

Page 1