LES DÉPENSES
184. Complication de la question financière. — Nécessité d'une enquête complète. — Avec les projets multiples et variés que nous avons analysés, il est impossible de donner des précisions financières. D'autre part, quel sera l'avenir économique du Rhône aménagé? Avant la guerre, les prévisions de l'administration étaient si pessimistes qu’elle condamnait tout projet d'aménagement du Rhône spécialement pour la section Lyon-Genève. Par contre, les prévisions de plusieurs auteurs de projets étaient d'un optimisme tel que des réserves s imposent.
Nous ne serons ni optimiste, ni pessimiste, et nous exposerons, en les analysant, les diverses opinions émises et les chiffres présentés.
Pour commencer, nous rappellerons un souvenir propre à encourager ceux que le pessimisme des Ponts-et-Chaussées et des diverses commissions officielles aurait pu décourager : en 1834, le cours sur les chemins de fer, ouvert à Éficole des Ponts-et-Chaussées, préconisait encore lPemploi des chevaux sur les voies ferrées. Alors MM. Perdonnet, Mellet, Henry, Adolphe Cerfbeer, avec plusieurs grands banquiers de Paris, fondèrent une société au capital de 50.000 francs pour étudier les grandes voies ferrées à créer en France. L'administration des Ponts-cet-Chaussées, eflrayée de se voir devancer par des ingénieurs civils, obtint des Chambres un crédit égal à mettre
gratuitement à la disposition des chercheurs. IL avait fallu.
céder devant l’évidence. Les mauvais présages des Ponts-et- Chaussées furent négligés et les grandes lignes furent étudiées, entreprises, construites, et chacun sait le reste,
SED = LA QUBSTION FINANCIÈRE Re es
Quant au Rhône, les programmes Freycinet. de Baudin
étaient insignifiants pour ce fleuve. La loi de 1878 permit F certaines améliorations qui ont donné des résultats, mais
dont l’importance est et sera toujours très minime.
Il faut d’abord savoir dépenser de l'argent pour voir où l’on va. Les Suisses le savent fort bien. Les études qu'ils ont entreprises pour la jonction du Rhône au Rhin, de Chancy, frontière franco-suisse, à Koblenz, et amont de Bâle, sur le Rhin, avec plans détaillés au 1/{.000° de tous les ouvrages, coûtent 160.000 francs. Ils n’ont pas hésité à HR cette dépense.
Pour cette voie navigable du Rhône au Rhin, les Suisses
n'hésitent pas à admettre, comme dépense, des chiffres très importants pour leur pays. Les évaluations sont, du reste, divergentes. Le syndicat d’études du Rhône au Rhin évaluait la dépense à 70- millions, dont 3 millions pour les écluses du Rhône, 4 millions pour le port de Genève, 42 millions pour la traversée du Rhône au lac Léman, 20 millions pour le canal d'Entreroches, entre Morges et Yverdon, 20 millions pour l'aménagement de l’Aar, de Soleure au-Rhin. Le devis définitif, de Chancy à Koblenz, a porté la dépense au double; avec les évaluations d'avant-guerre, le devis se monte à 125 millions; il est même porté à 150 millions en y ajoutant le coût de l'outillage des ports et celui des remorqueurs, chalands, dragues, etc..., ainsi qu'une certaine somme pour imprévus et sonne d'intérêts.
Quant au Rhône français, nous n'avons pas les moyens de donner une opinion personnelle précise sur La question du coût des travaux. Gelte question ne peut être résolue que par une étude spéciale, coûteuse, de tel ou tel projet, ou plutôt de tous les projets. Les Ponts-et-Chaussées ont procédé à cette étude pour leur projet de canal latéral et arrivent au chiffre d'un large demi-milliard, qui sembla fabuleux, mais ne l'est pas plus que les devis auxquels aboutirent finalement les projets exécutés des voies ferrées. N’eût-on pas reculé d’épouvante en alignant le coût de toutes les voies ferrées françaises actuelles? On eût été rassuré en alignant les recettes. Maïs, pour prévoir les recettes du Rhône, il faudrait être prophète, comme il eût fallu l'être, en 1834, pour prévoir les recettes des chemins de fer:
Nous nous bornerons donc à grouper, en les mettant en ordre, les indications que notre documentation nous a permis de réunir. È
185. Coût comparé des chemins de îfer et des canaux. — D'abord, nous présenterons une comparaison
de
énérale: Fe cont et ä prix + revient de chemins de fer et ne canaux! : De :
RSS RS : . Canal Voie en
mètre . re : ÉREERS 258400 = 819.000 # Dépense d'entretien et d’administralion par kilomètre ......... 1.700 6.250 - Prix des véhicules pour-un char- :
gement de 300 tonnes....:..... 12.500 100.000 Energie nécessaire pour letransport de-ce chargement à 100 k. 100 à 200 650 à 700 chevaux-heures chevaux-heures Vitesse de marche correspondante à cette püissance........ 00e 90:
Nombre de kilom.parcourus dans ; l’année par un même véhicule. 2.500- 15.600 Nombre d'heures de ma rch € effectuées dans Fannée.. © 920 520
D'autres? présénient des chiffres différents. La voie ferrée,
- en France, coûterait 350.000 francs le kilomètre. Les canaux à
section réduite du programme de 1879 coûteraient 400.000 à 700.000 francs le kilomètre. Quant au projet de canal latéral étudié par les ponts-et-chaussées pour le Rhône, il reviendrait à près, de 2 millions par kilomètre. Et il n’est question que des prix d'avant guerre. Ces chiffres sont-ils décourageants ou non? Pour répondre, il faudrait connaître le résultat-pratique, qui est incertain, comme tout ce qui est à venir. Rappelons simplement, encore une fois, que celui qui eût présenté le devis des chemins de fer en 1834, en annonçant que l'affaire était belle, eût été traité de fou. Rappelons aussi qu'il ne s’agit pas du Rhône destiné à transporter quelques chalands à Lyon ou Chalons, mais qu'il s’agit d’une grande voie internationale. Les travaux du Rhin ont coûté près d'un milliard”, et il n’apparaît pas que l'affaire ait été mauvaise. Ici, comme dans tout l’ou-
4. Paul LÉON, Fleuves, canaux, chemins de fer, p. 221. — 1X° Congrès de navigation, 1 section, 2° question. Droits de navigation; Rapport par M. Charguérard, Düsseldorf, 1902.
Nous ne prenons pas la responsabilité de ces chiffres, ni d'aucun de ceux dont nous donnons les origines. M. Colson (VI, p. 109), donne pour capital d'établissement du kilomètre de chemin de fer en France 456.000 francs, en Allemagne 358.000 francs, aux Îles Britanniques, 700.000 francs, aux Etats-Unis, 180.000 francs, etc. Nous n'avons trouvé aucun coût moyen pour les canaux. En réalité, ce qui est important pour notre ouvrage, c’est le coût de {el canal, tel chemin de fer, et non un coût moyen.