‹ L'Aménagement du RhôneChapitre 132 sur 148 · CHAPITRE XIX = LES RECETTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX = LES RECETTES

194. Difficultés que présente l'évaluation des recettes. — Nécessité d'une enquête. — Pour les dépenses à engager, un devis attentif permet, sinon d'acquérir une cerütude, car les devis sont rarement exacts, du moins de savoir à peu près quelle sera la somme à payer, avec la certitude que si cette somme doit être majorée parfois, du moins elle ne le sera que dans des limites assez modérées.

Mais, pour les recettes espérées, il semble, d’abord, que le problème soit insoluble. En effet, qui peut dire avec certitude quel sera le tonnage du Rhône quand ce fleuve sera devenu une bonne voie navigable? quelles seront les marchandises qui emprunteront cette voie pour aller en Suisse ou en Europe centrale, quelles sont celles qui abandonneront le Rhin pour prendre le Rhône, quelles sont celles qui délaisseront le chemin de fer pour prendre la voie navigable, quelles industries seront créées à la faveur de la nouvelle voie et quel trafic lui apporteront-elles ?

Il est certain qu'aucune de ces questions ne peut recevoir actuellement une réponse précise.

Cependant, nous revenons toujours à la même idée, il ne faut pas que cette difficulté provoque le découragement. Des questions semblables se sont posées à l’origine des chemins de fer, et la réponse était encore plus difficile 5 fournir, car les chemins de fer constituaient un mode de transport nouveau, dont l’avenir était absolument inconnu, tandis qu'une voie navigable peut être connue dans tous ses détails avant même qu'elle soit construite, et l’on peut prévoir exactement quelle sera, avec cette voie, la vitesse des transports et quelle sera sa capacité commerciale.

Si le problème est difficile à résoudre, il n’est donc pas vraiment insoluble, à la condition que l’on ne cherche pas une solution d’une précision rigoureuse. Il ne faut même pas chercher, à proprement parler, une solution; il faut chercher un chiffre minimum, de telle sorte qu'il y ait de sérieuses chances que la prévision soit dépassée.

195. Eléments permettant d'éclaircir la question. — Comment résoudre le problème ? IL y a plusieurs éléments, dont quelques-uns offrent une base solide pour les prévisions. Le problème étant triple, il est possible de le diviser, et de re-

chercher séparément quelles recettes peuvent donner la navigation, la force motrice et l'irrigation.

196. Recettes de l'irrigation. — En ce qui concerne l'irrigation, qui ne donnera jamais que de très faibles bénéfices, consistant simplement en une diminution de charges, il semble possible de faire des prévisions assez exactes. Etant donné un projet, on connaît l'étendue et la nature des terrains irrigables ; l’on peut donc prévoir quelles améliorations l'irrigation apportera à l’agriculture et quelles sommes pourront être demandées aux syndicats agricoles et aux particuliers.

197. Recettes de l'énergie hydraulique. — Pour l'industrie, le problème, à première vue, paraît très simple : tel projet comporte le captage de telle puissance hydraulique qu'il est possible de connaître exactement. Or, le prix de vente du cheval-heure ou du kilowatt-heure est connu; c'est une marchandise comme les autres; et, dès lors, des prévisions peuvent être faites à coup sûr.

En réalité, il n’en est pas ainsi. Si l’on capte, par exemple, l'intégralité de l'énergie hydraulique du Rhône, on offre sur le marché une quantité de puissance telle qu'il y en aura une quantité excessive, au début tout au moins. Sans doute, on peut ne procéder que progressivement à l'aménagement des usines, mais le travail de captage, très coûteux, devra être fait dès le début, immobilisant des sommes énormes. Il se produira donc une crise de la houille blanche, si on l’offre tout de suite et tout entière sur le marché; par contre, si l’on procède progressivement, il s’écoulera un certain nombre d'années pendant lesquelles une partie des sommes consacrées aux travaux de captage ne rapporteront rien.

La meilleure solution, semble-t-il, consiste à capter dès le début l'intégralité de l'énergie hydraulique, et à n’aménager les usines que peu à peu. En ce cas, il faudra prévoir, au commencement, une somme destinée à rémunérer Îles capitaux engagés pour capter !'énergie intégrale, jusqu’à ce que cette énergie ait pu être progressivement placée tout entière dans l’industrie, rémunérant alors le capital.

Il y a une autre complication ; les prix de vente de la puissance hydraulique ne peuvent pas être uniformes; tel grand acheteur de kilowatts, le P. L. M., par exemple, s’ilélectrifie ses lignes, demandera un traitement de faveur, parce qu'il offrira un débouché sûr, régulier et indispensable.

Enfin, il y a la puissance temporaire, les kilowatts d'été, lors des hautes eaux, qui ne pourront évidemment être placés au même prix que les kilowatts réguliers de toute l’année, car ils

ne serviront ordinairement que d’appoints à certaines usines

__ qui resteront dans l'obligation d'équiper une autre source de puissance, telle qu’une niachine à vapeur.

En tenant compte de ces divers éléments, les prévisions

peuvent offrir une certaine précision.

= 198. Recettes de la navigation. — Quant à la navigation, le problème est très difficile à résoudre. Il ne peut l'être que par une vaste enquête économique. Cette enquête est possible. Les Suisses l’ont faite, pour leur part, avec beaucoup de soin!.

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