‹ L'Aménagement du RhôneChapitre 38 sur 148 · CHAPITRE I LE RHONE PHYSIQUE · texte numérisé non relu

CHAPITRE I LE RHONE PHYSIQUE

Secrion I. — DU LAC LÉMAN A LYON

20. Objet de l'étude du Rhône physique. — Cet ouvrage ne comporte pas une véritable étude géographique du Rhône, mais il est nécessaire de connaître certains détails, certaines caractéristiques physiques, avant d'examiner les projets qui ont pour but de rendre possible ou de faciliter la navigation sur le fleuve, et d’en utiliser l'énergie hydraulique.

21. Le Rhône valaisan. — Nous ne parlerons qu'incidemment du Rhône valaisan, qui mériterait cependant d'être étudié par un ingénieur et par un économiste, car il présente de l'intérêt comme source d'énergie, et même, comme nous le verrons, il peut être rendu navigable, dans une certaine mesure et sur un certain parcours. Le Rhône valaisan, il y a environ cinquante ans, débordait fréquemment et inondait la vallée; ces inondations étaient d'autant plus désastreuses qu’il ne s'agissait pas d’un fleuve grossissant et s'étendant sous la forme d'un lac tranquille, mais d’un torrent boueux balayant la vallée. Les inondations étaient dues à la fonte des neiges causée par le foehn, vent chaud venant d'Afrique, et qui n’est autre que le sirocco. Les ingénieurs suisses ont eu l’habileté de redresser le cours du fleuve, de l’endiguer, en renforçant les digues latérales par des épis perpendiculaires, et de corriger de même les affluents torrentiels. Ces travaux, qui ont été appelés la « Correction du Rhône » ont donné de remarquables résultats; la vallée est à l’abri des inondations périodiques d'auparavant, et la culture a pu se développer régulièrement. Ces travaux n'auraient pu être pratiqués sans reporter l'inondation sur la vallée plus en aval, si le lac Léman n'avait été là pour emmagasiner les eaux, quel qu’en soit le volume.

26 Se LE RHONE ACTUEL

L'étiage du Rhône valaisan a lieu en hiver, époque où la fonte des glaciers qui donnent naissance au fleuve ainsi qu'à ses affluents se trouve arrêtée ou diminuée. Les hautes eaux commencent avec l'été, pour se maintenir jusqu’au milieu de l'automne. 11 y a, du reste, des saisons exceptionnelles. Le Rhône verse dans le lac Léman; en moyenne, 200 mètres cubes par seconde, mais la différence du débit de l'hiver à l'été est énorme, 55 mètres cubes en hiver, 750 mètres cubes en été, soit quinze fois plus. En cas d'inondation, le débit peut atteindre 17.000 mètres cubes par seconde!

22. Le lac Léman. — Les affluents du lac Léman sont des torrents qui n’ont d'importance qu'aux époques de débacle des neiges et des glaces, ou par les pluies d'orage. Un seul d'entre eux, la Dranse du Chablais, présente une certaine importance, et fournit un débit moyen de 28 mètres cubes par seconde, débit pouvant atteindre 400 mètres cubes lors des grandes crues.

Le lac Léman, le plus grand des lacs.des Alpes, forme un vaste réservoir de 80 à 100 milliards de mètres cubes, d’une surface de 58.200 hectares, et atteint une profondeur de 332 mètres, c'est-à-dire que le point le plus profond n'est qu'à 41 mètres au-dessus du niveau de la mer, le niveau ordinaire étant à 373 mètres environ. La profondeur moyenne du « grand lac » est de 300 mètres, celle du « petit lac » (Genève à Yvoire) est de 55 mètres. L'écart moyen entre les hautes eaux et les basses eaux, est de 1 m. 15; aux époques de grandes crues du Rhône valaisan, cet écart a pu atteindre 2 m. 838, ce qui représente un cube de 1.800.000.000 de mètres cubes. Ces écarts peuvent être partiellement régularisés par les barrages de Genève, comme nous le verrons.

Outre son rôle de régulateur, le lac Léman joue le rôle de bassin d'épuration; le Rhône en sort limpide, tandis que les impuretés du Rhône valaisan, de la Dranse et autres affluents se déposent, tendant à combler le lac, ce qui demanderait, selon M. Lenthéric, environ 200.000 ans. M. Forel indique 32.000 ans seulement.

23. Le Rhône, de Genève au fort de l'Ecluse. — À sa sortie du lac, à Genève, sous le pont du Mont-Blanc, le Rhône a un courant de 4 m. 50 à la seconde. Il est alors

1. LENTHÉRIC, le Rhône, p. 33. M. Martel (Conférence à la Société d'Agriculture de Lyon) dit ceci : « On a indiqué que le débit des plus grandes crues est de 975 m. €. à Saint Maurice », et cite à cet égard M. Tavernier (Congrès de la houille blanche, 1902, p. 187). Bien que Saint-Maurice ne soit pas Villeneuve, n’y a-t il pas une erreur quelque part?

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