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Re LE RHONE ACTUEL
limpide, et son débit ne dépasse guère 600 mètres cubes à la seconde. Mais, à 2 kilomètres du pont du Mont-Blanc, il reçoit l’Arve, torrent irrégulier, souvent boueux, dont le débit peut dépasser celui du Rhône et atteindre 700 mètres cubes. M. l'ingénieur Coutagne signale, d'après Baeff, une crue exceptionnelle, le 3 octobre 1888, où l’Arve débita 1.136 mètres cubes par seconde. Cette crue se fit sentir sur tous les ruisseaux et torrents du Chablais et du Faucigny. .
Sans les barrages de Genève, qui permettent de conserver, en hiver, un débit de 150 mètres cubes, le Rhône ne donnerait, à l'étiage, à sa sortie du lac Léman, que 90, parfois même 50 mètres cubes. En été, le débit atteint 600 mètres cubes, parfois même 700 mètres cubes,
Le Rhône, augmenté de l’Arve, trouve, après un parcours d'environ 30 kilomètres depuis Genève, un obstacle naturel qui pose, comme nous le verrons, un problème difficile à résoudre pour la navigation. La vallée se resserre entre deux puissants massifs : à gauche, les montagnes du Vuache ou de Chaumont, qui font partie des Alpes de Savoie, à droite le Grand Credo?, qui termine la chaîne du Jura. Entre ces montagnes, le Rhône franchit une « cluse », gorge étroite où le fleuve a tracé son lit, entaillant la roche. Cette gorge resserrée était un point stratégique important; aussi est-elle dominée, à son entrée du côté de la Suisse, par deux forts, dont le plus bas est devenu une simple caserne, alors que le plus élevé, utilisable comme défense, est retiré sur une terrasse de l’éperon de la Sorgia. Leur nom de forts de « l'Ecluse » provient peutêtre d'une altération; il s’agit d'une « cluse », ou fermeture (cludo, fermer); peut-être s'agit-il aussi d’une écluse, au sens étymologique du mot {excludere, exclure, repousser, fermer le passage).
24. La Perte du Rhône. Pentes et débit depuis Genève. — Un peu en amont de Bellegarde, les eaux du Rhône ont creusé le rocher à tel point qu’elles y disparaissent presque complètement. M. de Saussure, avant l'annexion de la Savoie à la France, décrit ainsi le phénomène : « Avant d’arri- « ver au lieu nommé la Perte du Rhône, ce fleuve coule dans «un lit profond qu'il s’est creusé dans les terres argileuses. Ce « lit redevient cependant plus large, et comme il est très égal « et en pente douce, les eaux ne sont point agitées et coulent « avec une tranquillité majestueuse. Mais lorsque le Rhône
1. Les chiffres extrêmes de 50 mètres cubes et 700 mètres cubes sont fournis par M. A. G. Maillet.
2. Orthographe de la carte d'Etat-Major; Grand Crêt d'Eau dans l'Atlas de Vidal-Lablache.