N FRANCE
« besoin; l'Etat ne doit prendre à cet égard aucune initiative. »
Sans doute, la houille blanche n’était pas, en 1900, ce qu'elle est aujourd'hui; mais c’est une singulière idée que celle de désintéresser l'Etat du captage de l'énergie hydraulique. Aüjourd’hui, il s'en désintéresse si peu qu'il prétend en prendre le monopole et lui enlever le caractère d'une affaire privée.
En réalité, tout se tient. Un projet qui préparerait le captage de l'énergie sans prévoir la navigation serait néfaste; nous le verrons à propos du Rhône, section Lyon-Genève. Il en serait de même d’un projet d'aménagement de la navigation qui ne prévoirait pas le captage de l'énergie, quand ce ne serait que pour les manœuvres des écluses et la traction des bateaux. Et il sérait infiniment regrettable de faire tous les grands travaux projetés sans organiser l'irrigation, alors que, de cette question dépendent la prospérité ou la misère de toute une population? Les troubles du Midi, en juin 1907, montrent la gravité de x question. Ajoutons que le Rhône navigable favorisera largement l’industrie vinicole du Midi et que le captage de la force hydraulique permettra de résoudre le problème de l'irrigation en donnant l'énergie nécessaire à l'élévation des eaux; de son côté, la production agricole et vinicole améliorée par lirrigation, et la production industrielle augmentée par le captage de la force augmenteront le trafic de la navigation. C’est une idée bien étrange que celle qui consiste à « envisager séparément les intérêts de la navigation, de l’agriculture et de l'industrie. »
97. Nouvelle objection. La voie navigable nuit au chemin de fer. Réponse. — Nous arrivons à l'examen d’une objection qui est de beaucoup la plus importante. Son importance est même telle que, si elle était fondée, ils’ensuivrait que l'établissement d’un réseau complet de voies navigables serait un désastre économique, cela, non seulement en France, mais dans tous les pays qui ont ou créent un réseau complet de voies navigables.
À vrai dire, si l’on examine l’histoire des canaux, l'objection est pressante : le rail a failli tuer le bateau. N’arriverat-il pas que des bateaux nouveaux, vastes, relativement rapides, remorqués ou halés par de puissants moyens modernes, ne portent un coup mortel au rail, et que les chemins de fer, qu’il faudra bien conserver pour les postes, pour les messageries urgentes et pour les voyageurs, ne deviennent une affaire ruineuse que l'Etat devra reprendre et continuer à ses frais? Il est permis de se rassurer, même avant d’avoir étudié la question, en rappelant simplement l'admirable prospérité de la Belgique avant la guerre, alors que, dit M. Vidal-Lablache : « Un réseau