HP
114. Puissance hydraulique du Rhône et des cours d'eau des Alpes. — Que sont les énergies captées par les usines de La Coulouvrenières, Chèvres, Bellegarde, Jonage, à côté de celles qui pourraient être captées sur tout le cours du Rhône, aménagé de manière à permettre ce captage, du moins dans la mesure possible ?
4. Marius RicHArD, L'autre Revanche, p. 186. Plus loin, nous verrons que le Bureau des Grandes Forces Hydrauliques donne un chiffre plus élevé. — Les divergences proviennent de méthodes d'évaluations différentes.
Les difficultés résultant de la guerre nous ont empêché de nous procurer des renseignements complets sur cette question et sur celles qui suivent. Nous disons, du reste, dans notre conclusion, qu'une enquête économique complète s'impose. Il s’agit ici d’un élément important de cette enquête que, bien évidemment, nous n'avons pas le moyen de faire à nous seul.
+ È S 7 : F à À ee ns Fe TE k = RE u | © Æ 146 AVANTAGES POUR LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE EN FRANCE
L'évaluation de la puissance hydraulique brute du Rhône, entre la frontière française et la mer (puissance régularisée par le lac Léman et par les énormes surfaces glaciaires du Valais et du Mont-Blanc) a été faite par M. l'inspecteur général Tavernier, qui a présenté le résultat de ses calculs, le 27 mars 1908, à la Société d'économie politique de Lyon, et, en-1917, à A: tion française pour le développement des travaux publics. Cette puissance serait de 837.110 H. P. à l’étiage, et 2.286.298 H. P. en eaux moyennes. L'auteur commentait ainsi ces chiflres : « Naturellement, il ne faudrait pas considérer les puissances brutes comme une valeur immédiatement et totalement réalisable. L'inventaire des forces hydrauliques comporte, comme tout inventaire, des articles d’un recouvrement dificile que, dans un honnête bilan, on compte pour zéro. Sans doute est-il prudent de traiter ainsi la plus grosse part de l'énorme puissance brute du Rhône, mais .. à l'inverse de ce qui se passe pour la plupart des valeurs douteuses comptées pour zéro dans les inventaires, le temps travaille de la façon la plus certaine en faveur des forces hydrauliques “du Rhône ». — « L'auteur, ajoute la Chambre de commerce de Grenoble, peut ajouter aujourd’hui que les années de guerre ont singulièrement avancé le moment où les forces hydrauliques du Rhône deviendront financièrement aménageables ».
La question de l'évaluation des forces hydrauliques est à l’ordre du jour.
Cette évaluation a été entreprise successivement dans tous les pays industriels. La Suisse, la première, a organisé dans ce sens un service d’études poursuivies par le Bureau hydraulique fédéral de Berne, fondé en 1901. En France, sur un vœu émis par le premier Congrès de la Houille blanche, ce service. a été créé en 1903, sous le nom de « Service d’études des Forces hydrauliques », rattaché au Ministère de l’agriculture. Selon les statistiques, et d’après les indications des ouvrages de M. de la Brosse, inspecteur général des Ponts et Chaussées, qui dirige ce bureau, la force hydraulique aménageable dans la France entière serait de 9 à 10 millions H P. environ, dont environ le tiers, soit 3 millions à 3 millions et demi, pour la région des Alpes?, y compris l'énergie du Rhône. Pour com-
i. Comme on voit, ce nombre dépasse notablement lPévaluation cidessus, n° 113. Nous ne prenons la responsabilité d'aucune des évaluations divergentes que nous citons d'après leurs auteurs.
2. Services d'Etudes des grandes Forces hydrauliques, 1917, tome VIII. M. Côte, dans la Houille Blanche de mai-juin 1918 indique. pour le bassin du Rhône, 4 millions de kilowatts. soit 5.400.000 HP. La différence peut provenir de ce quil comprend dans ce chiffre l'énergie du Jura, des Cévennes et des fleuves côtiers, que M. de la Brosse ne compte pas, si ce n'est peut-être l'énergie des fleuves côtiers.
ae | CAPTAGE DE L'ÉNERGIE HYDRAULIQUE : 147
parer ces chiffres à ceux “de M. Tavernier, il ii être sûr.
qu’ils soient obtenus suivant les mêmes méthodes. Les chiffres du Bureau sont basés sur le débit moyen, soit celui dont on
peut disposer dans les années moyennes pendant six mois de
l’année. S'il en est de même pour les chiffres de M. Tavernier,
le Rhône fournissant environ 2.300.000 H. P. en eaux moyennes,
il resterait environ 1.000.000 H. P. pour les autres cours d’ eau de la région des Alpes!.
La partie captée de l'énergie du Rhône à Genève, Chèvres, Bellegarde, Jonage, est comparativement très faible. IL y à donc là une ressource formidable à utiliser, quelque divergentes que soient les évaluations.
Par contre, si le chiffre de 1.000.000 H. P. aménageables dans les Alpes, le Rhône non compris, est exact, il faut reconnaître que ce qui a été fait jusqu'à présent est très important et qu'il resterait relativement peu à faire. Les chiffres que nous
donnons ci-dessous se trouvent dans le rapport de M. l'Inspecteur général Tavernier à l’Association française pour le développement des travaux publics, d'après la « liste des principales usines hydrauliques des Alpes ». Les puissances nominales? installées se répartiraient comme suit entre les diverses catégories d'entreprises :
Entreprise de distribution de lumière et de force. 291.000 HP.
Métallurne 7... so" PR -
Électrochimie-: 2572 em dos = Jhonble-20.000 — ÉPOCHIO IL: ce moine dns et cn nr 16.000 — Soieries, papeteries, industries du bois.......... 23.000 —
Divers : chaux, ciments, filatures, etc............ 6.000 —
ÉNSEMBLE 738.000 HP.
Il semble invraisemblable que la presque Lotalité de l'énergie des Alpes soit déjà captée. Une étude s'impose, précise et complète. Nous ne sommes pas en mesure de la faire. Si elle a été faite, comment n'est-elle pas citée par tous ceux qui parlent de la question? Si elle n’a pas été faite, c'est une lacune à combler rapidement.
115. L'énergie du Rhône comparée à celle que donnerait un bassin houiller. — Il est intéressant de
4. M. Mähl compte, pour le Rhône 10 milliards de kilowatts-heures, ce qui ferait seulement 1.160.000 kilowatts, ou 1.570.008 HP., et cette puissance comprendrait celle des hautes eaux temporaires.
2. Y compris les machines qui ne travaillent qu’exceptionnellement. Les nombres seraient notablement inférieurs, si l'on ne compte que les machines travaillant normalement, en eaux moyennes.
comparer l'énergie que peut fournir le Rhône à celle que peut
fournir un bassin houiller. La .question est d'autant plus intéressante que la houille blanche est mieux utilisée que la houille noire. Selon un travail publié en 1917 par MM. Ch. Lallemand
et Prévot, l'énergie emmagasinée dans le charbon n'est prati-
quement utilisable que dans la proportion de 1/10°, alors que
les turbines modernes pourraient utiliser jusqu'aux 8/10 de
l'énergie des chutes d'eau.
Nous trouvons le renseignement cherché, soit la comparaison de l’énergie du Rhône et de celle d’un bassin houiller, dans le rapport déjà cité de M. l'inspecteur général Tavernier. En 1912, la France a consommé 60.677.000 tonnes de charbon. Eliminons de ce chiffre ce qui a été consommé par la métallurgie de grosœuvre, l'industrie du gaz, la marine marchande et la consommation domestique pour lesquels le charbon ne peut actuellement être remplacé. Ne considérons donc que les industries consommant du charbon pour produire de la force, soit les chemins de fer et industries diverses; déduisons de ces dernières 20 p. 100 représentant la consommation du charbon non destiné à produire de la force, employé au chauffage, par exemple. Il reste les consommations suivantes, en chiffres ronds, pour une année :
Chemins defense 9 millions de tonnes Industries diverses........ 18 — — ENSEMBLE....... 27 millions de tonnes
Evaluons en chevaux-heures : une locomotive moyenne consomme 2 kilogrammes de charbon pour produire 4 chevalheure à la jante des roues. M. Tavernier admet, pour les moteurs industriels, dont la puissance moyenne est plus faible, une consommation double, soit 4 kilogrammes de charbon par cheval-heure. Le travail correspondant aux consommations ci-
dessus est donc“:
Pour les chemins de fer... 4 milliards 1/2 de chevaux-heures Pour les machines industriélles SSSR 4 = 1/2 Le ENSEMBLE...... 9 milliards » de chevaux-heures
Supposons que l’on veuille produire ce travail au moyen des chutes d’eau; admettons une perte de 50 p. 100 par le transport de la force, il faudra, aux turbines, 18 milliards de chevauxheures. Or, les Alpes entièrement aménagées pourraient donner, selon M. de la Brosse, 20 milliards de chevaux-heures, et
CAPTAGE. DE L ÉNERGIE MyDaULIQUE |
la en tout entière 60 nerde environ. Ces nombres - sont, bien entendu, de simples approximations.
Le Rhône et les cours d’eau des Alpes, entièrement aménagés, auraient done suffi largement à faire fonctionner tous les che- mius de fer et toutes les industries ayant ransformé la houille
en force en 1912. C'est dire quels services ils eussent rendus
pendant la guerre.
Le Rhône et les Alpes a donc plus que l cela
de 27 millions de tonnes de houille. L'énergie hydraulique des
cours d’eau de la France entière donneraient le triple, soit plus
que l’équivalent de 81 millions de tonnes de houille. Or, en 1912, la France a consommé :
Charbons français............ 39.973.000 tonnes Charbons étrangers. .... 20.704.000 —
TOTAL... 7 60.677.000 tonnes
Pour ne prendre que le Rhône dans sa partie torrentielle, entre la frontière suisse et Seyssel, le projet de barrage, que nous retrouverons, donnerait, d’après ses auteurs‘, 80.000 H. P. au minimum, 170. 600 H. P. en eaux moyennes, 280.000 H. P. et plus par les gros débits. Le total annael de l'énergie utilisable serait de un milliard trois cents millions de kilowatts-heures, qui, à raison de 4 kilog. 300 de houille par kilowatt, représenterait 1.800.000 tonnes de houille?.
Ce chiffre dépasserait la production de houille de tout le bassin français de Blanzy, ou la moitié de celle du bassin de Lens, ou la moitié de celle du bassin d’Anzin.
On voit par là ce que pourrait devenir, comme région industrielle, le sud-est de ja France, lorsque les énergies hydrauliques auront été captées. C’est là ce qui rend le problème du Rhône si intéressant, La navigation est liée à la force motrice. Les facilités de transport données par la voie d’eau aménagée, devenant une voie internationale et une voie nationale, donneront la possibilité d'établir des usines de puissance immense utilisant l'énergie hydraulique des Alpes et du Rhône. Et ces usines augmenteront le trafic de la voie navigable. Tout se tient dans le problème.
. Chambre de commerce de Bourg. Les Forces du Haut-Rhône, 1918,
. 6. d 2 2. Cette dernière évaluation est différente de celle de M. Tavernier qui tient compte de ce que les machines à vapeur ne travaillent, en général, à pleine charge qu’une faible partie de la journée.
Le résultat annuel, pour le Haut-Rhône, comprend l'énergie des hautes eaux d'été, qui, dans l’état actuel de l'industrie, peut déjà trouver son emploi.
Sgorrox ‘II è Re MODE D'EMPLOI DE L'ÉNERGIE HYDRAULIQUE
! 116. Répartition des rôles de la houïlle blanche et de la houïille noire. — Aménager des forces hydrauliques est fort bien; encore ne faut-il pas faire un raisonnement à l'envers : et dire : « nous verrons ensuite ce que nous en ferons ». D'autre part, il ne faut pas dire: « ne captons pas la force hydraulique; nous n’en avons pas l’emploi ». Ce dernier raisonnement paraît être, trop fréquemment, celui des « ofliciels », aussi bien lorsqu'il s’agit de capter les forces hydrauliques que lorsqu'il s’agit d'ouvrir une voie navigable. Le premier raisonnement est plutôt celui des imaginatifs, des pionniers, des précurseurs, des prospecteurs.
Tous deux sont faux; il ne faut pas installer une usine avec un moteur sans savoir ce que l’on pourra fabriquer, ni quels seront les clients; il ne faut pas davantage renoncer à établir une usine parce qu'elle n’a pas encore de clientèle, de marché, de débouchés. Il faut, et ici avec hardiesse, examiner les affaires qui pourront vraisemblablement être traitées, raisonner sur ce point en refrénant tout enthousiasme, en étant plutôt pessimiste; puis, si les prévisions sont rassurantes il faut mettre l’affaire au point, et alors, donner cours à quelque enthousiasme, être plutôt optimiste, et ne pas reculer devant les difficultés inévitables.
Comment utiliser les forces à capter le long du Rhône? Commençons par rappeler que l'énergie qui n'est pas captée dans nos torrents, celle qui est développée par la houïlle, notamment, commence par se développer sous forme de chaleur; or, l'énergie hydraulique peut être transformée en chaleur : { kilowatt-heure remplace à cet égard 108 grammes de charbon. S'il s’agit d'employer l'énergie sous forme d'action mécanique, le charbon ne rend que 1/10, de sorte qu'un kilowattheure remplace environ 1 kilogramme de charbon. 11 vaut donc mieux, avec les chutes d’eau, produire de la force plutôt que de la chaleur, et réserver cette dernière tâche au charbon.
D'autre part, pour les industries électro-chimiques, il faut, naturellement, un courant électrique. Avec le charbon il faut un moteur produisant le courant en perdant 9/10 de l'énergie; avec les forces hydrauliques, le courant est obtenu directement. Donc l'avantage est du côté de la force hydraulique.
En résumé, et dans l’état actuel de la Science, la force hydraulique sera employée avec profit du côté de la force motrice et de l’électro-chimie ;
S il s'agit d'obtenir de la chaleur, l'énergie hydraulique ne
paraît cle utilisable avec ee que dns les cas où il faut des températures impossibles ou trop coûteuses à obtenir autrement, ou lorsqu'il faut obtenir, en même temps
que de la chaleur, des réactions chimiques provoquées par
le courant électrique. A
Voici donc un champ den indiqué, et limité, au moins
actuellement, pour l'emploi de la houille blanche. Nous allons
voir, en suivant ces principes, à quoi pourra servir l’aménagement de l'énergie du Rhône.
117. Emploi de la houïille blanche du Rhône. Objection : Elle na pas de débouchés suffisants. — Réponse. — Mais il faut examiner une objection : si l'on aménage toute l’énergie hydraulique, elle ne trouvera pas son emploi. C’est rigoureusement exact pour une période déterminée. Avec raison, le 22 janvier 1903, la Chambre de commerce de Lyon signalait une crise de l’industrie hydro-élec-
trique, en annonçant, du reste, que cette crise serait temporaire. Par contre, il y a eu un fort déficit d'énergie électrique et mécanique au cours de la guerre. Mais ce déficit ne fournit pas une réponse suflisante, car une guerre, quelque longue qu'elle soit, est un événement anormal. S'il faut prévoir, en temps de paix, les besoins à satisfaire en temps de guerre, il ne faut pas orienter toute l’industrie autour de cette seule question; la preuve en est que l'Allemagne, qui avait tout organisé pour préparer et faire la guerre, n’a, pas plus que les autres nations, tout aménagé uniquement en vue de cet événement, et a été surprise par l'importance et par la durée de celle-ci. Non, il faut aller avec la hardiesse et la prudence nécessaires. Un développement trop rapide des aménagements hydrauliques provoquera une crise par surproduction et manque de débouchés. Par contre, il est permis de croire, avec certitude même, que toutes les forces hydrauliques aménagées trouveront peu à peu leurs débouchés. La hardiesse et la prudence n’ont jamais été incompatibles. La chance, qui est l’eflet des causes impossibles à prévoir humainement, jouera aussi son rôle. Il y aura des victimes et des heureux etles premières auront souvent autant de mérite” que les seconds. IL faut plaindre les victimes, les aider à se relever quand c’est possible, et continuer la marche vers l'avenir.
Du reste, il ne faut pas avoir uniquement la préoccupation de rechercher ce qui se passera à l’intérieur de la France; des particuliers, des sociétés, des groupements administratifs peuvent souffrir d’une crise de l'industrie hydro-électrique, et cependant la France peut profiter de la situation. La crise peut aboutir à ce résultat que l'énergie devra être cédée sans
bénéfice; mais les industries qui utilisent l'énergie profiteront de l’aubaine; elles produiront beaucoup et vendront à l’étran-
ger et à l'intérieur à des prix propres à lutter conire la concurrence étrangère. Puis, après cette conquête du marché, la
crise s’atténuera, et sera remplacée par une ère de prospérité pour les affaires hydro-électriques. C’est le sort de toutes les crises que d’être passagères et d’être suivies d'une période de bonne prospérité.
La crise peut même être supprimée; il est possible, dès avant tout aménagement d’une force hydraulique, de préparer l'aménagement d'usines réceptrices, de s'assurer des débouchés, de se réserver des clientèles, telles que celles dont nous allons parler. Le futur client peut, du reste, s intéresser à la
création de l'usine productrice de force, de sorte que, avant
toute dépense, la recette sera, sinon certaine, du moins prévue avec vraisemblance. Et il faut escompter la future clientèle des timides et de ceux qui n’existent pas encore et qui naîtront, engendrés par les nouveaux besoins économiques et par la possibilité de vivre qui leur sera donnée.
118. Besoins économiques que le captage de l’énergie du Rhône peut satisfaire. — Industries à créer ou à développer dans le Sud-Est. — Un avantage a été signalé comme devant résulter du captage en grand de l'énergie hydraulique. Elle viendrait remplacer nos houillères perdues pendant la guerre. Nous pensons que cet emploi ne doit pas être envisagé, sinon pour une courte période de transition. Sans doute, il est impossible actuellement de savoir exactement quand ies houillères du Nord de la France et de la Belgique pourront être entièrement remises en élat. Mais elle le seront probablement rapidement, car une nation victorieuse relève vite ses ruines. Or, il est vraisemblable que la durée de cetic remise en élat ne dépassera pas, ou n'atteindra même pas celle nécessaire à l'aménagement des forces hydrauliques correspondantes. Cependant, l'aménagement des forces hydrauliques faciles à mettre en état et ayant un emploi immédiat pourra suppléer très vite au déficit. Mais il vaut mieux regarder l'avenir; les charbonnages du Nord et de la Belgique auront toujours leur. emploi. C’est à laugmentation de l'industrie française qu’il faut tendre plus encore qu'à son rétablissement; il faut faire du nouveau, et non remplacer ce qui peut et doit continuer à servir. Du reste, si vraiment il existe, autour de Lyon, un nouveau bassin houiller, il y a de la place pour tout le monde, et le Sud-Est de la France peut parfaitement, sans nuire au Nord et à la Belgique, exploiter à la fois sa houille noire et sa houille blanche.
d'in dt SO
La a du fer, avec la fabrication des ferro- -alliages, peut fournir un excellent débouché. Nous avons, dans nos possessions du Nord de l'Afrique, 200 millions de tonnes prospectées d’un minerai dont la teneur en fer est voisine de 60 p. 100. Avec le Rhône navigable et l'énergie hydraulique des Alpes, il y a là une industrie très importante à monter
dans les régions de la Savoie et du Dauphiné. Nous avons tort
de dire que c’est une industrie «à monter »; c’est une industrie à développer au moyen de l'énergie à capter et de la voie navigable à créer; car cette industrie existe déjà, organisée à Brignoud, Livet, La Praz, Allevard, Ugine, ei, spécialement pour les ferro-alliages, à Bozel, Livet, Ugine, les Clavaux, Saint-Béron, Allevard, Rioupéroux, ete...
De même, l’industrie de l'aluminium, avec les bauxites du “Gard, de l'Hérault, du Var, des Bouches- du-Rhône, peut, favorisée par la voie navigable et par l’augmentation de l'énergie hydraulique, donner lieu à une exploitation beaucoup plus imporiante qu’elle ne l’est actuellement, alors que, cependant, cette industrie est déjà prospère à Calypso, Saint-Félix et Saint- Jean-de-Maurienne, La Praz, l'Argentière, La Saussaz, Chedde,
Prémont.
L'industrie éleciro-chimique peut également se développer puissamment dans le Sud-Est, avec l'aménagement des forces hydrauliques et avec le Rhône navigable. Citons, comme industries électro-chimiques prospères et appelées à se multiplier et à prospérer davantage encore, les fabriques de carbure de calcium, celles de produits azotés comprenant la cyanamide actuellement fabriquée à Notre-Dame-de-Briançon, l'acide azotique synthétique obtenu par l'air au moyen du four électrique Pauling, que l’on fabrique à La Roche de Ram, les chlorates fabriqués à Chedde, à Saint-Michel-de-Maurienne, à Prémont, la soude et le chlore électrolytiques fabriqués à la Plombière, près de Moûtiers, et au Pont-de-Claix.
Nous n’avons parlé que des industries qui existent déjà; mais il est bien certain que de très importantes industries, pour lesquelles nous étions tributaires des Empires centraux ou d’autres pays, nolamment celle des matières colorantes, pourront être installées dans la région du Sud-Est, et viendront s’y installer en quelque sorte automatiquement quand cette région leur offrira à la fois la force, toujours nécessaire dans une usine, et la facilité des transports par grandes quantités et à bon marché.
Sans prétendre indiquer en détail quelles sont les industries qui auront ainsi intérêt à s'installer dans cette région du Sud- Est, nous en donnerons une liste sommaire classée par types généraux; cette liste, qui répète ce que nous avons dit, avec
plus de détail au sujet de certaines industries, est celle que présentent les Chambres de commerce de la Haute-Savoie, de ‘la Savoie et de l'Isère. Nous séparerons, d’une part, les industries ayant intérêt à l'aménagement du Rhône comme voie navigable et qui profiteront en même temps de la force et du courant électrique, et, d'autre part, celles qui ont peu d'intérêt au Rhône navigable, mais utiliseront l'énergie, soit sous forme de force mécanique, soit sous forme de courant électrique. =
D GS Premier groupe : industries ayant intérêt à l'aménagement des forces! et à la création des poie navigables :
Industries chimiques, électro-chimiques, électro-métallurgiques.
Fabriques de matières colorantes.
Etablissements de construction mécanique.
Industries textiles, laine et coton.
Fabriques de papier, carton, cartonnage, et fabrications accessoires, enveloppes, cartons d'échantillons.
Industries du bois, charpente, menuiserie, carrosserie.
Tréfileries, clouteries, fabriques de quincaillerie.
Verrerie et cristallerie (sables sidérolithiques d'Alex, Annecy et Thorens).
Industrie céramique, poterie.
Industries des cuirs et peaux.
Deuxième groupe : Industries ayant intérêt à l’aménagement des forces, mais non à la création de voies navigables :
Horlogerie.
Pièces de petite mécanique, fabriques de bicyclettes, d'armes, d'appareils de laboratoire, d'instruments d’optique, d'instruments industriels de précision.
Bijouterie, taille de pierres fines.
Industries textiles, soierie.
Ganterie.
Industrie du vêtement.
Ebénisterie, tabletterie.
Cès listes ne prétendent nullement à être complètes.
Notons, en passant, car nous ne pouvons aborder les divers problèmes sociaux qui touchent à toute question économique, que le développement industriel, s’il est rapide, comme on peut l’espérer, supprimera, au moins momentanément, le chô-
4. Sous forme de chaleur, de moyen de transport, de moyen d'action chimique, etc.
- mage et procurera aux mutilés de la guerre des salaires convenables et un travail compatible avec leur infirmité.
La liste que nous avons donnée est celle des Chambres de commerce des Alpes. Nous croyons que, seule, l’expérience pourra faire connaître exactement quelles seront les industries qui profiteront de l'aménagement des forces et de la voie navigable. En effet, le moteur électrique ne se substitue que dans une mesure relativement faible aux moteurs existants; il s’y ajoute; c'est « l'accroissement ». D'autre part, à mesure que le réseau électrique s'étend et que la clientèle se présente plus nombreuse, de nouveaux besoins:se manifestent; il faut les satisfaire, de sorte que tel industriel qui songeait à fabriquer tel produit est amené à en fabriquer d’autres à côté du premier; c'est « l'emboîtement », qui permet, par la variété des utilisations de l'énergie, d'utiliser les résidus de force, d'effacer les « pointes » de la production.
119. Moteurs électriques individuels. — Eclairage. — Service hydraulique des villes et bourgs. — Irrigation par pompage. — Une utilisation très importante, au point de vue social, de l’énergie hydroélectrique est celle du moteur familial. Nous connaissons les dangers du travail en chambre qui éloigne les ouvriers les uns des autres, les empêche de se grouper, de se solidariser, et qui a contribué, en certaines régions, à créer les horreurs du sweating-system. Mais, avec le moteur, c’est une petite usine que l’ouvrier a chez lui ; il y est maître, et cette situation peut contribuer à restaurer la vie familiale. Le moteur électrique se prête à tous les besoins, il peut être réduit à 1/4, 1/8 et même 1/16 de cheval. Déjà, à Saint-Etienne et à Lyon, les canuis et les tisserands ont leur moteur actionné électriquement.
A la campagne, le petit cultivateur pourra travailler le bois, ou faire de l'horlogerie, comme en Suisse. En outre, le moteur électrique peut servir dans les fermes, pour actionner de petites batteuses.
L’éclairage des villes, spécialement aux environs des lieux de captage d'énergie hydraulique, fournira également un débouché important. Malheureusement, c'est en hiver, lors des basses eaux des Alpes, que la consommation de courant pour l'éclairage est la plus forte.
L'irrigation par pompage, l'élévation d'eau pour le service d’eau potable et pour les services divers des villes et des bourgs fournit encore un débouché à la force hydro-électrique. Ici, c'est, avantageusement, au moment des hautes eaux d'été que les besoins seront les plus importants.
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120. Traction des chemins de fer et tramways. — Traction des bateaux. — Manœuvres des ascenseurs à bateaux, vannes, outillage des ports. — Nous arrivons à une utilisation importante de l'énergie, c’est la traction des chemins de fer et des tramways.
La traction électrique date d’une quarantaine d'années. Mais, depuis longtemps, l'idée d'un moteur électrique existait. De 1834 à 1857, des essais de moteurs à magnéto furent faits par Davenport et Davidson, Page, Swear et Bessolo, Casal. Peu après l'expérience de 1873 sur la transmission de l'énergie, en 1879, Siemens et Halske installèrent un petit chemin de fer électrique pour l'exposition de Berlin. A partir de 1882, la traction électrique fut appliquée couramment en Amérique, puis en Europe. En France, on voit, depuis 1891, installer les tramways électriques de Cnnone Ferrand, Mori Lyon, le Havre. etc... En 1895 est installée, à Lugano, la première ligne triphasée de tramways.
Pour les chemins de fer proprement dits, les premiers essais furent ceux de New-York, en 1886-1887; puis, en 1893, l'électrification du vieux métropolitain de Londres, la ligne des Docks de Liverpool, l'Elevated de Chicago, le tronçon Baltimore- Ohio (1895). En Europe, il faut citer certains chemins de fer suisses, et, dès 1892, la ligne Barmen-Elberfeld en Allemagne. En même temps, on essayait en France des locomotives électriques, notamment une locomotive à accumulateurs, en 1897, sur le P.-L.-M., et la Fusée-Heilmann, sur l'Ouest, machine formant un groupe vapeur-dynamo faisant 120 kilomètres à l'heure. Citons encore le Métropolitain et le Nord-Sud, à Paris. Mais, en France, à part les chemins de fer urbains et quelques lignes locales, l'électrification n'existe que sur un petitnombre de tronçons isolés des grands réseanx ; le P.-L.-M. exploite avec 125 automotrices électriques la ligne du Fayet à Chamonix et Vallorcine, et projette l’électrification des lignes à forte rampe du Mont-Cenis et des Cévennes. En 19142, Le réseau de l'Etat employait 9 locomotives éiectriques, et le réseau d'Orléans 13. La Compagnie du Midi a commencé à exécuter un plan complet et judicieux d’électrification. Dix groupes d'usines ont été étudiés par M. l'ingénieur Eydoux; cinq d’entre elles (Soulom, Eget, Puig-Redon, la Cassagne, Fontpédrouse) sont construites, ou en voie de construction, et donneront ensemble 67.750 HP. La compagnie a prévu que les excédents d'énergie serviraient à développer les industries locales. Quand beaucoup de lignes seront électrifiées, comme le projettent pour leurs chemins de fer nationaux l'Italie et la Suisse, la consommation de l’énergie sera facilement régularisée : la force qui ne sert pas sur une ligne sera envoyée sur une autre.
on est évident que le Rhône et les cours d’eau du Sd Est aménagés par le captage de l'énergie permettront au P.-L.-M. d’électrifier plusieurs lignes, notamment la ligne Lyon- Marseille, l’une des plus “chargées du monde, qui se trouve admirablement placée pour recevoir le courant, de même que la ligne parallèle de la rive droite.
Des réseaux de tramways électriques, analogues à ceux de la Suisse, pourront desservir les vallées des Alpes, du Dauphiné, de la Savoie, de la Haute Savoie ; les tramways urbains pourront aussi utiliser la force à capter, comme ils utilisent celle déjà captée.
Nous verrons, en étudiant les projets d'aménagement du Rhône, que ces projets prévoient l'emploi de l’énergie hydraulique pour la traction des bateaux, et pour la manœuvre des ascenseurs à bateaux, des vannes, de l'outillage de chargement et déchargement des ports, et tous autres services nécessités par l'aménagement même du fleuve.
121. Le captage de l'énergie hydraulique dans ses rapports avec l'industrie touristique et hôtelière. — Cette question des tramways des Alpes, analogues à ceux de la Suisse, nous amène à parler d’une utilisation de l’énergie très sérieuse, et d’autant plus intéressante qu'elle absorbera l'énergie précisément en été, au moment des hautes-eaux. Il s’agit de l’industrie hôtelière et touristique. Les ingénieurs ne voient, trop souvent, que l'usine et ses produits, ou encore la traction, comme source de prospérité. Ne négligeons pas cette autre source de prospérité de premier ordre, apportant à la France l'argent de l’étranger. Celui-ci paye, non seulement ce qu'il prend et fait disparaître : nourriture, consommation de force pour la traction, etc. ; mais il paye aussi ce qui est éternel, le paysage, la source minérale, la cure d’air. C’est déjà par là que la France rétablissait en partie une balance des comptes défavorable, et augmentait son capital. Avec des régions comme celles qui vont de la Côte d'Azur au lac Léman, en passant par le Dauphiné et les deux Savoies, en y ajoutant les Cévennes, la région de Saint-Etienne, très belle dès que l’on quitte les usines, en ajoutant encore le Jura si pittoresque, il est évident que nous pouvons multiplier dans des proportions presque illimitées cette source de richesses. En Suisse, en 1905, Les recettes des hôtels se sont élevées à 188.717.000 francs; les dépenses à 131.380.000 francs ; bénéfice brut: 57.337.000 francs En 1907, les capitaux engagés par les hôteliers étaient de 800 millions, le bénéfice brut a été de 70 millions. Ces bénéfices ne sont pas extrèmement importants en apparence, mais ils le sont en réalité, car c’est l'intégralité des recettes
et non pas seulement le bénéfice, qui est entrée dans le pays et y est restée. À côté du bénéfice de l'hôtelier, il y a, en effet, le bénéfice de ses fournisseurs. En outre, la dépense de létranger, du touriste, à l'hôtel, n’est qu'une faible partie de la dépense qu'il fait dans le pays: il y faut ajouter les dépenses faites en voyages, excursions, guides, médecins, plaisirs, cadeaux, achats divers. S
Comment développer cette industrie? Evidemment en découvrant, captant et aménageant les eaux minérales, en conslruisant des hôtels et en créant de très nombreux tramways électriques, funiculaires, chemins de fer de montagne à crémaillère, propres à absorber les excédents de force d'été. En outre, l'éclairage des villes et stations d'été, le fonctionnement des ascenseurs et monte-charge d'hôtels, absorbéront encore de l'énergie pendant la même période.
Le captage de l'énergie hydraulique est donc propre à favoriser grandement cette industrie, qui, d'autre part, fournira un excellent débouché temporaire à l'énergie captée.
Jusqu'ici, il y a alliance entre l’industrie électrique, d'une part, et l'industrie hôtelière et touristique d'autre part. Par contre, sur un autre terrain, il y a antinomie, si l'industrie doit nuire aux beautés naturelles. Faut-il nécessairement choisir l’une ou l’autre, l’une excluant l’autre? Non. D'abord, on peut s'entendre. Lorsque la Société de Saint-Gobain capta le Guil, un accord intervint entre elle et le département, aux termes duquel le Guil devait conserver un minimum d’eau ‘été. De même, un accord intervint entre l'usine Aubry, d’Albertville, et la commune d’Hauteluce en Savoie, aux termes duquel le beau lac de la Girotte, sous lequel un canal avait été pratiqué pour amener l’eau à l'usine en hiver, devait reprendre son niveau dès le printemps. Il faut, du reste, que de sérieuses clauses pénales sanctionnent ces accords. Le régime des rivières et torrents alpestres, dont les hautes eaux ont lieu en été, favorise ces sortes de combinaisons, tout en laissant utilisable un surcroît de force pendant cette saison.
Quant à l'usine, tout en espérant qu’on la construira de manière à nuire le moins possible au paysage, nous ne pensons pas qu'elle contribuera jamais à lembellir. Ce que l'on peut faire, c’est de chercher à la situer en un point où elle ne gêne pas trop. Maïs, ce qui n'est pas impossible, c'est que l’usine dissimule ses canalisations, surtout ces affreux serpents noirs en tôle qui déshonorent les sites. IL faut chercher, pour les lignes ferrées où électriques, des passages où elles ne nuisent pas au paysage. L'action du Touring-Club et des syndicats d'initiative peut êlre très utile à cet égard. A propos du projet de barrage du Rhône à Génissiat, nous par-
lerons des regrets exprimés par M. Martel pour la perte du
canon du Rhône au cas où ce projet deviendrait une réalité. De même, Pierre Loti déplora la perte du temple de Phileæ, englouti sous les eaux. Que faire? Sacrifier les beautés naturelles à la nécessité industrielle, ou sacrifier une grande force naturelle à l'idéal et à l’art? Il faut que l'artiste, le savant et l'industriel unissent leurs efforts, et que, dans chaque cas, l’un ou l’autre sache faire un douloureux sacrifice.
Enfin, il faut que l'ingénieur, non seulement évite de couper les sources d'eau minérale ou thermale, et, généralement, toutes les sources d’eaux potables, mais encore qu'il les
recherche, les capte, et favorise ainsi l'industrie touristique
et hôtelière. Il peut aussi contribuer-à l'amélioration du site par des plantations et des conservations d'arbres qui ne lui donneront guère de peine, et qui, dans les dépendances de l'usine, seront pour lui une source de revenus, outre qu’il y trouvera ses bois de construction. Le repeuplement des forêts, indispensable à la beauté de nos sites, intéresse grandement l’industriel, puisque c’est la forêt qui fait le torrent régulier; la forêt est, en outre, une richesse nationale et communale de première importance.
La navigation de plaisance, qui se rattache au tourisme, ne paraît pas devoir devenir très importante par suite de l’aménagement du Rhône, en raison de la lenteur de la circulation imposée par les écluses. Cependant, le Rhin permet une comparaison rassurante à ce sujel.
Secrin IL. — LIEU D'EMPLOI DE L'ÉNERGIE HYDRAULIQUE DU RHONE.
122. Droit de priorité des régions riveraines. — Nous abordons une question brûlante. L'énergie hydraulique doitelle être consommée à proximité du lieu où elle a été captée, ou doit-elle être consommée au loin? Ainsi posée la question est trop simple, et la réponse est celle que dicte le bon sens : elle doit être consommée où elle est Le plus utile. Mais, à supposer qu’elle puisse être consommée aussi bien dans la région voisine qu'au loin, ou bien inversement, la région où est née cette énergie a-t-elle un droit de priorité, sinon légal, du moins d'intérêt social? Nous répondons : « oui ». On objectera que cette réponse est la manifestation d’une fâcheuse politique de clocher. Non, au contraire : prétendre que la force doit être conduite ici ou là, uniquement parce que tel groupe y a intérêt, sera toujours de la politique de clocher, soit que le lieu en question soit éloigné, soit qu'il soit proche. {1 faut considérer l’inté-
rêt national, et l'intérêt national est fait de l'ensemble des intérêts régionaux. =
: Nous disous que la région où nait l'énergie a un droit social de priorité pour l'utiliser, du moins si elle peut l'utiliser à échéance plus ou moins longue. C’est l'avis exprimé par M. le sénateur Herriot, maire de LYON, dans sa conférence de Genève du 5 novembre 1916, quand il estimait que l'énergie du Haut- Rhône devait être, en partie, réservée à l'Ain, et que l’utilisation sur place de cette énergie devait être favorisée. C'est l'avis de M. l'ingénieur Jean Maître, conseiller général du Haut- Rhin’, quand il dit qu'il serait « souverainement injuste de priver la région du Rhône des avantages qu elle tient de la nature en exportant toute cette force à Paris sans compensation. »
Que l’on ne dise pas que l'Etat est propriétaire des fleuves navigables, el peut en faire ce qu'il veut. L'Etat est également propriétaire des routes nationales et a le devoir de les employer au mieux des intérêts de la Nation, en tenant compte des intérêts régionaux. Il n’a pas le droit de les créer, diriger et supprimer à sa guise, au profit de telle région et au détriment de telle autre. L'Etat n'est pas à Paris, il est dans toute la France et en représente chaque partie aussi bien qu'il en représente l’ensemble.
D'autre part, la Chambre de commerce de Lyon, le 6 août 1908, avait posé un principe absolu, paraissant dériver des règles de l'Economie politique libérale : « La force électrique, une fois produite, est une marchandise qui doit circuler librement sur tout le territoire, en obéissant au jeu de Ia loi économique de l'offre et de la demande. » Ce principe n’est pas exact ici, car la force est produite par un fleuve national, et l'Etat a qualité pour surveiller sa répartition; elle traverse des routes et des fonds particuliers, communaux, départementaux, nationaux, et ne peut circuler avec la liberté que suppose le principe. La loi de l'offre et de la demande ne s'applique donc pas. L'Etat est intervenu pour imposer le passage du courant sur les propriétés privées. Il a bien fait, mais il ne faut pas parler de la loi de l'offre et de la demande, puisque la liberté est supprimée par l'intervention impérative de l'Etat. Sans doute, si c'est un concessionnaire qui capte l'énergie, il apporte, par ses travaux, une plus value importante qui lui appartient; maïs, si la force peut être absorbée à prix égal à tel ou tel endroit, que lui importe? Il est bien entendu que nous insistons sur cette supposition que la force peut être absorbée à prix égal, ici aussi bien que là. La Chambre de commerce de Lyon a bien compris