CHAPITRE XVI
Secrion I. — DU LAC LÉMAN A LA FRONTIÈRE FRANCO-SUISSE
132. Matériel de navigation imposé par le lac Léman. — Le lac Léman ne demande pas lui-même d’aménagement spécial. Il faut cependant remarquer que la distance entre Genève, accès du Rhône aménagé, et Morges, point de départ du futur canal de jonction au Rhin, est de 44 kilomètres; ce parcours suflit à imposer à la navigation des conditions différentes de celles habituelles de la navigation fluviale. Sans présenter des lames ou ‘une houle comparables à celles de la mer, le lac Léman en présente cependant, par de gros temps, qui sont suffisantes pour que l’on ne puisse songer à lui confier des bateaux de rivière. Actuellement, le mauvais temps arrête ou rend très difficile la navigation à vapeur pendant 25 ou 30 jours par an; cette navigation, il est vrai, se fait par bateaux auxquels le port de Genève impose un faible tirant d’eau, ce qui les rend peu stables. Les remorqueurs actuels de la Compagnie générale de Navigation ont une puissance de 100 chevaux et pourraient remorquer à 6 kilomètres à l’heure quatre chalands de 600 tonnes. Il sera préférable de construire des remorqueurs spéciaux, plus robustes, avec les machines à l’abri des embruns, comme pour les remorqueurs de mer. Les chalands devront être pontés.
133. Projets d'augmentation de la tranche d' eau réglable du lac Léman.—Nous savons que la tranche d’eau utilisable du lac Léman était, avant la guerre, de 0 m. 60, comprise entre les cotes 371 m. 70 et 372 m. 30. Pendant la guerre, nous avons dit que cette tranche d'eau avait été augmentée au moyen du barrage de Genève. :
Or, M. Autran, ingénieur et député au grand Conseil du canton de Genève, dans son projet d'aménagement d'un port commercial de grande capacité à Genève, a prévu une augmentation de la tranche d’eau disponible, qui deviendrait de 1 m. 30, entre les cotes 371 m. 25 et 372 m. 55, et qui donnerait une réserve annuelle de 756.964.000 mètres cubes d'eau, permettant d'assurer en aval un débit minimum constant de 193 mètres cubes pendant 195 jours de la période des basses-eaux.
M. l'ingénieur Maillet, de Grenoble, pense que l’on pourrait même augmenter encore davantage la tranche d’eau. Il explique que, avant la réglementation en vigueur, le limnimètre du port de Thonon a indiqué des altitudes du plan d’eau de 373 m. 40, qui ne paraissent pas avoir causé d'inconvénients aux ouvrages ni à la navigation. La tranche de réserve serait alors de 1 m. 85, avec 1.077.218.000 mètres cubes, pouvant assurer un débit minimum de 215 mètres cubes à la seconde, pendant 150 jours de basses eaux.
En avril 1919, le gouvernement français a demandé à la Suisse ce qu'elle pensait d’une surélévation de O0 m. 50 à 9 m. 60. Le Conseil d'Etat vaudois, consulté, s’y est opposé, en s'appuyant sur un rapport technique.
M. Maillet ajoute qu’il serait utile de construire, entre la rive gauche du lac, à Genève, et la jonction de l’Arve, une galerie souterraine de décharge, permettant d'évacuer les pointes extrêmes des crues du lac, après le remplissage de la tranche de réserve, de manière à éviter de réduire le mouillage du Rhône en aval, pendant la dernière période de remplissage (qui doit être terminé le 15 août selon le désir de l'Adminisitration française), soit pendant la période d’étiage d’été du Rhône, qui est aussi celle des basses eaux dela Saône et de l'Ain.
134 Projets d'accès du Rhône aménagé au iac Léman'. — Il ya, à notre connaissance, cinq projets pour l’aménagement de l’accès du Rhône, rendu navigable, au lac
Léman. Nous passerons rapidement sur les quatre premiers, le dernier seul paraissant subsister.
a) Projet Maillet. Rive gauche, Port Noir-la Touvière. —