CHAPITRE III
LASIE
Les Américains changent tellement les idées couramment acceptées par les autres peuples, que Ton peut pardonner à un Anglais un certain degré de satisfaction quand il trouve que, dans une chose très importante, les Américains ont adopté les idées anglaises.
Tout dernièrement encore, les Américains, en général, étaient sous l'influence des vieilles conceptions qui dominaient M. Gladstone, que la mer était toujours propre à diviser plutôt qu'à unir les nations.
Leurs conquêtes dans l'océan Pacifique ont été très rapides ; elles commencèrent sans plan préconçu et les missionnaires, comme de coutume, ont été les premiers pionniers du commerce et de la domination politique. Le procédé a été uniforme depuis toute colonisation.
Havaï a été annexé en 1898. Le premier traité avec Samoa fut signé en 1872, lorsque le port Pago-Pago fut acheté pour servir de station de ravitaillement dé charbon aux steamers faisant le commerce entre San Francisco et l'Australie, mais ce traité ne fut ratifié qu "eu
1878. A la fin de 1899 les Anglais se retirèrent de Samoa, et le 17 avril 1900 le drapeau américain flottait sur toute l'île de Tutulla — et l'on vit s'élever des forteresses au milieu de l'océan Pacifique comme preuve du progrès de l'américanisation.
L'événement qui convertit la République américaine eil une puissance asiatique fut une conséquence imprévue de la guerre entreprise en vue de la libération de Cuba. La nécessité de détruire la flotte espagnole à Manille, qui autrement aurait pu contrarier la navigation américaine, rendit les Américains maîtres de ia plus grande cité commerciale de l'Asie occidentale, Manille.
Mais l'influence américaine aux îles Philippines est en réalité beaucoup moins assise qu'on pourrait le croire après un examen superficiel de la question. La victoire de Dewey a orienté les Etats-Unis vers une carrière de conquêtes asiatiques. Après l'annexion des Philippines, le canal de l'isthme américain parut s'imposer avec une irrésistible force.
Mais les Américains étant devenus, presque contre leur volonté d'abord, mais ensuite de propos délibéré, une puissance conquérante de l'Asie, furent obligés de discuter les questions internationales de la plus haute importance, et, avant tout, la grande question qui préoccupe toutes les nations de l'Est, quelle attitude doit-on conserver à l'égard de la Russie ?
Les Russes, c'est-à-dire la seule race européenne égalant en nombre les populations de langue anglaise, ont toujours été les amis des Américains au même degré qu'ils sont devenus les adversaires des Anglais.
Le vieux dicton à propos du « sang plus épais que
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l'eau », qui fut d'abord souligné par le combat de Peï- Ho, paraissait devoir être rénové, et il ne manquait pas de gens qui croyaient qu'une alliance anglo-américaine ayant un objectif anti-russe était prête de se réaliser.
Heureusement que le monde fut sauvé de ce désastre par le bon sens des Américains. M. Hay parut hésiter un moment, puis maintint finalement l'équilibre, et les Américains adoptèrent une politique avec la Chine qui leur valut la sympathie des puissances sans leur aliéner l'amitié de la Russie.
Les Etats-Unis furent heureux, pendant cette période critique, d'avoir, à Washington, un ministre chinois qui s'était si bien assimilé les idées américaines qu'il devint, pour l'avenir, une véritable force dont usèrent largement les politiciens américains.
Dans toute l'Amérique, personne ne s'était plus américanisé que Wu, le représentant du Céleste Empire.
L'un des exemples les plus remarquables de l'influence américaine dont les conséquences sont absolument incalculables, est le réveil du Japon. C'est l'une des merveilles les plus frappantes du xixe siècle.
L'influence de l'Amérique sur le Japon, cependant, n'a pas toujours été heureuse. La carrière de M. Hoshi- Toru, qui fut assassiné en .1901, montre que les vices comme les vertus peuvent être exportés des Etats-Unis.
Le royaume de Corée est un autre champ qui offre des horizons prometteurs aux capitalistes et aux aventuriers américains.
L'action yankee, dans les autres parties de l'Asie, est jusqu'ici consacrée principalement aux propagandes des missionnaires. Ils ont pris une honorable et labo-
rieuse part dans la propagation de la foi chrétienne en Birmanie et aux Indes.
On ne peut encore . prévoir ce qui adviendrait si l'Amérique et l'Angleterre se partageaient la propagande des idées européennes en Asie.
Cependant, il serait non de noter que le vice-roi des Indes, lord Curzon, qui gouverne le pays au nom du roi, a un partenaire et une associée dans sa femme qui est Américaine, et nous envisageons avec calme un avenir modifié en raison de cette circonstance, surtout quand l'Angleterre et l'Amérique, heureusement unies par des liens permanents d'alliance de race, étendront leurs ressources et utiliseront leurs énergies unies à l'amélioration des êtres misérables qui peuplent l'Asie.