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CHAPITRE VIT

l'invasion américaine.

A la fin du dernier siècle on pouvait déjà dire que les Etats-Unis avaient acquis un rang élevé dans le commerce du monde. Mais qu'ils dussent nous devancer, cette perspective n'avait pas été affirmée bien que soupçonnée par les plus prévoyants d'entre nous. Entre autres, M. Gladstone, en 1878 et encore en 1890 exprimait, dans les termes les plus précis, sa conviction non seulement au sujet du changement inévitable qui devait se produire dans l'assiette économique du monde, mais aussi, ce qui était plus important, sur la façon dont ce changement devait être envisagé par notre pays :

« C'est l'Amérique, disait-il, qui, à un moment donné, confisquera à son profit notre prestige commercial. Je n'ai pas 1 intention de murmurer contre la perspective qui nous guette. Si, en effet, cette nation doit finir par nous vaincre sur le terrain commercial, c'est parce qu'elle est la plus forte ; dans ce cas, forte signifie supérieure. Elle deviendra probablement ce que nous sommes aujourd'hui, la première servante dans le

grand ménage du monde, c'est-à-dire le chef de tous ceux qui sont employés, parce que son service serait non seulement le meilleur, mais le plus intelligent.

La prédiction de réminent homme d'Etat ne nous a malheureusement guère préoccupés. M. Gladstone, en 1866, conjurait déjà ses concitoyens de reconnaître le grand devoir présent, et de se préparer par un effort constant, à réduire la dépense publique en prévision des jours mauvais.

En 1866, quand M. Gladstone prononça, pour la première fois, sa mémorable prophétie sur le déclin prévu de notre supériorité commerciale, notre budget national s'élevait à 66 millions de livres sterling.

Trente-quatre ans plus tard, l'on reconnaissait la sagesse de ses avis, nos dépenses pour l'année 1900-1901 s'élevaient à 183,592,000 livres sterling, et nous étions hier encore engagés dans une guerre qui doit augmenter le fardeau que nous aurons à supporter dans l'avenir.

Quant à maintenir notre supériorité contre les Etats- Unis, M. Gladstone en doutait si bien qu'il disait :

<( Pendant que nous faisions des progrès relativement rapides, l'Amérique en faisait de plus prodigieux encore. Il ne peut y avoir aucun doute, l'époque est prochaine — (ceci était écrit en 1878) — où l'Amérique obtiendra indiscutablement la première place. »

« Si l'Amérique, écrivait-il enfin en 1890, devait franchement souscrire au système du libre échange, elle nous devancerait rapidement, et prendrait probablement la place qui, aujourd'hui, nous appartient; cependant nous n'aurons pas à en souffrir. Au contraire, elle nous aidera. Son commerce libéré ajoutera à notre propre

commerce, ainsi qu'à notre richesse actuelle, de sorte que nous serons dans une meilleure situation qu'aujourd'hui. »

Cette idée ne concorde guère avec son idée précédente au sujet de la nécessité de réduire les dépenses futures.

Il n'y a rien d'aussi vague que l'idée du vulgaire au sujet du commerce. Des opinions basées sur de faux principes forment le bagage économique de millions d'individus, et ces opinions ont néanmoins leur influence sur la législation, dictent la politique et dominent souvent l'opinion publique. Prenons, pour exemple, le bilan du commerce. Il est admis que tout commerce est un échange, et qu'aucune nation ne se défait de sa marchandise en faveur d'une autre nation sans en recevoir une somme équivalente. Si deux personnes font des affaires l'une avec l'autre, et que M. John envoie pour 1,000 livres de laine à M. Smith, il s'attend à recevoir, en échange, des marchandises d'une valeur égale. D'un autre côté, si au lieu de recevoir, disons du charbon, pour une valeur de 1,000 livres en échange des 1,000 livres de laine, il en reçoit pour une valeur de 750 livres sterling tout le monde admettra, et M. John, le premier, qu'il a perdu 250 livres sterling. Il a donné de la marchandise pour une valeur de 1,000 livres sterling mais il n'a reçu en échange que pour une valeur de 750 livres sterling de marchandises. Que peut-il y avoir de plus clair? Mais du moment que nous substituons à M. John et à M. Smith deux nations, et que nous élevons la valeur de 1,000 à 100 millions tout le monde croit et affirme que c'est un avantage d'ex-

porter pour 100 millions de marchandises et de nen recevoir en échange que pour 75 millions. Si quelqu'un continuait à faire des affaires en donnant une valeur de 1,000 livres sterling contre une valeur de 750 livres sterling de charbon, il serait certainement destiné à faire banqueroute, mais si une nation exporte pour 100 millions de marchandises et n'en reçoit en échange que pour 75 millions, la nation dont l'importation est de 25 0/0 inférieure à son exportation déclare que le bilan du commerce est en sa faveur du montant de 25 millions par an! Les économistes ont répété et laborieusement expliqué que l'excès des exportations était un bilan contre la nation qui exporte, mais rien ne semble détruire l'opinion que la nation qui exporte plus qu'elle importe en tire un profit du montant de la différence.

Voilà du paradoxe. Une autre opinion non moins erronée, encore plus répandue de ce côté de l'Atlantique est qu'une nation se fait du tort quand elle se procure chez sa voisine une marchandise dont elle a besoin à des conditions plus avantageuses que celles qu'elle peut offrir elle-même.

« L'invasion américaine » a réussi parce que les Américains donnent à l'acheteur anglais des marchandises supérieures ou à meilleur marché, de sorte qu'il obtient un maximum d'avantages avec son argent en traitant avec eux plutôt qu'avec d'autres. Si « l'invasion américaine » était une chose mauvaise pour nous, il nous faudrait des pointes de baïonnettes pour nous obliger à la subir. Mais c'est le contraire de la vérité. « L'invasion américaine » s'accuse davantage parce que les Anglais et les Européens trouvent

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qu'il est plus avantageux pour eux de faire des affaires avec les Américains qu'avec leurs propres concitoyens. Les fabricants, qui produisent à des prix élevés, considèrent justement leurs concurrents américains qui offrent leurs produits manufacturés de qualité supérieure, mais encore à des prix plus réduits, comme des gens absolument nuisibles ; et s'ils ne réussissent pas à fes combattre victorieusement, c'en est évidemment fait d'eux. Cependant, il faut admettre que leur insuccès sera plutôt imputable au choix de leurs concitoyens, car celui qui a 50 centimes à dépenser est aussi maître de la façon dont il en disposera que le Tsar ou l'Empereur d'Allemagne.

C'est bien extraordinaire que cette doctrine ait obtenu tant de succès parmi les Anglais dans tous les pays du monde. Quoique aujourd'hui nous parlions tous de « l'invasion américaine », îl faut se rappeler que depuis cent ans ce fut la gloire des Anglais, d'avoir victorieusement envahi tous les marchés neutres du monde, et fourni des marchandises supérieures et à des prix inférieurs aux habitants de tous les pays. Il est incontestable que ce qui depuis cent ans a été un exploit qui nous valaient le titre de bienfaiteurs de l'humanité, ne peut devenir aujourd'hui un sujet de plainte, parce que le peuple qui offre ces mômes avantages n'est pas celui de la Grande-Bretagne. La clameur qui s'est élevée contre la concurrence américaine, et qui peut être justifiée dans les pays où les impôts sont élevés, n'a aucune raison d'être chez une grande nation dont le commerce est libre et qui, depuis cinquante ans, a hautement proclamé le droit d'acheter sur les marchés avantageux et de revendre cher. Les Améri-

cains ne font aujourd'hui que ce que nous avons fait nous-mêmes. Ce n'est pas avec un esprit prévenu que nous examinons ce qui a été appelé « l'invasion américaine. )>

Voyons donc, pour commencer, avec quelle arme ces envahisseurs du Nouveau Monde ont réussi à accaparer les marchés que nous avons, jusqu'à ce jour, considérés comme nôtres! La première et la plus puissante des armes que les Américains aient employée pour la conquête du vieux monde, est la production intensive des aliments nécessaires à l'existence. A l'exception de la Russie et de la Hongrie, il n'y a guère un pays d'Europe capable de nourrir sa population du rendement de ses terres. L'ingéniosité du machinisme et l'habileté des ingénieurs américains ont contribué à réduire la dépense quotidienne du travailleur anglais. Incidemment, ce phénomène à dû affecter les entreprises agricoles, mais l'immense majorité des travailleurs en a profité. Si c'est une faute d'avoir le pain à bon marché, les Américains, dans ce cas, noUs l'ont fait commettre. Imaginons aussi pour un instant, qu'un grand spéculateur américain parvienne à accaparer une telle quantité de vivres qu'il rendrait impossible l'importation d'une seule cargaison de grains, qu'arriverait-il? Nous serions en face de la famine, et nos compatriotes s'élèveraient contre le spéculateur qui nous aurait privés de notre source de vivres puisés aux Etats-Unis, et devenue aujourd'hui indispensable. Ç}n peut affirmer que si les produits américains nous étaient interdits, il y aurait chez nous un renouvellement d'énergie dans l'industrie agricole de notre pays, que nous arriverions à nous en passer; mais si le coût d'un pain était dou-

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blé, puis quadruplé, il nous serait impossible de fournir, par conséquent, une quantité de vivres suffisante pour satisfaire aux besoins de notre population. Nous sommes de plus en plus dépendants de jour en jour de l'Amérique.

Peut-être, un jour, par l'Inde, l'Australie ou le Canada, nous pouvons espérer nous rendre indépendants des produits américains; mais ceci ne donnerait aucun bénéfice aux fermiers anglais, et il nous faudrait attendre plusieurs années avant d'obtenir de nos concitoyens d'outre-mer, les vivres dont nous avons besoin chaque jour.

Après les aliments, c'est avec le coton que les Américains ont le mieux réussi à envahir nos marchés. Il n'y a pas plus de quarante ans que le Lancashire était réduit aux dernières extrémités par la guerre civile qui éclata en Amérique et qui priva cette province anglaise des matériaux nécessaires à son industrie. Nous eûmes alors une démonstration pratique de ce qui peut résulter de l'arrêt de l'importation du coton brut américain, et c'est une expérience que ceux qui ont vécu au moment de la famine du coton dans le Lancashire, ne voudraient pas voir renouveler.

Si nous éliminions tous les produits du sol et les matériaux bruts que l'Amérique nous exporte, nous pourrions solder le montant total de nos exportations aux Etats-Unis. Le cri d'alarme qui a été poussé n'a été motivé ni par l'un ni par l'autre des importants produits dont l'Amérique fait l'exportation, mais plutôt par l'apparition, parmi nous, des marchandises de fabrication américaine. Mais parmi ces articles, il en existe un bon nombre que nous sommes incapables de produire, ou

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que, insuffisamment outillés, nous ne pouvons fabriquer. Les Américains nous ont apporté beaucoup d'inventions ingénieuses ainsi que des machines merveilleusement perfectionnées. Personne ne peut valablement prétendre qu'en nous envoyant la machine à écrire, la linotype, la machine à coudre, l'automobile, le phonographe, le téléphone, l'ascenseur, la lumière incandescente, les Américains aient envahi l'industrie britannique. Une fois ces inventions connues, nous les avons imitées, quelques-unes au moins, et fait autre chose, partant des mêmes principes, mais c'étaient les Etats-Unis qui nous avaient ouvert la voie. A ce titre, ils sont autant nos bienfaiteurs que les missionnaires qui ont introduit chez nous la charrue à l'époque où l'on ne se servait que de la pelle et de la faux.

Plusieurs de nos fabricants instruits par les Américains sur la façon de fabriquer ces articles, s'écrient néanmoins que leur commerce est envahi et ruiné par la concurrence américaine, tandis qu'en réalité, sans les Américains, les articles qui font aujourd'hui leur fortune n'auraient jamais été connus dans notre pays. Ce n'est qu'en arrivant à la quatrième catégorie des importations américaines que nous tombons dans un domaine qui semble justifier la plainte de nos fabricants ou de nos ouvriers, qui se disent appauvris par la concurrence américaine. Au premier rang de cette catégorie, se placent les machines à imprimer, c'est la Compagnie américaine Hoe qui a affirmé^/lans les constructions, une supériorité que nous ne sommes pas parvenus à atteindre. Après les machines à imprimer, nous avons eu les machines et les appareils nécessaires à l'utilisation de l'électricité. Dans cette industrie nous

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sommes restés si loin derrière les Américains que nos fabricants ne pouvaient fournir les appareils indispensables à l'exploitation moderne des industries électriques. Les Américains ont accompli, avec l'électricité, ce qu'ont accompli les Anglais avec la vapeur au commencement du dernier siècle. Nous avons été les premiers à deviner l'incalculable développement que devait faire naître l'invention de Fulton et de Watt. Nous avons devancé le reste du monde et nous en avons profité en conséquence. Toutes les nations s.mf venues à nous pour les machines à vapeur, comme nous allons nous-mêmes aujourd'hui aux Etats-Unis pour les dynamos et autres appareils compliqués et coûteux nécessaires à l'exploitation de nos chemins de fer électriques. A cet égard, personne ne peut dire que nous avons raison de nous plaindre. C'est au premier venu qu'en revient l'avantage ; et si nous n'avons pas su nous rendre compte de l'importance immense que devait prendre l'électricité, sous ses formes diverses, c'est à nous que la faute incombe. Nous avons besoin de ces appareils, de ces machines, nous en avons besoin dès à présent, et nous ne pouvons attendre que nos compatriotes comprennent qu'il y a une fortune à gagner dans la fabrication d'appareils électriques. Donc, nous faisons appel à nos concitoyens d'outre-mer. Qu'ils soient disposés et préparés à nous fournir ce dont nous avons besoin, doit nous rendre reconnaissants, et la meilleure preuve de ce que j'avance est que nous sommes disposés à leur payer des millions pour obtenir d'eux les machines qu'il nous faut, ainsi que les appareils nécessaires a l'utilisation de l'électricité. Il en est de même, plus ou

moins, pour les outils de précision indispensables au travail soigné de certaines industries. Par exemple, il y a quinze ans, Sir Hiram Maxim se plaignait vivement de ce que, quand il arriva dans notre pays pour fabriquer le canon Maxim, il n'y trouva pas l'outillage indispensable à son industrie. L'outil perfectionné représente une. avance sensible dans la civilisation. L'outil grossier est un indice de barbarie. Les sauvages sans doute ne demandent pas à être civilisés, et nous n'avons pas raison de nous plaindre si nous avons été contraints de nous servir et ensuite de fabriquer les outils perfectionnés qui furent tout d'abord utilisés par les Américains.

Un petit livre, très intéressant, écrit par M. Mackenzie vient d'être publié chez l'éditeur H. W. Bell. Il se compose d'une série d'articles qui avaient primitivement paru dans le Daily Mail. M. Mackenzie est un des jeunes journalistes les plus connus à Londres, et son petit livre mérite toute l'attention des personnes que le sujet que nous traitons intéresse.

Les importations de machines à écrire de New- York, dit- il, s'élèvent annuellement à 200,000 livres sterling. Le gouvernement britannique s'est trouvé dans la nécessité de s'adresser pour le téléphone de la ville de Londres à la Weslern Electric Company de Chicago, Quant aux moteurs des chemins de fer électriques, ils sont, pour la plupart de fabrication américaine.

La Eastman Kodak Company importe chaque année pour près de 200,000 livres sterling" d'appareils photographiques américains. Une somme égale est dépensée chaque année pour l'achat de la machine à coudre américaine. La vente des produits pharmaceutiques,

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venant des Etats-Unis, dans la Grande-Bretagne, s'élève à près de 250,000 francs par an.

Les outils américains, dit M. Mackenzie, triomphent partout; cinquante fourneaux américains sont en usage à l'arsenal de Woolwich, et les fabricants de Slicfficld se servent d'appareils américains. Quelle sera la destinée de la Grande-Bretagne au point de vue économique? Cela dépendra de nous-mêmes. M. Carnegie est d'une opinion différente : il croit qu'elle dépendra des ressources minérales du pays. Il y a trois ans, il avait indiqué comme un fait indiscutable que « les matériaux bruis ont aujourd'hui le pouvoir d'attirer les capitaux, et aussi, d'attirer près d'eux les ouvriers nécessaires à leur transformation, car il n'est plus donné aux ouvriers d'attirer à eux les matériaux bruts de loin. »

si c'est là une vérité économique, nos fabriques de coton devront émigrer du Lancashire aux Etats-Unis de l'Amérique. Les plus grandes usines métallurgiques du monde devront également se localiser à Pittsburg. M. Carnegie, qui. à sa façon, est un philosophe, maintient qu'aucune nation à l'avenir ne pourra indéfiniment faire vivre une population supérieure à celle qu'elle pourrait alimenter par ses produits.

<( La destinée de la Grande-Bretagne me semble nettement tracée; elle deviendra le centre de la race. Ses usines disparaîtront les unes après les autres, mais le paya même sera toujours recherché comme lieu de récréations. Vous pourrez peut-être y maintenir une population de 15 millions, mais pas davantage. »

Mais il est bon de faire montre d'un sérieux scepticisme à l'égard de toutes prédictions semblables. De ce que nous pouvons juger par la marche actuelle des

événements, les ressources de la Grande-Bretagne sont destinées à subir un grand développement, car la Grande-Bretagne commence à comprendre mieux le devoir à présent et à faire usage des idées et des méthodes américaines. Lord Rosebery disait récemment :

« Nous avons besoin aujourd'hui de nous inspirer un peu de l'énergie fiévreuse des Américains. On admet que cette proposition a sa raison d'être quand il s'agit de l'individu, mais n'est-il pas vrai qu'elle ait aussi son application quand il s'agit d'une nation ? »

Il énonçait alors une vérité dont nous faisons l'expérience. Depuis près d'un an, nos grands fabricants, nos directeurs de chemin de fer et autres industriels se rendent à chaque instant en Amérique pour découvrir le secret des Américains qui ont réussi à envahir nos marchés.

Ce n'est pas le seul indice encourageant. Un peu partout, dans notre pays, nous pouvons voir des maisons anglaises acquérir des moyens de combattre les Américains même sur leur propre terrain. Pour la fourniture d'appareils électriques, une Compagnie anglaise du nord de l'Angleterre, qui a franchement reconnu les conditions qu'impose l'industrie moderne, a fait venir un directeur américain, se sert de machines amérciaines et emploie, somme toute, le système américain. Il en résulte qu'ils commencent déjà à faire une concurrence sérieuse aux Compagnies américaines pour un grand nombre d'appareils électriques.

Ce que cette Compagnie a fait peui^être accompli par d'autres. L'essai déterminé qu'ont tenté les Américains pour accaparer le commerce du cycle a démontré que le fabricant de bicyclettes anglaises était de taille à

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lutter contre son rival de l'autre côté de l'Atlantique. Les montres de provenance américaine ont pendant quelque temps obtenu un succès éclatant. Les Anglais, cependant, ont prouvé qu'ils pouvaient très bien soutenir la concurrence. Aujourd'hui, ils montent une fabrique de meubles et autres accessoires de bureau, à Londres et à des conditions qui leur permettra de concurrencer les Américains. On peut compter que l'Anglais ne se laissera pas vaincre sans opposer une résistance désespérée, mais l'énergie des Compagnies anglaises ne saurait guère se maintenir contre le nombre toujours croissant des Américains qui s'établissent dans notre pays. Une indication de ceci, c'est rétablissement récent de ta fabrique Westinghouse à Manchester, qui fonctionne sous la direction d'un Américain et qui sera dirigée selon le système américain.

Une institution américaine, la Compagnie d'as s lira nce la Mutuelle de New-York-, occupe un immense immeuble dans la cité de Londres, et quoique son directeur soit né Américain il <-st néanmoins tout à fait Anglais.

D'ici peu nous verrons s'élever chez nous des hôtels américains; et en ce moment il en est un en cours de construction, que l'on dit devoir être le plus grand du monde. Deux des plus grands magasins américains, dans le genre du Louvre et du Bon Marché, doivent s'établir prochainement à Londres. M. Yerkes se dispose à modifier notre chemin de fer souterrain et à apporter une amélioration radicale à notre système de tramways. Deux autres Américains entreprenants attendent avec impatience l'autorisation d'établir un système de tubes pneumatiques au moyen desquels les

colis seraient distribués dans tous les quartiers de la ville. John Bull a besoin de se réveiller, car il a une tâche difficile devant lui, mais les résultats n'étonneront personne autant que ces Américains qui, avec tant de sang-froid, paraissent disposés à vendre la peau du lion avant de l'avoir tué.

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