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CHAPITRE PREMIER

Le secret de la force des Américains n'est pas unique.

Il est dû à des causes multiples, concourant à faire de l'Amérique moderne un réservoir d'énergie* et à en faire le type par excellence de la nation propre à la lutte.

Le succès de la race américaine peut s'expliquer de bien des façons.

Vous avez affaire à une race jeune et vigoureuse ayant à sa disposition les innombrables trésors d'un continent vierge.

Dans cette race a été infusée au plus haut degré, l'énergie vitale de nombre d'autres races, grâce à une sorte de sélection naturelle qui a éliminé les plus faibles et les moins audacieux. Ce formidable amalgame d'énergies hétérogènes a donné naissance à une nouvelle race

« composite » qui se trouve en face des grands problèmes de l'humanité sans traîner derrière elle le bagage encombrant des préjugés, des traditions, des vieilles idées qui étouffent les nations du vieux monde : ces Américains n'ont besoin de se débarrasser d'aucun maillot pouvant gêner leurs mouvements !

Ils s'éveillent à la vie comme Minerve bondissant du cerveau de Jupiter, sans avoir besoin de se délivrer des entraves de l'enfance, qu'elle a évitées.

Ils ont aussi l'immense avantage de vivre dans une atmosphère spéciale, qui, dans beaucoup d'autres pays, exciterait une perpétuelle surprise.

Tout cela contribue à faire la force des Américains, et leur donne comme un inaliénable capital dont on ne peut même espérer de les dépouiller, et qui appartient en propre à l'Amérique aussi bien que les chutes du Niagara ou la vallée du Mississipi.

Mais il y a d'autres causes qui contribuent largement à établir la force américaine, cette force qui est un véritable monopole :

« Le succès des Américains, disait un Juif fort remarquable qui était né dans l'Ancien-Monde et avait vécu dans le Nouveau, peut être attribué à deux causes. La première est la concentration absolue de tout le génie de la race sur les choses de l'industrie. En Allemagne, le maintien, l'entretien, 1 organisation de l'armée retiennent tous les esprits et entraînent fatalement ceux-ci à l'étude des questions militaires. En Italie et en France on s'abandonne tout naturellement à l'étude des arts, ou, pour ce qui concerne l'Eglise romaine, à des spéculations théologiques, ou à l'organisation d'un vaste

pouvoir ecclésiastique. En Angleterre, il y a un gros éparpillement d'énergie; le génie du peuple anglais ne suit pas une seule direction mais bien une demi-douzaine au moins; il se préoccupe du commerce, des colonies, de la marine; il est loin aussi de négliger la littérature, et s'adonne, en outre, passionnément au sport. Mais aux Etats-Unis, le génie de la race entière n'a qu'un but, unique, bien déterminé : la conquête de la richesse. C'est cela que les Américains poursuivent de toute la force de leur volonté, distançant aisément sur ce terrain tous leurs rivaux dont l'énergie s'émiette sur tant de sujets ! »

Et le même auteur continue :

(( Voilà l'un des secrets du succès américain. Mais il y en a un autre auquel j'attache même plus d'importance. L'indulgence est la perte de l'énergie. Voilà deux cents ans que, dans les nouveaux Etats anglais, l'austère discipline de la moralité puritaine réprime, avec une main de fer, les instincts brutaux qui conduisent à une vie relâchée. Chaque génération qui vit et meurt, vit et meurt en se soumettant volontairement à une contrainte plus impitoyable que celle que vous pouvez observer chez toutes les autres nations. Et c'est cette énergie concentrée qui est transmise aux générations suivantes. Aussi voyons-nous maintenant les effets de cette double force, effets qui pénètrent le monde entier d'admiration. Et le stock d'énergie que les Américains ont amassé en deux siècles n'a pu être acquis, comme les grosses fortunes lentement économisées, que par de longues années de luttes patiemment engagées en dépit de toutes les tentatives ambiantes. Combien d'années durera cet état de choses?

c'est là une autre question, mais, pour le moment, nous ne pouvons vraiment prévoir quand ce merveilleux réservoir d'énergie sera épuisé. »

Cette constatation, à vrai dire, ne nous avance pas beaucoup, car il est plutôt difficile de créer de toutes pièces de nouveaux ancêtres du type puritain !

Il faut, par conséquent, chercher ailleurs si nous ne pourrions trouver quelque secret dont il nous serait possible de profiter.

Il y a, en tous cas, trois éléments de la force américaine qui sont certainement susceptibles d'exportation.

Le premier est l'éducation; le second, le goût de la production; le troisième, la démocratie.

Chacun de ces trois éléments vaut un examen spécial.

Il y a environ soixante-dix ans, quand Cobden visitait les Etats-Unis, il considéra, avec son coup d'oeil sûr, l'éducation très soignée du peuple américain en général comme le secret de la marche ascendante de celui-ci.

Il s'exprimait en ces termes :

(t L'extension de l'éducation aux Etats-Unis, y est probablement plus calculée que dans toutes les autres contrées en vue d'accélérer le progrès des masses vers un degré supérieur de civilisation et de force. La trente-sixième partie des terres publiques, dont il y a des centaines de mille de milles carrés sans propriétaires est conservée dans un but d'instruction. Si le savoir est la force, et si l'éducation procure le savoir, alors les Américains deviendront le peuple le plus puissant de la terre, inéluctablement. Le génie même de la

législation américaine est opposé à l'ignorance du peuple, comme l'ennemi le plus mortel d'un bon gouvernement... Il y a maintenant plus de six fois autant de journaux et de lecteurs de l'autre côté de l'Atlantique qu'en Angleterre. Beaucoup aiment à décrier la lecture des journaux, mais nous encourageons tout ce qui est fait dans le but de forcer l'humanité à penser, toute chose qui détourne l'esprit du moment présent, et le conduit à réfléchir sur le passé ou l'avenir, qui le sauve de la domination complète des sens, et qui est propre à exalter en nous la valeur de l'être. Que ce soit un journal ou un livre qui conduise à ce but, ce facteur mérite d'être honoré par les philanthropes éclairés. »

Il y a une maxime de Confucius, qui fut souvent citée lorsque les armées françaises se présentèrent devant les Allemands. — Celui qui conduit à la guerre un peuple ignorant le perd. — Les victoires gagnées sur les champs de bataille français furent remportées par les professeurs allemands; et c'est dans les petites maisons d'école où les maîtresses enseignèrent des garçons et des filles, à la fois, durant plus d'un siècle, que nous devons aller pour trouver le point fort de la République américaine.

Il n'y a pas beaucoup plus de trente ans que l'Angleterre rendit l'éducation obligatoire; et c'est en- . core plus récemment qu'elle devint gratuite. Mais l'édu- . cation fut universelle, gratuite et obligatoire aux Etats- Unis dès la formation même des colonies de la Nouvelle-Angleterre.

Nos Pères-Pèlerins commencèrent d'abord par fonder un temple dans lequel ils pussent prier Dieu comme ils l'entendaient; mais, après l'établissement de l'église,

leur premier soin fut d'ouvrir une école. De là, le niveau intellectuel des États-Unis, malgré l'immense immigration de 19 millions d'Européens ignorants. Dans cette vaste république, tout le monde sait au moins lire et écrire, et sur cette base, les Américains ont élevé une superstructure d'éducation qui fait le désespoir des Anglais. M. Frédéric Harrison, lorsqu'il vint visiter les Etats-Unis en 1900, vne se contenait pas d'étonnement et d'admiration devant l'énergie déployée, l'importance et le rôle donnés "à l'éducation.

« Le mécanisme de l'éducation en Amérique, dit-il alors, doit être au moins dix fois supérieur à celui du Royaume-Uni. Les carrières ouvertes aux femmes sont au moins vingt fois plus nombreuses que chez nous, et elles se présentent de façon à égaler celles offertes aux hommes tant en nombre qu'en choix. »

« D'après des statistiques publiées cet automne par le Scientific American, il y a 629 universités et collèges aux Etats-Unis dont la valeur totale est évaluée à 68,000,000 de livres sterling. Le revenu total était de plus de 5 millions et demi de livres sterling. En une seule année, 1898-99, les dons faits à ces institutions s'élevèrent à 4,400,000 livres sterling. Le nombre des élèves préparant leurs grades universitaires ou ne suivant que de simples cours, dans ces universités, collèges, écoles, était de 147,164. Pour les trois professions libérales : le droit, la médecine, la théologie, il n'y eut d'inscrits que 43,913. Le nombre d'étudiants par million qui était de 573 en 1872, s'éleva à 770 en 1880, à 850 en 1890, tandis qu'en 1899, il s'était élevé à 1,196, plus du double en vingt-huit ans.

(( On pourrait écrire un livre entier sur la compa-

raison et le contraste des systèmes d'éducation de l'Angleterre et des Etats-Unis. Mais point n'est nécessaire de fatiguer le lecteur avec des statistiques. La supériorité des Américains est prouvée à ses débuts par une différence fondamentale entre les deux nations.

<( En Amérique, chacun, du plus riche au plus pauvre, considère l'éducation comme un bienfait, une nécessité de la vie, et réclame la plus grande somme possible de connaissances dans le pays entier.

(( En Angleterre, Sir John Gorst, lui-même, Ta reconnu, les classes élevées considèrent l'éducation comme inutile pour les classes laborieuses. Le gentilhomme fermier, et en général, la classe qui s'habille pour dîner, sont de cette opinion que ceux qui ne vont pas dans le monde sont mieux sans instruction ; Sir John Gorst, le ministre officiellement responsable de l'instruction publique, a affirmé cela, d'ailleurs, en des termes qui ne laissent aucun doute à ce sujet.

« C'est en cela que se différencient les Anglais et les Américains.

<( Nos hommes éclairés et de progrès, ceux qui ont bénéficié des avantages d'une éducation supérieure, des anciennes universités d'Oxford et de Cambridge méconnaissent le besoin qu'ont les enfants des agriculteurs, ou des marchands de quatre-saisons de recevoir la meilleure éducation que l'Etat puisse leur donner. L'éducation en Angleterre n'est pas considérée comme un bon placement de fonds. De sorte que, tandis que des Américains millionnaires éprouvent du plaisir à répandre des millions pour la création d'universités, d'écoles spéciales et de tout le matériel scolaire dont il faut les compléter, ici les legs en faveur de l'enseignement sont

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misérables. M. Carnegie, Ecossais, mais naturalisé Américain, a donné plus d'argent, en un seul chèque, que tous nos millionnaires réunis n'en ont donné à nos universités durant le quart du siècle passé. Jusqu'à ce qu'un revirement se produise dans l'esprit de notre pays, que la Société, avec un grand S, reconnaisse qu'à moins que notre peuple s'instruise ce sera sa fin, nous ne verrons aucune amélioration matérielle. Rien ne sera fait jusqu'à ce que nos ouvriers arrivent à forcer le Parlement à donner à chaque enfant d'ouvrier une aussi bonne éducation et une aussi égale chance d'arriver à une carrière universitaire (s'il en est capable) que s'il avait émigré aux Etats-Unis. »

«Deuxièmement, les encouragements à l'augmentation de la force productive. La seconde cause du succès américain, que nous pourrions nous approprier, si nous voulions, est celle de l'amélioration de leurs méthodes de production. Nous avons besoin de plus de machines, de meilleures machines, et nous ne devons pas nous borner à leur rendement. L'état d'esprit qui conduisit aux émeutes des mécaniciens dans le Yorkshire au commencement du siècle est encore latent parmi les ouvriers anglais. Il est inutile de rappeler les maux passés mais on ne peut pas malheureusement nier plus longtemps que notre progrès industriel est arrêté dans deux directions, premièrement, par la répugnance de l'employé à acheter de nouvelles machines, et en suite par l'opinion que moins un ouvrier fait de travail plus il en reste à faire pour autrui.

« La difficulté provient, en ce qui concerne les machines, principalement, du préjugé qu'ont les Anglais à l'égard des bonnes et solides machines, qui, une fois

construites, doivent durer longtemps; Cest délibérément que les Américains se servent de machines peu solides qui s'usent vite, parce qu'ils calculent que quand la machine aura supporté tout le travail qu'elle peut faire, il y aura de nouvelles améliorations qui forceront à acheter un nouvel outil; alors l'ouvrier achète un article à bas prix, l'use rapidement, et le remplace par un neuf muni de tous les derniers perfectionnements. L'Anglais trouve qu'il a une machine presque aussi bonne qu'une neuve, alors que l'Américain a usé la sienne et juge qu'il est temps de la mettre au rebut. Il y a aussi une certaine préoccupation d'économie de travail en ce qui concerne les machines, de la part de beaucoup d'ouvriers qui considèrent ces mêmes machines comme les propriétaires de diligences considéraient les locomotives. On calcule que chaque locomotive qui sort d'un atelier fait le travail d'autant de chevaux que représente sa force en cheval-vapeur, et il n'v a jamais eu autant de travail pour les mécaniciens que depuis que l'introduction des machines économisant le travail est devenue universelle. L'erreur populaire qui, prétend que ce qui économise du travail accroît la misère du travailleur, n'a jamais été mieux prouvée que par l'histoire du Tsar et de l'ambassadeur hollandais, qui se rencontrèrent au xvir3 siècle, sur les bords du Volga. De grandes barques remontaient le courant, halées par des bandes de 200 moujiks, qui étaient attelés ù. une corde, de sorte qu'avec une grande dépense de fatigue et de sueur ils tiraient leur lourde escadre à La vitesse de deux milles à l'heure, environ. Le Hollandais s'adressa au Tsar et osa respectueusement lui démontrer qu'avec sa permission il (le Hollandais) pourrait

garnir un mât de sa voile ce qui permettrait au vent de faire avancer le bateau plus rapidement sur l'eau sans avoir besoin de ce halage d'hommes. Le Tsar écouta un instant et réprima sévèrement l'aventureux Hollandais. « Comment osez-vous, dit-il, me proposer d'adopter un tel parti qui ôterait le pain de la bouche de ces pauvres diables ! »

Les moujiks continuèrent leur halage.

Chacun comprend l'absurdité d'une telle réplique, mais, au fond, c'est exactement le même esprit qui inspire les objections que Ton fait aux machines économisant le travail.

Ceci, cependant, est moins un danger que l'esprit de ces objections, sur lequel l'attention du Times et d'autres journaux a été attirée par des articles récents, qui conduisent les ouvriers à flâner délibérément sur leur travail avec l'idée que, moins ils en font, plus il en reste pour le camarade. Le même esprit se montre dans l'extrême facilité avec laquelle les travailleurs tendent à ne faire que leur travail accoutumé, malgré la presse ou la nécessité. Il est des industries où nous sommes presque arrivés à l'extrême division du travail qui prévaut aux Indes et qui nécessite l'emploi de 20 ouvriers quand il n'en faudrait que 3. La folie de cette perte inutile de forces est reconnue par les leaders les plus intelligents des classes ouvrières, et les expériences de la compagnie Westinghouse et de leurs ateliers de Manchester donnent de grandes espérances. A la suite de l'introduction de contremaîtres américains, et après une franche explication, les Américains déclarèrent qu'ils ne trouveraient au-

cune difficulté à faire produire autant à nos Anglais en Angleterre qu'aux Anglais ayanl émigré en Amérique.

Mais nous ne pouvons faire conduire tous nos ateliers par des contremaîtres américains, et il n'est pas désirable que les Anglais dans leur propre pays descendent au niveau des Gibeonites, qu'ils soient chargeurs de bois ou portefaix à gages de la race supérieure. Le meilleur moyen de tourner la difficulté est la mise en pratique d'une méthode quelconque d'association, de partage de bénéfices, qui forcerait chaque travailleur à comprendre qu'il a un intérêt personnel à la prospérité de l'entreprise. Maintenant, il sent trop souvent qu'il n'a rien personnellement à gagner à se mettre corps et ame au travail. L'actionnaire et non l'ouvrier récolte le bénéfice. Tourner cette difficulté n'est pas impossible, comme le montre l'expérience de M. Georges Livesey à la compagnie du Gaz du South Metropolitan. La participation aux bénéfices, puis l'association, et la production coopérative ensuite, sont les trois étapes qui nous feront sortir des difficultés dans lesquelles nous nous débattons actuellement.

L'essai des Coopérative Works de Leicester et des environs justifie les résultats excellents que l'on serait en droit d'espérer si la conscience d'un intérêt mutuel était la règle au lieu de l'exception dans l'industrie anglaise.

Pas plus ici qu'aux Etats-Unis, nous ne pouvons espérer voir surgir l'effort individuel comme aux premiers jours de l'industrie américaine. La trade-union deviendra vraisemblablement plus puissante dans l'avenir. Elle fait un vigoureux appel aux aspirations socialistes qui paraissent, en Amérique, aussi bien que

dans ce pays, être un facteur grandissant de l'organisation de l'industrie; mais cela n'est point une raison pour que des trade-unions n'encouragent pas l'effort individuel chez leurs propres membres. Ce serait une erreur grave, cependant, de penser que les trade-unions sont les seuls obstacles. Nous avons à combattre la répugnance de la part des patrons à reconnaître que leurs ouvriers ont des intelligences qui pourraient être utilisées. L'ouvrier américain qui suggère une amélioration à la machine dont il se sert est encouragé, récompensé. En Angleterre, on lui dit trop souvent de s'occuper de ce qui le regarde.

S'il en est ainsi pour les employés, il en est de même en ce qui concerne la loi. Nos lois sur les brevets d'invention, au lieu d'encourager l'esprit inventif de ceux qui ont de l'imagination mais pas d'argent, circonviennent absolument le malheureux et le laissent sans aide, dans l'impossibilité de tirer parti de ses inventions. Sir John Leng dans un récent discours à Dundee, montra très clairement ce contraste entre le système anglais et américain.

La loi sur les brevets en Amérique protège le breveté pendant dix-sept ans moyennant une dépense totale de 8 livres sterling. Pour obtenir un brevet, pour quatorze ans, en ce pays, il faut faire une dépense de 99 livres sterling. Le bureau américain des brevets d'invention fait un examen sérieux du brevet demandé, et, s'il est nécessaire, on aide le demandeur à présenter son projet convenablement. Avec ce stimulant, lï n'est pas surprenant que le génie inventif de l'Américain ait dépassé celui du Vieux-Monde. On peut remédier à cela, heureusement, car notre bureau des brevets d'invention

est une de ces institutions que Ton peut américaniser le plus facilement du monde.

La troisième cause du succès américain que nous pourrions aussi nous approprier est celle qui provieni de l'adoption franche et de l'application suivie du principe démocratique.

M. Choate, ambassadeur américain à la Cour de Saint-James, a déclaré publiquement en un discours à New-York :

« Après tout ce que j'ai vu dos autres pays, il me parait absolument clair que le principe primordial sur lequel repose les institutions américaines, l'égalité politique absolue de tous les citoyens devant le suffrage universel, est le secret du succès américain. Aidé par ce système d'éducation, qui permet à chaque citoyen de suivre ses goûts et d'agir en liberté, le pays fut mis dans la voie du succès auquel il a atteint. »

« Je n'ai aucun doute, disait De Tocqueville il y a de rela plus de soixante ans, que les institutions démocratiques des Etats-Unis,' s'accordant avec la constitution physique du pays, soient les causes (pas directes, comme on la si vivement affirmé, mais indirectes) de l'activité commerciale de ses habitants. » Il ajoute, plus loin : « la démocratie ne donne pas au peuple le gouvernement le plus habile, mais produit ce que les gouvernements les plus forts sont souvent incapables de créer, une force superabondante et une énergie qui en est inséparable, et qui peut, même y aurait-il des circonstances défavorables, produire des merveilles. »

Quant à. l'influence des institutions démocratiques M. Wideneos de Philadelphie, discutant la connexitér

entre la démocratie et les affaires, a dit, récemment, à M. E. Curtis :

« Notre plus grand succès dans l'industrie et le commerce provient de la haute intelligence et de la remarquable éducation des prolétaires Américains. Les Etats-Unis sont une démocratie dans laquelle tout le monde a égale chance et qui permet l'ambition. Quels sont les hommes qui conduisent les affaires dans ce pays. Neuf sur dix d'entre eux ont commencé au bas de l'échelle et humblement, mais la route était libre pour tous et le plus intelligent arriva le premier au succès.

« En Angleterre les chances sont comparativement limitées, et les plus basses classes n'ont pas d'ambition, non plus que d'encouragement à économiser ou à s'améliorer. Il n'y a aucune utilité pour un jeune homme à s'instruire, ou à tendre à des situations élevées, s'il ne peut y prétendre. Les plus renommés, les plus considérés d'entre nous sont sortis de la basse classe. Plusieurs de nos plus grands personnages ont eu des parents travaillant à la journée qui leur donnèrent de bonnes constitutions, de l'instruction et des possibilités de réussite. De tels hommes, maintenant conduisent le monde financier, commercial et politique. »

Nous avons démocratisé nos institutions, mais nous sommes encore loin d'appliquer le principe d'une façon telle que chacun ressente le stimulus de l'égalité de responsabilité.

Il n'est pas nécessaire de poursuivre ce sujet en détail, mais il vaut la peine d'être remarqué qu'à présent, les seules institutions agissantes de ce pays grâce auxquelles nous pouvons affirmer d'être en progrès sur les

Etats-Unis, sont nos municipalités, où le principe de démocratie a été suivi le plus complètement, et beaucoup plus que dans le Parlement impérial.

Imaginez le conseil de Londres réuni à une seconde Chambre, dont les trois-quarts seraient les propriétaires fonciers de Londres, avec un droit de veto sur toutes les lois votées par le Conseil ! Pourrait-on imaginer rien de plus certain pour choquer l'esprit qui a donné une vie nouvelle à Londres ces dix dernières années? Les institutions aristocratiques, certes, ont leur avantage, mais elles ne tendent point à développer dans la masse du peuple un sens pénétrant de dignité personnelle.

Elles paralysent effectivement la conscience de la force individuelle qui dirige les esprits vers l'énergie et le respect de soi-même qu'il faut aux citoyens d'une République.

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