‹ L'américanisation du mondeChapitre 37 sur 42 · VERS L AVENIR · texte numérisé non relu

VERS L AVENIR

la nature des choses, mais des préjugés et des opinions du monde autant de ce côté que de l'autre de l'Atlantique. »

Alors, on s'occupa brièvement de quelques-unes des objections qui furent faites, objections auxquelles le temps a répondu si effectivement que nous n'avons pas besoin de les rappeler ici. Mais en combattant une de ces objections qui pouvaient être élevées par les Américains — que leur éloignement du siège du gouvernement pouvait les exposer à beaucoup d'exactions — il employa ces remarquables expressions :

(( L'éloignement de l'Amérique du siège du gouvernement que pourraient faire valoir les habilants de ce pays, avec quelque apparence de raison, ne saurait être une raison longtemps valable. Tel a été le progrès de ce pays en richesse, en population, que dans un peu plus d'un siècle, peut-être le produit des impôts américains, pourrait dépasser celui de l'impôt anglais. Le siège de l'Empire serait alors transporté, naturellement, vers la partie de l'Empire qui contribue le plus à sa défense générale et à son maintien.

La pensée impériale, en conséquence, avant la scission de l'Empire, était que si l'Empire s'était maintenu, sa capitale, avec le temps aurait été transférée du Vieux-Monde dans le Nouveau.

La même idée a été exprimée l'autre jour avec une beaucoup plus grande éloquence par lord Roseberry en son discours de lord recteur aux étudiants de l'université de Glasgow :

» Lorsque les Américains devinrent la majorité, le siège de l'Empire aurait peut-être pu être transporté solennellement au delà de l'Atlantique; la Grande-Bre-

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tagne serait devenue le reliquaire historique, la garde avancée en Europe de l'Empire du Monde... Quelle extraordinaire révolution aurait été accomplie! La plus grande connue, sans verser une goutte de sang, le plus sublime transfert de forces dans l'histoire de l'humanité. Notre imagination ne peut se figurer cet exode à travers la mer. Le plus grand souverain, dans la plus grande flotte de l'univers, ministres, gouvernement, parlement, partant solennellement pour l'autre hémisphère, non comme ce fut le cas du souverain portugais émigrant vers le Brésil, par nécessité, mais forcé par l'étreinte vigoureuse d'un monde plus jeune. »

Il admit que le résultat ne pouvait guère se supposer réellement, mais il continua de philosopher sur les conséquences qui n'auraient pas manqué d'arriver :

« L'Amérique se serait accrochée aux jupes de l'Angleterre, et l'aurait arrachée des complications européennes. Elle aurait profondément suivi la politique étrangère de la mère-patrie dans la voie de la paix. Son influence dans notre politique intérieure n'aurait pas été moins grande. Cela aurait probablement apaisé l'Irlande. L'antique constitution de la Grande-Bretagne aurait été rendue plus libérale et plus élastique. D'un autre côté, le mouvement américain vers la liberté aurait pris une forme différente. Il n'y aurait pas ou de guerre d'indépendance, pas de guerre de 1812, avec les souvenirs pleins d'amertume laissés sur le sol américain. Pour assurer ce bienfait inappréciable, j'aurais accepté de voir le parlement fédéral anglais siéger dans le territoire de la Colombie. »

La question que je veux soulever dans la présente étude est de savoir si la réalisation du rêve de

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Lord Roseberry est, même maintenant, en dehors de la politique pratique. Est-ce que la conquête de l'établissement d'un parlement fédéral parlant anglais sur le sol américain, ne serait pas un immense bienfait? L'Ii lande est encore à Satisfaire; la constitution anglaise, qui manque d'élasticité, n'est plus d'aucun service pratique: le parlement impérial ne montre aucun désir d'accepter des représentants de ses colonies éloignées; et le danger de dissensions entre l'Empire et la République, quoique dissimulé en apparence, augmente mathématiquement comme les ambitions maritimes des Etats-Unis. Dans sa forme originale, le rêve de lord Roseberry, certainement ne pourra jamais être réalisé. La possibilité d'unir tout ce qui parle anglais sous le sceptre d'un souverain anglais, a disparu pour toujours quand Georges H! lit la guérie aux colonies américaines.

Mais parce que nos grands parents par leurs préjugés et leur passion anéantirent la possibilité de réaliser un grand idéal, il n'y a aucune raison pour que nous, leurs fils, nous ne tentions de détruire les mauvais résultats de leur folie en essayant d'obtenir l'unité de la race par les seuls procédés qui sont encore à notre disposition.

La réunion sous YUiùon JtfCfc, étant devenue impossible par nos propres fautes, pourquoi ne cbercherionsnous pas la réunion sous les Etoiles et les Bandes? Nous pourrions, d'ailleurs, conserver l'Union Jack comme drapeau local, comme, dans l'Afrique du Sud fédérée, nous pourrions autoriser les Boers du Transvaal à conserver le Yieikleur. Mais les temps sont passés où le drapeau de l'Angleterre pouvait espérer

être accepté par la majorité des peuples parlant l'anglais.

Il y a de longues années, lorsque le défunt comte de Derby était ministre des colonies du cabinet de M. Gladstone, il discuta cette question avec leDrE.-J. Dillon, le correspondant bien connu maintenant du Daily TelegrapJi.

Le Dr Dillon lui demanda en qualité de ministre des affaires étrangères de Grande-Bretagne, ce qu'il pensait que devrait être la politique étrangère de l'Empire. Lord Derby répondit qu'il pensait qu'il vaudrait mieux pour le pays ne pas avoir de politique étrangère du tout, ce qui amena alors le Dr Dillon à lui demander quel était le but qu'il se proposait d'atteindre dans l'avenir.

Lord Derby reprit :

« L'idéal le plus élevé que je puisse prévoir dans l'avenir pour mes concitoyens, c'est l'époque où nous serons admis dans l'Union américaine, pour ne former qu'une grande fédération. »

On pourrait déclarer que lord Derby était un Petit Anglais, et, par conséquent, hors de Cour. Mais cette objection ne peut être faite à M. Rhodes qui, plus que personne, incarne l'esprit de l'impérialisme anglais. Mais M. Rhodes, quoiqu'il n'aurait pas adopté les termes de la déclaration de lord Derby, est absolument d'accord avec lui sur le point principal.

<( Si seulement nous avions pu nous tenir unis, dit-il, il n'y aurait pas eu besoin de fondre un seul nouveau canon dans le monde entier. La fédération du monde parlant anglais, serait assez puissante pour imposer

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