VERS L AVENIR
le règlement de toutes les çftierelies internationales, par une méthode plus rationnelle que la guerre. »
Mais ce sujet n'est point un de ceux dont les politiciens parleront beaucoup. Aucun de ceux qui vont dans les milieux politiques et journalistiques, ne peut ignorer que beaucoup des plus impérialistes verraient d'âme et de cœur, l'Empire britannique et la République américaine s'unir et former les États-Unis du monde parlant anglais.
Les Etats-Unis, déclarent quelques-uns, sont assez grands, pour ne s'occuper que d'eux-mêmes. Ce peuple n'a plus besoin d'une alliance anglaise, qui pourrait amener des complications considérables, et pousser la République dans des embarras, dont les Américains se révolteraient.
Ce ne sont point, en effet, les Américains qui prendront l'initiative. L'idée a môme froissé quelques-uns d'entre eux, comme faisant entrevoir des possibilités bien au-dessus de leur compréhension. Il n'y a encore que peu d'éléments d'appréciation d'un côté ou de l'autre, en ce qui concerne l'attitude probable des foules, de la masse du peuple américain, si cette question lui était présentée d'une façon définitive, pour être mise en pratique.
Nous avons eu cependant l'occasion de discuter ce point récemment encore, avec deux Américains de grande valeur, qui sont singulièrement bien placés pour se former un jugement à ce sujet.
Sir Hiram Maxim écrivit, après la discussion :
« J'ai beaucoup songé à la longue et intéressante conversation que j'ai eue avec vous hier, et quoique je n'aie pns Tcspoir de vivre assez longuement pour voir
208 l'américanisai ion du monde
l'accomplissement de ce que vous rêvez, cependant. je ne serais pas étonné que l'enfant qui sera témoin de l'agglomération de toutes les nations parlant anglais, en une seule grande confédération formant la plus grande, la plus riche et la plus puissante des nations que le monde connaîtra jamais, ne soit déjà de ce monde, Je crois qu'il est vrai que cela arrivera; ce n'est qu'une question de temps et de civilisation. »
Nous vîmes M. Carnegie avant qu'il quittât Londres pour New-York. Il dit alors :
(( Qu'ai-je publié dans le Norlh American Review, il y a huit ans... Nous allons en avant, formellement, vers de nouveaux Etats-Unis... Votre peuple ne fait que se conformer à l'irrésistible courant des forces qui dominent la situation. »
« Et cela va se produire, beaucoup plus vite que vous autres du Vieux-Monde ne l'imaginez. »
Dans sa Démocratie triomphante M. Carnegie maintint que la Constitution américaine offrait une bien préférable liberté et en môme temps un système de gouvernement plus souple que celui qui était en faveur en Europe.
Nous allons rappeler ici quelques-unes des raisons qu'il donne à l'appui de sa thèse, ainsi que les résumés des titres des chapitres ayant trait aux choses politiques et constitutionnelles :
« Chap. 7. Le drapeau d'une natioji, qu'il flotte sur mer ou sur terre, est le symbole et la garantie de l'égalité du citoyen.
<( Chap. 8. La Constitution à laquelle personne ne propose de changements, dont les lois peuvent demeurer
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ce qu'elles sont et plaisent à tous, est ce qu'il faut aux citoyens de cette nation.
<( Chap. 9. La nation qui possède la seconde Chambre idéale, l'assemblée la plus atfguste du monde, le Sénat américain.
«< Chap. 10. La nation dont la Cour suprême est Bambitiondeï'ex-premièr ministre <!<> Ut terre pu le ru cl le Lord Salisbury).
« Chap. 11. La nation dont la Constitution est « le plus parfait travail créé par l'esprit au service de l'homme » d'après le premier ministre actuel (M. Gladstone).
(( Chap. 12. La nation la plus profondément conservatrice de ce qui est bien, de ce qui est basé sur l'égalité du citoyen. »
Depuis la publication de la Déclaration triomphante M. Carnegie a discuté ces questions en des articles parus dans des revues anglaises et américaines, principalement dans le Ninetecnlh Cenlury de septembre 1891, dans un article intitulé : m La Fédération impériale, au point de vue américain » et en juin 1892, dans le North American Review : « Un regard en avant ». Il a encore écrit beaucoup d'autres articles, mais ceux cités par nous sont les principaux.
Il terminait son dernier article par la profession de foi suivante, déclaration que certains pourraient considérer comme une simple fantaisie, mais qui, pour un homme comme M. Carnegie, commande le respect, parce que cet homme a fait preuve d'une égale habileté à amasser, à jeter, et à donner des millions :
<( Que les hommes disent ce qu'ils veulent, mais j'affirme qu'aussi sûrement que le soleil dans les cieux
brilla sur l'Angleterre et l'Amérique unies, aussi certainement il se lèvera un matin et brillera encore joyeusement sur les Etats, unis à nouveau, de l'union américaine et britannique. »
Cette croyance était basée en premier lieu sur le fait que ce n'était que dans leurs idées politiques qu'il y avait quelque dissemblance. « Car aucune rupture, quelle qu'elle soit, entre les parties séparées n'eut lieu par suite de la langue, la littérature, la religion ou la loi. En cela, l'accord a toujours existé. Quoique séparées politiquement, les parties n'ont jamais pu rompre l'adhérence, la force, l'union de leurs anneaux. »
Il y a un mouvement perpétuel d'assimilation qui se produit entre les institutions politiques des deux pays.
(( L'idée de réunion — dit encore M. Carnegie — serait accueillie avec enthousiasme aux Etats-Unis... Aucun parti n'y mettrait d'opposition ; chacun tenterait de surpasser l'autre en approbation. »
Cobden avec son pamphlet l'Angleterre, VIrlande et V Amérique publié au printemps de 1835, mérite une mention, car il écrivit, immédiatement après son retour des Etats-Unis, qu'il croyait fermement u que notre seule chance de prospérité nationale était dans la réfection de notre système de gouvernement, de façon à le rapprocher autant que possible de la direction que savaient donner les Américains au leur. »
Près de soixante-dix ans se sont écoulés depuis lors et nous avons eu près de trente ans d'éducation populaire.
Sir Walter Besant, lorsqu'il discuta de l'avenir de la race, a beaucoup tablé sur ce fait que, tandis que tous les Etats qui étaient nés de la Grande-Bretagne .avaient
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eu à créer leur propre forme de gouvernement, que chacun était devenu une République, tandis que les colonies étaient toutes républicaines, virtuellement, la mère-patrie était moins républicaine qu'il y a soixante-dix ans. Dans les colonies, avec chaque génération, les idées républicaines s'insinuent plus profondément, et cela, pensait-il, amènera, comme il n'y a pas de tendance d'opinion'correspondante dans la mèrepatrie vers le républicanisme, une séparation véritable.
Mais en ce cas, nous pourrions nous séparer pour nous réunir à nouveau, et les bases de cette union seraient assez larges pour laisser une place aux Etats- Unis au centre du groupe. Il est probable que le Canada, l'Australie et le midi de l'Afrique trouveraient qu'il serait préférable de se coaliser avec les Etats-Unis plutôt qu'avec le Royaume-Uni.
Mais les institutions politiques de l'Angleterre paraissent sur le point de subir de considérables changements dans le sens de l'américanisme.
Le docteur Albert Shaw dans la Contemporary Review n'a pas ménagé ses appréciations en ce qui concerne les niais sophismes et les stupidités qui servirent d'argument pour empêcher les Irlandais de conduire leurs propres affaires en Irlande.
u Si, écrivait-il, les Américains avaient à assumer la tâche de réorganiser l'Empire britannique, ils ne perdraient pas de temps à télégraphier aux hommes influents aussi bien pour le Canada, à M. Rhodes, M. Hofmeyer, ou les autres fondateurs d'empire d'Afrique du Sud, aux habiles politiciens des Etats australiens et aux Anglais occupés un peu pni ïmit à maintenir la suprématie britanniquo.
Ils réuniraient un congrès au cours duquel ils feraient une proposition et inviteraient une Convention impériale à dresser un projet de Fédération.
Ce projet aurait à donner un Parlement impérial sérieux, à choisir dans les divers parlements du Royaume- Uni, qui s'occuperait de tous les travaux de l'Empire. La marine, l'armée, le service postal auraient des bases impérialistes. L'on établirait un absolu free'trade (libre échange) entre toutes les parties de l'Empire, tout en permettant de maintenir dans certaines des tarifs différents. On accorderait en fait le Home ride à l'Irlande, qui ne serait plus sous la dépendance du Royaume- Uni, mais sujette de l'Empire britannique. Les froissements qui ont si vivement affecté l'Angleterre et l'Amérique, ces dernières années proviennent de l'anormale situation politique du Canada.
Un système d'économie impériale unifiée pourrait bientôt conduire à une réciprocité de traités entre les deux fédérations parlant anglais, ce qui hâterait l'avènement d'un libre échange universel que tous les protectionnistes intelligents prévoient et désirent. »
Quoi que puisse penser le lecteur anglais du projet de reconstitution de notre Constitution, d'après le docteur Shaw, il y a une majorité, en ce pays, qui serait fort heureuse, vraiment, de voir procéder à des changements radicaux dans le but de rendre l'action au parlement et d'assurer la fédération de l'Empire.
Mais nous ne devons pas nous égarer davantage dans ces régions spéculatives.