LA CRISE HISTORIQUE
On crut à uae démolition soudaine, nouvelle, et comme on s'était fort exagéré l'importance des débats, on s'imagina constater une grande catastrophe.
' La réaction anticritique et sa réfutation empêchèrent les catholiques de se rendre compte des travaux scientifiques continués en dehors de chez eux : le clergé se trouva fort déconcerté quand il apprit leurs résultats. Il était d'autant plus désorienté que pour obtenir la tolérance, ses travailleurs avaient dû se borner à étudier des faits, à publier sans commentaires des documents dont ils ne tiraient point les conséquences et dont ils ne paraissaient même ne point comprendre toute l'importance. Mais à la longue une synthèse s'imposait de tous ces travaux et les lecteurs logiques ne pouvaient s'empêcher de la voir.
Léon XIII avait écrit une belle lettre sur l'Histoire et ouvert aux savants les archives du Vatican. L'événement récompensa mal ses actes. Les archives, quoiqu'elles aient été encore très incomplètement explorées, ont fourni nombre de pièces qui ont mis k néant des thèses que que les ultramontains français avaient intimement liées à l'honneur de l'Eglise, et comme' la science des catholiques français avait été acceptée de confiance par les catholiques des
ivC.(.H>glc
44^ LA CRISE DOGHATIQCE
autres nations, il en résultait une sorte de défaite générale.
Bien plus l'idée qui se dégageait irrésistiblement des études historiques était celle de l'évolution dogmatique ; or d'après la théologie traditionnelle sanctionnée par le concilç du Vatican, et répétée par Léon XIII dans la lettre Testent benevolenliae , la foi est un dépôt divin confié par le Christ à l'Eglise pour la gafder fidèlement et l'interpréter infailliblement, la foi n'est pas à l'instar d'une conception philosophique, proposée comme une chose à perfectionner(i). La foi ne change pas; on l'explique seulement plus clairement. Les dogmes possèdent une vérité absolue et ne représentent pas une valeur symbolique, transitoire. Il y avait donc un conflit entre l'ancienne conception de l'histoire dogmatique et la nouvelle. Despublications catholiques le laissaient entrevoir, comme Mgr Turinaz l'indiquait discrètement à ses collègues ;
« J'avoue humblement, leur écrivait-il, que Je trouve obscures certaines dissertations sur la vie du dogme {2), sur la dépendance de la Ihéolo-
(i) Voyez supra leiire Testem, p. 328.
(1) Titre d'un livre du R. P. de la Barre, S, J^, qui préteniion de réfuter le livre d'A. Sabaiier, Esquisst Philosophie de la religion.
ii,GtH>^k-