‹ L'américanismeChapitre 12 sur 120 · RELIGION AMERICAINE · texte numérisé non relu

RELIGION AMERICAINE

général l'esprit du Maryland n'est pas plus religieux que celui des autres Etats (3), •>

L'indifférence dogmatique commença donc à se répandre dès la fin du XVIIP siècle, aux Etats-Unis. Au commencement du XIX*, elle s'épanouit dans quelques doctrines particulières l'unitarisme et l'universalisme, en attendant Tagnosticisme. Les catholiques qui voulaient rester fidèles à leur religion ne furent point sans se ressentir de cette crise théologique.

Le plus souvent ils furent préservés d'une perte totale de la foi, parce qu'ils vivaient en communautés compactes groupées dans les villes, et parce que leurs prêtres ne la leur rendaient pas un fardeau insupportable.

Le clergé semble en effet avoir eu conscience de la situation. Il dégagea la foi de tous les accessoires traditionnels en Europe et qui l'auraient infailliblement perdue dans un pays de libre-examen et de tiédeur dogmatique. IL comprit particulièrement, comme l'explique M. de Tocqueville, « que les religions doivent moins se charger de pratiques extérieures dans les temps démocratiques que dans tous les autres ». C'est une nécessité.

(3) Ibid., VI, p. 3o6.

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RELIGION AMÉHICAmÈ 27

a Rien ne révolte plus Tesprit humain, dans les temps d'égaliié, que l'idéfe de se soumettre à des formes. Les hommes qui vivent dans ces temps supponent impatiemment les figures; les symboles leuc paraissent des artifices puérils dont on se sert pour voiler ou parer à leurs yeux des vérités qu'il serait plus naturel de leur montrer toutes nues et au grand jour; ils restent froids à l'aspect des cérémonies et sont naturellement portés à n'attacher qu'une importance secondaire aux détails du culte. Ceux qui sont chargés de régler la forme extérieure des religions dans les siècles démocfatiques doivent bieti faire attentioti à ces instincts naturels de rintelligence humaine pour ne pas lutter sans nécessité contre eux...

o Une religion qui deviendrait plus minutieuse, plus inflexible et plus chargée de petites observances dans le même temps que les hommes deviennent plus égaux, se verrait bientôt réduite à une troupe de zélateurs passionnés au milieu d'une multitude incrédule [i) fl.

Composées de fidèles de différentes races et de différentes langues, vivant ordinairement en bonne harmonie, beaucoup plus en peine de s'assurer une bonne vie présente que préoccupées d'une vie future, mettant la morale et la charité au-dessus des dogmes et des rites, les communautés chrétiennes des Etats-Unis ont toujours étonné les habitants de la vieille Europe,

(i)qp.ci(., m, p. 40-41.

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élevés généralement dans l'intolérance confessionnelle par des ministres qui insistaient sur la foi plus que sur les œuvres et qui prêchaient la seule nécessité du «salut». Dès 1795, La Rochefoucauld-Liancourt notait curieusement le spectacle religieux que lui offrait la petite ville de Reading.

« Il 7 a trois églises à Reading, une des quakers, une des caiholiques, une des luthériens. Les deux dernières sont fréquentées par les Allemands : on y prêche dans leur langue ; chacun paie pour le culte qu'il choisit, que souvent il ne suit pas, mais qu'il est dans son goût, dans son habitude et dans sa fantaisie de payer. Peu d'hommes vont à l'église habituellement, au moins peu de la première classe. Le culte est abandonné aux femmes, qui, moins occupées, vont à l'église comme aux spectacles ; souvent le matin à l'église luthérienne et le soir à l'église catholique. Les prêtres sont payés par souscription ; ils ont environ 400 dollars par an ; comme ils ne sont rien en politique, qu'ils ne peuvent être que prêtres, ils sont religieux, humains et tolérants. S'ils se conduisaient mal, on en changerait comme d'un cordonnier qui ferait mal des souliers. Ils vivent entr'eux dans la meilleure intelligence ; les sermons, dans les différentes églises, ne portent sur aucun point de doctrine, tous sur la morale. Les quakers épousent des luthériennes et des catholiques ; les luthériens et les catholiques se marient entr'eux, et avec des quakers. M. Read, auquel nous avons été adressés, a dix enfants; deux seulement ont été baptisés, les

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