HECKER
hommes, qui professent une religion parmi les nations européennes. Le christianisme clairement compris signifie l'Eglise, l'Eglise catholique. L'Eglise est Dieu agissant directement sur les hommes par une organisation visible, et par les hommes sur la société (i) ».
Hecker semble avoir pratiqué tout naturellement une grande vertu. Il dit expressément à une amie de sa mère qu'il n'avait jamais bu à l'excès, jamais péché contre la pureté, jamais blasphémé, jamais menti. Avec un tel passé et de telles dispositions, il était bien évident que le néophyte ne resterait point dans le monde, mais qu'il entrerait dans le sacerdoce ou dans un ordre religieux. Pour se préparer aux études ecclésiastiques, il se remit au grec et au latin dont il avait appris les rudimenis"au phalanstère. Le travail intellectuel ne lui réussit pas. Il écrivait dans son journal, le 28 août 1844: « N'est-ce pas pour m'ètre trop adonné à la lecture et à l'étude que j'ai, pour ainsi dire, perdu mon centre de gravité?... Je ne consacre pas autant de temps au travail que je ne le devrais et le pourrais. Je ne ferai jamais rien de bon, je n'y apporte pas tous mes efforts. Ce genre d'études m'a jeté dans une autre sphère; je ne l'aime pas. Je redoute quelque chose, sans
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trop savoir quoi. Dans dix ans ma destinée sera fixée, si tant est que j'en aie une (i) ».
En 1845, Heclter entra au noviciat des rédcmptoristes, et il y fit profession l'année suivante. On lui imposa deux années de philosophie et l'étude plus approfondie du latin, n En dépit de ses efforts les plus énergiques, le travail lui devînt tout d'un coup impossible, soit à cause des méthodes employées, soit parce que ses facultés avaient été surmenées par des phénomènes spirituels et par l'excès de ses austérités (2)- Après des semaines de travail, raconte-t-il lui-même, je parvins à réciter le Paler en latin. Finalement, la mémoire me fit tellement défaut pour mes études, que de guerre lasse, je portai tous mes livres à la bibliothèque et je dis au préfet des études que je ne pouvais plus rien acquérir par les livres. Je demeurai dans cet état d'incapacité deux ans en Hollande et un an en Angleterre. Je ne suivis aucune classe pendant ce temps (3). n Le P. Hecker devint un objet de scandale et de risée aux yeux de ses confrères, qui le prenaient pour un idiot, le méprisaient et s'amusaient même à lui jeter de la terre à la figure.
(i) Le P. Necker, p. 170-171.
(2) Ces deux hypothèses de l'hagiographe ne semblent pas concorder avec la citation précédente.
(3) Le P. Hecker, p. i96-;y7.
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HËCKER REDEMPTORISTE 2-y
Après s'être formé tant bien que ma! à la vie des missions, Hecker y consacra cinq années dans son pays. En iSôy, des débats relatifs à l'institution d'un noviciat spécial pour les Etats- Unis le déterminèrent à aller, au nom des religieux ses compatriotes, entretenir à Rome le supérieur général de la Congrégation. Il semble que les rédemptoristes étaient facilement tentés d'entreprendre ce voyage, car pour en prévenir les inconvénients, leurs constitutions le leur défendaient sous peine d'exclusion. Le P. Hecker le fit néanmoins. Il arrivait dans la ville éternelle le 26 août, et trois jours après, agenouillé dans la salle du Conseil de Tordre, il recevait du Père général, du Recteur Majeur, l'avis qu'il était expulsé de l'ordre du Très- Saint Rédempteur.
Hecker parait avoir ressenti une douleur aussi sincère que profonde, mais sans récriminer sur le passé ni perdre le temps à pleurer sur le présent, il se chercha des défenseurs et des protecteurs. Le résultat de ses négociations fut la fondation d'une nouvelle. société religieuse, les Paulistes, composée de quelques rédemptoristes américains groupés autour de lui et relevés de leurs voeux,
Yankees de naissance et se destinant à l'apostolat des Etats-Unis, les nouveaux religieux
ivC.tH>t^le
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prirent de propos délibéré un air américain très caractérisé.
Hecker avait toujours regretté que le catholicisme et ses prédicateurs eussent, dans son pays, un air étranger. Il voulut lui donner en tout un aspect populaire et national, à tel point qu'il porta sa barbe avec la coupe américaine. Comme il avait un type de figure bien américain et un extérieur qui n'était pas précisément ce qu'on appelle clérical (i), ce missionnaire semblait- véritablement un » yankee ».
L'auteur de sa vie raconte ainsi combien il en fut frappé quand il le rencontra : « C'est sur l'estrade du conférencier que nous vîmes pour la première fois le P. Hecker. Il était alors en plein succès, conscient de l'occasion propice et sûr d'en pouvoir profiter. Nous n'oublierons jamais l'impression d'américanisme que nous fit sa personne. Nous avions entendu les plus grands orateurs encore vivants de notre pays, et leur type était trop familier à tous pour pouvoir être copié. Le P. Hecker était si bien un homme de ce même type, il était si évidemment issu de nos institutions mêmes, qu'il imprimait le cachet américain à tous les arguments catholiques qu'il développait devant son auditoire. La force de cette impression n'était qu'augmentée par
(i) Le P, Hecker, p. ibo.
HECKER PAULISTE ig
les murmures étouffés de quelques catholiques à l'esprit étroit, pour lesquels ce trait vraiment apostolique n'était qu'une cause de méfiance (i). » Les suspicions de ceux qui croyaient qu'une physionomie exotique devait nécessairement caractériser le catholicisme étaient encore augmentées de ce que le P. Hecker présentait sa foi d'une manière essentiellement moderne, pratique, adaptée à ses auditeurs. Le monde travaillant et pensant dans lequel s'était écoulée sa jeunesse, la faiblesse de ses études chez les rédemptoristes, l'originalité persistante de sa nature l'avaient empêché d'accepter la religion archaïque et routinière de nombre de ses coreligionnaires européens. On lui a reproché de s'être ressenti d'idées protestantes. « Il^st fort difficile, pour ne pas dire impossible, qu'un converti ne garde pas une teinte de sa première éducation religieuse {2) ». Mais justement cette teinte particulière que l'on trouve dans la religion du P. Hecker existe ordinairement chez les catholiques américains, et son catholicisme
(1) Ibid. p. 343.
(a) Dom Laurent Janaaens, dans la Revue bénédictine, i 1897, p. 469, & propos du cardinal Manning qu'il accuse d manque de a sens catholique 0. 1-es mêmes reproches ont formulés conire le cardinal Newman et d'autres convertis ■ ont généralement rendu à l'Eglise romaine beaucoup plus services que ieurs critiques.