PRÉDICATION DU F. HECKER
est par là même représentatif de celui de ses compatriotes. Ce qu'il prêchait, ce qu'il pensait, c'était véritablement la conception catholique d'un citoyen des Etats-Unis de son temps, d'un homme qui, pour trouver le repos de son âme, avait hésité entre de nombreuses sectes, d'un homme qui, pour gagner son pain quotidien, avait été obligé de travailler chaque jour. C'est pourquoi son catholicisme prit un caractère social et démocratique. « Toute sa vie, raconte son biographe, il demeura sympathique aux aspirations des apprentis et des journaliers de New-York : Je suis toujours, disait-il, pour le chien qui tire la charrette. Et cette expression familière caractérisait à merveille les tendresses sociales dont il ne se départit jamais (i) »: Le Christ auquel il s'était converti était un Christ social (2) ; les études ecclésiastiques que sa carrière lui fit entreprendre et continuer toute sa vie, lui révélèrent assurément le Christ théologique et même le Christ scolastique, mais Hecker n'en resta pas rnoins toujours le disciple du
{i)Of.c/t.p. 25.
(3) Voyez sa vie, pages 2
j-33. M. Bruneiièreditdu P. Hec-
ker : 0 II lui a paru que lo
étaiem encore trop arisiocr
aliqucs. étant trop individualistes,
ei c'est pour pouvoir être
socialiste en sûreté de conscience
qu'il s'est fait catholique. »
Le progrès yeiigienx dans Dis~
cours de combat, i' série, p
^GtlDi^lc
sociologue Brownson et l'ancien phalanstérîen intéressé à beaucoup de points tenus pour subsidiaires par ses coreligionnaires. Jusqu'à lui, par exemple, les chefs du catholicisme en Amérique ne s'étaient point occupés des sociétés de tempérance; elles avaient été presque entièrement protestantes. Le P. Hecker et ses disciples s'honorèrent en déclarant une guerre implacable à l'ivrognerie et à sa cause immédiate : le cabaret. Une telle attitude était bien nouvelle pour les pauvres curés la plupart élevés en Irlande et qui trouvaient de bons auxiliaires dans leurs débitants de liqueurs (i).
L'intelligence qu'avait le P. Hecker des besoins démocratiques et sociaux des temps nouveaux ne lui inspirait aucune sympathie pour les catholiques d'Europe, attardés dans l'attachement aux régimes finis. Leur manière de comprendre la religion ne le séduisait pas plus que leurs tendances politiques. Il o avait une antipathie instinctive pour la dévotion exprimée par beaucoup de pratiques extérieures, comme cela se rencontre dans les pays méridionaux {3)". Il pensait que « le .malheureux état des pays catholiques est l'effet de trois siècles d'insistance sur la soumission et la négligence des vertus
(>) Vie,p. 327.
(3) Revue du Clergé frai
KijOOg\c
actives. Il appelait ainsi l'énergie, l'esprit d'initiative, la virilité, qu'il opposait aux vertus jpassives., c'est-à-dire à celles qui rendent l'homme humble, obéissant, effacé dans la proportion des sacrifices qu'il fait aux exigences de l'autorité. Sur cette division des vertus en deux catégories, il avait échafaudé tout un système.
a L'énergie que réclame la poUrîque moderne n'est pas le fait d'une dévotion comme celle qui règne en Europe ; ce genre de dévotion a pu, dans son temps, rendre des services et sauver l'Eglise, mais c'était lorsqu'il s'agissait surtout de ne pas se révolter. L'exagération, par le protestantisme, du principe d'individualité, a forcément amené l'Eglise à réagir et à restreindre les conséquences de ce principe, afin que sa propre et divine autorité pût avoir tout son jeu et exercer sans obstacle sa légitime et salutaire influence. Les erreurs et les maux de l'ère de la Réforme eurent pour origine l'indépendance personnelle atïranchie de tout joug. Il fallait y opposer le frein d'une dépendance personnelle plus étroite : Contraria contrariis curantur. L'influence de l'Eglise fut donc, par tes circonstances, amenée à s'exercer en quelque sorte au détriment des venus naturelles qui, sagement dirigées, font la virilité du chrétien dans le monde. Le point gagné fut le mainlien et la victoire de la vérité ainsi que le salut des âmes; ta perte fut une certaine défaillance de l'énergie, entraînant avec elle un affaiblissement de t'aciîviié dans l'ordre naturel. Le gain reste permanent ei inestimable ; la perte n'est que temporaire et se peut réparer.
n,ji,,.-|.,GtH>^le
'« Les vertus passives, cultivées sous l'action de la Providence pour la défense de l'autorité extérieure de l'Eglise alors menacée, produisirent d'admirables effets comme uniformité, discipline et obéissance. Elles eurent leur raison d'être alors que presque tous les gouvernemenis étaient monarciiiques. Maintenant ils sont ou républicains ou constitutionnels, et sont censés être exercés par les citoyens eux-mêmes. Ce nouvel ordre de choses demande nécessairement l'iniiiative individuelle, l'effort personnel. Le sort des nations dépend du courage et de la vigilance de chaqueciloyen. C'est pourquoi, sans détruire l'obéissance, les venus actives doivent être cultivées de préférence à toutes les autres, aussi bien dans l'ordre naturel que dans l'ordre surnaturel. Dans le premier, il faut développer toui ce qui peut fortifier une légitime confiance en soi ; dans le second, on doit faire une large place à la direction intérieure de l'Esprii- Saint dans l'âme individuelle (i) ».
Quant à cette direction, Hecker la définissait .et l'expliquait ainsi ;
B C'est une action croissante du Saini-Esprïi dans l'âme, résultant d'une plus grande atiention dirigée vers la vie intérieure et d'une plus parfaite inielligence de cette vie. C'est l'intelligence claire des rapports entre ce qui est extérieur et intérieur dans l'Eglise; l'action du Saint-Esprii dans l'âme, ainsi que ses dons, remèdes aux maux de notre temps. C'est le développement du côté intelligible des mys-
{[) Vie, p. 400-401.
n,jr„-rnii,GtH>^le
44 iiYSTiQeE'-Du >■. HÈekîS
tères de la foi, et des raisons intrinsèques de croire les vérités de la révélation divine. Ce mouvement provoquera le retour des races saxonnes. J'étudie attentivement les Celto-Latins daris leurs rapports avec le développement de la hiérarchie, de la discipline, du culte et de l'esthétique de l'Eglise ; je scrute les causes du protestantisme, qui sont l'antagonisme ei les jalousies de race; les persécutions actuelles; l'idée que se font les Saxons de l'Eglise catholique... Quelle est la raison de leurs préjugés ? Ils-ne voient que le côté extérieur et humain de l'Eglise. — Quel " serait le remède à tant de maux ? Retour des Saxotis, grâce à cette nouvelle phase de développement et à la manifestation qui sera faite à leur intelligence du côté intérieur et divin de l'Eglise. Evolution de l'esprit des races ; dans l'avenir, le Saxon surnaturalisera le naturel, le Celto-Latin naturalisera le surnaturel (i). »
Il est très sûr que les Ceko-Latins « naturalisent le surnaturel », mais en ce sens qu'ils s'éloignent sans cesse davantage de la religion médiévale et qu'ils a apostasient » le catholicisme; quant aux progrès du catholicisme chez les Anglo-Saxons, et à leur « surnoturalisation du naturel » ce sont des « progrès » beaucoup plus apparents que réels. Les causes du pi^testantisme sont d'ailleurs autrement graves que .l'antagonisme et les jalousies de races. Alléguer
(i) Le P. Hecker, p. 405.
ii,GtH>^le
les notions de races, disserter sur leurs qualités d'attraction et .[éputsion, c'est ordinairement expliquer les proBTèmes historiques par des mots auxquels ne correspond aucune réalité. Le Père Hecker s'est assurément beaucoup honoré en cherchant loyalement la solution de ces questions et en ayant le courage de proposer le résultat de ses méditations. Mais il était incapable d'aboutir parce qu'il ne connaissait pas l'histoire, ou qu'il ne connaissait que l'histoire confessionnelle qui alors avait cours parmi ses coreligionnaires : il croyait au moyen âge de convention, tel qu'il est représenté dans les vies des saints. Il disait avec une naïveté touchante : « Notre siècle n'est pas un siècle de martyrs, d'ermites et de moines. Bien qu'il ait ses martyrs, ses reclus, ses communautés monastiques, ce ne sont pas là et ce ne seront vraisemblablement plus là les types dominants de la perfection chrétienne. Nos contemporains vivent dans leurs marchés, dans leurs comptoirs, leurs ateliers, leurs foyers, dans toutes les situations variées qui forment la société humaine, et c'est là qu'il faut introduire la sainteté (i) ». Les martyrs ont toujours été fort peu nombreux, l'immense majorité des chrétiens n'a jamais vécu dans le désert ni dans
(i) Préface, p. XLlll [7- édit.)
46 MYSTIQIJE DU F. KECKER
le cloître, mais dans « le siècle». Ayant toujours prêché toute la société humaine, dans ses situations variées, l'Eglise n'a point besoin d'inaugurer des méthodes nouvelles, au sens où semble l'indiquer le P. Hecker.
Le manque d'informations chez le P. Hecker s'aggravait encore d'un réel péril d'illusion : il donnait des noms mystiques à des phénomènes naturels, attribuait au Saint-Esprit le mérite de ses propres imaginations, croyant que les impulsions très vives ne pouvaient, chez les per- ■ sonnes pieuses, ne venir que d'En-Haut. Il avait d'ailleurs pleinement conscience d'être fort' original ; quelques-uns de ses meilleurs amis' personnels ont, paraît-il, dît qu'il était toqué' (cra\r). Des contradicteurs modérés de ses panégyristes l'ont déclaré « peu équilibré, passablement névrosé (i) », et des critiques favorables ne se sont pas éloignés de prononcer un semblable jugement (2).
([) Cf. le P. Martin, Etudes, n* du 20 juillet 1898, p. 111.
[2) «On ne manquera pas d'insister un jour sur les anomalies nerveuses du~R. P. Hecker. Eslhësiophobe, oniromane, impulsif, il présente un très net dédoublemeni de la personnalité; ses amis le croient illuminé et ses admiraieurs le poussent à prophétiser ; il offre des stigmates neurasthéniques [insomnies, perturbations gastriques, amnésie, apathie, asthénie complète névro-musculaite), enfin, pour tout couronner, la stupidité, la folie, l'idiotie ; il éprouvait une joie à être traité d'idiot. Ajoutons à cela que les 17 dernières années de sa vie
En 1868, l'historien James Parton écrivait du P. Heckerqu'il mettait une machine américaine dans la vieille arche et s'apprêtait à la faire marcher à la vapeur {1). Cette ardeur d'adaptation cessa bientôt, car il tomba malade et consuma les dix-sept dernières années de sa vie dans la souffrance. II mourut le 22 décembre 1888. Des théologiens l'ont jugé très sévèrement. Pourtant ni son activité, ni sa mystique ne présentaient de grave danger d'hétérodoxie : Il fut en tout un fils soumis de l'Eglise. « Le premier postulat d'un bon catholique, disait-il est celui-ci : L'Eglise est divine, conduite par l'instinct du Saint-Esprit dans tous ses actes vitaux et suprêmes. Le catholique qui ne considère pas cela comme une base formelle et îmniuable, a perdu ou n'a jamais eu la vraie con-
ne furent qu'un long marlyre : notons sa parole devenue trop lente pour sa pensée, l'obsession des phobies, les crises d'angine de poitrine (le seul terme médical de tout le volume de M. Klein] et nous pouvons nous convaincre que le R. P. Hecker n'était pas d'un type normal. « Le D' Fortuné Mazel, dans Le Spectateur catholique d'octobre 1897, p. tÔg. Il faut remarquer que le P. Hecker fut élevé dans le méthodisme, qu'il se crut prédestiné dès son enfance par des grâces spéciales (Vie, p. iî-r3, îoo); sur différents phénomènes de ses crises religietises, voyez sa Vie, pp. [o5-[o6, 117, i38, [72, igg, 304. — Ces défauts ont été gazés dans la biographie; de plus, on a complètement oublié de marquer qu'il ne corrigea pas son manque d'éducation première et n'acquit jamais des manières de gentleman.
{,) Life. p. 346.
ception de l'Eglise, et il est en danger immédiat de devenir rebelle et hérétique, s'il ne l'est déjà (i.) ». Dès 1867, Hecker se rendait compte que le P. Hyacinthe dépassait les bornes des opinions libres. Pour lui, si les directions nouvelles étaient bonnes, elles seraient sanctionnées par l'Eglise, et s'il inclinait vers ces directions, c'est que les temps étaient nouveaux. « La vie de l'homme, disait-il, dans l'ordre naturel et temporel, marche vers la liberté et l'indépendance personnelle, et c'est un changement radical. » Parce que l'homme moderne devient partout un citoyen libre, Hecker jugeait qu'il fallait lui façonner un tempérament moral différent du temps où il était sujet d'une monarchie. Il fallait développer sa volonté, éduquer son sentiment de la personnalité. Cette émancipation semblait au P. Hecker devoir entraîner une liberté spirituelle qui restait inoffensive puisqu'elle était toujours soumise à l'Eglise, aux papes infaillibles, à ceux que Dieu a choisis pour les conducteurs des hommes dans le chemin du salut.
Son ceuvre a été continuée par sa communauté : les Paulistes, Ils n'ont jamais été nombreux. En 1897, après quarante ans d'existence, leur société n'avait compté que trente deux
(r) Tlie Chuich aii4 tlie Age, p. 146.
prêtres. La profession qu'elle fait de nationalisme n'y attire point les étrangers, et les congrégations se recrutent toujours difficilement parmi les Américains. De plus, par ses constitutions mêmes, cette compagnie est un groupe d'élite. La perpétuelle vie de prédication que mènent ses membres, ordinairement dans des milieux protestants, exige un tempérament spécial. Comme les paulistes ne font point de vœux, ceux qui auraient cessé de travailler de bon cœur dans la société ou qui auraient des motifs d'en sortir, ne sont point retenus.
Célébrer dignement les cérémonies de l'Eglise, réformer la musique ecclésiastique, élever le niveau de la prédication, encourager la littérature catholique et l'apostolat de la presse, lutter pour la tempérance, prêcher des missions aux fidèles et surtout aux non-catholiques, telles sont les œuvres auxquelles n'ont cessé de se consacrer les disciples du P. Hecker. Jusqu'en 1897, où ont éclaté en Europe les discussions sur « l'américanisme », il a été convenu qu'ils y avaient excellé. A cette époque et depuis, on leur a reproché leur propagandisme et leur réclame.
Dans une de ses paraboles les plus célèbres, le Christ montre le Maître disant à son serviteur d'aller par les chemins chercher ceux qui
i,CÎ(.H>glc
y étaient et de les forcer d'entrer dans sa maison afin qu'elle fût remplie, et que les invités qui avaient décliné l'invitation de son festin fussent remplacés: Compelle intrare{i). Telle est la devise de nombreux missionnaires (2) et l'on ne peut nier que le P. Hecker l'ait prise. « Je voudrais, disait-il, aider les catholiques de ma main gauche et les protestants de ma main droite. » « Je voudrais ouvrir les portes de l'Eglise aux rationalistes \ elles me semblent fermées pour eux. Je sens que je suis le pionnier qui ouvrira la voie. Je me suis faufilé dans l'Eglise comme en contrebande. Brownson de même. » Et son historien ajoute : « Il aurait voulu abolir la douane, faire l'entrée de l'Eglise facile et large à tous ceux qui n'auraient conservé que leur raison pour guide (3). »
Les disciples du P. Hecker ont certainement conservé le même idéal. Nés pour la plupart américains et protestants, ils connaissent par expérience l'opinion que l'on se fait du catholicisme dans la plus grande partie de la nation et les objections qu'on y oppose. Ils ont consacré à leur réfutation un grand zèle; ils se sont ef-
(1) Luc, XIV, 33.
(3) Mgr IreUnd dii : o Obligej-les d'entrer, tel i mandement du Maitre. » L'Eglise et le Siècle, p. i (î) Le P. Hecker, p. 34a.
ii,GtH>^le
forcés de supprimer les malentendus et les barrières de séparation. Dans cette tentative, auraient-ils sacrifié des croyances essentielles du catholicisme ; auraient-ils habilement et déplorablement diminué l'objet de la foi? On ne peut être surpris, a priori, que ceux pour lesquels il n'y a jamais assez de mystères, de dogmes, de miracles, de rites et d'observances aient été enclins à le penser. Ceux qui veulent enserrer obligatoirement la religion de chaque individu dans une uniforme camisole de force, ne peuvent pas certainement goûter la prédication des paulistes. « Leur grand effort a été de montrer dans le catholicisme, avec tous ses ordres et toutes ses ramifications, la plus multiple, et pratiquement la plus élastique, la plus individuelle des religions. » Sous l'influence des idées heckériennes, « le catholicisme, qui en Europe, ne se fait fort que de son unité, en Amérique se fait fort aussi de sa variété ; il s'y vante d'être toutes les religions en une ; il tire argument non de ce qu'étant un il fait les hommes plus pareils entre eux, mais de ce qu'y ayant en quelque sorte autant de catholicismes que d'individus, il se plie à toutes les personnalités et les développe toutes (i). »
Les nombreuses conversions que les paulistes
(0 Bargy, op. cit., p. 170,
ont opérées leur ont valu des éloges hyperboliques(i), les ont amenés à se servir d'une forte réclame (2) et à user de procédés nouveaux pour des catholiques (3).
(1) Lef, exagérations sont fréquentes aux Etats-Unis. En avril i8g7. le Catholic Sentinel (Portlaiid), décernait le titre de « Newman de l'Eglise d'Améritiue » au successeur du P. Hecker comme second supérieur des paulistes, le P. Hewit. — L'archevêque Pierre- Richard Kenrick, qui fut d'ailleurs un remarquable prélat, a été appelé « le Richelieu de l'Eglise américaine o {Netv-York Herald, 4 juin iSgS), — On a aussi, et même en France, donné des éloges excessifs à la revue publiée par les paulistes, Catholic World, que l'on a comparée aux plus importantes publications périodiques. Ce n'est qu'un Magasine, ce n'est pas une revue savante, mais il serait désirable que les revues catholiques prétendues savantes du vieux monde lissent preuve d'autant de bon sens.
(3) En léie du numéro d'octobre 1898 du Catholic World lîguraii un portrait de leur supérieur, le P. EUiot. On lisait, en gros caractères, la légende suivante : " Rev. Walter Ellîot, C. S. P., l'auteur de La Vie du P. Hecker, le fondateur des paulistes, est universellement connu aux Etats-Unis comme l'esprit dirigeant de» missions aux non- catholiques. Cette biographie en est maintenant à sa troisième édition anglaise et à sa sixième édition française. C'est un livre d'un intérêt international qui en est arrivé au point de devenir le directeur de la pensée catholique des deux continents, a La Vérité, 16 novembre i8cj8,
(3) Par exemple la façon dont on s'y prend pour procurer des ressources aux missions ou aux paroisses : bazars de charilé, représentations théâtrales, organisations de fêtes, a excursions de nuit, accompagnées d'un souper el de sauteries 0. Voyez VUnivers du î6 septembre 1897, et Le P. Hecker est-il un saint ? p, 98-99. — L'usage de donner un bal dans les salles de réunion attenant à l'église et en dépendant, existe dans un grand nombre de sectes, par exemple chez les Episcopaliens. C'est défendu chez les Presbytériens.
hyGoo^lc
lES PAULISTES 53
Ces éioges, cette réclame, ces procédés ont été suffisamment critiqués par des Européens défenseurs des traditions latines. Il est seulement regrettable que les censeurs aient oublié de regarder si dans les coutumes du vieux monde et même des anciennes sociétés religieuses, on ne pourrait pas non plus relever d'étranges usages, une réclame autrement savante et captieuse, .qui seraient arrivés k abuser l'opinion publique d'une manière beaucoup plus déplorable (i).
(■) Malgré tous mes
, efforis, je ne m.
; flatte point d'i
jvoir
tracé u
m tableau défir
litlf de la q-jestiot
Ldu P. Hecker e
Ides
paulist
es. Si leurs pan
:lsans semblent av.
oirdi
t et publié
tout
ce qui
est à ieur avaniage, leurs adven
maires
paraissent
dis-
posés a faire valoir pli:
is lard des objeciio
ns. Ui
n prêtre qui fut
novice
chez les paulistes s'exprimait ai
nsi, e
n janvier i
dansu
ne lenre (texte o
<riginal) :
« Au
sujet des pauli:
stes, écrire ce que j'ai vi
lia serait s
■can-
daliser
même les mo
ins pharisaiques d
lu mo
nde, 11 y i
ides
objcs
qu'on ne saurai
t toucher en raison
dese
xhalaisons
iné-
vitablE
« Le
P. Hecker fut
un illuminé, ma
is de
bonne foi.
. lia
écrit plus de sottises que de lignes ; n mieux. Cet Hélie détraqué a passé s
qu'il soit permis de l'être en ce pays.
« Pour parler de ces personnes et de ces choses com conviendrait, c'est-à-dire en vérité, il faut attendre une ère, où la liberlé dans l'Eglise se fasse un peu de jour, a place. »
Prélats d'Amérique : le cardinal Gibbons (1868), l'archevêque
Ireland {1875), l'évêque Spalding {1877). Un catholicisme moderne. — Influence du libéralisme cathO'
lique français.
L'archevêque de Saint-Paul, Mgr Ireland, écrivait en 1893, dans l'introduction de la Vie du P. Hecker : « Le courant américain qui, depuis un quart de siècle, coule si manifestement dans l'océan du catholicisme, remonte, ce me semble, en très grande partie au P. Hecker et à ses premiers coopérateurs. »
En effet, grâce à leurs succès incontestés dans les missions protestantes, les paulistes furent pris pour modèles non seulement par beaucoup de membres du clergé des Etats-Unis, mais encore par d'autres sociétés religieuses elles-mêmes. Ceux qui ne les admiraient pas leur reprochaient d'être « catholiques yankees », mais la nécessité de s'adapter fit tomber peu à
ivC.(.H>glc
-PRÉLATS d'aMÉRIQUB 55
peu cette épîthète. On peut dire qu'il fut admis, yers 1870, que le catholicisme aux Etats-Unis eût un air américain.
Le P. Hecker a fait école parmi les prélats les plus distingués des Etats-Unis. Le cardinal Gibbons lui a rendu, ainsi qu'à ses religieux, un magnifique témoignage dans des circonstances importantes (1). L'archevêque Ireland déclare qu'il lui doit les plus salutaires impressions de sa vie et qu'il te prit comme modèle (2). L'archevêque John Keane fut novice chez les paulistes, Thomas O'Gorman, l'évêque de Sioux-Falls, est un ancien membre de cette société, John- Lancaster Spalding, l'évêque de Péorîa, les honore de son amitié.
Le plus considérable de tous ces personnages qui ont donné à l'épiscopat d'Amérique un caractère spécial est le cardinal Gibbons (3). Doué du rare talent de tirer tout ce qu'il est possible de moyens ordinaires, le cardinal a gagné dans l'Eglise et dans la grande République un rang véritablement à part. La sûreté du coup d'œil
(1) Lettre du 14 avril 1898.
(3) Introduction à la Vie, p. XLIX.
(3) Né à Baltimore en i834, vicaire apostolique de la Caroline du Nord en 1866, sacré évêque en 1868, nommé au siège de Richmond en 187Î, nommé coadjuieur du docteur Bayley, archevêque de Baltimore, en 1877, cardinal de la Sainte Eglisi