‹ L'américanismeChapitre 18 sur 120 · RELIGION SOCIALE · texte numérisé non relu

RELIGION SOCIALE

réussit surtout dans les œuvres difficiles telles que les hôpitaux, les maisons du Bon-Pasteur, la prédication de la tempérance. L'homme d'Etat, pour les besognes sociales, peut compter sur la coopération du prêtre. Quand, au commencement de 1 goS, le président Roosevelt dénonça la diminution des naissances, le clergé fit écho. Il y mit même d'autant plus d'empressement que leur augmentation est surtout le fait des Irlandais, des Franco-canadiens et des Allemands catholiques;

<c Si la race diminue sur notre continent, dit l'archevêque Farley, ce n'est point dans les limités de l'Eglise catholique qu'il faut en chercher les preuves. Nous tenons que le mariage est un sacrement, et pas un homme, pas une femme, ne peut éviter ses conséquences naturelles, si ce n'est en péchant mortellement, en se rendant coupable d'une impiété abominable et sacrilège. »

Pour le cas où on lui objecterait la dépopulation dont souffre la catholique France, l'archevêque ajoutait, avec moins de justesse que de zèle confessionnel :

0 La décroissance de la population ne peut être imputée qu'au paganisme qui règne dans une grande partie de sa population. Les catholiques pratiquants de France, ceux qui suivent vraiment lesenseigne-

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menls de leur Eglise, n'évitent pas les conséquences de la paternité et de la maternité. C'est la partie infidèle, sceptique, athée de la France, qui a cessé d'être une source de force pour la nation (i). «

Le clergé des Etats-Unis a certainement pu faire tomber bien des préjugés en prêchant que les catholiques devaient être à la tète de tous les progrès et en s'efforçant d'aider à l'avancement de la civilisation par leur prédication. Mais les ecclésiastiques de tous les pays ne sont point avares de belles déclarations, seulement, tandis que dans tous les pays catholiques il y a eu de grandes rivalités entre l'Eglise et l'Etat, ta religion n'a cessé d'exercer un '« empire paisible » dans la grande république d'outre-mer. M. de Tocqueville recherchant la cause de ce phénomène, dit que tous les laïques et prêtres qu'il a rencontrés, à quelque croyance qu'ils appartinssent, s'accordaient à l'attribuer principalement à un point : la séparation de l'Eglise et de l'Etat (2). Cette opinion n'a point changé et, maintenant encore, tous les Américains célèbrent ce régime politique. Ils ont été conduits à

(1) New-York F. J., ai février igoj. — Les pasteurs protestants ne sont pas moins stricts sur le même sujet ; voyez dans Keview, 21 octobre rSgj, la citation d'un discours du Rév. W, Moreland, de l'Eglise épîscopale.

(I) Ouv. cité, 1, XVII, p. 358.

-REGIME DE SÉPARATIOH

opter parrexpérience(i). Les différents Etats vu par la pratique combien leur union avec

église, leur ingérence dans les affaires de science, était nuisible à l'intérêt public, et ne impossible. Ils sont arrivés au régime de iration, ils s'y tiennent. C'est un principe fonlental delà Constitution. Chez eux, l'Eglise laine, comme les autres, est rangée parmi les iciations volontaires de citoyens privés, régies

le droit commun (2). L'Etat, cependant, t « ni athée, ni anti-chrétien, ni même indifnt; il regarde le christianisme, entendu dans sens large, comme la religion du pays, et, ique partout, punit par ses lois te blasphème, iolation du repos du dimanche, la polyga- , l'adultère et les crimes contre nature (3). »

Voyez l'article Religious Liberty in the V. S. par Lucîan iion dans Tbe Catholic Universily Bulletin, ]anv. igo3, ppos du livre de Sanford H. Cobb.

Il n'est pas hors de propos de remarquer ici que les , aux Etats-Unis, n'ont pas loujoura la même significalu'en France, Le marquis Adolphe deChambrun fait cette rque sur le « droit commun » appliqué aui Eglises : - S'il

du droit commun, tel qu'il est entendu aux Erats-Unis, gime convient on ne peut mieux au dévcloppemenl de la irétienne; quant au régime de l'Eglise libre en Europe,

l'état actuel où s'y trouve Je droit public, ce serait sim- Ent l'absolue servitude de l'Eglise, ou des Eglises quelles les soient. » Ouv, cité, p. 473.

Tanquerey, S. S., Dictionnaire de théologie catholique, I,

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HEGIHE DE SEPARATION 77

Les principes 'de la théologie catholique ordonnent de tenir la séparation de l'Eglise et de l'Etat pour un malheur, un régime qui n'a de pire que la persécution. It existe donc une sorte de conflit entre la situation dont s'accommode le clergé des Etats-Unis et les enseignements orthodoxes.

L'esprit positif du clergé a tourné l'objection. Il se place sur le terrain des faits sans aborder celui des principes. Malgré toutes les théories de l'ultramontanisme, les catholiques d'Amérique ne cessent de parler de la manière la plus avantageuse de leur sort, et de la manière la moins capable de porter ombrage à leurs concitoyens.

Dans un discours prononcé à Baltimore, le 10 novembre 1889, l'archevêque P.-J. Ryan, ■ II sans méconnaître qu'en d'autres temps et d'autres contrées, l'union de l'Eglise et de l'Etat avait été salutaire autant que légitime, déclara qu'il n'est pas dans la constitution des Etats-Unis de disposition plus bienfaisante que celle qui, dans ce pays, les tient séparés(i). »

(i) L-Eglise et le Siècle, p. 68, note. — Le même jour. Mgr Ireland prononça des déclarations semblables, cf. Ibid., p. 84-85.

En prenant possession de son église titulaire à Rome, le 25 mars 1887, le cardinal Gibbons fit égalemeni l'éloge de la liberté américaine : « Je dis avec un sentiment profond dorpucîl et de gratitude que j'appartiens à un pays uù le giiuvcruciiieiit

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78 régime: de séparation

Les théologiens du vieux monde ont toujours été enclins à soupçonner de telles déclarations de s'inspirer d'un libéralisme caché. Beaucoup d'entre eux les ont considérées comme une sorte de reprise du catholicisme libéral français. Toutefois, à première vue, il y a une différence entre les, deux positions. L'hérésie française se formula, bien qu'elle fit tous ses efforts pour se dissimuler et pour vivre, malgré le pape infaillible.

Le clergé des Etats-Unis ne dogmatise pas et ne prétend point Justifier, par des théories générales, ses pratiques particulières. Il les adopte uniquement à cause de la nécessité des temps et des lieux, en déclarant adhérer sincèrement et loyalement aux enseignements des pontifes romains. Mais si par hasard on l'attaque, si on l'accable d'objections, on s'aperçoit qu'il a réponse à tout, qu'il a tiré la philosophie des faits et qu'il sait beaucoup mieux généraliser qu'il ne prétend. Quelquefois des Américains ne manquent pas l'occasion de donner une leçon aux théoriciens du vieux monde. Par exemple,

civil étend sur nous l'égide de sa proteciioii sans s'interposer

l'Evangile et du Chrisi, " l.e discours du cardinal a été le sujet de la pan d'Hccker d'un article enthousiaste réimprimé dans ion volume The Churchand tlie Age.

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