RÉGIME DE SÉPARATION
pour justifier les relations de l'Eglise et de l'Etat dans son pays, en 1897, Mgr O'Connell rappelait que « l'immense majorité des citoyens des Etats-Unis professent la religion protestante, et que si l'on avait jamais établi une religion d'Etat, il est hors de doute que la majorité aurait choisi la religion protestante ».'
Immédiatement après, le prélat, s'enhardissant, ajoutait :
M Quelque belle et vraie, en théorie, que soît la doctrine de l'union légale entre l'Eglise et lEtai, cependant en pratique, malheureusement, il est arrivé trop souvent qu'elle a pour résuliat de nuire gravement à l'Eglise, en diminuani sa liberté et en fournissant à des laïques, souvent dépourvus de piété, l'occasion de se mêler indûment dans l'administration des affaires religieuses (i)- »
L'évêque Spalding s'exprime de même :
« Ici, aux Etats-Unis, l'Eglise vit et agît en vertu de son propre pouvoir, sans posséder ni désirer le soutien de l'Etat, sans regretter les privilèges qui, à d'autres époques, résultaient de conditions sociales différentes des nôtres.
« Nous voudrions obtenir ces privilèges que nous ne le pourrions pas; et si nous les obtenions, ils nous seraient plus nuisibles qu'utiles(2). » « C'est ici
(i) L'Âmèri.
(2) opportunité, p. I
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que, pour la première fois peut-être dans l'histoire, l'Eglise possède une vraie liberté (i). »
« La séparation de l'Eglise et de l'Etat existe, et au témoignage de personnes compétentes, cette séparation sera durable... C'est un état de choses que les catholiques des pays de langue anglaise acceptent sans réserves, sans défiance et sans vains regrets ; les droits communs dont nous jouissons au sein d'une liberté universelle ont éveillé en nous une énergie de pensée et d'action qui nous a conduits dans le siècle admirable qui s'achève, à des conquêtes et à des triomphes inconnus ailleurs [2) »
Bien que le clergé d'Amérique ait été amené par les circonstances à prendre cette position, on ne peut nier qu'il n'ait subi l'influence des Lamennais, des Dupanloup, des Gratry, des Montalembert, des Lacordaire et des d'Hulst. Ils on* toujours été en grand honneur aux Etats-Unis parmi les prêtres instruits. D'autre part, la formation du clergé séculier y est surtout aux mains de Ja Société de Saint-Sulpîce, très attachée à plusieurs de ces écrivains. En quittant le séminaire, les élèves ne rompent point les relations avec leurs maîtres, et, en Amérique comme en France, les sulpiciens restent toujours des directeurs très écoutés et très influents. Le conseillerdu cardinal Gibbons,
(r) Ibid.,p. 257.
(i) Ibid., p. 143-144.
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l'abbé Magnien{i), le sixième président du séminaire de Baltimore, fut un grand admirateur de ■ Mgr Dupanloup.
Un autre sulpicien encore plus distingué, M. Hogan, certainement catholique libéral, a joui auprès de l'épiscopat des Etats-Unis, de l'université de Washington et de la congrégation des paulistes, d'une influence si considérable, que l'on peut se demander s'il n'est point, en réalité, le vrai docteur et le théoricien de ce catholicisme progressif d'outre mer, qui devait être appelé « l'américanisme religieux » {2). On ne peut donc s'étonner que les disciples du cardinal Pie, de dom Guéranger, de Louis Veuillot(3), école adverse, aient retrouvé le libéralisme théologique d'Europe aux Etats-Unis (4).
(1) Il mourut le î2 décembre 1902. Voyez Very Rev. A.-L. Magnien. A Mémorial (St-Mary Seiiiinary, Baltimore, njo3, in-8, 102 pp.). et Cathutic Worid, mai 190:^, pp. 8r4-822.
(i) M. Hogan moorul à Paris le 3o septembre lyoj.ll naquit te 34 juin 1829 en Irlande, et lît ses études au petit et au grand séminaire de Bordeaux. Il entra dans la Compagnie de Saint-Sùlpice, Après avoir été .^i ans professeur au séminaire de Paris, il alla fonder le séminaire de Boston en [8S4. De 1889 â 1894, il organisa ei présida le séminaire universitaire de Washington. De [S93 à 1901, il fut derechef supérieur du
(3) Voyez une appréciation de Louis Veuillot par Mgr Keane dans Maignen, Le Père Hecker est-il un saini'?, p. 26r.
(4) En ce qui concerne Mgr Ircland, il faut noter les influences de son collège, Uti ancien élève du petit séminaire de
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Au total, le courant américanîste que l'on rattache au P. Hecker n'est point isolé. Le besoin d'adapter le catholicisme à l'évolution intellectuelle et politique de la société moderne avait antérieurement déterminé en France un courant similaire : le menaisianisme. Si les deux mouvements ont eu une fortune diverse, il faut en chercher l'explication dans la différence des milieux où ils se sont produits et dans leur distance de Rome.
MeximLeux écrivait au Temps : i< La plupart de i étaient d'ardents catholiques libéraux, parlisatis disciples lie Lamennais et fart hostiles à Veuillot, i produite dans la Véi'ité, i5 septembre 1898.
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Fondation de l'Université catholique de Washington ( La question des langues et des écoles. — Etabli la délégation apostolique (r8y3).
Les besoins de l'apologétique firent de bonne heure désirer à l'épiscopat des Etats-Unis, la fondation d'une université catholique. En i83o, Mgr Jean Dubois, évêquede New-York, conçut le dessein de l'établir dans sa ville. La congrégation de Saint-Pierre que venait d'instituer l'abbé Féli de la Mennais, en aurait pris la direction. Quatre ecclésiastiques, parmi lesquels étaient Lacordaire et Jules Morel, allaient s'embarquer pour faire cette fondation, quand éclata la révolution de juillet qui détourna leur activité vers d'autres objets.
Loin d'être abandonné par les évèques d'Amérique, le projet fut pris en considération au second et au troisième conciles nationaux tenus à Baltimore en 1866 et en 1884. Il put être réalisé grâce à un don de i.Soo.ooo francs
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