I- UNIVERSITE CATHOLIQUE
que fit, à Tévèque Spalding, Miss Mary Caldwell (t). En peu de temps on put réunir, grâce à d'autres souscriptions, la somme de quatre millions. Naturellement, l'exécution du projet entraîna des discussions. Des personnes puissantes voulaient que New-York fût le siège de l'université (2).
Les évèques, pour affirmer le caractère national de l'institution, choisirent Washington et décidèrent qu'elle resterait sous le contrôle de l'épiscopat tout entier des Etats-Unis.
Une vaste propriété fut acquise, et la première pierre fut solennellement posée le 24 mai 1888, en présence du cardinal Gibbons, du président de la République et d'une foule immense. Mgr Spalding prononça le discours principal :
B Ce n'est pas, dit-il, au nombre ou à la richesse que nous devons notre importance parmi les nations, mais à ce que nous avons montré que le respect des lois est compatible avec la liberté civile et religieuse ; qu'un peuple libre peut prospérer et grandir, qu'il peut maintenir l'ordre sans souverain et sans armée permanente ; que l'Etai et l'Eglise peuvent se mouvoir dans des orbites séparés et cependant agir pour le bien public; que des hommes de différentes races et de différentes croyances peuvent vivre ensemble
(1) M"" la marquise des Monstiers-Mérinvillc.
(2) On avait peur de faire ton à l'université de Georgeiown (près Washington), dirigée par les jésuites.
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en paix; qu'en dépit de la surprenante rapidité du développement de la populaiion et de la richesse, qu'en dépit des nombreux maux qui en ont résulté, la tendance à la santé de la pensée et du sentiment a prévalu, montrant ainsi manifestement la vigueur de notre vie et de nos institutions; que le gouvernement de la majorité, quand les hommes ont foi en Dieu et à la science, est, après tout, le gouvernement le plus juste et le plus sage.... Cette expérience nous assure la place d'honneur parmi les nations qui aspirent à une vie de plus en plus libre ei de plus en plus noble, ., Jamais la sympathie parmi les hommes n'a été aussi répandue ; jamais le désir de soulager ceux qui souffrent n'a été ni si général ni si Intelligent. Maintenant, nourrir ceux qui ont faim, vèiir ceux qui sont nus, visiter les malades, semble comparativement une petite affaire. Notre dessein est de préparer l'avènement d'une organisation sociale qui assurera à chacun l'abri, la nourriture et le vêtement. Conformons-nous au divin commandement: « O Israël, lu ne souffriras pas qu'il y ait au dedans de tes frontières, un seul mendiant, un seul misérable!)! La bonté pour les esclaves a cessé d'èire une vertu quand nous avons aboli l'esclavage, et nous aspirons au jour oi^ pas un homme, pas une femme, pas un enfant ne restera condamné, malgré son travail, à mener une vie de misère. La grande tache du livre de l'histoire, le sort de la femme, est en partie effacée, et nous touchons au temps où, dans le monde comme dans le Christ, il n'y aura pas de disiinction entre l'esclave et l'homme libre, entre l'homme et la femme...,
s Le progrès de la science nous a permis de pro-
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longer la vie humaine, d'éteindre quelques-unes des plus virulentes maladies, d'accomplir sans douleur des opérations chirurgicales, de fertiliser la terre, d'assainir des régions pestilentielles, de donner, la nuit, à nos villes et à nos maisons, la lumière du jour, de fournir aux travailleurs des Iiabits et des demeures que des princes n'avaient pas à d'autres époques... Plus nous apprenons du passé, mieux nous nous rendons compte que notre siècle surpasse tous les autres en savoir et en pouvoir. Le puissant mouvement qui a causé un tel progrès ne s'affaiblit pas, mais il semble gagner de jour en jour de nouvelles forces. Les merveilleux changements politiques, sociaux, moraux, intellectuels et physiques, qui donnent son caracière au XIX° siècle, sont seulement le prélude d'un drame qui nous fera paraître tous les progrès antérieurs de notre race mesquins et méprisables. Prétendre que notre supériorité n'est que mécanique et matérielle, c'est refuser de voir les choses telles qu "elles sont. D'autres époques ont vu passer des figures plus saisissantes que nous n'en voyons aujourd'hui, mais jamais le monde n'avait été gouverné avec autant de sagesse et autant de justice \,).»
On avait pensé que le recteur de la nouvelle institution serait l'évêque Spalding, mais une sourde et puissante opposition lui fit préférer Mgr John Joseph Keane, l'évêque de Rtchmond, qui reçut alors le titre d'évêque d'Ajasso. On
(i) An address..., p. S-g.
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ne constitua d'abord que la Faculté de théologie. On la pourvut de professeurs recrutés à l'étranger, en attendant qu'on pût établir petit à petit des Facultés indigènes véritablement dignes du nom d'Université.
Le pape lui conféra l'institution canonique le 7 mars 1889 et l'ouverture solennelle eut lieu au mois de novembre de la même année. Elle coïncida avec les fêtes du centenaire de l'introduction de la hiérarchie catholique en Amérique. Un délégué pontifical, l'archevêque, depuis cardinal, Francesco Satolli, et le président Harrisson, assistaient à cette cérémonie.
Il semble bien que la présence d'un délégué apostolique n'était pas seulement un hommage rendu à l'épiscopat américain, mais qu'elle avait surtout un but politique ; se renseigner sur l'état du catholicisme alors troublé par un grave débat, la « question des langues ».
En général le clergé catholique, étant d'une religion toute d'autorité, préfère les petits groupes de langues où le mouvement littéraire est peu actif, aux langues que l'on peut appeler universelles et dont la littérature compte de nombreuses productions impies. C'est ainsi que les prêtres français ont entretenu le plus qu'ils ont pu l'usage du breton, du basque, du flamand, et, en Alsace, d'un patois allemand.
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Pour les paysans qui ne savent que ces langues, le curé reste un docteur et ils ne peuvent objecter à sa prédication que les réflexions d'un bon sens court et fruste. Aucun écho ne leur parviendra probablement Jamais, non-seulement de Voltaire et de Renan, mais encore de tous les Homais qui écrivent dans les journaux français du département.
Le clergé des Etats-Unis s'est servi de la même tactique. Il remarqua de bonne heure que tes immigrés qui parlaient anglais couraient de grands risques de se faire protestants ou de tomber dans l'indifférence religieuse, tandis que ceux qui étaient d'une autre langue conservaient leur foi. En conséquence, le clergé s'efforça de grouper les immigrés par nationalités et de leur donner des écoles où les enfants apprenaient la langue de leurs pères. Les Allemands catholiques, qui sont nombreux, c'est-à-dire environ deux millions, très attachés au souvenir de leur patrie, sont entrés dans ce système. Ils l'ont même vanté avec un nationalisme étonnant chez des émigrés. En igo3, un prêtre de Cincinnati, le révérend A. -H. Walburg disait encore :
« Avec la langue allemande, existe ou tombe le
Germanisme. Quand la langue est perdue, tout est perdu. Si nous voulons conserver les idées et les mœurs allemandes, nous devons continuer à parler
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la langue allemande ; sans elle, tout le reste disparait. L'homme qui cesse de parler allemand abandonne l'habitude de penser et de sentir en allemand. Il n'est pas allemand et ne désire pas rêire-[i). »
L'esprit national et le zèle religieux s'entraidant, les Allemands ont fondé des écoles, des sociétés de bienfaisance, des journaux confessionels en leur langue. Comme pendant longtemps le tiers des prêtres catholiques étaient allemands, et que la plupart d'entre eux étaient nés en Allemagne, il se constitua dans l'Eglise des Etats-Unis un véritable parti allemand. Il se différencie des prêtres d'origine irlandaise, en ce qu'il est méticuleusement attaché à la doctrine et aux pratiques religieuses du vieux monde.
Le pieux germanisme devint si désireux de cohésion et de perpétuité qu'il proposa, en i8S6, à la Sacrée Congrégation de la Propagande, de ne permettre à aucun Allemand ou fils d'immigré allemand de s'éloigner de sa paroisse sans l'autorisation de l'évêque.
(i) The Revitw, 3o juillet igoB, p. 467; dédar dans une motion relative à rétablis; langue el de littérature allemande à 1'
Washington. Naturellement pour se mettre à l'abri du reproche de fanatisme nationaliste, l'auteur dit que cette chaire n'aura pas pour objet l'usage courant et quotidien de la langue; il ajoute cependant :" C'est par son établissement que nous assurerons le mieux la prospérité du Germanisme, v
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C'était vraiment constituer, comme on l'a dit, une petite Allemagne à demeure. La demande ne fut pas acceptée. Dans de moindres proportions, des groupes d'immigrés catholiques de nations ne parlant point l'anglais eurent les mêmes prétentions et firent les mêmes efforts que les Allemands pour leur langue.
On devine ce que pouvaient penser de ces tentatives ceux qui voyaient dans le caractère étranger du catholicisme un obstacle à sa diffusion. Mgr Keane posait les questions suivantes; (1 Les Etats-Unis forment-ils une nation? Peuton parler d'un peuple américain, d'un Etat de l'Amérique du Nord, de devoirs précis et d'un caractère empreint de cette nation? Ensuite, au cas où la réponse serait affirmative, le catholicisme a-t-il le devoir et l'occasion de reconnaître cet ordre de faits et d'y accorder le développement de sa vie ? »
Les catholiques d'origine irlandaise n'ayant pas à faire le sacrifice de leur langue, répondent à ces questions beaucoup plus librement que les immigrés qui ne parlent pas anglais. Ceuxci disent simplement : « Pourvu que nous nous montrions de vrais citoyens de notre pays d'adoption, que nous respections la constitution, pourquoi ne garderions-nous pas notre langue ? Puisque nous formons de véritables groupes
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allemands, français, tchèques, italiens, répartis en paroisses distinctes, pourquoi n'aurions-nous pas un curé de notre langue ? Que l'anglais soit la langue nationale et la langue parlementaire, très bien; mais chez nous, dans notre ville, nous n'avons pas besoin et quelquefois pas le temps de l'apprendre pour gagner notre vie. Et si nous sommes assez riches ou assez généreux pour entretenir des écoles paroissiales, pourquoi l'enseignement n'y serait-il pas donné dans la langue qu'on parle dans la paroisse, dans la langue de ceux qui subviennent aux frais de l'établissement? Pourquoi ne distinguerait-on pas du groupement politique, qui doit exprimer ses actes en anglais, le groupement ethnique et social, libre de parler la langue de ses pères, de rester fidèle au souvenir de ses ancêtres? L'assimilation se fera avec les années, nos descendants parleront vraisemblablement anglais, maïs nous qui ne le parlons pas, nous n'en avons pas moins la prétention d'être de bons Américains. »
Les Irlandais raisonnent autrement. Généralement pauvres et peu considérés, ils renient volontiers leur origine et cherchent par des protestations nationalistes à se faire passer pour les plus patriotes et même les plus anciens des Américains. Celtes, ils vont jusqu'à professer
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les théories de la supériorité de la race anglosaxonne. Quant au clergé irlandais, il veut que l'Eglise aux Etats-Unis soit une Eglise nationale américaine, et non point ce qu'elle a été très longtemps, une Eglise irlandaise, c'est-àdire comptant surtout parmi ses, adhérents des Irlandais et des descendants d'Irlandais. Il accuse les particularistes de manquer de loyauté envers leur patrie nouvelle et de manquer de sagesse envers leurs enfants en les privant d'apprendre la langue nationale.
C'est ainsi que se sont formés deux partis, le parti irlandais et le parti allemand avec lequel s'accordaient, pour revendiquer l'usage de leurs langues, les autres groupes immigrés du continent européen.
Entre les deux partis, la lutte a été quelquefois très vive. Des évêques irlandais, désireux d'enlever tout caractère étranger à des paroisses d'immigrés ne parlant point anglais, y ont nommé des curés irlandais, alors qu'ils auraient pu fournir un prêtre de leur langue et de leur race. Ces mêmes évêques ont encore été accusés de donner la préférence en tout aux prêtres irlandais, avec de criantes injustices. Des évêques allemands ne se sont point interdit les représailles, et on en a vus remettre une paroisse complètement irlandaise aux mains d'un curé
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allemand, c'est-à-dire d'un prêtre antipathique à ses paroissiens. Ces procédés ont produit des révoltes contre l'autorité épîscopale. Le fait n'est pas encore rare. Des paroisses refusent de recevoir le prêtre qu'on leur nomme ou de laisser partir celui qu'on leur enlève. Des curés récalcitrants sont suspendus et même quelquefois excommuniés avec leurs partisans. Quand l'évèque, de son côté, et le peuple, de l'autre, croient avoir suffisamment bataillé pour que rhonneur soit sauf, on finit par un accommodement ou le métropolitain vient mettre la paix. Généralement, dans les commentaires occasionnés par cette sorte de faits divers, les Irlandais ont été les plus maltraités. On a porté contre ce peuple opprimé pendant des siècles l'accusation d'avoir la fureur de l'oppression dans un pays de liberté, et des évêques nationalistes ont encouru le reproche d'agir plutôt en politiciens, avides de gagner les grâces des gouvernements, qu'en pasteurs soucieux du bien des âmes (i).
([} Des évéques ont pris un soin particulier d'apprendre à leurs prêires diverses langues. Mgr Mac Quaid, évêque lie Rochester, a établi comme règle, dans son grand séminaire, que les étudiants parleraient, aui trois repas quotidiens, successivement latin, anglais et allemand. Les prêtres peuvent administrer également des paroisses irlandaises et allemandes, et son diocèse n'a pas connu les luttes qui en ont troublé tant
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