‹ L'américanismeChapitre 26 sur 120 · LE CONGRES CATHOLIQUE · texte numérisé non relu

LE CONGRES CATHOLIQUE

Seules quelques éirangetée ou quelques protestations détonnèrent dans ce concert célébré en l'honneur du monde moderne. L'archevêque de New-York, Mgr Corrigan, prélat conservateur en politique et en religion, rappela que Christophe Colomb découvrit l'Amérique sous la bannière de la Sainte-Inquistion, institution dont l'objet est la défense et la protection de la foi catholique.

i< C'est, dit-il, le véritable esprit du catholicisme d'aujourd'hui. 11

M. M. -T. Elder, de la Nouvelle-Orléans, parla des pertes subies par l'Eglise. Il les estimait, d'après une évaluation modérée, à vingt millions.

B Les catholiques, à la campagne, dii-il, meurent d'inanition spirituelle et deviennent une-proie facile pour la propagande protestante. Tant qu'on ne s'occupera pas de nos paysans caiholiques, les hommes influents de la République seront des protestants, car les hommes influents, qu'il s'agisse de politique ou de religion, sortent de la campagne. Il est étrange qu'en présence de certains faits qu'on ne peut nier, les Catholiques soient si contents d'eux-mêmes. Quand je réfléchis que sur les 70 raillions d'hommes qui composent notre nation, nous ne sommes que

States. Christian tn free, happy and pro

ivC.tH>^le

9 millions et que, sur ces 9 millions, ii y a une si grande proportion de pauvres employés de manufactures, de boutiques, de mines, de chemins de fer et de bureaucratie, je ne trouve pas qu'il y ait lieu de se vanter ni de se réjouir. Qui peut regarder le passé et se sentir fier du présent ? Considérez la présidence par exemple. Avons-nous jamais eu un président catholique ? Sommes-nous prêts d'en avoir un î Avons-nous même jamais eu un candidat catholique ? En aurons-nous même jamais un ? Non jamais ! Nous manquons de cet clément dont sont sortis nos plus dignes présidents, une intelligenie et vigoureuse classe rurale. »

Et M. Elder préconisa comme remède la colonisation, l'attention à favoriser l'éducation des catholiques de la campagne et l'instruction des catholiques des villes en vue de la vie rurale. Tant que, dit-il, le Sud rural, l'Ouest pastoral, l'Est agraire et les Etats du Centre avec leurs grandes cultures resteront solidement protestants, la nation, le gouvernement et tout le peuple resteront solidement protestants (1).

Quelques jours après ce congrès qui fut autorisé par une lettre bénissante du pape, les catholiques assistèrent au fameux parlement des religions.

Comme leur participation à cette réunion

(1} Barrows, II, p. 1414.

n,yN,-r^h,G00gle

causa beaucoup de polémique dans le vieux monde (i), il est préférable, pour l'exposer, de recourir aux explications officielles données par l'évèque John Keane au troisième congrès scientifique international des catholiques tenu à Bruxelles en 1894(2)..

« Parmi les organisateurs de l'Exposition universelle de Chicago, dit le prélat, il s'en est trouvé qui ont pensé, et bien sagement, que les hommes valent mieux que les choses et que s'il y avaîc une exposition de choses, il fallait, à plus forte raison, une exposition de toutes les manifestations de la pensée humaine.

X On a donc décidé qu'il y aurait une série de congrès relatifs à toutes les idées qui intéressent l'homme, histoire, philosophie, sciences naturelles.

« Mais le bon sens du peuple américain reconnaît que, parmi toutes les influences qui s'exercent sur la vie humaine, la principale est la religion,

« Le bon sens américain n'oublie Jamais cela ! Il s'ensuivit que les principaux des congrès furent les congrès des religions, parmi lesquels a eu lieu le congres de la religion catholique, car on s'était dit : si nous pouvons avoir des congrès de diverses religions, pourquoi n'aurions-nous pas un congrès de

(r) L'étonncmetit en Europe fut d'autant plus grand qu'on vit y figurer des représentants d'ordres religieux conservateurs ; on y entendit même un jésuite.

(i] Voyez une critique de ce discours, par M. l'abbé Maignen, dans La Vérité du 4 avril :8.j8, art. reproduit dans Le P. Hecker est-il un saint? p. iio-33i.

toutes les religions réunies? On ajoutait: vraiment, cela serait digne de Chicago et de l'Amérique! Et puis il y aurait bien quelque utilité à cela. Nous voyons les savants, croyants et incrédules, attacher une grande importance à l'étude comparée des religions. Quelle occasion unique de les étudier en face les unes des autres!

0 De plus, nous avons pensé que nous aurions l'occasion de donner au monde entier une grande leçon. Quand nous étudions la carte de l'Europe, nous voyons là marquées de petites divisions. Des lignes traversent ces cartes en tous sens. Elles n'indiquent pas seulement des divisions territoriales ; elles signifient encore: jalousie, haine, hostilité, division des cœurs, qui se traduisent par Dieu sait combien de milliers d'hommes armés pour détruire le monde! Or, de toutes ces nations, la Providence a permis l'émigration parmi nous. Toutes les nations se trouvent représentées chez nous ; elles y vivent mêlées entre elles, fraternellement, sans hostilité aucune. C'est le privilège que Dieu a donné à l'Amérique, de détruire ces traditions de jalousies nationales que vous perpétuez en Europe, pour les fondre toutes dans l'Unité américaine.

« Il y avait la même leçon à donner sur le terrain religieux. Toutes les fois que je me sens tenté de pessimisme, j'ai un remède : je regarde autour de moi, et je vois que le genre humain se met de plus en plus à détester la haine et l'hostilité. Il y a un effort incontestable de l'humanité vers des mœurs plus douces, une plus grande floraison de la charité. Mais n'est-ce pas là le but de la religion d'unir l'homme avec Dieu et avec ses frères? La religion, c'est la

Page 1