‹ L'américanismeChapitre 27 sur 120 · I 14 LE PARLEMENT DES · texte numérisé non relu

I 14 LE PARLEMENT DES

charité ! Lors même que nous ne pourrions nous entendre sur les croyances, n"éiail-il pas possible de s'accorder sur la charité ?

" Ce serait déjà beaucoup de donner cette leçon, même aux chrétiens, que pour aimer Dieu il n'est pas nécessaire de haïr son frère qui ne l'aime pas comme nous ; que pour être fidèle à noire foi il n'est pas nécessaire de demeurer en guerre avec ceux qui comprennent la foi autrement que nous.

a Mais il y avait une autre utilité très désirable, celle d'unir une protestation de toutes les formes de croyances religieuses contre le matérialisme et l'agnosticisme, contre toutes les formes d'irréligion et d'incrédulité, et de montrer par là combien elles sont contraires aux idées fondamentales du genre humain et à son bonheur.

a 11 fallait essayer de faire passer ces idées dans la pratique,

0 Ici, en Europe, il faut beaucoup de temps avant qu'une idée passe de la spéculation à la tentative. Mais les Américains, avec cette jeunesse de vie qui les caractérise, disent toujours: essayons,

« On écrivit, de par le monde entier, une lettre aux représentants de toutes les religions de l'univers. On attendit surtout avec curiosité la réponse de l'Eglise catholique. Prendrait-elle part au -Parlement des religions ? On consulta notre plus distingué prélat, le cardinal Gibbons, et ma pauvre personne, parce que je suis par hasard recleur de l'Université de Washington, Nous nous sommes dits que ce n'était pas à nous a donner une réponse définitive et nous avons porté la question devant l'assemblée des archevêques. Ils se réunirent à New-York,

« Nous leur avons communiqué la demande qui était faite de participer au congrès des religions. Naturellement, au premier abord, oli a donné des raisons contraires à ce projet, raisons conservatrices. Comment l'Eglise catholique pourrait-elle se môler à pareille aventure? Pouvait-elle se mettre sur un pied d'égalité avec les protestants, et pis encore, avec le paganisme ? On ajoutait : u Ne serait-ce pas favoriser r indifférent! s me religieux ? b A cause de ces raisons, l'assemblée était sur le point d'émettre un avis défavorable, quand un vieil archevêque se leva et dit : <t Saint Paul était un grand fou ! Pourquoi n'a-t-il pas agi en bon catholique respectable? Qu'allait-il faire au milieu des païens? Pourquoi n'esi-il pas resté chez lui ? »

« Ce fut un trait de lumière et, la réflexion aidant, on se convainquit que c'était la vraie lumière. On déclara donc que l'Eglise catholique prendrait part au congrès des religions, non pour s'abaisser au niveau des autres confessions, mais qu'elle jrait là, comme notre divin Sauveur, pour montrer à de pauvres égarés qui sont, eux aussi, les créatures de son Père, la voie de la vérité, de la charité et de la vraie adoration.

a L'Eglise catholique, naturellement — je dis naturellement à cause de certains préjugés — n'aurait jamais proposé la convocation d'un Parlement des religions. Mais puisque la proposition était faite, puisqu'il était absolument décidé que ce congrès se réunirait, que l'Eglise catholique y fût ou n'y fût pas, notre participation s'imposait. Si toutes les religions imparfaites et tronquées venaient là, sous couleur de représenter la religion, comment la vraie religion

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eùt-elle pu s'abstenir? Et on a dît: La religion catholique sera là !

a Les archevêques me prièrent d'assumer cette tâche et d'organiser la représentation des catholiques au congrès de Chicago. Le président du Parlement me dit ; n Assurez les archevêques que nous sommes prêts à suivre leurs conseils en tout. Dites-leur que nous reconnaissons la religion catholique comme la première, et de tous les temps et de toutes les nations, et que nous voulons qu'elle ait sa place dans le Parlement, la place qui lui appartient. »

« Il m'expliqua qu'il n'y aurait pas de discussions du tout au congrès. Il s'agissait seulement de présenter aussi nettement et aussi efficacement que possible les meilleures choses que la religion a établies, 11 ajouta que l'on désirait avoir, pour toute la durée du congrès, des docteurs catholiques qui exposeraient leurs solutions. Je lui demandai alors si l'on avait préparé un plan pour les travaux de ce Parlement ? Le président me communiqua quelques projets qui avaient été ébauchés, ajoutant qu'il n'en était pas fort satisfait. Je m'offris alors à lui préparer un programme et il me pria vivement de le faire. Je pris conseil de quelques professeurs de notre université, entre autres de mon ami le D"^ Bouquillon, et nous avons envoyé un plan d'ensemble pour tous les congrès,

B La durée du parlement avait été fixée à onze jours. Nous avions indiqué une grande question à traiter pour chacun de ces jours, tout en signalant les questions secondaires qui s'y rattachaient. On a tout accepté. Seulement, on a irouvé qu'il ne suffirait pas de onze jours et on a décidé qu'on en pren-

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draii dix-sept. Pour le reste, c'est notre plan qui a été complèiement adopté. On n'a fait qu'ajouter quelques questions, pour remplir les dix-sept jours et pour donner à chaque forme de religion le temps d'exposer ce qu'elle avait à dire. Car chacune y <5tait invitée, non seulement pour entendre ce que les autres avaient à dire, mais naturellement aussi avec le privilège d'exposer ce qu'elle croyait posséder pour le bien du monde.

a Ainsi donc, les matières avaient éié disposées de telle sorte que chaque jour était consacré à l'étude d'une grande question,

< Pour le premier jour, Dieu; pour le second, l'homme; pour le troisième, les rapports essentiels entre Dieu et l'homme, la religion ; pour le quatrième, les diversités des religions et l'étude comparée des religions; pour le cinquième, les écritures saintes. Ensuite devaient venir les rapports de la religion avec l'individu, la famille, l'Etal, les arts, les sciences, l'éducation, les rapports avec les grands problèmes sociaux, avec le péché et ce qui fait le péché ; puis, les conditions actuelles de la religion, ses espérances futures, les moyens de réunir les chrétiens, les moyens de réunir toutes les religions chrétiennes divisées.

B Tel était notre programme. Il fournissait, vous le voyez, l'occasion de produire une démonstration complète de ce qu'est la religion catholique.

« Nous insistâmes pour que, chaque jour, il y eût au moins un savant catholique pour représenter la saine doctrine.

0 On décida en outre, que chaque religion pourrait avoir, si elle le désirait, dans une salle spéciale,

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lis LE PARLEMENT DES

un jour entier pour exposer ses doctrines particulières.

B C'est ainsi que nous avons eu aussi un jour consacré au catholicisme. Cejour-lài au matin, trois prêtres ont montré les rapports de la religion catholique avec la vérité, la sainteté, le culie, la grâce; l'après-midi, deux évêques ont prouvé la divinité et la sainteté de Notre Seigneur Jésus-Christ et de son Eglise. Le soir, trois archevêques ont démontré que la religion catholique s'adapte merveilleusement à toutes les nécessités de l'humanité.

« Enfin arriva le premier jour du congrès, chacune des grandes salles était remplie et des milliers de personnes ne purent trouver place ; preuve évidente que dans cette immense exposition, la chose qui intéressait davantage le monde était la religion. Il y avait là des représentants de l'univers tout entier. Ils étaient venus de l'Inde, de la Chine, du Japon, de la Perse, de la Palestine, du monde entier. La première parole prononcée fut celle de la prière, la prière de notre divin Sauveur, le Pater noster qui fut récité par le cardinal(i). Le premier mot de

[ I ) (I Lorsque le Président eût demandé à t'a: dans 0 la pri£re universelle de l'humanité s et que le cardinal de l'Eglise catholique et romaine d'Amérique eût commence la récitation du o Notre Père u, les voix de lous ceux qui l'enlouraient et les milliers d'hommes qui étaient devant lui, se joignirent à la sienne, en un murmure profond comme celui de la mer. Le Chinois, l'Hindou, le Persan, le Syrien, le Grec, l'Hébreu, l'Africain, l'Américain, l'Européen, étaient là et retrouvant les dieux particuliers de leur culte dans l'unique « Pire qui est aux cieux », rers lequel tous les cœurs étaient levés. " Actes du i" congrès inlernalional d'histoire des religions, i" partie, p. 245.

DISCOURS DU CARDINAl Iig

bienvenue fut adressé par un archevêque catholique [Mgr Feehan], et la première réponse au président du congrès fut donnée par un autre archevêque catholique [Mgr Redwood](i]. »

Après que l'archevêque de Chicago, Mgr Feehan, eût souhaité la bienvenue aux congressistes, en son nom et au nom de l'Eglise romaine qu'il représentait (2), le cardinal Gibbons prit la parole.

a Je manquerais, dii-il, à mon devoir de minisire de l'Eglise catholique, si je ne disais que c'est noire désir de présenter les titres de l'Eglise catholique à l'observation et, si c'est possible, à l'accepiation de tout homme droit qui nous entendra. Nous en appelons seulement au tribunal de la conscience et de rinielligence. Je sens qu'en possédant ma foi }e possÈde un trésor auprès duquel tous les trésors de ce monde sont sans valeur. Au lieu de garder pour moi ce trésor, je voudrais le partager avec les autres, d'autant plus que je oc m'appauvris pas en enrichissant les autres.

« Bien que nous ne soyons pas d'accord sur les matières de foi, il y a, grâce à Dieu, comme l'a dit le T. R, archevêque de Chicago, un terrain sur lequel nous sommes tous unis. C'est le terrain de la charité, de l'humaniié et de la bienfaisance.

o Ministres du Christ, nous le remercions de s'èire

(1) Compte-yen du, iiiirod., p. 67-70.

(2) Neely-s, p. 4S.

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